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Jour 226 ☼ — Esther : conte ou apocalypse déguisée ?

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Résumé : Après Daniel, le frère Paul-Adrien ouvre le livre d'Esther et nous emmène à Suse, capitale de l'Empire perse, auprès des Juifs restés en diaspora. Le chapitre 1 plante le décor : les banquets fastueux d'Assuérus, le refus de la reine Vasti de paraître, et le décret irrévocable qui la destitue. Le commentaire propose trois niveaux de lecture : le premier degré kitsch et fantasmatique, la farce ironique qui moquerait la cour perse, et enfin la lecture qu'il retient — Esther comme un conte apocalyptique, qui dévoile en germe la vision de la femme drapée de soleil écrasant le serpent.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Bienvenue dans un nouveau livre aujourd'hui, le livre d'Esther. Je me suis dit qu'après Daniel, qui est quand même assez lourd, ça allait faire du bien de prendre quelque chose de plus léger, non ? Qu'est-ce que vous en pensez ? Et puis, ça marche assez bien dans ma chronologie.

Avec Ézéchiel, avec Isaïe, on était dans l'exil à Babylone. Avec Daniel, on était à cheval entre Babylone, quand Daniel avait commencé sa carrière de mage, et puis l'Empire perse : on a vu comment il terminait sous l'empire de Cyrus. Et on voyait que Daniel était en train de nous décrire tous les événements qui allaient arriver par-delà l'Empire perse, quand les Juifs allaient revenir à Jérusalem. De fait, Cyrus va publier un célèbre édit permettant aux Juifs de revenir à Jérusalem, 538 avant Jésus-Christ. Une partie des Juifs est donc revenue à Jérusalem pour la reconstruire. On en parlera bientôt, il y aura des livres entiers consacrés à leur aventure.

Mais nous, pour l'instant, on va encore rester un petit peu du côté de l'exil, parce que tout le monde n'est pas revenu. Je vous amène dans ce livre du côté de Suse. Suse, c'est la nouvelle capitale de l'Empire. Cette fois-ci, ce n'est plus l'Empire babylonien, c'est l'Empire perse, on a dit, qui lui avait succédé. Nous arrivons au cœur de ce grand empire. Suse, pour que tout le monde repère bien, vous êtes du côté de l'Iran, dans le sud-ouest de l'Iran, près de la frontière avec l'Irak. Bon, mais l'Iran n'existe pas encore : pour l'instant, c'est l'Empire perse.

Beaucoup de Juifs sont restés dans ce qu'on appelle la diaspora, et ce sont leurs aventures, à travers les yeux d'une jeune fille, Esther, que nous allons suivre. L'empereur désormais ne s'appelle plus Cyrus le Grand. Dans le livre, il s'appelle Assuérus, que l'on identifie parfois à Artaxerxès, même si, vous verrez, ce n'est pas vraiment à proprement parler un livre historique.

Aujourd'hui, nous plantons le décor. Esther, chapitre 1.

Lecture : Esther 1

C'était au temps d'Assuérus, cet Assuérus qui régnait sur cent vingt-sept provinces depuis l'Inde jusqu'à l'Éthiopie. En ces jours-là, comme le roi Assuérus siégeait sur son trône royal, qui est à Suse, la citadelle, la troisième année de son règne, il donna en sa présence un banquet pour tous ses princes et ses serviteurs, les chefs de l'armée de Perse et de Médie, les nobles et les gouverneurs des provinces. Il voulait leur montrer la richesse de sa gloire royale et la splendeur de sa grande magnificence, pendant de longs jours, cent quatre-vingts jours durant.

Après cette période, pour toute la population de Suse, la citadelle, pour les gens importants comme pour les humbles, le roi donna un banquet de sept jours dans la cour du jardin du palais royal. Des tentures blanches et violettes étaient attachées par des cordelettes de lin et de pourpre à des anneaux d'argent et à des colonnes de marbre fin. Pour le banquet, des lits d'or et d'argent étaient posés sur un pavement de porphyre, de marbre blanc, de nacre et de marbre noir. On servait à boire dans des vases d'or de différentes formes, et le vin du roi était versé avec une libéralité royale. La règle était de boire sans contrainte, car le roi avait ordonné à tous les maîtres d'hôtel de servir selon le bon plaisir de chacun.

La reine Vasti avait également organisé un banquet pour les femmes dans le palais du roi Assuérus.

Le septième jour, alors que le roi avait le cœur joyeux sous l'effet du vin, il donna l'ordre à Mehouman, à Bizeta, à Harbona, à Bigta, à Abgata, à Zétar et à Carkas, les sept eunuques qui étaient au service du roi Assuérus, de faire venir devant le roi la reine Vasti, portant sa couronne royale, pour montrer sa beauté au peuple et aux princes, car elle était agréable à voir. Mais la reine Vasti refusa de venir, selon l'ordre du roi transmis par les eunuques. Le roi en fut très irrité, et sa colère s'enflamma.

Le roi s'adressa alors aux sages qui avaient la connaissance des temps, car toute affaire royale devait aller devant les spécialistes de la loi et du droit. Les plus proches étaient Carchena, Chétar, Admata, Tarchich, Mérès, Marsena et Mémoukane, les sept chefs de Perse et de Médie, qui voyaient la face du roi et siégeaient au premier rang du royaume. Il leur dit que faire, conformément à la loi, pour punir la reine Vasti de n'avoir pas obéi à l'ordre d'Assuérus transmis par les eunuques.

Mémoukane prit la parole en présence du roi et de ses princes : « Ce n'est pas seulement contre le roi que la reine Vasti a mal agi, mais contre tous les princes et contre tous les peuples dans toutes les provinces du roi Assuérus, car son attitude sera connue de toutes les femmes et leur fera mépriser leur mari, quand on leur dira : "Le roi Assuérus avait ordonné de faire venir la reine Vasti en sa présence, et elle n'est pas venue." Dès lors, aujourd'hui, les princesses de Perse et de Médie qui auront entendu parler de l'attitude de la reine vont se mettre à répliquer à tous les princes du roi, et ce ne seront que mépris et colère. Si le roi le trouve bon, qu'il publie une ordonnance royale qui sera inscrite dans la loi de Perse et de Médie et sera irrévocable. Selon cette ordonnance, Vasti ne paraîtra plus en présence du roi Assuérus, qui donnera son titre de reine à une autre, meilleure qu'elle. Et le décret que le roi aura publié sera connu dans tout son royaume, si grand soit-il. Alors toutes les femmes auront du respect pour leur mari, du plus important au plus humble. »

Cette proposition plut au roi et aux princes. Et le roi agit selon le conseil de Mémoukane. Il envoya des lettres dans toutes ses provinces, pour chaque province selon son écriture, et pour chaque peuple selon sa langue, afin que tout homme, parlant la langue de son peuple, fût maître dans sa maison.

Commentaire

On voyage, hein ! Esther, malgré les apparences, est beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît. Et la manière dont vous le lisez en dira peut-être un peu plus sur vous, sur la manière dont vous regardez les femmes. Vous allez voir avec mon explication.

La première façon de lire Esther, en tout cas celle que j'avais quand j'avais douze ans, et peut-être même quand j'en avais vingt-cinq, c'était de prendre ça au premier degré, quoi. Et de fait, quand j'avais douze ans, je le lisais au premier degré — même quand j'en avais vingt-cinq d'ailleurs — et, sans me l'avouer à moi-même, j'étais secrètement amoureux de la princesse Esther. Et il n'y a pas que moi ! YouTube aussi est rempli de films qui prennent tout ce livre-là au premier degré. Et le roi est beau ! Et la reine est belle ! Et il y a des colliers d'or ! Il y a des parfums ! Il y a d'immenses palais ! Il y a des harems ! Et il y en a pour tout et partout ! Et ça dégouline d'or de tous les côtés ! Amour, gloire et beauté !

Et ça m'amuse, parce que maintenant que je suis devenu vieux, je m'aperçois que cette lecture au premier degré du livre d'Esther transforme ce conte en fantasme et l'imaginaire en kitsch. Sauf que, comme je vous le disais, comme je suis devenu vieux, j'ai appris à regarder dans le texte : il y a quand même un ou deux trucs qui ne collent pas, en tout cas qui nous choquent. Assuérus qui demande à la reine Vasti de venir, et la reine Vasti qui refuse de venir. On se dit : « Bah, elle a bien fait ! C'est quoi ce petit despote là ? C'est quoi ce petit homme qui pense qu'il est le maître de sa femme et qui, sur un claquement de doigts, la fait venir ? Allez hop, montre-nous ta beauté ! » Puis on se dit : « Mais d'ailleurs, c'est qui, cet Assuérus ? Il passe son temps à boire ! Est-ce que c'est comme ça qu'on gouverne un empire ? »

Alors on passe à un deuxième niveau de lecture. Cette fois-ci, on n'est plus dans le kitsch, on se dit : est-ce que le livre d'Esther, ce n'est pas en fait une farce ? Quelque chose de l'ordre de l'ironie, qui se moque de l'Empire perse sans le dire. Et on exagère l'or, les parfums, l'argent, comme pour se moquer encore plus de cette cour impériale. Comment est-ce qu'il faut que ces hommes soient si peu sûrs d'eux que, dès qu'une femme refuse de venir, il faille faire un édit qui couvre l'ensemble de la terre, et tout l'appareil d'État qui vient pour défendre le patriarcat ?

Sauf que… sauf que… à force de devenir vieux, on trouve que cette nouvelle manière de lire Esther s'avère aussi singulièrement courte. On se dit : mais est-ce que, quand même, dans le texte, il y a un moment donné où on dit ouvertement une parole méchante contre Assuérus ? On s'aperçoit qu'il n'y a rien d'explicite. Pour quelqu'un qui passe son temps à boire et à banqueter, moi, il me paraît singulièrement sobre et réfléchi, lui dont le premier mouvement de colère n'est pas de renvoyer tout de suite Vasti, mais de s'enquérir auprès des sages de ce qu'il faudrait faire. On n'est pas dans un caprice, là.

Et Vasti qui refuse de venir. Mais qui fait un caprice ici, le roi ou la reine ? Évidemment, on ne vous dit pas pourquoi elle refuse. Donc nous, on imagine le pire : on imagine que c'était l'empereur qui voulait se moquer d'elle, ou qui voulait l'exploiter, ou qui voulait la réduire à son statut de femme. Mais rien dans tout le texte qu'on entendra ne justifie une pareille interprétation. Enfin, je ne vais pas spoiler, mais vous allez voir qu'Assuérus se comporte bien vis-à-vis d'Esther. Donc, est-ce que ce n'est pas plutôt nous, à vouloir plaquer tout de suite nos questions modernes sur le patriarcat et les rapports hommes-femmes, qui sommes en train de déformer ce que dit le texte ?

Alors, je suis désolé pour tous ceux qui voudraient que la Bible remette tout, tout de suite, en cause. Un jour, le patriarcat sera remis en cause. Eh bien, pas là. Il va falloir attendre encore un peu. Ça arrivera dans le Nouveau Testament, avec Jésus, avec saint Paul, qui va affirmer la pleine et entière égale dignité et de l'homme et de la femme. Bon, c'est peut-être dommage, mais voilà quoi, on n'a pas dit non plus qu'Esther était le sommet de la Révélation. En attendant, ce n'est pas une raison pour déformer le texte.

Mais alors, du coup, comment est-ce qu'on va lire Esther ? Est-ce qu'il faut en revenir à une lecture au premier degré, où on va se mettre tout d'un coup à rêver parce qu'on trouve que le kitsch, c'est beau ? Eh bien, je pense qu'il existe encore un troisième degré de lecture, et pour le coup, c'est celui qui me parle. C'est d'envisager Esther… — je vous l'ai mis juste après Daniel, il y a une raison — c'est d'envisager Esther comme un livre apocalyptique.

Oh ! Encore ! On va encore avoir un livre apocalyptique ! On va avoir les révélations et les songes avec des monstres horribles ! Non, pas dans le livre d'Esther. Le livre d'Esther, c'est un conte. Alors, comment est-ce qu'on peut être à la fois un conte et un conte apocalyptique ? Eh bien, c'est là où ça devient intéressant. Apocalyptique, ça veut dire qu'il révèle le secret de l'histoire, qu'il y a une vision cachée, sous-jacente dans ce texte. Et de fait, je pense qu'il y en a une.

Je vous spoile, et tant pis : je pense que, de manière très précise, il y a une vision qu'on va voir dans le livre de l'Apocalypse, à la fin de la Bible, et qu'on retrouve ici en germe. Cette vision, c'est celle d'une femme dans le ciel, drapée par le soleil, et qui écrase le serpent par son talon. Je pense que cette vision, que peut-être vous connaissez dans l'Apocalypse, c'est elle qui parcourt le livre d'Esther.

Sauf que, à la différence de Daniel, ça ne va pas être un mage, un prophète ou un visionnaire qui tout d'un coup va être ravi en esprit pour voyager dans des mondes extraordinaires et avoir des visions hallucinantes, pour nous démontrer cette vision à coups de monstres hybrides, de statues. Non, ça va être une autre manière de voyager. On va vous emmener par-delà le voile, on va vous dévoiler l'histoire, mais en vous prenant par la main avec un conte. On va vous raconter une histoire. Il était une fois… Et c'est comme ça qu'on vous introduit dans cette vision.

Il était une fois une cour impériale avec sept eunuques — comme plus tard il y aura au ciel les sept esprits qui servent Dieu. Il était une fois des lois immuables qu'on ne pouvait pas révoquer — comme dans le cosmos, il y a un gouvernement et des lois qui gouvernent le cours de toute chose. Il était une fois un banquet extraordinaire qui durait six mois — comme avant, il y avait le banquet dans le jardin d'Éden, et comme plus tard, à la fin des temps, il y aura le festin des noces. Il était une fois un royaume avec cent vingt-sept satrapies — dans l'Empire perse, il n'y en avait que trente, mais là, tout d'un coup, on vous montre l'étendue de l'univers en entier. On est en train de vous parler d'or, de parfum, dans tout un vocabulaire qui évoque la liturgie du Temple.

Oui, le livre d'Esther, ce n'est pas un fantasme kitsch, ce n'est pas une farce ironique : c'est un songe déguisé sous forme de conte.

Proverbes 15,30-33

Un regard lumineux réjouit le cœur, une bonne nouvelle donne des forces.

Qui sait écouter les leçons de la vie aura sa place parmi les sages. Qui refuse l'éducation se méprise lui-même, qui écoute les leçons gagne en intelligence.

La crainte du Seigneur est école de sagesse ; avant les honneurs, l'humilité.


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