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Jour 230 ☾ — Un miracle, une polémique, une révélation

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 5 de saint Jean, le frère Paul-Adrien lit la guérison de l'homme paralysé depuis trente-huit ans à la piscine, un jour de sabbat, puis le long discours de Jésus sur le Fils, le jugement et les témoignages. Le commentaire s'arrête sur la lâcheté de l'homme guéri qui va dénoncer son bienfaiteur, sur l'entrée mesquine des pharisiens dans l'Évangile, et sur le retournement du sens du sabbat : le jour où Dieu agit, enlève les fardeaux, remet les péchés et ressuscite. Il souligne aussi ce trait propre à Jean : en situation de polémique, Jésus en rajoute. Le signe révèle à la fois qui est Jésus et qui sont les hommes, avant de devenir une véritable catéchèse sur les motifs de croire. L'épisode se termine par la fin du chapitre 2 du Cantique des Cantiques.

Introduction

Bon, jusqu'ici ça se passait bien, on avait vu que des gens sympas. Les chapitres se suivent et ne se ressemblent pas. Saint Jean, chapitre 5.

Lecture : Jean 5

Jésus, le voyant couché là et apprenant qu'il était dans cet état depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? » Le malade lui répondit : « Seigneur, je n'ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l'eau bouillonne ; et pendant que j'y vais, un autre descend avant moi. » Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard et marche. » Et aussitôt l'homme fut guéri. Il prit son brancard, il marchait.

Or, ce jour-là était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à cet homme que Jésus avait remis sur pied : « C'est le sabbat, il ne t'est pas permis de porter ton brancard. » Il leur répliqua : « C'est celui qui m'a guéri qui m'a dit : "Prends ton brancard et marche." » Ils l'interrogèrent : « Quel est l'homme qui t'a dit : "Prends ton brancard et marche" ? » Mais celui qui avait été rétabli ne savait pas qui c'était. En effet, Jésus s'était éloigné, car il y avait foule à cet endroit.

Plus tard, Jésus le retrouve dans le temple et lui dit : « Te voilà guéri, ne pèche plus. Il pourrait t'arriver quelque chose de pire. » L'homme partit annoncer aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri. Et ceux-ci persécutaient Jésus parce qu'il avait fait cela le jour du sabbat.

Jésus leur déclara : « Mon Père est toujours à l'œuvre, et moi aussi je suis à l'œuvre. » Non seulement Jésus ne respectait pas le sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l'égal de Dieu.

Jésus reprit donc la parole. Il leur déclarait : « Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même. Il fait seulement ce qu'il voit faire par le Père. Ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement, car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore.

Ainsi a-t-il donné au Fils d'avoir, lui aussi, la vie en lui-même, et il lui a donné pouvoir d'exercer le jugement, parce qu'il est le Fils de l'homme. Ne soyez pas étonnés : l'heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix. Alors, ceux qui ont fait le bien sortiront pour ressusciter et vivre ; ceux qui ont fait le mal, pour ressusciter et être jugés.

Moi, je ne peux rien faire de moi-même. Ce n'est pas d'un homme que je reçois le témoignage ; mais je parle ainsi pour que vous soyez sauvés. Jean était la lampe qui brûle et qui brille, et vous avez voulu vous réjouir un moment à sa lumière. Mais j'ai pour moi un témoignage plus grand que celui de Jean : ce sont les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir. Et les œuvres mêmes que je fais témoignent que le Père m'a envoyé.

Et le Père qui m'a envoyé, lui, m'a rendu témoignage. Vous, vous n'avez jamais entendu sa voix, et vous n'avez jamais vu sa face. Et vous ne laissez pas sa parole demeurer en vous, puisque vous ne croyez pas en celui que le Père a envoyé. Vous scrutez les Écritures parce que vous pensez y trouver la vie éternelle ; or, ce sont les Écritures qui me rendent témoignage, et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie.

La gloire, je ne la reçois pas des hommes. D'ailleurs, je vous connais : vous n'avez pas en vous l'amour de Dieu. Moi, je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas. Qu'un autre vienne en son propre nom, celui-là, vous le recevrez. Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ?

Ne pensez pas que c'est moi qui vous accuserai devant le Père. Votre accusateur, c'est Moïse, en qui vous avez mis votre espérance. Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, car c'est à mon sujet qu'il a écrit. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? »

Commentaire

Nous avons eu la femme samaritaine, qui venait clore le premier signe entamé avec les noces de Cana. Deux femmes, l'une mariée, l'autre divorcée. Ensuite, deuxième signe, nous avons eu la guérison du fils du centurion. Et puis maintenant, troisième signe, nous avons la guérison de cet homme paralysé depuis trente-huit ans.

Ah, cet homme ! J'avoue, dans l'Évangile, il y en a que j'aime bien, il y en a que je n'aime pas trop. Et lui, il fait partie des gens que je n'aime pas trop. Je veux dire, c'est quand même fou, cette affaire. Cet homme-là qui est paralysé depuis trente-huit ans, Jésus le guérit. Et c'est quoi, son premier acte ? C'est d'aller le dénoncer. Il tombe une première fois sur les pharisiens qui disent : « Pourquoi est-ce que tu portes ton brancard le jour du sabbat ? » Il dit : « C'est l'homme qui m'a guéri. » Très bien, ça aurait pu s'arrêter là, parce qu'il ne connaît pas l'identité de Jésus. Mais plus tard, il retombe sur Jésus. Jésus lui dit : « Très bien, maintenant va, et ne pèche plus. » Ce qui, entre nous, peut aussi signifier : « Arrête de me dénoncer, parce que c'est un péché, ça. » Et lui, à ce moment-là, quand il apprend que l'identité de son sauveur, c'est Jésus, librement, de sa propre initiative, tout content de lui, il retourne voir les pharisiens pour dénoncer Jésus.

Les pharisiens, qui font ici leur entrée dans l'Évangile, petitement, j'allais dire de manière mesquine, en reprochant à un malade de porter son grabat le jour du sabbat. Vous savez, on ne peut pas faire deux fois une première impression. Il faut soigner ses entrées en scène.

La première confrontation entre les pharisiens et Jésus. Jésus, qui agit le jour du sabbat, montre par là qu'il se réclame d'une autorité équivalente, au minimum, à celle de Moïse. Et de fait, il change la signification du sabbat. Dans la Genèse, le sabbat, le septième jour, c'est quand Dieu, fatigué d'avoir créé le monde, se repose pour contempler son œuvre. Et ici, Jésus dit que le jour du sabbat, c'est le jour où, par excellence, Dieu agit. Et il agit en enlevant les fardeaux, en remettant les péchés, en donnant la vie et en ressuscitant. C'est le sens du sabbat qui a complètement changé. C'est aussi pour ça que plus tard, des juifs aux chrétiens, le jour du Seigneur passera du samedi, le sabbat, au dimanche, le jour de la Résurrection.

Sauf qu'ici, ça vous amène à une passe d'armes avec les pharisiens. Et là, c'est un trait nouveau de la psychologie de Jésus qu'on n'a que dans Jean. Vous avez déjà cette ironie, cet humour un peu moqueur que l'on avait déjà noté. Mais vous avez aussi un deuxième trait psychologique que Jean prête à Jésus, et qu'il est le seul à prêter à Jésus : en situation de polémique, Jésus en rajoute. Loin de vouloir trouver des solutions pacifiques ou de calmer les débats, Jésus y va en frontal. Donc là, par exemple, plutôt que de dire « bah oui, c'est le sabbat, mais c'est la vie aussi », là, il commence par vous dire : mais Dieu travaille le jour du sabbat, et moi aussi. La conclusion, c'est que les pharisiens maintenant pensent que Jésus réclame d'être l'égal de Dieu. Ceci dit, ils ont raison, c'est bien ce que prétend Jésus. Je vous cite :

C'est pourquoi, de plus en plus, les Juifs cherchaient à le tuer, car non seulement il ne respectait pas le sabbat, mais encore il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l'égal de Dieu.

Tiens, d'ailleurs, j'en profite pour faire une petite parenthèse. Vous avez entendu : « C'est pourquoi, de plus en plus, les Juifs cherchaient à le tuer. » Je n'apprends rien à personne, mais ça va toujours mieux en le disant : on évitera de généraliser. Les Juifs, ici, ce n'est pas tous les juifs. Je rappelle que saint Jean est juif. Les Juifs, ici, c'est les autorités juives.

Continuons de creuser notre signe. Le signe, la guérison du jour du sabbat, vous révèle plusieurs choses. D'abord, il révèle qui est Jésus, son autorité, sa puissance. Il révèle aussi ce qu'est le véritable sabbat et le véritable repos. Mais une chose inattendue que révèle ce signe : il oblige les hommes à révéler qui ils sont. Comme si un excès de lumière permettait de voir d'autant mieux l'ombre. Et en face de la générosité de Dieu se révèle cette espèce de lâcheté bizarre de cet homme malade qui vient d'être guéri et qui dénonce Jésus, ainsi que la méchanceté des pharisiens.

Et une dernière chose que révèle ce signe, ce miracle, c'est ce que signifie que de croire en Dieu. C'était tout le passage qu'il y avait après. C'est-à-dire que celui qui m'accueille accueille celui qui m'a envoyé. Croire en Jésus, c'est croire en Dieu. Croire en Jésus, c'est avoir la vie éternelle. Si vous voulez, ça ressemble à un miracle, c'est un miracle ; ça ressemble à une polémique, et c'est une polémique. Mais en réalité, c'est une catéchèse.

Et de là, on passe à la question du témoignage. Est-ce que se rendre témoignage à soi-même, c'est valide ? Est-ce que ce n'est pas valide ? Qui rend témoignage à Jésus ? Et là, vous avez une liste des motifs de croire : le témoignage des Écritures, le témoignage de ses œuvres, le témoignage de Jean le Baptiste. Bon, et là, Jésus ne parle pas aux pharisiens : c'est à vous qu'il parle. Moïse qui rend témoignage à Jésus, c'est la morale qui rend témoignage à Jésus. Les Écritures qui rendent témoignage à Jésus, c'est Jésus qui accomplit les Écritures. Les œuvres qui rendent témoignage à Jésus, c'est l'exemplarité de sa vie. Jean le Baptiste qui rend témoignage à Jésus, ce sont les grands hommes, les grands saints, les grands modèles qui reconnaissent en Jésus leur maître. C'est Jésus qui décortique tout ce qui pourrait amener un homme à croire en lui. C'est pour vous qu'il a écrit ce chapitre.

Nous terminons notre épisode du jour, notre deuxième journée avec saint Jean, par la fin du deuxième chapitre du Cantique des Cantiques.

Cantique des Cantiques 2

Elle La voix de mon bien-aimé ! C'est lui, il vient. Il bondit sur les montagnes et il court sur les collines. Mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c'est lui qui se tient derrière notre mur. Il regarde aux fenêtres, guette par le treillage.

Il parle, mon bien-aimé, il me dit :

Lui « Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens. Vois, l'hiver s'en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies. Sur la terre apparaissent les fleurs, le temps des chansons est venu, et la voix de la tourterelle s'entend sur notre terre. Le figuier a formé ses premiers fruits, la vigne en fleur exhale sa bonne odeur. Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens. Ma colombe, dans les fentes du rocher, dans les retraites escarpées, que je voie ton visage, que j'entende ta voix : ta voix est douce et ton visage charmant. »

Chœur Attrapez-nous ces renards, ces petits renards qui ravagent les vignes, car nos vignes sont en fleurs.

Elle Mon bien-aimé est à moi, et moi je suis à lui, qui mène paître ses brebis parmi les lis. Avant le souffle du jour et la fuite des ombres, toi, retourne, sois pareil à la gazelle, mon bien-aimé, au faon de la biche sur les montagnes escarpées.


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