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Jour 227 ☼ — Un monstre sans cornes : Haman

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 3 et 4 du livre d'Esther : Haman, humilié par le refus de Mardochée de se prosterner, obtient du roi Assuérus un édit d'extermination de tous les Juifs de l'empire, et Mardochée supplie Esther d'intercéder auprès du roi au péril de sa vie. Le commentaire s'attache à trois protagonistes : Dieu, jamais nommé dans le texte hébreu — énigme laissée ouverte —, Haman, descendant d'Agag roi des Amalécites, et Mardochée, descendant de Saül qui avait épargné Agag. Haman est présenté comme le mal à l'état pur, concentré de haine incarné dans une figure solitaire, préfiguration de l'antichrist. L'épisode se termine sur la parole magnifique de Mardochée à Esther et sur quelques Proverbes.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Vite, vite, vite, vite, vite ! On continue notre conte apocalyptique. Alors, bah oui, c'est sûr que c'est plus facile que Daniel. Daniel, les visions, elles se méritent, et là, on rentre comme dans du beurre. Ah, écoutez, chaque genre a sa beauté. Daniel, je n'ai pas eu le temps de dire la moitié de ce que je voulais dire, c'est extraordinaire. En attendant, ne boudons pas notre plaisir.

Cette fois-ci, deux chapitres : Esther 3 et 4. Bonne lecture.

Lecture : Esther 3-4

Après ces événements, le roi Assuérus distingua Haman, fils de Hammedata, du pays d'Agag. Il l'éleva en dignité et lui accorda la prééminence sur tous les princes, ses collègues. Tous les serviteurs du roi qui étaient de service à la porte du roi s'agenouillaient et se prosternaient devant Haman. Ainsi en avait ordonné le roi. Mais Mardochée ne s'agenouillait pas et ne se prosternait pas.

Et les serviteurs du roi qui étaient de service à la porte du roi dirent à Mardochée : « Pourquoi transgresses-tu l'ordre du roi ? » Mais ils avaient beau le lui répéter tous les jours, il ne les écoutait pas. Ils le dénoncèrent à Haman pour voir si Mardochée persisterait dans son attitude. Il leur avait fait connaître, en effet, qu'il était juif.

Haman constata que Mardochée ne s'agenouillait pas et ne se prosternait pas devant lui. Il fut rempli de fureur. Comme on lui avait appris de quel peuple était Mardochée, il dédaigna de porter la main sur lui seul, et il résolut de faire disparaître, avec Mardochée, tous les Juifs qui étaient établis dans le royaume d'Assuérus.

L'an douze du règne d'Assuérus, au premier mois, qui est le mois de Nisan, on tira au sort — nommé le « pour » — en présence de Haman, chaque jour et chaque mois, et le sort tomba sur le douzième mois, qui est le mois nommé Adar.

Haman dit au roi Assuérus : « Il y a un peuple à part, dispersé au milieu des peuples dans toutes les provinces de ton royaume. Ses lois ne ressemblent à celles d'aucun autre peuple, et ils n'observent pas les lois du roi. Le roi n'a pas intérêt à les laisser en paix. S'il plaît au roi, qu'il donne par écrit l'ordre de les faire périr. Et sur leurs biens, je ferai compter par les fonctionnaires dix mille talents d'argent à remettre au trésor royal. »

Le roi ôta alors son anneau de sa main et le donna à Haman, fils de Hammedata, du pays d'Agag, l'ennemi des Juifs. Le roi dit à Haman : « Je t'abandonne l'argent, le peuple aussi, pour en faire comme bon te semblera. »

Les scribes du roi furent alors appelés, le treizième jour du premier mois, et tout ce que Haman avait ordonné, on l'écrivit aux satrapes du roi, au gouverneur qui était dans chaque province, au prince de chaque peuple, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue. On écrivit au nom du roi Assuérus et on scella le document avec l'anneau royal. Et des lettres furent envoyées par l'entremise de courriers à toutes les provinces royales, ordonnant d'exterminer, de tuer, de faire périr tous les Juifs, depuis les jeunes jusqu'aux vieillards, les femmes comme les enfants, en un seul jour, le treizième jour du douzième mois, qui est le mois nommé Adar, et de piller leurs biens.

La copie de ce document, destiné à être promulgué comme loi dans chaque province, fut publiée dans toutes les populations afin qu'elles soient prêtes pour ce jour-là. Ainsi, sur l'ordre du roi, les courriers partirent en hâte et la loi fut publiée à Suse-la-Citadelle. Et le roi et Haman étaient assis et buvaient, tandis que la ville de Suse était bouleversée.

Dès qu'il apprit tout ce qui venait d'arriver, Mardochée déchira ses vêtements, se couvrit de cendres et d'une toile à sac. Il parcourut la ville en poussant un grand cri de douleur. Il alla jusqu'en face de la porte du roi, car nul ne pouvait franchir la porte du roi revêtu d'une toile à sac.

Dans toutes les provinces, partout où était parvenu l'ordre du roi et son édit, ce fut parmi les Juifs un grand deuil : jeûnes, larmes, lamentations ; beaucoup se couchèrent sur le sac et sur la cendre.

Les servantes d'Esther, ainsi que ses eunuques, l'avertirent, et la reine en fut toute bouleversée. Elle fit envoyer des vêtements à Mardochée pour qu'il les mette et enlève son sac. Mais il refusa.

Esther appela Hataq, l'un des eunuques que le roi avait placés auprès d'elle, et lui donna l'ordre d'aller trouver Mardochée pour savoir ce qui se passait et les raisons de sa conduite. Hataq se rendit auprès de Mardochée, sur la place de la ville, en face de la porte du roi. Mardochée l'informa de tout ce qui lui était arrivé et du montant de la somme d'argent qu'Haman avait proposé de verser au trésor royal en échange de l'extermination des Juifs. Il lui remit une copie de l'édit promulgué à Suse pour les anéantir. Il chargea Hataq de le montrer à Esther pour qu'elle soit informée, et il enjoignait à la reine d'aller chez le roi pour implorer sa grâce et plaider devant lui la cause de son peuple.

Hataq revint et rapporta à Esther les paroles de Mardochée. Elle ordonna à Hataq de lui répondre : « Tous les serviteurs du roi et les habitants des provinces royales savent bien que pour quiconque, homme ou femme, qui se rend auprès du roi, dans la cour intérieure, sans avoir été convoqué, il n'y a qu'une seule loi : la mort. Sauf celui auquel le roi tend son sceptre d'or : il a la vie sauve. Moi-même, cela fait trente jours que je n'ai pas été convoquée chez le roi. »

Les paroles d'Esther furent transmises à Mardochée, qui lui fit répondre à son tour : « Ne t'imagine pas que, parce que tu es dans la maison du roi, tu en réchapperas seule parmi les Juifs. Car si tu persistes à te taire aujourd'hui, c'est d'un autre lieu que viendront pour les Juifs soulagement et délivrance, et toi et la maison de ton père, vous périrez. Et qui sait si ce n'est pas en vue d'une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ? »

Esther fit répondre à Mardochée : « Va, rassemble tous les Juifs qui se trouvent à Suse. Jeûnez pour moi : ne mangez pas, ne buvez pas pendant trois jours, nuit et jour. Moi aussi, je jeûnerai, et aussi mes servantes. C'est alors que j'irai chez le roi, en dépit de la loi. Et s'il faut périr, je périrai. »

Mardochée se retira et fit tout ce qu'Esther lui avait ordonné.

Commentaire

Reprenons protagoniste par protagoniste. Et d'abord, je voudrais parler d'un protagoniste dont on ne parle pas. Eh oui, parce qu'il y a quand même quelque chose de curieux dans ce texte : c'est un texte biblique dans lequel on ne parle pas de Dieu. Nulle part il n'est fait mention de Dieu. À tel point, d'ailleurs, que ça a dû choquer finalement les rédacteurs de la Bible qui, dans la version grecque des Septante, ont rajouté de longues prières, et à Mardochée, et à Esther. Nous, on se base sur le texte hébraïque, donc je ne vous les ai pas mises, mais je vous mettrai des extraits de ces prières à la fin des épisodes.

Donc, on ne parle pas de Dieu. Pourquoi ne parle-t-on pas de Dieu ? Je ne vous donne pas la réponse tout de suite. Pour l'instant, c'est juste sous forme d'énigme que je vous pose cette question. Voilà pour notre premier protagoniste qui, forcément, est présent dans le texte : Dieu, mais qui brille par son absence. Pourquoi ?

Passons maintenant à notre deuxième protagoniste qui, lui, ne brille pas par son absence, mais par sa méchanceté. Il s'agit évidemment de Haman, fils de Hammedata, du pays d'Agag. Alors, si vous êtes très forts en Bible, ça devrait vous dire des choses, parce que tout a un sens, une symbolique, quand même, dans la Bible. Agag était un roi. Donc Haman, fils de Hammedata, du pays d'Agag, est quelqu'un qui descend, ou en tout cas qui est issu, de ce royaume du roi Agag.

Agag, vous allez me dire : mais inconnu au bataillon. Eh bien non ! Agag, il est connu. Agag, il était même connu de manière très précise dans le premier livre de Samuel. Agag, roi des Amalécites, était parti en guerre contre Saül, et Samuel avait donné l'ordre à Saül de tuer non seulement Agag, le roi des Amalécites, mais même de vouer tout le peuple des Amalécites à l'anathème. Parce que les Amalécites, ce sont les ennemis jurés. Depuis le temps de Moïse, c'est le premier peuple qui s'est mis en guerre contre les Juifs. Et Saül devait normalement sa royauté à l'extermination d'Amalek. Il avait laissé vivre Agag. C'est pour ça que Saül avait perdu la royauté : pour avoir laissé vivre Agag, roi des Amalécites, l'ennemi juré du peuple juif. Eh oui, souvenez-vous !

Et en face de lui, dans le texte, il y a qui ? Bah, je vous le donne dans le mille : il y a Mardochée. Mardochée, dont nous disions à l'épisode précédent qu'il était le lointain descendant de Shiméï, fils de Qish, un lointain descendant de Saül, qui devait tuer Agag. Hasard ? Coïncidence ? Oh non ! Je ne crois pas ! Nous sommes bien du côté de l'apocalypse. Mardochée est bien ce roi caché qui doit accomplir la vengeance divine.

De la même manière, Haman, fils d'Agag — eh bien, cet ennemi juré des Juifs, cette sorte de mal à l'état pur. On avait des monstres dans Daniel : à tête de loup, à tête d'ours, à tête de panthère. Eh bien ici, ce ne sera pas à coups de visions apocalyptiques : on est dans un conte. Ici, ce monstre, ce mal à l'état pur, il vous est dépeint à travers la figure d'un homme. Un concentré de haine et de méchanceté.

Le texte vous dit : dans le monde, il y a des hommes dont l'unique propos est de détruire la race choisie, des hommes qui vont s'organiser entre eux pour faire un complot à l'échelle d'un empire. Et vous dit le texte : tout cela va culminer dans une figure solitaire qui incarnera le mal à l'état pur à lui tout seul, Haman, fils d'Agag. Haman, il préfigure ce monstre d'iniquité déjà présent à l'œuvre dans ce monde et dont on parlera plus tard. Haman, il préfigure l'antichrist. Et je pèse mes mots.

Il nous reste encore à parler d'Esther. Mais Esther, c'est elle qui va être la principale héroïne des chapitres qui viennent, donc je garde mon petit commentaire pour le prochain épisode. Je vous relis seulement ce que Mardochée lui dit, et qui est extraordinaire, qu'il faudra qu'on commente :

« Ne t'imagine pas que, parce que tu es dans la maison du roi, tu en réchapperas seule parmi les Juifs. Si tu persistes à te taire aujourd'hui, c'est d'un autre lieu que viendront pour les Juifs soulagement et délivrance, et toi et la maison de ton père, vous périrez. »

Et, magnifique :

« Qui sait si ce n'est pas en vue d'une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ? »

Proverbes 16,1-5

Dans son cœur, l'homme propose ; par sa parole, Dieu dispose.

Chacun trouve sa conduite pure, mais le Seigneur pèse les esprits.

Le Seigneur a tout fait selon son dessein, même le méchant pour les jours de malheur.

Le Seigneur a horreur des prétentieux : promis, juré, ils ne resteront pas impunis.


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