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Jour 226 ☾ — Esther, beauté cachée et mission royale

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 2 du livre d'Esther : le roi Assuérus fait rassembler les jeunes filles du royaume, Esther, orpheline juive élevée par son cousin Mardochée, est choisie et devient reine sans révéler son origine, tandis que Mardochée déjoue un complot contre le roi. Le commentaire met en garde contre les « mauvaises portes d'entrée » dans le texte — le roi cochon, le rapt patriarcal — et propose deux bonnes portes : la question des exilés juifs qui jouent le jeu de l'empire, et la symbolique des noms. Esther renvoie à Ishtar et au myrte, Mardochée à Mardouk et surtout à Saül, fils de Kish, de la tribu de Benjamin. L'épisode se termine par une prière pour être, dans son pays, le charme secret et la loyauté du service.

Introduction

Allez, vite, vite, vite, vite, vite ! Esther, chapitre 2. Entrée en scène d'Esther.

Lecture : Esther 2

Après ces événements, quand la colère du roi Assuérus se fut apaisée, il se souvint de Vasti, de sa conduite et des décisions prises à son sujet.

Les gens qui étaient au service du roi dirent alors : « Qu'on cherche pour le roi des jeunes filles vierges, agréables à voir. Qu'il établisse dans toutes les provinces de son royaume des commissaires pour rassembler à Suse, la citadelle, dans la maison des femmes, toutes les jeunes filles vierges et agréables à voir, sous l'autorité de Hégué, eunuque du roi, gardien des femmes, qui leur donnera ce qui est nécessaire à leur toilette. La jeune fille qui plaira au roi deviendra reine à la place de Vasti. » Le roi le suivit.

Or, il y avait dans Suse, la citadelle, un juif du nom de Mardochée, fils de Jaïr, fils de Shiméï, fils de Kish, homme de Benjamin. Il avait été emmené de Jérusalem par le roi de Babylone Nabuchodonosor, parmi les captifs déportés avec Jékonias, roi de Juda. Il élevait alors Hadassa, c'est-à-dire Esther, fille de son oncle, qui était orpheline de père et de mère. La jeune fille avait belle prestance et était agréable à voir. À la mort de son père et de sa mère, Mardochée l'avait adoptée comme fille.

Lorsque fut connu l'ordre du roi et son édit, de nombreuses jeunes filles furent rassemblées à Suse, la citadelle, sous l'autorité de Hégué. Esther fut choisie parmi elles et conduite dans la maison du roi, sous l'autorité de Hégué. La jeune fille lui plut et gagna sa faveur. Il s'empressa de lui donner ce qui était nécessaire à sa toilette et à sa subsistance. Il lui attribua sept suivantes venant de la maison du roi et l'installa avec ses suivantes dans le meilleur appartement de la maison des femmes.

Esther n'avait révélé ni son peuple ni son origine, car Mardochée le lui avait interdit. Chaque jour, Mardochée passait devant la cour de la maison des femmes pour savoir comment allait Esther et comment on la traitait.

Chaque jeune fille devait se présenter à son tour au roi Assuérus au terme d'une année où elle avait accompli son temps réglementaire de préparation. Pendant six mois, elle usait d'huile de myrrhe, et pendant six mois, de baume et de crème de beauté pour les femmes. Quand elle se présentait au roi, chaque jeune fille obtenait tout ce qu'elle demandait pour l'emporter avec elle. Elle s'y rendait le soir, et le lendemain matin, elle passait dans la seconde maison des femmes, sous l'autorité de Shaashgaz, l'eunuque royal chargé des concubines. Elle ne revenait pas chez le roi, à moins que le roi ne la désire et ne la rappelle nommément.

Pour Esther, fille d'Abihaïl, l'oncle de ce Mardochée qui l'avait adoptée comme fille, quand vint le tour de se rendre chez le roi, elle ne demanda rien d'autre que ce qu'avait indiqué Hégué, l'eunuque du roi, gardien des femmes. Et Esther gagnait la bienveillance de tous ceux qui la voyaient.

Esther fut amenée au roi Assuérus, au palais royal, au dixième mois, qui est le mois de Tébeth, la septième année de son règne. Et le roi la préféra à toutes les autres femmes. Elle gagna sa bienveillance et sa faveur plus que toutes les autres jeunes filles. Il mit sur sa tête la couronne royale et la fit reine à la place de Vasti.

Le roi fit alors un grand banquet pour ses princes et ses serviteurs, le banquet d'Esther. Il accorda des allègements aux provinces et fit des largesses avec une libéralité royale.

Esther n'avait révélé ni son origine ni son peuple, comme le lui avait ordonné Mardochée. Elle exécutait l'ordre de Mardochée comme au temps où elle était sous sa tutelle.

En ces jours-là, tandis que Mardochée était assis à la porte du roi, Bigtane et Téresh, deux eunuques du roi qui faisaient partie de la garde du Seuil, furent irrités et cherchèrent à porter la main sur le roi Assuérus. L'affaire fut connue de Mardochée, qui la révéla à la reine Esther, et celle-ci en informa le roi au nom de Mardochée. Le fait ayant été vérifié et reconnu exact, les deux hommes furent pendus à une potence, et l'histoire fut relatée dans le livre des chroniques royales.

Commentaire

Attention à la manière dont vous rentrez dans un texte. Il y a des bonnes portes, il y a des mauvaises portes.

Commençons par les mauvaises portes. On pourrait se dire qu'Assuérus, au premier mouvement, se retrouve une femme : il ne pense vraiment qu'à boire et au sexe, grand cochon ! C'est une mauvaise porte d'entrée dans le texte, parce que ce que vous dit le texte, c'est exactement le contraire. Ce que vous dit le texte, c'est qu'Assuérus prend le temps de se calmer, demande conseil, et ensuite implémente une politique. Encore une fois, il paraît singulièrement sage.

Et inversement, attention aussi à la manière dont on regarde Esther. Il ne faut pas plaquer trop vite nos préjugés modernes sur le texte. Parce que généralement, le premier mouvement, c'est de se dire : « Ah oui, mais pauvre petite bichette, là ! Elle s'est fait prendre de force. » Et on imagine des mamelouks à dos de chameau qui viennent ravir les femmes pour les emporter dans un harem, baïonnette au poing. J'ai mélangé les images, mais vous avez compris l'idée. Ce n'est pas ce que dit le texte.

Alors oui, le texte utilise un passif pour dire qu'Esther fut emmenée. En attendant, ils ne paraissent pas singulièrement rebelles. Et il ne faut pas imaginer que les harems, on les remplit à coups de baïonnettes dans un empire. On ne va pas prendre la pauvresse du coin pour l'enrôler de force : on va voir dans les hautes familles, dans les familles nobles, c'est là qu'on recrute pour le harem. Et évidemment, Mardochée, qui est un haut fonctionnaire royal, il avait mille et une manières de soustraire Esther au rapt supposé des jeunes filles. Donc c'est encore cette question du patriarcat qui pourrait revenir, qui est, je maintiens, une mauvaise porte d'entrée dans le texte. Parce que ce que vous dit le texte, là encore, c'est autre chose.

À la place de ça, on voit quoi ? Eh bien, on voit Esther et Mardochée qui jouent le jeu de l'empire. Mardochée, il n'est pas du tout critique envers le roi ; il sauve même sa vie. On voit une Esther qui n'est pas en train de dire : « Moi, attention, il y a des règles pour ma nourriture, il y a des choses que j'ai le droit de manger, que je n'ai pas le droit de manger. » On n'en parle même pas. On la voit quoi, au contraire ? Qui prend conseil auprès de l'eunuque pour plaire au roi. Et elle le fait de manière consciencieuse. Et l'un et l'autre sont là pour servir l'empire.

Je ne dis pas que la situation ne pose pas de problème, au contraire. Mais ce n'est pas la question que pose le texte. Attendez le Nouveau Testament pour que les femmes aient la liberté de choisir leur conjoint. Je suis désolé, ça ne s'est pas fait avant. Donc ça, ce seraient les mauvaises portes, qui nous feraient rentrer dans le texte d'une telle manière qu'on finirait par le déformer en lui imposant nos questions à nous.

Alors, c'est quoi maintenant, les bonnes portes ? La première bonne porte d'entrée, c'est de voir la question que ce texte pose. Et la question qu'il pose, en fait, n'a pas beaucoup changé : c'est la même que celle qu'il y avait dans Daniel. Qu'est-ce qu'il se passe quand des exilés juifs jouent le jeu de l'empire ? Quand vous prenez les meilleurs des juifs avec le meilleur de la cour impériale et que vous mettez tout ça ensemble dans un rapport de bonne amitié, qu'est-ce que ça va donner ? Avec Daniel, c'était la question de la magie, des sages et des rêves à interpréter. Ici, ça va être la question politique et des jeux de pouvoir. Mais c'est toujours la même chose : c'est Dieu qui, à travers les juifs exilés à Babylone, maintenant ici en Perse, va en profiter.

Et deuxième bonne porte d'entrée pour comprendre le texte : le nom des protagonistes. Vous allez voir, ça va nous amener assez loin. Esther fait penser à la déesse Ishtar, la déesse de la fécondité et de la beauté. Et de fait, ce sont ces attributs-là qu'Esther va incarner. Mardochée, lui, Mardokaï, fait penser à un autre nom d'une autre divinité mésopotamienne : Mardouk, le grand dieu qui, au début, n'était pas le grand dieu, mais qui ensuite a livré un combat pour délivrer les autres dieux. Et de fait, on verra aussi que Mardochée est inscrit dans une lutte de pouvoir ici. Donc il y a peut-être plus derrière Esther et Mardochée que simplement Esther et Mardochée : il y a comme une lutte cosmique où les dieux sont en jeu. Ça, c'est la symbolique côté païen, côté babylonien et perse.

La symbolique de leur nom côté juif, c'est autre chose. Esther, Hadassa, « myrte » en hébreu, elle symbolise évidemment le peuple juif, dont la beauté est légendaire, et qu'on vous présente ici comme une jeune fille vierge, c'est-à-dire qui a retrouvé sa pureté et son innocence devant Dieu, qui n'est pas souillée par l'idolâtrie. C'est l'Israël que Dieu aime et qu'il veut sauver. Esther qui rentre dans le harem, c'est le peuple juif qui, maintenant, participe au concert des nations. Ça va être quoi, leur rôle dans l'univers entier, dans un empire qui peut-être leur échappe, mais dont pourtant ils sont le charme et le secret cachés ?

Mardochée, lui, sa symbolique côté hébraïque est très, très belle. On vous dit qu'il était fils de Shiméï, fils de Kish, de la tribu de Benjamin. Ça, si vous avez une bonne mémoire, ça vous dit des choses. Qui était fils de Kish, et qui a eu comme fils Shiméï, et qui était issu de la tribu de Benjamin ? Le premier roi juif. Vous allez me dire : David ? Non, il n'était pas issu de la tribu de Benjamin, il était issu de la tribu de Juda. Non, non, non, non, non. Le tout premier roi juif, c'était qui ? C'était Saül, le Benjaminite, fils de Kish, père de Shiméï. Mardochée est son lointain successeur. Alors maintenant, vous mettez ça dans un coin de votre tête, parce que ça aura son importance plus tard.

Nous terminons notre épisode par une courte prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie le pays dans lequel je suis. Je te demande, Seigneur, de ne pas jouer la carte du particularisme et du communautarisme, ou plutôt, je te demande, Seigneur, de pouvoir mettre ma communauté, mes traditions, au service d'un pays qui me dépasse.

Je te demande, Seigneur, d'être dans le pays où je suis le charme secret, la perle rare qui, aux yeux de Dieu, donne le prix et la beauté de mon pays.

Je te demande, Seigneur, de ne pas rater ma mission devant l'évolution d'un pays dans lequel je ne me reconnais pas. Je te demande, Seigneur, de ne pas avoir de l'amertume dans un pays qui rejette ma communauté.

Je te demande, Seigneur, d'être comme Esther, ce qui fait la beauté d'un peuple ; d'être comme Mardochée, celui qui fait la loyauté par son service ; et de sauver par mon dévouement, et mon amour, et ma générosité, le pays dans lequel je vis. Ce sera, Seigneur, ma manière de te servir.


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