Jour 212 ☾ — Le serviteur parle… et accepte l'épreuve
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 50 et 51 d'Isaïe, où l'on entend le troisième chant du Serviteur, suivi d'un grand appel de Dieu à son peuple pour qu'il croie enfin à la consolation annoncée. Le commentaire montre comment le Serviteur prend ici la parole à la première personne pour la première fois — et que ses premiers mots sont l'acceptation de la souffrance et des outrages. L'arme de ce Messie n'est pas l'épée mais la parole qui relève, puisée chaque matin dans l'intimité avec Dieu. Les échos avec les évangiles et avec saint Pierre se multiplient, et l'on attend désormais le quatrième chant avec impatience. L'épisode se termine par une prière pour être, à notre toute petite mesure, docile comme ce serviteur.
Introduction
Isaïe, ça ne suffit toujours pas, rebelote : troisième chant du serviteur. Mais d'où ça sort, ça ? Dieu va changer ici de tactique. Plutôt que de mettre le chant du serviteur après avoir rattrapé son peuple pour le forcer à croire, cette fois-ci il commence par le chant du serviteur et ensuite il prend Israël par les épaules et le secoue, il lui dit : « Mais crois-moi quand je veux te consoler ! »
Et c'est ainsi que vous verrez, dans le deuxième chapitre de notre lecture d'aujourd'hui, Dieu qui reprend l'histoire sainte, qui va leur parler d'Abraham, qui va leur parler de l'Éden et qui va leur dire : « Mais ça y est, je vais le faire ! » Et qui va même parler de Léviathan, de la lutte du bien contre le mal, comme s'il voulait forcer son peuple à croire en lui.
Bon, mais ça, ce sera le chapitre 51. Avant, il y a le chapitre 50, et c'est ce que je vous disais, c'est ce troisième chant du serviteur qui, pour le coup, devient de plus en plus troublant. Enfin, vous allez voir. Isaïe, chapitres 50 et 51.
Lecture : Isaïe 50-51
Ainsi parle le Seigneur : « Où donc est la lettre de répudiation de votre mère, par laquelle je l'ai renvoyée ? Et quel est celui de mes créanciers auquel je vous ai vendus ? Eh bien, c'est à cause de vos fautes que vous avez été vendus, à cause de vos révoltes que votre mère a été renvoyée.
Pourquoi n'y avait-il personne quand je suis venu ? À mon appel, pourquoi nul n'a-t-il répondu ? Ma main serait-elle trop courte pour racheter ? N'aurais-je pas la force pour délivrer ? Eh bien, par ma seule menace, je dessèche la mer, je change les fleuves en désert. Leurs poissons pourrissent faute d'eau, morts de soif. Je revêts les cieux de noir, je les habille de deuil. »
Le Seigneur mon Dieu m'a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d'une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille mon oreille pour qu'en serviteur j'écoute.
Le Seigneur mon Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe. Je n'ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours : c'est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c'est pourquoi j'ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.
Il est proche, celui qui me justifie. Quelqu'un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Veut-il m'attaquer en justice ? Qu'il s'avance contre moi ! Voilà, le Seigneur mon Dieu prend ma défense : qui donc me condamnera ? Les voici tous qui s'usent comme un vêtement, la teigne les dévorera.
Est-il quelqu'un parmi vous qui craigne le Seigneur, qui écoute la voix de son serviteur ? S'il a marché dans les ténèbres sans la moindre clarté, qu'il se confie dans le nom du Seigneur, qu'il s'appuie sur son Dieu.
Mais vous tous qui allumez un feu, formant un cercle de flèches incendiaires, allez dans le brasier de votre propre feu, au milieu des flèches que vous enflammez. Voici ce que vous réserve ma main : vous resterez gisants dans la douleur.
Écoutez-moi, vous tous qui tendez vers la justice, vous qui recherchez le Seigneur. Regardez le rocher dans lequel vous avez été taillés, la carrière d'où vous avez été tirés. Regardez Abraham votre père, et Sara qui vous a enfantés. Car il était seul quand je l'ai appelé, mais je l'ai béni et multiplié.
Oui, le Seigneur console Sion, il la console de toutes ses ruines. Il va faire de son désert un Éden, de sa steppe un jardin du Seigneur. On y retrouvera l'allégresse et la joie, l'action de grâce et le son de la musique.
Soyez attentifs, vous qui êtes mon peuple, et vous, les nations, prêtez-moi l'oreille, car de moi sortira la loi, mon droit sera la lumière. Soudain, je rendrai proche ma justice, mon salut va paraître, et mon bras gouvernera les peuples. Les îles mettront en moi leur espoir, elles comptent sur mon bras.
Levez les yeux vers le ciel, regardez en bas vers la terre. Les cieux se disperseront comme la fumée, la terre s'usera comme un vêtement, et ses habitants tomberont comme des mouches. Mais mon salut est pour toujours, ma justice ne sera jamais abattue.
Écoutez-moi, vous qui connaissez la justice, peuple de ceux qui ont ma loi dans le cœur. Ne craignez pas l'insulte des hommes, ne soyez pas abattus par leurs sarcasmes, car la teigne les dévorera comme un vêtement, les mites les dévoreront comme de la laine. Mais ma justice est pour toujours, et mon salut de génération en génération.
Éveille-toi, éveille-toi, revêts-toi de force, bras du Seigneur ! Éveille-toi comme aux jours anciens, au temps des générations d'autrefois. N'est-ce pas toi qui taillas en pièces Rahab, qui transperças le monstre marin ? N'est-ce pas toi qui desséchas la mer, les eaux du grand abîme, qui fis des profondeurs de la mer un chemin pour que passent les rachetés ?
Ceux qu'a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l'éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s'enfuiront.
C'est moi qui vous console. Qui es-tu pour craindre l'homme qui doit mourir, un fils d'homme périssable comme de l'herbe, au point d'oublier le Seigneur qui t'a fait, qui a tendu les cieux et fondé la terre ? Et qui es-tu pour frémir tout au long des jours devant la fureur de l'oppresseur quand il s'apprête à détruire ? Où donc est-elle, la fureur de l'oppresseur ?
Bientôt le prostré sera libéré : il ne mourra pas dans un cachot, et le pain ne lui manquera pas. Moi, je suis le Seigneur ton Dieu, qui soulève la mer et fait mugir ses flots, et son nom est : « Le Seigneur de l'univers ». J'ai mis dans ta bouche mes paroles, je t'ai couvert de l'ombre de ma main, quand je plantais les cieux et fondais la terre, quand j'ai dit à Sion : « Tu es mon peuple. »
Réveille-toi, réveille-toi ! Debout, Jérusalem ! Tu as bu de la main du Seigneur la coupe de sa fureur, tu as bu jusqu'à la lie la coupe du vertige. Personne qui la guide parmi les fils qu'elle a enfantés, pas un qui lui prenne les mains, de tous les fils qu'elle a élevés.
Ce double malheur t'a frappée, qui t'en plaindra ? Le ravage et la ruine, la famine et l'épée, qui t'en consolera ? Tes fils épuisés gisent à tous les coins de rue, comme l'antilope prise au piège, submergés par la fureur du Seigneur, la menace de ton Dieu.
Alors, écoute ceci, malheureuse, ivre, mais non pas de vin. Ainsi parle ton maître, le Seigneur ton Dieu, qui défend la cause de son peuple : « Voilà que je retire de ta main la coupe du vertige. À la coupe de ma fureur, désormais tu ne boiras plus. Je la mettrai dans la main de ceux qui t'affligeaient et te disaient : “Courbe-toi, que nous passions !” Et tu faisais de ton dos comme un sol, comme une rue pour les passants. »
Commentaire
Je reprends ce troisième chant du Serviteur. Dans le deuxième chant, l'épisode dernier, on avait vu comment le Serviteur exprimait sa vocation prophétique, lui qui était appelé dès le sein maternel pour restaurer Israël, pour être une lumière pour les nations, même s'il confessait un sentiment d'échec et qu'il allait connaître l'angoisse et l'amertume. C'était ce qu'on avait lu, au verset 4 : « C'est pour rien que je me suis fatigué. »
Le troisième chant que vous avez entendu vient d'approfondir cette dynamique, mais cette fois-ci en mettant l'accent sur l'obéissance et l'amour, l'obéissance du serviteur face à la souffrance. Nouveauté aussi : il parle à la première personne. Voilà que ce Serviteur a une langue. Verset 6 :
Je n'ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
Enfin, le Messie, ce n'est pas comme si on n'en avait jamais parlé, mais c'est quand même la première fois que vous l'entendez parler. Et la première fois que le Messie prend la parole dans la Bible, c'est pour dire qu'il ne refuse pas la souffrance. Regardez comment il continue :
Le Seigneur mon Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas dérobé.
Au temps de Jésus, on aura à choisir entre deux visions du Messie. Un Messie militaire, conquérant, qui va rétablir la paix par la force. Et puis un autre Messie, souffrant, auquel personne ne veut croire, sauf Jésus. Et on se dit : mais où allait-il trouver cette idée ? Eh bien, ici, dans Isaïe. Vous venez d'entendre la première fois que Jésus a parlé.
Alors même, si on va dans le détail :
Le Seigneur mon Dieu m'a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d'une parole, soutenir celui qui est épuisé.
L'arme de ce Messie à venir, ça ne va pas être le bouclier, l'épée et la guerre, ça va être la parole. Une parole qui relève, qui soutient et qui console. C'est comme ça qu'il aura la victoire. On continue :
Chaque matin, il éveille mon oreille pour qu'en disciple j'écoute.
Le principe de son service, de sa puissance de consolation, va résider dans sa vie spirituelle, dans l'intimité qu'il va avoir avec Dieu, lui qui chaque matin va se tourner vers Dieu, et chaque matin Dieu va lui donner la parole de réconfort à dire. Vous vous en souviendrez quand on vous dira de Jésus qu'il priait la nuit et que, le matin, il partait prêcher.
Et c'est là qu'on entend le verset dont je vous avais parlé au début :
Le Seigneur mon Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
Ça veut dire que ce serviteur va connaître, de la bouche de Dieu lui-même, quelle va être sa mission. Et manifestement, c'est une mission qui sera difficile, au point même qu'il aurait presque envie de ne pas l'accomplir, comme s'il allait y laisser sa vie — mais qu'il va l'accepter. Et ensuite, on continue, c'est toujours quand même de plus en plus troublant :
J'ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe.
La docilité de ce serviteur envers Dieu, qui devient sa docilité envers les hommes, même les hommes méchants. Et qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? C'est exactement ce que saint Pierre dira de Jésus : « Insulté, il ne rendait pas l'insulte ; maltraité, il ne rendait pas l'outrage. » On continue :
Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours : c'est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages.
Malgré toutes les tortures qu'il va subir, il gardera le sentiment de sa dignité et la certitude que Dieu l'aime. C'est pourquoi, verset 7 :
C'est pourquoi j'ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.
« J'ai rendu ma face dure comme pierre. » Ici, ça indique la détermination, la force d'âme, la volonté. Et c'est exactement ce que saint Luc dira de Jésus, quand on dira de Jésus que, tournant sa face vers Jérusalem, il prit un air résolu et déterminé.
On vous dit même, verset 8 : « Celui qui me justifie est proche. » Ça veut dire qu'il y aura une justification, une réhabilitation finale de ce serviteur, malgré l'épreuve qu'il va subir. On ne sait pas encore ce que c'est. Mais ça veut dire que, même au plus profond des outrages, le salut sera à deux doigts de lui.
Vous avez vu comment on a progressé de chant du serviteur en chant du serviteur ? Comment est-ce qu'on est passé, deuxième chant, d'une vocation prophétique universelle, à maintenant, troisième chant, un chant individuel ? Une acceptation volontaire de la souffrance injuste. Même si on ne sait pas encore très bien ni pourquoi, ni comment.
Et ce n'est pas terminé, mes petits bichons. Parce que des chants du serviteur, il n'y en a pas trois, il y en a quatre. Eh oui, il y en a un autre à venir. Ça va être quoi, là ? On a déjà l'impression d'être parvenu au sommet. Eh bien non, il en reste encore un.
Non, vraiment, Isaïe, on peut en dire ce qu'on veut, vous êtes peut-être fatigué parce que c'est peut-être le cinquantième, soixantième, soixante-dixième chapitre de prophétie. Mais vous sentez bien que là, ce n'est même pas génial : c'est divin, cette affaire, cette figure du serviteur. Obscure, on ne sait pas très bien d'où ça vient, ça n'a été annoncé nulle part, c'est une sorte de hapax — et voilà que petit à petit, chant après chant, elle commence à se préciser, et à se préciser dans des termes qui sont bizarrement familiers. On attend le quatrième avec impatience.
En attendant, il est l'heure de prier.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je ne suis qu'un lointain reflet de ton Fils, je ne suis qu'un pâle écho de Jésus-Christ. Mais je te demande de ressembler, à ma toute petite mesure, mais quand même un peu, à ce serviteur.
Fais que je sois docile envers toi pour être docile envers les hommes. Qu'au mal je réponde par le bien, qu'à l'injustice je réponde par la justice, et que je sois vainqueur du mal par le bien.
Que je ne me dérobe pas à l'outrage, mais que, Seigneur, pour l'honneur de ton nom, je parvienne à l'endurer dans la vertu, dans la miséricorde, dans l'amour du prochain, dans la charité.
Seigneur, fais que cette souffrance soit pour moi le creuset dans lequel j'apprendrai et l'amour de Dieu et l'amour du prochain.
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