Jour 214 ☾ — Un amour plus fort que l'infidélité
← J214 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J215 ☼ →
Résumé : Nous arrivons à la fin du livre de la consolation avec les chapitres 54 et 55 d'Isaïe. Après les chants du Serviteur, le ton change : c'est un long chant d'amour adressé à Jérusalem, femme stérile et répudiée qui retrouve fécondité et époux, puis l'annonce d'une alliance éternelle offerte gratuitement à tous ceux qui ont soif. Le commentaire s'attarde sur le mot « rédempteur », le goël hébreu — celui qui rachète sa famille en payant de sa propre poche, par tendresse et non par contrainte — et montre comment le Serviteur souffrant rachète en se donnant lui-même, pour pouvoir à nouveau épouser son peuple. La nouvelle Jérusalem aux fondations de saphir annonce déjà la Jérusalem céleste de l'Apocalypse. L'épisode se termine sur une prière que le frère avoue ne pas savoir formuler, dépassé par ce qu'il vient de lire.
Introduction
Nous arrivons dans Isaïe à la fin de cette partie qu'on appelait le livre de la consolation et qui, pour mémoire, commençait au chapitre 40 par « Consolez, consolez mon peuple », Dieu qui promet la restauration d'Israël et qui explique comment cela va se faire en appelant de l'Orient Cyrus, un conquérant militaire peut-être, mais docile ; le peuple qui a du mal à le croire, Dieu qui essaye de le convaincre malgré tout et qui, pour finalement convaincre son peuple, est obligé de lui révéler ce qu'il a derrière la tête. Et ce qu'il a derrière la tête, c'est comme une pulsation lourde qui revient : ce sont quatre chants du Serviteur qui culminent dans cette figure improbable du juste souffrant.
Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? On a presque envie d'arrêter le livre d'Isaïe ici, mais on va continuer, cette fois-ci dans une plus grande allégresse, dans une plus grande joie. Chapitre 54, verset 1 : « Cris de joie, femme stérile, toi qui n'as pas enfanté. »
Alors, je vous explique un petit peu ce que vous allez entendre. Chapitre 54, il va être question d'un chant d'amour. C'est la fin des querelles de couple et enfin la réconciliation. On a parlé du Serviteur souffrant qui justifiait la multitude des nations, et voilà qu'on vous parle d'une femme stérile. Cette femme stérile, c'est Jérusalem en exil, qui va voir des enfants arriver. Et ces enfants, c'est cette multitude que le Serviteur souffrant, par son sacrifice, a justifiée auprès de Dieu. La stérilité de cette femme devient alors sa fécondité. Et elle, qui était comme répudiée par son mari, devient à nouveau épousée par lui. Un long chant d'amour qui prépare une nouvelle Jérusalem.
Et puis, chapitre 55, il sera question encore d'autre chose, d'une alliance éternelle. Vous entendrez ces mots : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l'eau. » Ce sera un nouveau chapitre, mais malgré les apparences, on parlera encore de mariage, puisque s'il est question d'une alliance éternelle, je vous rappelle que alliance, mariage, épousailles, c'est quand même plus ou moins la même chose.
Bonne lecture, Isaïe, chapitres 54 et 55.
Lecture : Isaïe 54-55
Et au midi, ta descendance dépossèdera les nations, elle peuplera des villes désertées.
Ne crains pas, tu ne connaîtras plus la honte. Ne tiens pas compte des outrages, tu n'auras plus à rougir. Tu oublieras la honte de ta jeunesse, tu ne te rappelleras plus le déshonneur de ton veuvage. Car ton époux, c'est celui qui t'a faite. Son nom est le Seigneur de l'univers. Ton rédempteur, c'est le Saint d'Israël. Il s'appelle Dieu de toute la terre.
Oui, comme une femme abandonnée, accablée, le Seigneur te rappelle. Est-ce que l'on rejette la femme de sa jeunesse, dit ton Dieu ? Un court instant, je t'avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai. Quand ma colère a débordé, un instant, je t'avais caché ma face, mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse, dit le Seigneur, ton rédempteur.
Je ferai comme au temps de Noé, quand j'ai juré que les eaux ne submergeraient plus la terre. De même, je jure de ne plus m'irriter contre toi, de ne plus te menacer. Et même si les montagnes s'écartaient, si les collines s'ébranlaient, ma fidélité ne s'écarterait pas de toi. Mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, dit le Seigneur qui te montre sa tendresse.
Jérusalem, malheureuse, battue par la tempête, inconsolée, voici que je vais sertir tes pierres et poser tes fondations sur des saphirs. Je ferai tes créneaux avec des rubis, tes portes en cristal de roche, et ton enceinte, avec des pierres précieuses. Tes fils seront tous disciples du Seigneur et grande sera leur paix. Tu seras établie pour la justice.
Loin de toi, l'oppression, tu n'auras plus à craindre. Loin de toi, la terreur, elle ne t'approchera plus. Si l'on s'en prend à toi, moi, je n'y suis pour rien. Et quiconque s'en prend à toi, devant toi tombera.
Voici que moi, j'ai créé l'artisan qui souffle sur les braises et en retire l'arme appropriée. C'est moi aussi qui ai créé le destructeur pour ravager. Toute arme forgée contre toi restera inefficace. Toute langue qui te citera au tribunal, tu la condamneras. Telle sera la part des serviteurs du Seigneur. Telle est la justice qui leur viendra de moi, oracle du Seigneur.
Vous tous qui avez soif, venez, voici de l'eau. Même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter et consommer. Venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne vous rassasie pas ? Écoutez-moi bien et mangez de bonnes choses. Vous vous régalerez de viande savoureuse.
Prêtez l'oreille, venez à moi. Écoutez, vous vivrez. Je m'engagerai envers vous par une alliance éternelle. Ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j'en ai fait un témoin pour les peuples, un guide et un chef pour les peuples. Mais toi, tu appelleras une nation inconnue de toi. Une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur, ton Dieu, à cause du Saint d'Israël, car c'est lui qui fera ta splendeur.
Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu'il est proche. Que le méchant abandonne son chemin et l'homme perfide ses pensées. Qu'il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon.
Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins et mes pensées au-dessus de vos pensées.
La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger. Ainsi ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.
Oui, dans la joie vous partirez, vous serez conduits dans la paix. Montagnes et collines à votre passage éclateront en cris de joie et tous les arbres de la campagne applaudiront. Au lieu de la broussaille, poussera le cyprès. Au lieu de l'ortie, poussera le myrte. Le Seigneur en sera grandi et ce signe éternel sera impérissable.
Commentaire
Je reprends ces versets :
Car ton époux, c'est celui qui t'a faite. Son nom est le Seigneur de l'univers. Ton rédempteur, c'est le Saint d'Israël. Il s'appelle Dieu de toute la terre.
Ça fait plusieurs fois que j'emploie le mot de rédempteur. Ça vaut peut-être le coup d'en parler un peu plus, non ? Qu'est-ce que vous en pensez ? C'est quand même important quand il est question de notre salut. Rédempteur, qui vient du latin redemptor, qui est lui-même issu du verbe redimere, qui signifie « racheter » ou « libérer par le paiement d'un prix ». En hébreu, ça se dit goël.
Le goël, c'est celui qui veille aux biens de la famille, qui assure l'intégrité de son honneur et qui veille sur la santé économique de la famille, quitte à payer de sa propre poche. Par exemple, s'il y a un champ qui a quitté l'héritage familial et que vous avez de l'argent, vous allez le racheter pour le redonner à votre famille et vous allez vous faire goël de votre famille.
Dans l'Ancien Testament, le rédempteur par excellence, le goël que tout le monde connaît, c'est Booz. C'est lui qui rachète Ruth, qui, en rachetant Ruth et en l'épousant, restaure la lignée et la dignité de son proche parent qui était Élimélek. Et Booz ne le faisait pas par contrainte, il le faisait par amour et par bonté. Ce qui fait que le goël, c'est celui qui sauve, mais pas comme un justicier ou comme un militaire : celui qui sauve par une certaine forme de tendresse familiale qui l'oblige à payer de sa poche.
Eh bien, c'est ce modèle-là, exactement, qu'Isaïe reprend mot pour mot pour l'appliquer au mécanisme du salut et de la restauration. Je vous redonne le passage que vous avez entendu :
Ton époux, c'est celui qui t'a faite. Son nom est le Seigneur de l'univers. Ton rédempteur, c'est le Saint d'Israël.
Donc, si vous voulez, par rapport aux chants du Serviteur, on a comme l'impression d'un changement, d'un nouveau style. On était dans les souffrances, dans le mécanisme de l'expiation au dernier épisode, et voilà maintenant qu'on est à nouveau dans les épousailles. Ce qui permet d'ailleurs, de manière très belle, de montrer comment cette restauration est comparée à une alliance amoureuse, à une alliance éternelle.
Alors, ça permet de corriger un tout petit peu ce qu'il y avait dans les chants du Serviteur. On n'a pas encore la pleine révélation de la charité dans Jésus, mais ça vous montre que le Serviteur souffrant qui rachète par le sang, ce n'est pas uniquement comme une dette à payer ou comme une justice à satisfaire : c'est plutôt le goël, celui qui par tendresse familiale donne de sa personne. Je redis : qui donne de sa personne. C'est pour ça que c'est par ses souffrances que nous sommes guéris. C'est parce qu'en fait, il ne va pas racheter avec de l'argent, il rachète en s'engageant, en se donnant lui-même. Et c'est ça, le goël.
Ce n'est pas pour le plaisir mesquin de satisfaire un dieu vengeur. Non, c'est parce que la souffrance montre que c'est vous qui vous portez garant. C'est parce que la souffrance de ceux que vous voulez racheter, vous voulez la faire vôtre. Et c'est précisément ça qui permet de revenir dans le thème de l'épousaille, dans la citation que je venais de vous donner d'Isaïe. Le but du goël, à la limite, ce n'est pas de justifier, c'est de pouvoir à nouveau se marier avec vous — enfin, un Dieu avec son peuple.
Alors comment ça se fait ? Eh bien probablement, d'ailleurs, c'est comme ça que nous, on s'est convertis, en voyant le Christ sur la croix. C'est qu'en voyant les souffrances de ce juste qui va mourir d'amour pour nous, ça va tellement nous transpercer le cœur, que même cette épouse infidèle, cette épouse répudiée, cette épouse qui était dure de cœur, elle aura les entrailles transpercées, à tel point que dans son cœur stérile, à nouveau, elle tombera amoureuse de son Dieu, de son rédempteur, du Saint d'Israël, qui est mort pour elle.
D'ailleurs, dans le texte que vous venez d'entendre là d'Isaïe, c'est comme si cette épouse infidèle, en retombant amoureuse de son Créateur, avait retrouvé sa fécondité. Cette femme stérile, cette Jérusalem délaissée, qui à nouveau arrive à avoir des enfants. C'étaient les enfants, la multitude, que le Serviteur souffrant avait justifiée. C'est lui qui rend la fécondité.
C'est intéressant parce que ça permet d'aller jusqu'au bout. On vous a parlé, chapitre 54, verset 11, d'une nouvelle Jérusalem :
Jérusalem malheureuse, battue par la tempête, inconsolée, voici que je vais sertir tes pierres et poser tes fondations sur des saphirs. Je ferai tes créneaux avec des rubis, tes portes en cristal de roche.
Eh bien ça, c'est la Jérusalem céleste dont l'Apocalypse de saint Jean parlera, en disant qu'elle est comme une épouse parée pour son époux. Donc, cette Jérusalem nouvelle qui est réconciliée avec Dieu, non seulement retrouve sa beauté première, mais même en plus la gloire de la fin des temps. Ce qui vous dit qu'avec ce salut opéré par ce juste souffrant, vous accédez à la fin de la révélation, à la fin des temps. Il n'y aura plus rien après, parce que tout aura été donné : ce sera le mot ultime de l'histoire sainte.
En remarque finale : « Vous tous qui avez soif » — le désir de Dieu — « venez, voici de l'eau » — l'Esprit Saint. « Même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter et consommer » : le salut est proposé gratuitement. On continue, verset 3 : « Je m'engagerai envers vous par une alliance éternelle », c'est-à-dire, à la différence des premières alliances, qui ne pourra plus être brisée. Une alliance qui vaudra jusqu'à la fin des temps, parce que le salut opéré par ce juste sera tellement parfait qu'on ne pourra plus l'annuler.
Bon, dis donc, on ne sait pas très bien quoi dire pour la prière, mais on y va.
Prière
Dieu nous aime, tournons-nous vers lui et offrons-lui l'hommage de notre cœur. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, merci.
Ah, les enfants, je suis désolé, je ne sais pas dire quoi d'autre pour ma prière. Merci Seigneur. Je ne sais pas quoi vous dire, je suis dépassé. Merci Seigneur.
← J214 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J215 ☼ →