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Jour 211 ☾ — Un serviteur faible… mais choisi !

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Résumé : Le frère Paul-Adrien introduit les chapitres 48 et 49 d'Isaïe en expliquant que le peuple, traumatisé par des siècles d'invasions, refuse de croire à la réconciliation que Dieu lui propose : on repart donc pour un nouveau cycle de reproches, où Dieu rappelle qu'il connaît l'avenir, qu'il a créé le ciel et la terre, et qu'il est le premier et le dernier. Au chapitre 49 s'ouvre le deuxième chant du Serviteur, annoncé par les mots « Écoutez-moi, îles lointaines ». Le commentaire dégage quatre traits de cette figure énigmatique : elle est prédestinée dès le sein maternel, elle vient d'Israël, elle connaîtra l'échec humain et l'angoisse, et c'est par elle que le salut parviendra à toutes les nations. L'épisode s'achève par une prière où l'on confie à Dieu ses propres échecs et impasses.

Introduction

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. L'incrédulité du peuple qui l'empêchait de se convertir, c'est la même incrédulité qui maintenant l'empêche de croire dans la réconciliation, la réconciliation avec Dieu. Et Dieu a beau faire tout ce qu'il peut, il n'arrive toujours pas à convaincre son peuple. C'est le monde à l'envers.

C'est qu'en fait, la réalité, c'est que le peuple a été complètement traumatisé par tout ce qui s'est passé. Le peuple juif, c'est quand même un peuple qui s'est pris coup sur coup l'Égypte avec les pharaons, la servitude, puis en Israël les Philistins, puis les petits royaumes, Édom, Moab, Aram. Puis après, un grand empire, l'Assyrie, sur la tête. Puis après, un deuxième grand empire sur la tête, Babylone. Il est complètement traumatisé. Et maintenant que Dieu lui dit « mais t'inquiète pas, mon petit bichon, maintenant, c'est terminé tout ça », évidemment, la réponse du peuple, c'est : je paye pour voir. En tout cas, Dieu, ça l'énerve.

Donc, comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, on est parti rebelote pour un nouveau cycle. À nouveau, il va y avoir cette querelle de couple, les reproches que Dieu fait à son peuple pour dire « mais croyez-moi ». À nouveau, Dieu va rappeler qu'il n'est pas comme une idole, que lui, il connaît l'avenir. À nouveau, Dieu va rappeler que c'est quand même lui qui a créé et le ciel et la terre, donc l'univers, l'histoire lui appartient. C'est ce que vous entendrez : « Moi, je suis » — titre divin. « Je suis le premier », à l'origine de l'histoire, « je suis le dernier », à la fin de l'histoire — là encore, un terme qui sera repris mot pour mot dans l'Apocalypse.

Mais le peuple ne veut toujours pas croire que Babylone va tomber. Donc Dieu à nouveau révèle ce qu'il a derrière la tête. Et ce qu'il a derrière la tête, par-delà Cyrus, c'est bien cette figure énigmatique que Cyrus annonce : un sauveur juste, parfait, miséricordieux, qui un jour viendra. Ce sera notre deuxième chant du Serviteur. Il arrivera au chapitre 49. Il commencera par ces mots : « Écoutez-moi, îles lointaines. » Quand vous entendrez ces mots, là commencera le deuxième chant du Serviteur. Ouvrez bien les oreilles. Isaïe 48 et 49.

Lecture : Isaïe 48-49

Écoutez ceci, maison de Jacob, vous qui portez le nom d'Israël, vous qui prêtez serment par le nom du Seigneur, qui faites mémoire du Dieu d'Israël, mais sans loyauté ni justice. Car ils s'appellent « ceux de la ville sainte », ils s'appuient sur le Dieu d'Israël, « Seigneur de l'univers » est son nom.

Les événements passés, je les avais annoncés d'avance. Ils étaient sortis de ma bouche et je les avais fait entendre. Soudain, j'ai agi et ils sont arrivés. Sachant que tu es dur, que ta nuque est une barre de fer et que ton front est de bronze, je t'ai annoncé d'avance les événements avant qu'ils n'arrivent. Je te les ai fait entendre pour que tu n'ailles pas dire : « C'est ma figurine qui en est l'auteur, c'est mon idole, ma statue de métal fondu, qui les a ordonnés. »

Tu as entendu tout cela, regarde-le, et tu ne l'annoncerais pas ? Maintenant, je te fais entendre des choses nouvelles, secrètes, inconnues de toi. C'est maintenant qu'elles sont créées, et non depuis longtemps. Avant ce jour, tu ne les avais pas entendues, ainsi tu ne pouvais pas dire : « Mais oui, je les connaissais. » Eh bien non, tu n'as rien entendu. Non, tu ne savais rien. Non, autrefois, tu n'avais pas ouvert l'oreille. Je sais bien que tu as trahi encore et encore, toi que l'on nomme « rebelle dès le sein maternel ».

À cause de mon nom, je suspends ma colère, c'est pour mon honneur que je patiente avec toi, afin de ne pas t'exterminer. Ce n'est pas comme de l'argent que je t'épurais, mais je t'éprouvais au creuset du malheur. C'est à cause de moi, de moi seul, que je le fais. Comment ? Mon nom serait-il profané ? Ma gloire, je ne la donnerai pas à un autre.

Alors écoute-moi, Jacob, toi Israël que j'aime, celui que j'ai appelé. Moi, je suis. Je suis le premier et je suis le dernier. C'est ma main qui a fondé la terre, ma droite qui a déployé les cieux. Je les appelle, ensemble ils se présentent.

Tous, réunissez-vous, écoutez ! Qui parmi eux a annoncé cela ? Celui que le Seigneur aime accomplit sa volonté contre Babylone, et il sera son bras contre les Chaldéens. C'est moi, oui, c'est moi qui ai parlé, qui l'ai appelé. C'est moi qui l'ai fait venir, il mènera son entreprise à bien.

Approchez-vous de moi, écoutez ceci. Depuis le commencement, je n'ai jamais parlé en secret. Depuis le temps où cela s'est passé, je suis là. Et maintenant, le Seigneur Dieu, avec son Esprit, m'envoie.

Ainsi parle le Seigneur, ton Rédempteur, le Saint d'Israël : Je suis le Seigneur ton Dieu. Je te donne un enseignement utile, je te guide sur le chemin où tu marches. Ah ! si tu avais été attentif à mes commandements ! Ta paix serait comme un fleuve, et ta justice comme les flots de la mer. Ta postérité serait comme le sable, comme les grains de sable ta descendance, et son nom ne serait ni retranché ni effacé devant moi.

Sortez de Babylone, vite, quittez les Chaldéens ! Avec des cris de joie, annoncez, faites-le entendre, propagez-le jusqu'aux extrémités de la terre. Dites : le Seigneur a racheté son serviteur Jacob. Ils n'ont pas eu soif dans les lieux arides où il les a conduits. Il a fait sourdre pour eux les eaux du rocher. Il a fendu le rocher, les eaux ont ruisselé. Pas de paix pour les méchants, dit le Seigneur.

Écoutez-moi, îles lointaines, peuples éloignés, soyez attentifs. J'étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé. J'étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m'a protégé par l'ombre de sa main. Il a fait de moi une flèche acérée, il m'a caché dans son carquois. Il m'a dit : « Tu es mon serviteur, Israël. En toi, je manifesterai ma splendeur. »

Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c'est pour le néant, en pure perte, que j'ai usé mes forces. » Et pourtant, mon droit était auprès du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu.

Maintenant, le Seigneur parle, lui qui m'a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j'ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c'est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d'Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre. »

Ainsi parle le Seigneur, Rédempteur et Saint d'Israël, à celui dont la vie est méprisée, détesté par les nations, esclave des puissants : les rois verront, ils se lèveront, les grands se prosterneront, à cause du Seigneur qui est fidèle, du Saint d'Israël qui t'a choisi.

Ainsi parle le Seigneur : Au temps favorable, je t'ai exaucé. Au jour du salut, je t'ai secouru. Je t'ai façonné, établi, pour que tu sois l'alliance du peuple, pour relever le pays, restituer les héritages dévastés, et dire aux prisonniers : « Sortez ! » à ceux qui sont dans les ténèbres : « Montrez-vous ! » Au long des routes, ils pourront paître, sur les hauteurs dénudées seront leurs pâturages. Ils n'auront ni faim ni soif. Le vent brûlant et le soleil ne les frapperont plus. Et lui, plein de compassion, les guidera, les conduira vers les eaux vives. De toutes mes montagnes, je ferai un chemin et ma route sera rehaussée.

Et voici, ils viennent de loin, les uns du nord et du couchant, les autres des terres du sud. Cieux, criez de joie ! Terre, exulte ! Montagnes, éclatez en cris de joie, car le Seigneur console son peuple, de ces pauvres, il a compassion.

Jérusalem disait : « Le Seigneur m'a abandonné, mon Seigneur m'a oublié. » Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l'oubliait, moi, je ne t'oublierai pas, car je t'ai gravée sur les paumes de mes mains. J'ai toujours tes remparts devant les yeux.

Ils accourent, tes bâtisseurs. Tes démolisseurs, tes dévastateurs s'éloignent de toi. Lève les yeux alentour et regarde : tous, ils se rassemblent et viennent vers toi. Par ma vie, oracle du Seigneur, tous, ils seront comme une parure que tu revêtiras, autour de toi, comme la ceinture d'une jeune mariée.

Car tes ruines, tes décombres, ton pays dévasté sont désormais trop étroits pour tes habitants, et ceux qui te dévoraient s'éloigneront. Les fils dont tu étais privée te diront de nouveau à l'oreille : « L'espace est trop étroit pour moi, fais-moi place que je m'installe. » Et tu diras dans ton cœur : « Celui-là, où donc était-il ? »

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici, de ma main levée, je ferai signe aux nations, je dresserai mon étendard vers les peuples. Ils ramèneront tes fils dans leurs bras, tes filles seront portées sur les épaules. Tu auras pour tuteurs des rois et des princesses pour nourrices. Face contre terre, ils se prosterneront devant toi et ils lécheront la poussière de tes pieds. Tu sauras que je suis le Seigneur : ceux qui espèrent en moi ne seront pas confondus.

Peut-on reprendre au guerrier sa prise ? Le captif d'un tyran peut-il s'échapper ? Ainsi parle le Seigneur : Oui, même le captif du guerrier lui sera repris, la prise du tyran lui échappera. Tes adversaires, moi, je m'en ferai l'adversaire. Tes fils, moi, je les sauverai. À ceux qui t'exploitent, je ferai manger leur propre chair. Ils s'enivreront de leur sang comme d'un vin nouveau. Et tout être de chair saura que moi, le Seigneur, je suis ton Sauveur, ton Rédempteur, le Fort de Jacob.

Commentaire

Reprenons ce deuxième chant du Serviteur. La figure commence à se préciser.

J'étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé. J'étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom.

J'étais, donc, celui dont la conception a été voulue, pensée, réalisée par Dieu.

Il a fait de ma bouche une épée tranchante. Il m'a protégé par l'ombre de sa main.

« Il a fait de ma bouche une épée tranchante. » Plus tard, ce sera assimilé à la parole de Dieu, glaive à double tranchant, parce qu'elle peut pénétrer jusqu'aux jointures de l'âme. « Il m'a protégé par l'ombre de sa main. » L'ombre, c'est un attribut qui, traditionnellement, est réservé à l'Esprit Saint, la nuée lumineuse.

Il m'a dit : « Tu es mon serviteur, Israël. En toi, je manifesterai ma splendeur. »

Alors là, on pourrait se dire : cette figure-là, c'est un collectif, ce n'est pas vraiment une personne, c'est le peuple d'Israël que Dieu va restaurer. Sauf qu'après, au verset 4, on vous dit :

Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c'est pour le néant, en pure perte, que j'ai usé mes forces. »

Donc là, maintenant, on pénètre dans les états d'âme de ce serviteur. C'est là qu'on apprend que ce serviteur va connaître des moments de crise, d'angoisse, peut-être même de désespoir. Et que l'échec humain va faire partie de sa mission. Mais ça sort d'où, ça ? C'est quand même étonnant comme prophétie.

Et on continue plus loin. Le Seigneur dit à ce serviteur :

C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre.

Donc ce serviteur, malgré un échec humain apparent, c'est aussi celui qui permettra au salut de parvenir à l'univers entier.

Donc, si je résume, ce serviteur que Dieu promet, on sait que : un, il va être prédestiné ; deux, il va venir d'Israël — « Tu es mon serviteur, Israël » ; trois, il va connaître l'échec humain ; et quatre, c'est à partir de lui que le salut sera proposé à toutes les nations.

Ne cherchez pas, il n'y a pas de parallèle dans la Bible. On ne sait pas ce que ça vient faire là. On ne sait pas comment, tout d'un coup, Isaïe a eu des fulgurances comme ça. Mais c'est là. Des chrétiens auraient voulu écrire l'Ancien Testament, ils n'auraient pas écrit autre chose. On ne sait pas d'où ça sort.

Mais attendez la suite, parce que ce n'est pas fini, ce n'est pas le dernier chant du Serviteur. Mais pour l'instant, petite pause. Mettons-nous à prier.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie mes échecs. Je te confie mes désespoirs. Je te confie toutes mes impasses. Toutes les fois où, au nom de ce que tu es, au nom de ma fidélité, toutes les fois où, en essayant de poursuivre ce qui est bon, ce qui est juste, ce qui est droit, j'ai connu et l'échec, et le désespoir, et l'angoisse.

Seigneur, je ne prétends pas être ce serviteur obscur que tu as appelé dès le sein maternel. Mais pourtant, Seigneur, la petite part de gloire que tu m'as réservée, je te demande, Seigneur, de ne pas l'oublier, que je ne sois pas seul dans mon épreuve.


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