Jour 218 ☼ — Un fleuve qui donne la vie
← J217 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J218 ☾ →
Résumé : Après avoir salué la traversée du désert des chapitres géographiques d'Ézéchiel, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 47 : l'eau qui jaillit du seuil du temple vers l'Orient, grossit de mille coudées en mille coudées jusqu'à devenir un torrent infranchissable, assainit la mer Morte et fait pousser sur ses rives des arbres qui portent des fruits chaque mois. Le commentaire déploie le symbolisme de ce fleuve : paradis retrouvé, gloire de Dieu « en version liquide », purification du cœur, étapes de la vie spirituelle (chevilles, genoux, reins, nage), pêche miraculeuse et baptême. Ce que cette eau symbolise, finalement, c'est la vie même de Dieu se répandant sur la terre par trop-plein, et le plaisir que Dieu a à vivre parmi nous. L'épisode se termine par les Proverbes 14, 26-30.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Alors oui, hier, c'était la traversée du désert. Écoutez, pour tous ceux qui sont en train de râler parce que le frère Paul-Adrien a mal fait son boulot, etc., laissez-moi vous dire une chose, mes petits cocos : c'est que si jamais je n'étais pas là, ça ferait longtemps que vous auriez craqué. Donc, remerciez-moi, tout est pour le mieux.
En tout cas, vous mesurez quand même l'ampleur du chemin qu'Ézéchiel vous a fait parcourir. Ce voyage dans l'imaginaire d'un prophète. Mais c'est ça, ce qu'il y a dans la tête d'un prophète. Et vous vous dites quand même que ces personnes-là, elles ne sont pas câblées comme nous. Elles voient des choses que nous ne voyons pas. Elles ont une imagination qui arrive à percevoir des choses que personne d'entre nous n'arrive à percevoir.
Ah ça, je vous en aurai fait voir, du pays, avec Ézéchiel ! De la gloire divine, le chariot divin. Avec Gog et Magog, la destruction finale. Avec le chérubin chassé du jardin d'Éden. Avec Ézéchiel qui se tourne sur un côté, se retourne sur un autre côté, ne parle pas pendant plusieurs années, pour finalement annoncer l'incendie et la destruction de Jérusalem. On en a fait, du chemin ensemble !
Et voilà qu'on a terminé maintenant dans une abstraction géométrique, couchée sur le papier, sur une carte de géographie. Avec le temple, un architecte divin, un ange qui portait un cordeau à mesurer, et qui, à coups de 5, de 10, de 20, de 25 000, à chaque fois à coups de chiffres parfaits, établissait la perfection sur terre. Alors oui, les chapitres auxquels nous sommes en ce moment ressemblent un peu, par leur architecture, à l'aéroport de Roissy.
Eh bien écoutez, là, dans mes petits patchs que je vous fais — là d'ailleurs, c'en est un à nouveau —, j'ai compris que c'était un programme politique. C'était une vision. Avec cette vision du temple, qui est le même qu'avant mais pas tout à fait, Ézéchiel est en train de jeter les bases, dans la mystique, de ce qu'on appellera plus tard la théologie du temple, et comment on passera de la monarchie à la théocratie. C'est plus les mêmes rapports avec le roi, c'est plus les mêmes rapports avec les tribus, c'est plus la même façon de distribuer le territoire, c'est même plus la même façon d'envisager le clergé et les rapports avec les lévites.
Alors, à travers ce patch que je fais pour vous bichonner, un mois et demi après l'avoir fait, parce que je veux que vous compreniez, moi je dis : ça mérite bien un petit soutien de votre part. N'oubliez pas le pilote, hein ! Laissez-moi vous dire que sans pilote aguerri, ça fait longtemps que vous auriez crashé l'avion sur l'ennui du texte. Donc quand même : les liens sont dans la description. Merci de votre générosité, merci de votre confiance.
Maintenant, on retourne au texte d'aujourd'hui, Ézéchiel 47. Et la vision d'aujourd'hui, extraordinaire : la vision de la source. On reprendra dans les commentaires tout le symbolisme de cette source. Mais là, avec ce que je viens de vous dire dans le petit patch, voilà ce que cette vision veut dire : c'est que si la communauté, en revenant d'exil, suit le programme mystique, théologique et politique d'Ézéchiel, ce qu'elle va refonder en revenant à Jérusalem, cette théocratie, ce sera le paradis sur terre.
Maintenant, Ézéchiel 47. Pour une fois, merci Seigneur : la création, la nature reverdie. Un très, très beau chapitre, magnifique, que tout le monde — ou peut-être pas d'ailleurs — connaît. En tout cas qu'on retrouvera quasiment tel quel dans le livre de l'Apocalypse.
Lecture : Ézéchiel 47
L'homme me fit revenir à l'entrée de la maison, et voici : sous le seuil de la maison, de l'eau jaillissait vers l'orient, puisque la façade de la maison était du côté de l'orient. L'eau descendait de dessous le côté droit de la maison, au sud de l'autel.
L'homme me fit sortir par la porte nord et me fit faire le tour par l'extérieur jusqu'à la porte qui fait face à l'orient. Et là encore, l'eau coulait du côté droit.
L'homme s'avança vers l'orient, un cordeau à la main, et il mesura une distance de mille coudées. Alors il me fit traverser l'eau : j'en avais jusqu'aux chevilles. Il mesura encore mille coudées et me fit traverser l'eau : j'en avais jusqu'aux genoux. Il mesura encore mille coudées et me fit traverser : j'en avais jusqu'aux reins. Il en mesura encore mille : c'était un torrent que je ne pouvais traverser, l'eau avait grossi, il aurait fallu nager, c'était un torrent infranchissable.
Alors il me dit : « As-tu vu, fils d'homme ? » Puis il me ramena au bord du torrent. Quand il m'eut ramené, voici qu'il y avait au bord du torrent, de chaque côté, des arbres en grand nombre.
Il me dit : « Cette eau coule vers la région de l'orient. Elle descend dans la vallée du Jourdain et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront y vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu'elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. Alors des pêcheurs se tiendront sur la rive, depuis Engaddi jusqu'à Ein-Églaïm : on y fera sécher les filets. Les espèces de poissons seront aussi nombreuses que celles de la Méditerranée. Mais ces marais et ces bassins ne seront pas assainis : ils seront réservés au sel. Au bord du chemin, sur les deux rives, toutes sortes d'arbres fruitiers pousseront. Leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits ne s'épuiseront pas. Chaque mois, ils porteront des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture et les feuilles un remède. »
Ainsi parle le Seigneur : « Voici les frontières d'après lesquelles vous partagerez le pays entre les douze tribus d'Israël, avec deux parts pour Joseph. Vous l'aurez comme héritage, chacun à part égale, car j'ai juré, la main levée, de le donner à vos pères. Ce pays vous revient en héritage.
Voici la frontière du pays. Du côté nord : depuis la Méditerranée, la route de Hethlôn, celle qui va à Sedad, Hamath, Bérota, Sibraïm, qui est entre le territoire de Damas et le territoire de Hamath, à Haçer-Hattikôn, qui est vers le territoire du Hauran. Ainsi, la frontière ira de la mer jusqu'à Haçar-Einân, le territoire de Damas étant au nord, ainsi que le territoire de Hamath : tel est le côté nord.
Du côté oriental : entre le Hauran et Damas, entre le Galaad et la terre d'Israël, le Jourdain servira de frontière jusqu'à la mer orientale, vers Tamar : tel est le côté de l'orient.
Du côté méridional, au midi : de Tamar jusqu'aux eaux de Mériba, jusqu'au torrent d'Égypte, vers la Méditerranée : tel est le côté du midi, vers le Néguev.
Et du côté occidental : la Méditerranée, depuis la frontière sud jusqu'en face de l'entrée de Hamath : tel est le côté occidental.
Vous partagerez le pays entre vous, entre les tribus d'Israël. Cela vous revient en héritage. Vous le ferez pour vous et pour les immigrés résidant parmi vous, qui ont engendré des fils parmi vous. Ils seront pour vous comme un héritage de souche au milieu des fils d'Israël, avec vous. Ils recevront une part d'héritage au milieu des tribus d'Israël. C'est dans la tribu où réside l'immigré, c'est là que vous lui donnerez sa part d'héritage — oracle du Seigneur. »
Commentaire
Le fleuve d'eau vive, que l'on retrouvera quasiment tel quel dans le livre de l'Apocalypse. Le voici qui coule vers l'Orient, en direction du jardin d'Éden. Est-ce que ce serait là, par hasard, le paradis retrouvé ? Et d'ailleurs, ce fleuve immense qui coule n'est pas sans rappeler les quatre fleuves du jardin d'Éden.
Mais ce fleuve qui coule vers l'Orient, ce n'est pas non plus un hasard : c'est par là qu'est rentrée la gloire divine. Ce qui vous indique que ce n'est pas le temple qui est la source d'eau vive, c'est la présence de Dieu. Dieu, venant à nouveau habiter ce temple, fait couler de lui la source des bénédictions.
On nous dit encore que ce fleuve jaillit du seuil du temple vers l'Orient. Et là, nouveau motif encore : on trouvera Jésus, son côté transpercé duquel jaillit et l'esprit et l'eau. Donc c'est peut-être pas mal de partir de là, de vous rappeler que ce temple symbolise à la fois la montagne, le lieu de la révélation — Isaïe —, symbolise aussi le jardin d'Éden, et symbolise un homme, un messie parfait. Et c'est de là que jaillit le fleuve. Et je dis « jaillir » : c'est pas qu'il coule, c'est qu'il jaillit, ce qui exprime une plénitude de vie. C'est d'un trop-plein que la bénédiction vient.
Continuons. De l'eau qui coule vers l'est. Normalement, la gloire de Dieu, le symbolisme premier, c'est la lumière. Et la lumière qui vient de l'est pour habiter dans le temple, c'est la lumière qui vient dans le temple, mais ce qui en sort, c'est de l'eau, vers l'est. C'est la gloire de Dieu, si vous voulez, mais c'est en version liquide. La lumière illumine l'intelligence, l'eau purifie le cœur. Ce qui, là encore, reprend l'alliance prédite par Ézéchiel au chapitre 36 :
Je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés de toutes vos idoles, je vous purifierai.
Ce pouvoir de purification, d'ailleurs, se retrouvera quand on vous dit que l'eau, en se jetant dans la mer Morte, a le pouvoir d'assainir cette mer. Ce qui est assez curieux d'ailleurs, parce que si j'ai mon regard en termes géologiques, le fait que la mer Morte ait un degré de salinité trop élevé pour y abriter la vie, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas suffisamment d'eau qui se jette en elle, c'est plutôt parce qu'il n'y a aucune eau qui sorte d'elle. En fait, le seul moyen pour l'eau de sortir de la mer Morte, c'est par l'évaporation, ce qui explique pourquoi il y a de plus en plus de sel. Enfin, le but n'est pas de nous faire une explication géologique sur la salinité de la mer Morte : on aura compris l'idée, le but est de montrer le pouvoir de purification de cette eau.
C'est une eau qui, d'ailleurs, va croissante. Au fur et à mesure qu'on avance, Ézéchiel qui pénètre dans le flot, l'eau qui s'approfondit graduellement lorsqu'il avance : d'abord aux mollets, puis aux genoux, puis aux reins, puis ça devient un torrent à nager — ce qui vous montre la profondeur croissante de la bénédiction divine. Plus on fréquente ce torrent, plus on le laisse couler, plus on chemine à ses côtés, et plus son pouvoir grandit en nous. C'est comme si on vous suggérait certaines étapes dans la vie spirituelle. On ne sait pas exactement ce que ça symbolise, mais : d'abord les débutants, les mollets ; puis les genoux, les progressants ; puis les reins, ceux qui sont déjà affermis ; puis le torrent à nager, ça c'est les parfaits, c'est ceux qui sont entièrement immergés en Dieu.
Et puis on vous dit que cette rivière aura le pouvoir de porter la vie là où elle se trouve. Il y aura des arbres avec des feuilles qui guérissent des maladies — ça, c'est la lutte contre le mal — et dont les fruits nourrissent — ça, c'est sustenter la vie éternelle. Vous aurez des poissons en quantité dans l'eau : ça, c'est l'image des âmes abondantes qui appartiennent à Dieu, qui appartiennent à la mer de miséricorde. Il y aura aussi du sel qui sera conservé dans des marais. Le sel, ici, c'est l'image de l'éternité, ce qui conserve les aliments.
Alors évidemment, tout ça, pour un chrétien, ça veut dire beaucoup de choses. Je vous ai déjà parlé de l'eau qui jaillissait du côté du Christ, mais le fleuve qui grossit, ça va devenir plus tard le baptême. Et puis je vous ai parlé des poissons, qui symbolisent la pêche miraculeuse, l'effort missionnaire qui vient donner des âmes à Dieu.
Tout cela est vrai, mais la question à 100 points qui reste, c'est : c'est quoi, cette eau ? Eh bien, quand vous mettez tout ça ensemble — un paradis retrouvé, un pouvoir de purification, le pouvoir de donner la vie —, ce qui reste, c'est que cette eau qui coule, dans laquelle plus on s'immerge dedans et plus on est vivant, et plus elle grossit… ce que cette eau symbolise, c'est la vie même de Dieu. C'est comme si, du temple de Jérusalem, c'était la vie de Dieu qui allait être donnée et qui allait se répandre sur la terre entière comme une fontaine.
Pour nous, ce sera plus tard l'Esprit. Mais je ne voudrais pas qu'on aille trop vite sur la notion d'Esprit. Je voudrais qu'on garde en tête cette image d'un fleuve jaillissant, d'une fontaine qui s'écoule librement, gratuitement, éternellement, comme si c'était du trop-plein de sa vie que Dieu finissait par bénir le monde. Ce qui est symbolisé ici, à travers ce fleuve, c'est le plaisir que Dieu a à vivre parmi nous.
Proverbes 14,26-30
La crainte du Seigneur assure puissamment. Il est un refuge pour ses enfants.
La crainte du Seigneur est source de vie. Elle détourne des pièges mortels.
Un peuple nombreux donne prestige au roi. Le déclin de la population consterne le prince.
L'homme patient a du discernement. L'impulsif arbore sa folie.
Un cœur paisible est vie pour le corps. La passion est un cancer pour les os.
← J217 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J218 ☾ →