CapBibliqueCapBiblique

Jour 218 ☾ — Dieu combat, moi aussi !

← J218 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J219 ☼ →


Résumé : Le frère Paul-Adrien lit Isaïe 63-64, où Dieu apparaît comme un guerrier revenant d'Édom, les vêtements éclaboussés du sang de la cuve qu'il a foulée seul, suivi de la grande supplication du peuple : « Ah, si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » Le commentaire met en regard cette théophanie sanglante avec celle d'Isaïe 59, plus pacifique, et montre que ce qui les sépare — le chapitre 61 — donne la clé : le véritable combat est l'œuvre apostolique. Les deux théophanies sont inséparables : on ne peut réclamer à Dieu justice contre ses ennemis extérieurs sans prendre au sérieux l'appel à la conversion intérieure. L'épisode s'achève sur une prière pour être soi-même revêtu des armes de la justice.

Introduction

Nous retournons à Isaïe. Changement de style. On était parvenu hier au centre du Trito-Isaïe, la troisième et dernière partie du livre. Cette consolation autour de Jérusalem, Jérusalem comme une épouse avec ses pierres précieuses. Et puis maintenant que nous avons parlé de ce centre théologique, on remonte gentiment vers la conclusion finale. Ce qui fait que là, en remontant, c'est des thèmes qu'on avait déjà vus auparavant.

Ce que vous allez à nouveau voir, c'est Dieu qui se dresse comme un guerrier. Si vous vous souvenez bien, on avait déjà vu Dieu qui se revêtait du manteau de la justice, du casque du salut. Et voilà que maintenant, il part au combat. Théophanie guerrière, changement de style. Et puis après, vous verrez comment est-ce que le peuple prie Dieu et l'implore pour que Dieu vienne le sauver et pour qu'il vienne le consoler. Ah, si tu déchirais les cieux, Seigneur, si tu descendais. Isaïe, chapitres 63-64.

Lecture : Isaïe 63-64

Quel est celui qui arrive d'Édom, qui vient de Bosra, vêtu de rouge, celui-là, superbe en son habit, qui s'avance plein de force ?

— Moi, je proclame la justice et j'ai le pouvoir de sauver.

— Mais pourquoi ces habits écarlates, ce vêtement de fouleur au pressoir ?

— À la cuve, j'étais seul à fouler. Personne de mon peuple avec moi. Et je les ai foulés dans ma colère, je les ai piétinés dans ma fureur. Leur sang a giclé sur mes habits, j'ai taché tous mes vêtements.

Ce jour de vengeance, mon cœur y pensait. L'année des rédemptions était venue. J'ai regardé : personne pour m'aider. Stupéfait, je restais sans appui. Alors mon bras m'a sauvé, ma fureur fut mon appui. J'ai écrasé des peuples dans ma colère, je les ai brisés dans ma fureur et j'ai répandu à terre leur sang.

Je veux rappeler les bienfaits du Seigneur, les exploits du Seigneur, à la mesure de ce qu'il fit pour nous, sa grande bonté pour la maison d'Israël, ce qu'il fit pour eux dans sa tendresse, l'abondance de ses bienfaits.

Il avait dit : « Vraiment, ils sont mon peuple, des fils qui ne trahiront pas. » Il fut donc pour eux un sauveur dans toute leur détresse. Ce n'était ni un messager, ni un ange, mais sa face qui les sauva. Dans son amour et sa compassion, lui-même les racheta. Il s'est chargé d'eux et les a portés tous ces jours d'autrefois.

Eux se sont rebellés. Ils ont attristé son Esprit Saint. Alors il se retourna contre eux en ennemis. Lui-même leur fit la guerre.

Et l'on se souvint des jours d'autrefois, de Moïse et de son peuple. Où est-il, celui qui les fit remonter de la mer avec les pasteurs de son troupeau ? Où est celui qui mit en lui son Esprit Saint ? Où est celui qui fit avancer à la droite de Moïse son bras resplendissant, qui fendit les eaux devant eux pour se faire un nom éternel, qui les fit avancer dans les abîmes comme chevaux à travers le désert sans qu'ils trébuchent, comme on fait descendre le bétail dans la vallée ? L'Esprit du Seigneur les menait au repos. C'est ainsi que tu conduisais ton peuple pour donner splendeur à ton nom.

Du haut des cieux, regarde et vois, du haut de ta demeure sainte et resplendissante. Où sont ta jalousie et ta vaillance, le frémissement de tes entrailles, ta tendresse envers moi ? L'aurais-tu contenue ?

Pourtant, c'est toi notre Père. Abraham ne nous connaît pas, Israël ne nous reconnaît pas. C'est toi, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur depuis toujours. Tel est ton nom.

Pourquoi, Seigneur, nous laisser errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s'endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ton peuple saint n'a pas joui longtemps de ses possessions. Nos ennemis ont piétiné ton sanctuaire. Nous sommes comme des gens que tu n'aurais jamais gouvernés, sur lesquels ton nom n'est pas invoqué.

Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face, comme un feu qui enflamme les broussailles, un feu qui fait bouillonner les eaux. Ainsi tu manifesterais ton nom à tes ennemis et les nations trembleraient devant toi.

Quand tu ferais des prodiges terrifiants que nous n'espérions plus, voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n'a entendu dire, jamais on n'a ouï dire, nul œil n'a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l'attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins.

Tu étais irrité, mais nous avons encore péché et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs et tous nos actes justes n'étaient que linge souillé. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n'invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi, car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes.

Mais maintenant, Seigneur, c'est toi notre Père. Nous sommes l'argile, c'est toi qui nous façonnes, nous sommes tous l'ouvrage de ta main. Seigneur, ne t'irrite pas à l'excès, ne te rappelle pas la faute à jamais. Ah, de grâce, regarde ! Tous, nous sommes ton peuple.

Elles sont devenues un désert, tes villes saintes. Sion est devenue un désert, Jérusalem une désolation. Notre maison sainte et resplendissante, où nos pères te louaient, est devenue la proie du feu. Tout ce qui nous était cher est en ruine. Peux-tu rester insensible à cela, Seigneur ? Te taire et nous humilier à l'excès ?

Commentaire

Dieu qui repart au combat. On l'avait déjà vu. Là, on est dans Isaïe 63. Mais si vous vous souvenez bien, quelques épisodes auparavant, Isaïe 59, on avait déjà vu Dieu qui partait au combat, qui se revêtait de la cuirasse de la justice, du casque du salut, de la lance de la droiture. La seule chose, c'est qu'en Isaïe 59, il partait au combat, mais le combat n'avait pas encore eu lieu. Et là, Isaïe 63, le combat est fait. Tout le monde est mort. Tous ceux qui devaient être éclaboussés de sang ont été éclaboussés de sang.

Alors, qu'est-ce qu'il y a eu entre les deux ? Ce qu'il y a eu entre les deux, c'est ce chapitre qu'on a entendu, le chapitre 61, dont je vous ai dit que c'était le cœur. Ce qu'il y a entre les deux, c'était justement l'élan apostolique. L'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, délivrer les captifs, annoncer une année de libération. Donc le combat, le combat, c'est l'œuvre apostolique. Ça change la perspective.

Maintenant, ce n'est pas parce qu'on a dit que c'était l'œuvre apostolique qui était le véritable combat, que ça enlève quoi que ce soit à sa gravité. Parce qu'après, on vous dit qu'il y a ceux qui ont cru dans le message et qui ont changé de vie, et ceux qui n'ont pas cru dans le message et qui n'ont pas changé de vie, et qui vient avec, le jugement. J'ai foulé la cuve, seul, le sang a giclé sur mes vêtements.

En tout cas, ça vous montre l'importance de lire tous ces chapitres ensemble et de ne pas les isoler. Ces chapitres que l'on pourrait voir comme très guerriers, très militaires, la véritable clé de lecture au milieu de tout ça, c'est l'œuvre apostolique de visiter les malades et de libérer les captifs et les prisonniers. Ah, c'est sûr que c'est à la fois plus facile et à la fois plus difficile comme lecture. Parce que pour le coup, ça nous engage tous.

Autre bienfait de mettre tous ces chapitres ensemble, c'est que des théophanies militaires, guerrières, où Dieu se révèle comme un soldat, on en a eu plusieurs. On en a eu une première, Isaïe 59, où Dieu se revêtait du manteau de l'ardeur, de la cuirasse de la justice, et, entre guillemets, elle faisait moins peur. Elle n'était pas violente parce qu'on sentait que c'était pour défendre la vertu, et qu'il était question ici de combat spirituel. Non seulement elle ne faisait pas peur, mais elle était un appel dans le peuple pour que le peuple change de vie. C'est comme si c'était une théophanie morale pour nous dire que c'était à nous, à l'intérieur de notre âme, par la pénitence, par le jeûne, par le sabbat — c'était le chapitre 59-60 — de nous convertir.

Et puis on a une deuxième théophanie militaire, où Dieu se révèle comme un guerrier, dans la lecture d'aujourd'hui précisément, qui pour le coup est plus violente, plus sanguinaire. Isaïe 63. Il y a du sang partout, et en plus c'est contre des ennemis extérieurs, des nations. Donc pour le coup, on se dit : une bonne vieille guerre.

Du coup, ça vous fait deux théophanies guerrières, une qui est entre guillemets inoffensive, et puis une autre théophanie guerrière qui, pour le coup, est extrêmement violente. Mais justement, c'est là où c'est intéressant de mettre les deux ensemble, et de vous dire que vous ne pouvez pas séparer l'une de l'autre. Ça vous rappelle que vous ne pouvez pas dissocier, vous, votre effort de pénitence et de conversion intérieure d'un côté — ça, c'est la première théophanie, Dieu qui se revêt du manteau de la justice, l'appel à la conversion — et de l'autre côté, vos demandes de justice envers Dieu, votre désir de vengeance — ça, c'était la théophanie d'aujourd'hui. Vous ne pouvez pas demander à ce que Dieu vous venge de toutes les crasses qu'on vous fait dans la vie, et en même temps ne pas prendre au sérieux l'appel à la repentance intérieure. C'est le même combat. Il est simplement sur deux fronts, l'un à l'intérieur de notre âme, l'autre à l'extérieur, mais c'est le même combat, et ça doit être la même violence.

Plus tard, dans l'Apocalypse, ce combat va un petit peu changer. Il y aura le combat à l'intérieur de nous pour nous repentir du péché, et le combat à l'extérieur, c'est Dieu qui va rejeter Satan et le démon dans les ténèbres et dans l'enfer, que Dieu lui fasse sentir l'empire de sa puissance. Eh bien, mettre en regard ces deux chapitres, Isaïe 59 et Isaïe 63, vous rappelle que la violence avec laquelle Dieu va rejeter Satan en enfer, c'est cette violence-là avec laquelle vous, dans votre âme, vous devez rejeter le mal. Ça doit être la même chose. Ou, même, pour vous faire un petit peu peur : c'est avec la même violence que Dieu condamnera un jour le mal qu'il y a dans votre âme et duquel vous ne vous êtes pas repenti.

Nous, nous nous tournons vers la prière.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, renouvelle mes forces et donne-moi de partir avec toi au combat. Que ce ne soit pas seulement toi qui sois revêtu des armes de la justice, mais moi aussi, mon âme, mon cœur, mon corps ; que je sois revêtu de la lance de la droiture, du casque du salut, du bouclier de la foi, du glaive de ta parole, et que, Seigneur, je combatte le diable partout où il se trouve : dans le monde, où il essaye d'amener l'injustice ; dans mon âme, où il essaye d'amener la tentation.

Seigneur, je sais que je vais chuter dans ce combat, mais à chaque fois je te demande de me relever. Et, Seigneur, rappelle-moi le zèle de ton ardeur jalouse, et que cette ardeur jalouse, Seigneur, soit la mienne pour combattre le mal, pour poursuivre la justice et pour t'aimer, Seigneur, de tout mon cœur, de toutes mes forces, de toute mon âme.

Que je prenne soin de l'étranger, de la veuve, de l'orphelin, du pauvre, que je prenne soin de mes proches, que je prenne soin de ma famille, que je prenne soin de mes collègues, que je sois, Seigneur, l'ouvrier de ta parole, le soldat de l'Évangile, le héros de la bonne nouvelle.


← J218 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J219 ☼ →