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Jour 213 ☾ — Par ses blessures, nous sommes guéris

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit Isaïe 52-53 : l'appel à Sion de se réveiller, l'annonce du messager qui porte la bonne nouvelle, puis le quatrième et dernier chant du Serviteur. Le commentaire montre comment Isaïe réussit un tour de force théologique en faisant converger les trois lignes du livre — messianisme royal, châtiment et consolation — dans la figure unique du Serviteur souffrant. Il détaille la structure concentrique du poème, dont le cœur est la souffrance rédemptrice, et explique l'expiation vicariale que seul Jésus achèvera par la charité. Il renonce à la prière finale pour inviter chacun à ouvrir sa Bible et méditer le texte lui-même.

Introduction

Entre Ézéchiel et Isaïe, on a du mal à suivre. Bon, là, on est dans Isaïe. Isaïe, c'est les chants du Serviteur. Tout le monde arrive à raccorder ? Là aussi, on va aller crescendo.

On commence par « Éveille-toi, éveille-toi, revêts-toi de force, Sion », Dieu qui à nouveau promet la restauration à son peuple. Vous entendrez ensuite ces versets : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle. » Mais ça, ce verset, il va être cité tel quel par saint Paul pour parler de l'œuvre missionnaire. Vous êtes dans l'Évangile, là, en ce moment, les enfants. Isaïe, c'est pour ça que les orthodoxes appellent ça le cinquième Évangile. On y est, là. Et ça a été prédit cinq siècles, six siècles, sept siècles avant Jésus-Christ. C'est incompréhensible.

On enchaînera alors directement sur le quatrième chant du Serviteur. Et là, je ne vais rien dire, parce que vous entendrez simplement — je vous signale le début — vous entendrez ces mots : « Mon serviteur réussira », dit le Seigneur. « Il montera, il s'élèvera, il sera exalté. » Quand vous entendez « Mon serviteur réussira », tout le monde ouvre grand les oreilles. Quatrième chant du Serviteur, l'apothéose, quatrième et dernier chant du Serviteur. Isaïe 52-53.

Lecture : Isaïe 52-53

Éveille-toi, éveille-toi, revêts-toi de force, Sion, revêts tes habits de splendeur, Jérusalem, ville sainte. Désormais, l'incirconcis et l'impur n'entreront plus chez toi. Secoue ta poussière, debout, Jérusalem ! Ô captive, dénoue les liens de ton cou, ô captive, fille de Sion !

Car ainsi parle le Seigneur : « Vous avez été vendus pour rien, c'est sans argent que vous serez rachetés. »

Oui, ainsi parle le Seigneur Dieu : « En Égypte, au début, mon peuple est descendu en émigré. À la fin, Assour l'a opprimé. Et maintenant, ici, que me reste-t-il — oracle du Seigneur — puisque mon peuple a été enlevé pour rien ? Ses tyrans triomphent — oracle du Seigneur — et tout au long des jours, c'est mon nom qui est bafoué. Eh bien, mon peuple saura quel est mon nom. Oui, ce jour-là, il saura que c'est moi-même qui dis : Me voici ! »

Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! »

Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble. Ils crient de joie, car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem. Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.

Allez-vous-en, allez-vous-en, sortez de là, ne touchez rien d'impur. Sortez de Babylone, devenez purs, vous qui portez les objets consacrés au Seigneur. Et n'est-ce pas en hâte que vous sortirez ? Vous n'irez pas comme des fuyards, car il marche devant vous, le Seigneur, et celui qui ferme la marche, c'est le Dieu d'Israël.

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur. Il montera, il s'élèvera, il sera exalté. La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu'il ne ressemblait plus à un homme : il n'avait plus l'apparence d'un fils d'homme. Il étonnera de même une multitude de nations. Devant lui, les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que jamais on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n'avaient jamais entendu parler.

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s'est-il révélé ? Devant le Seigneur, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride. Il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n'avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face. Et nous, nous l'avons méprisé, compté pour rien.

En fait, c'était nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos révoltes qu'il a été transpercé, à cause de nos fautes qu'il a été broyé. Et le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui. Par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, et chacun suivait son propre chemin, mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s'humilie, il n'ouvre pas la bouche. Comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s'est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches, et pourtant, il n'avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche.

Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S'il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours. Par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière. La connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C'est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part. Avec les puissants, il partagera le butin, car il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu'il portait le poids des multitudes et qu'il intercédait pour les pécheurs.

Commentaire

Étonnant, non, ce quatrième chant ? On va reprendre ça. Mais juste avant d'aller dans le détail, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais au début du livre d'Isaïe, je vous avais dit qu'il y avait une théologie messianique qui était en train d'apparaître. On avait vu cette théologie messianique avec le livre de l'Emmanuel, un enfant qui était promis. Ensuite, on avait des figures de rois qui arrivaient. Et je vous avais dit quand même : il y a un moment donné, il va falloir qu'on se mette d'accord, parce qu'il y a deux théologies dans Isaïe qui partent dans deux sens différents. Il y a d'une part une théologie messianique royale, avec un roi parfait qui va être exalté, et de l'autre côté, il y avait aussi d'énormes promesses de châtiment, de destruction, le peuple qui allait être rasé.

Voilà que maintenant, on introduit une troisième théologie, qui est une théologie de la consolation, de la restauration. On se dit : mais comment est-ce que tout ça, on va arriver à le mettre ensemble ? Et je vous avais dit : à un moment donné, Isaïe va réussir un tour de force divin, génial, inspiré. Il va réunir toutes ces théologies dans la figure d'un serviteur souffrant. Parce que ce serviteur, c'est à la fois le roi, à la fois celui qui prend sur lui le châtiment du peuple, et qui, prenant sur lui le châtiment du peuple, va le consoler.

Et vous voyez comment, là, sur cette figure-là, Isaïe a réussi le tour de force d'arriver à faire converger toutes ces théologies qui partaient dans plein de sens différents. Ce qui fait qu'on avait un peu la tête qui tournait, parce qu'on passait des prophéties royales à des promesses de bonheur, puis à des promesses de malheur. Tout ceci converge maintenant et arrive à être unifié dans la figure d'un messie parfait, d'un messie souffrant.

Premier chant : on vous parle d'un serviteur à venir qui va rétablir toute chose. Deuxième chant : on vous dit qu'il va connaître l'échec. Troisième chant : on vous dit qu'il va être torturé, mais on ne sait pas comment ni pourquoi. Et dans le quatrième chant, celui que vous venez d'entendre : changement radical de perspective. La souffrance, qui était vue comme une punition, est devenue l'instrument de la rédemption. Changement radical.

Ça veut dire que cette souffrance, dont on sentait bien qu'il allait la subir — c'étaient les chants précédents —, non seulement on sait qu'il ne la mérite pas, on sait aussi — troisième chant — qu'il va l'accepter volontairement, mais maintenant, ce qu'on a appris, c'est que c'est par ces souffrances qu'il va justifier la multitude. Ce qu'Isaïe est en train de vous décrire, c'est le mécanisme du salut. Il ne se contente pas de vous dire qu'Israël va être sauvé : il vous explique comment il va être sauvé. Ce que dira saint Pierre : c'est par ses souffrances que nous sommes guéris. On appelle ça la souffrance rédemptrice. Rédemptrice, ça veut dire qui rachète. Ici, c'était la phrase : « Il justifiera la multitude. » C'est-à-dire : eux qui étaient des pécheurs, des coupables, maintenant, ils vont devenir justes par les souffrances de ce serviteur.

Alors, pour le plaisir de rester un peu dans ce quatrième chant, je vais commencer par vous décrire comment il est organisé. En fait, vous avez comme une structure concentrique. Ce sont des strophes, il y en aura cinq au total, chacune de trois versets. Je vous la redonne rapide.

Première strophe, 52,13-15 : Dieu introduit son serviteur en proclamant sa prospérité future et son exaltation. Puis deuxième strophe : on vous parle de son humilité et de son rejet, telle une jeune pousse chétive, sans beauté ni éclat, il est méprisé et dédaigné de tous. Donc là, si vous regardez, ça fait comme une descente : on passe d'une prospérité initiale à une jeune plante chétive.

Et là, on arrive à la troisième strophe, qui est le cœur de ce chant, 53,4-6 :

En fait, c'était nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu'il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c'est à cause de nos révoltes que lui a été transpercé, à cause de nos fautes que lui a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui. Par ses blessures, nous sommes guéris.

C'est là où vous trouvez notre souffrance rédemptrice. Mais, si vous voulez, le fait qu'elle soit au cœur de ce chant, c'est-à-dire que ce n'est pas en passant, ce n'est pas par hasard qu'Isaïe a découvert ça : il a voulu la mettre au cœur de sa théologie messianique. Il ne veut pas qu'on passe à côté. C'est ça, ce que ça veut dire.

Et puis, après ce cœur, on va remonter avec deux autres strophes. Une première qui va commencer par décrire ses blessures : maltraité, il reste silencieux comme un agneau qu'on mène à l'abattoir. Et on remonte encore pour dire comment ce Dieu va le réhabiliter et l'exalter. Cinquième strophe : il verra une postérité, il prolongera ses jours, il recevra sa part avec les grands.

Donc je vous redonne le mouvement général : d'abord une descente aux enfers, le salut, la souffrance rédemptrice, et ensuite on remonte comme une réhabilitation — j'allais dire comme une résurrection.

Vu que c'est le cœur du poème, je reviens encore un petit peu sur cette souffrance rédemptrice. Vous avez ici l'idée d'une substitution, ce qu'on appelle une expiation vicariale, c'est-à-dire souffrir à la place de. Le serviteur juste qui souffre à la place du peuple fautif.

Alors, le poème ne va pas plus loin que ça. Isaïe est génial, il y a quand même des limites à son génie. Donc on affirme que cette souffrance va être transformée en bien, mais on ne vous dit pas non plus comment ça va se faire. C'est affirmé comme un mystère divinement voulu : « Il a plu au Seigneur de le briser par la souffrance. » Ça fait partie du plan de Dieu. On va extrêmement loin dans le mécanisme du salut, mais il manque encore un petit truc. Et ça, c'est ce que Jésus donnera avec la notion de charité, qui permet de comprendre pourquoi cette souffrance est rédemptrice : il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. En fait, c'est avec Jésus qu'on comprend que la souffrance est ce qui permet d'exprimer l'intensité de l'amour.

En attendant, cette souffrance, il y a encore un autre aspect qui est décrit dans Isaïe, je ne voudrais pas non plus que vous passiez à côté : c'est que cette souffrance est présentée quasiment en termes sacrificiels, d'offrande de soi. Quasiment comme une liturgie, une prière. C'était la phrase « comme un agneau qu'on amène à l'abattoir ». Même, plus précisément, un sacrifice d'expiation : c'était cette phrase, « il a livré sa vie en sacrifice pour le péché ». Et on vous dit aussi que ça va conférer une valeur d'intercession à ce juste souffrant : « il a porté les péchés de la multitude et il a intercédé pour les transgresseurs ».

Bon, écoutez, avec tout ça, je ne vais pas faire de prière. Parce que la seule prière que vous pouvez faire après le commentaire que je viens de vous faire, c'est de reprendre ce texte et de le méditer dans le texte. Donc, s'il vous plaît, faites-moi plaisir : ouvrez tous vos bibles. Vous êtes dans Isaïe 52-53, plus précisément 52,13 – 53,12. À vos bibles, et bonne prière !


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