Jour 224 ☼ — Le bélier, le bouc et la profanation
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 8 du livre de Daniel, le frère Paul-Adrien situe d'abord les repères historiques nécessaires : Babylone, Cyrus le Grand, puis les empires qui se succèdent. La vision du bélier à deux cornes et du bouc venu d'Occident opère un zoom sur l'empire perse et sur celui d'Alexandre le Grand, démembré entre ses quatre généraux. Le commentaire déplie la petite corne issue de l'empire séleucide : Antiochos Épiphane, qui profanera le Temple en y installant Zeus — l'abomination de la désolation. Le tournis que donne ce texte est voulu : c'est celui du peuple juif voyant les empires se succéder sans répit.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Les visions s'enchaînent et foutent de plus en plus les pétoches. On va continuer avec une nouvelle vision qui agit cette fois-ci comme un zoom. Un zoom sur les deux dernières bêtes. Dans notre dernière vision, l'avant-dernière bête, c'était la panthère, l'empire perse. Et la toute dernière, c'était un monstre de corne qui représentait l'empire d'Alexandre le Grand. Là, on va reprendre leur histoire à travers un bélier et un bouc.
Donc, avant la vision, petit récap historique pour ne pas que vous soyez perdus. Parce que les apocalypses, c'est très beau, mais je peux vous dire qu'il y en a, du boulot, dans ces commentaires. Vous ne le sentez pas, mais en fait, c'est simple : il y a une semaine entière à éplucher les livres d'une bibliothèque qui se trouve à l'abbaye des Prémontrés de Mondaye, que je salue au passage et à qui je dédicace ce commentaire.
Donc, avant notre bélier et notre bouc, petit récap. On a vu qu'il y avait d'abord l'empire babylonien, qui a exilé tout ce beau monde à Babylone, et qui va être renversé par une coalition perse-mède. On est en moins 539. C'est Cyrus le Grand. Cyrus le Grand, on l'aime. Parce que Cyrus le Grand, c'est lui qui va permettre au peuple juif de retourner à Jérusalem. Il est ce messie païen qu'Isaïe avait prédit.
Ça, c'était le début du livre de Daniel. On se focalisait plutôt là-dessus. Maintenant, on est sur la deuxième moitié, la fin du livre de Daniel. Et maintenant, on se focalise plutôt sur les derniers empires, parce que là, le peuple juif, quand il reviendra à Jérusalem, ils vont souffrir. Donc, on s'intéresse à cette époque-là. Mais là, dans l'ordre de la narration — que tout le monde me suive bien — ça n'a pas encore eu lieu. Donc, on est au futur.
Donc, on commence avec une bête : un bélier qui a deux cornes, une grande corne, une petite corne. Certaines notes de bas de page disent qu'il s'agit d'un rhinocéros. Non, non, non. Il s'agit de la coalition perse-mède pour renverser Babylone. Sauf que c'est la Perse qui va avoir le dessus et qui va annexer la Médie. Pour la petite histoire et le plaisir de vous perdre dans les détails, la capitale de la Médie, c'était Ecbatane. C'est là où on était partis avec le livre de Tobie. Fin de la parenthèse.
Alors, de cet empire perse, s'il y a un nom à retenir — je l'ai déjà dit, mais la pédagogie étant l'art de la répétition, je le redis — c'est Cyrus le Grand. Nabuchodonosor, Babylone. Cyrus le Grand, Perse. Nabuchodonosor, c'est celui qui exile le peuple juif à Babylone. Cyrus le Perse, c'est lui qui conquiert Babylone et qui, dans un acte de mansuétude, permet au peuple juif de revenir à Jérusalem. Donc Cyrus le Grand, on l'aime.
Bon, je vous ai parlé de la première bête, le bélier. Il va y en avoir une deuxième qui va arriver, le bouc. Alors, on reprendra ça après la lecture. Pour l'instant, vous avez juste besoin de savoir que ce bouc, ça va être Alexandre le Grand et ses successeurs.
Lecture : Daniel 8
La troisième année du règne du roi Balthazar, une vision m'est apparue, à moi, Daniel, après celle qui m'était apparue précédemment. Je regardais, et voici que, dans la vision, j'étais à Suse, la citadelle, dans la province d'Élam, près de la rivière Oulaï.
Je levai les yeux, et voici que je vis un bélier se tenant face à la rivière. Il avait deux cornes, deux hautes cornes, mais l'une plus haute que l'autre, et la plus haute se dressa en dernier. Je vis le bélier donner des coups de corne vers l'ouest, vers le nord, vers le sud. Aucune bête ne pouvait tenir devant lui. Personne ne pouvait lui échapper. Il agissait selon son bon plaisir et ne cessait de grandir.
Moi, j'étais en train de réfléchir, et voici qu'un bouc arriva de l'Occident, survolant toute la terre sans toucher le sol. Il avait une corne imposante entre les yeux. Il s'approcha du bélier à deux cornes que j'avais vu dressé face à la rivière, et se rua vers lui de toute sa force. Je le vis atteindre le bélier et se mettre en rage contre lui, puis le frapper et briser ses deux cornes. Le bélier n'avait pas la force de lui faire face. Il le jeta à terre et le piétina. Personne ne pouvait en délivrer le bélier.
Le bouc ne cessait de croître. Mais au sommet de sa puissance, la grande corne se brisa. Quatre cornes imposantes poussèrent à sa place, orientées vers les quatre points cardinaux. De l'une d'elles, une toute petite corne sortit, mais qui grandit vers le sud, vers l'est et vers le pays magnifique.
Elle grandit jusqu'à l'armée du ciel. Elle terrassa une partie de cette armée et des étoiles. Elle les piétina. Elle grandit même jusqu'au chef de l'armée. Le sacrifice perpétuel fut retiré à celui-ci et les fondations de son lieu saint furent renversées. Et une armée fut postée contre le sacrifice perpétuel de façon perverse. La corne jeta la vérité par terre. Ce qu'elle entreprit, elle le réussit.
Un être saint parla, je l'entendis. Et un autre saint lui répondit : « Combien de temps verrons-nous le sacrifice perpétuel retiré, la perversité dévastatrice, le sanctuaire livré, l'armée piétinée ? » Il lui dit : « Encore deux mille trois cents soirs et matins, et le lieu saint sera rétabli dans ses droits. »
Tandis que moi, Daniel, je regardais la vision en cherchant à comprendre, voici que se tenait en face de moi quelqu'un ayant l'apparence d'un homme. Et j'entendis la voix de l'homme entre les rives de l'Oulaï. Il cria : « Gabriel, fais-lui comprendre la vision. » Il s'avança vers le lieu où je me tenais. À son approche, je fus effrayé et je tombai face contre terre. Il me dit : « Fils d'homme, comprends : la vision concerne le temps de la fin. »
Tandis qu'il me parlait, je m'évanouis, la face contre terre. Il me toucha, il me fit mettre debout à l'endroit où j'étais. Il dit : « Je vais te faire savoir ce qui arrivera au terme de la colère, car la fin est pour le moment fixé. Le bélier aux deux cornes que tu as vues, ce sont les deux rois de Médie et de Perse. Le bouc velu, c'est le roi de Grèce, et la grande corne entre ses yeux, c'est le premier roi. Si elle s'est brisée et que quatre ont surgi à sa place, c'est que quatre royaumes surgiront de sa nation, mais sans avoir sa force.
Au terme de leur règne, quand les pécheurs auront atteint le comble de leur perversité, se lèvera un roi au visage fier et sachant pénétrer les énigmes. Sa puissance se renforcera, mais non par sa propre puissance. Il opérera des destructions prodigieuses. Il réussira dans ce qu'il entreprendra. Il détruira des puissants et le peuple des saints. Par son habileté, il assurera le succès de ses tromperies. Son cœur s'enflera d'orgueil, et dans la tranquillité, il détruira une multitude. Il se dressera contre le prince des princes, mais il sera brisé sans l'intervention de personne. Ce que tu as vu et ce qui a été dit au sujet des soirs et des matins, c'est la vérité. Mais toi, garde secrète la vision, car elle concerne des jours lointains. »
Et moi, Daniel, je m'évanouis, et je fus malade pendant plusieurs jours. Puis je me levai et accomplis mon office auprès du roi. J'étais terrifié par ce que j'avais vu, mais personne ne comprenait.
Commentaire
Bon, vous avez survécu. C'est compliqué, ça, mais Daniel, c'est notoirement compliqué. Mais vous avez vu que cette sorte de grand film d'horreur qu'est ce livre, c'est extraordinaire. Je reprends avec vous les grands éléments. C'est important, parce que c'est un peu tôt, là, mais on est en train de vous peindre les grandes étapes historiques qui vont arriver pour le peuple quand il va revenir d'exil. Donc préparez-vous, parce que ça, après, on le reverra en long, en large et en travers dans le livre des Maccabées, dans Judith, etc.
Si vous avez le tournis, c'est normal. C'est voulu. C'est ce même tournis qu'avait le peuple juif en exil, et qui voyait tous les grands empires se succéder les uns après les autres. Ils n'avaient même pas le temps de souffler qu'il y en avait un nouveau qui arrivait. Ils devaient être complètement perdus. Ils sont passés de l'Assyrie à Babylone, aux Mèdes, aux Perses. Mettez-vous à leur place. Alors, ils essayent de mettre de l'ordre dans tout ça et de voir ce que ça veut dire. Ce que ça veut dire, c'est Daniel.
Donc là, dans cette vision, on avait un zoom sur les deux derniers empires, parce que c'est vraiment eux qui vont occuper le devant de la scène pendant plusieurs siècles. L'empire perse, avec ce bélier. Et puis ce bouc qui vient de l'ouest, de la Macédoine, qui est Alexandre le Grand. Méfiez-vous des boucs ! Ça n'a l'air de rien, on se dit : un bouc, c'est pas méchant comme bête. Ouh ! Ça peut être très mauvais, un bouc. Croyez-moi.
Donc, des dates : les Perses, c'était Cyrus le Grand, moins 539. Alexandre le Grand, lui, il meurt deux siècles après, moins 323. Alexandre, il vient quasiment de nulle part, de Macédoine, et en quelques décennies, il conquiert tout. Tout. De l'Égypte jusqu'à l'Indus. Je vous cite le texte :
Le bouc avait une corne imposante entre les yeux.
Ça, c'est Alexandre le Grand.
Il s'approcha du bélier à deux cornes que j'avais vu dressé face à la rivière, et se rua vers lui de toute sa force. Je le vis atteindre le bélier et se mettre en rage contre lui, le frapper et briser ses deux cornes.
Perse et Médie. Et puis… pouf ! Verset 9 :
Le bouc ne cessait de croître, mais au sommet de sa puissance, la grande corne se brisa.
Alexandre le Grand qui, d'épuisement, une crise de malaria probablement, meurt. Sauf qu'Alexandre, qui était pourtant un génie de l'organisation — ce n'était pas seulement un conquérant militaire, il avait tout bien organisé, il avait repris les satrapies, etc. —, il n'a pas eu le temps d'asseoir sa dynastie. Du coup, c'est ses généraux qui vont se partager le gâteau. Il y en aura quatre. Pour ne pas trop vous perdre, je ne vous les donne pas ; il y en a juste un à retenir, qu'on appelle l'empire séleucide, du nom de Séleucos, un général d'Alexandre le Grand, qui va se situer en Asie Mineure, du côté de la Syrie. Et c'est vraiment cet empire qui va ennuyer très fortement le peuple juif de retour à Jérusalem.
Donc, la vision mettait un coup de projecteur sur cet empire séleucide. Vous aurez un Antiochos le Grand, qui va réussir à agrandir énormément l'empire jusqu'à pouvoir annexer Jérusalem. Oui, parce que depuis Cyrus, les Juifs sont revenus à Jérusalem, ils ont rebâti le Temple, et là, maintenant, ils viennent à nouveau d'être envahis par un autre empire. Au début, ça se passe bien, jusqu'à ce qu'Antiochos Épiphane arrive.
Là, c'est pareil : si jamais il y a un nom à retenir, c'est Antiochos Épiphane. Je suis d'accord, ça en fait beaucoup, entre Nabuchodonosor, Cyrus le Grand, Antiochos Épiphane. Mais cet Antiochos Épiphane, c'est lui le grand méchant. Alors là, c'est vraiment lui celui que les Juifs vont détester par-dessus tout. Antiochos Épiphane, c'est quelqu'un qui pense que, pour unifier son empire, il a besoin d'une culture et d'une religion commune, à savoir l'hellénisme. Il va imposer le culte des dieux grecs à Jérusalem. Quand je vous dis qu'il va l'imposer, ça veut dire qu'il va investir le Temple, et à l'intérieur du Temple, il va mettre une statue de Zeus, et on va sacrifier des cochons devant l'autel de Zeus. Vous imaginez que ça va leur plaire, aux Juifs !
C'est ce qui, dans le texte que vous venez d'entendre, était appelé l'abomination de la désolation. C'est peut-être une expression qui vous dit quelque chose : on la retrouvera dans la bouche de Jésus. L'abomination de la désolation, c'est Antiochos Épiphane. Antiochos Épiphane, lui, pour le coup, sa mort, 164 avant Jésus-Christ.
Dans le texte, ça vous donne ça. Je reprends à Alexandre le Grand, le bouc. Le bouc se brise dans sa puissance : ça, c'est l'empire d'Alexandre le Grand.
Quatre cornes imposantes poussèrent à sa place
Ça, c'est les quatre royaumes issus des quatre généraux d'Alexandre le Grand.
orientées vers les quatre points cardinaux. De l'une d'elles…
Ça, c'est l'empire séleucide, l'Asie Mineure, la Syrie.
…une toute petite corne sortit, mais qui grandit vers le sud…
Ils annexent Israël.
…vers l'est et vers le pays magnifique.
Ça, c'est : ils annexent la Terre promise.
Elle grandit jusqu'à l'armée du ciel. Elle terrassa une partie de cette armée et des étoiles. Elle les piétina.
Ça, c'est la guerre contre les Juifs.
Elle grandit même jusqu'au chef de l'armée.
Ça, elle parvient au Saint des Saints.
Le sacrifice perpétuel fut retiré à celui-ci et les fondations de son lieu saint furent renversées.
Alors, ça fait peut-être beaucoup d'informations, donc vous avez peut-être la tête qui tourne. Je le redis : ce tournis est en partie voulu. Si vous oubliez des choses, pas de panique, on aura le temps de revoir.
Proverbes 15,21-25
L'écervelé se complaît dans sa bêtise. L'homme intelligent, lui, va droit son chemin.
Sans concertation, le projet avorte. Un conseil élargi lui donne consistance.
Quel plaisir de trouver la répartie ! Qu'elle est bonne, la parole qui tombe à pic !
Pour l'homme avisé, le sentier de vie est une montée. Il évite ainsi la descente au séjour des morts.
La maison des orgueilleux, le Seigneur la renverse. Il fixe les bornes du terrain de la veuve.
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