Jour 231 ☾ — Soif d'eau vive, soif de vérité
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 7 de l'évangile selon saint Jean, le frère Paul-Adrien lit la montée secrète de Jésus à Jérusalem pour la fête des Tentes, les discussions de la foule sur son origine, et le grand cri du dernier jour de la fête : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi. » Le commentaire met en lumière une seconde architecture de l'évangile, après celle des sept signes : celle des fêtes liturgiques juives — les trois Pâques, le sabbat, la Dédicace, les Tentes — dont chacune sert à Jean de clé théologique pour dévoiler une facette de l'identité de Jésus. La libation d'eau et l'illumination du temple à Souccot éclairent ainsi les déclarations de Jésus sur l'eau vive et sur la lumière du monde : il est lui-même le rocher frappé au désert et la colonne de feu. L'épisode se termine par la fin du chapitre 3 du Cantique des Cantiques.
Introduction
Jean, chapitre 7. On en est à combien de signes ? Un : les noces de Cana. Deux : la guérison du fils du fonctionnaire. Trois : la guérison du malade depuis trente-huit ans. Quatre : la multiplication des pains. Aujourd'hui, non pas un nouveau signe, mais de nouvelles questions autour de Jésus. Et j'en profite pour attirer votre attention sur un autre principe structurant de l'évangile selon saint Jean : les fêtes liturgiques juives. Et avec ça, bonne écoute.
Lecture : Jean 7
Après cela, Jésus parcourait la Galilée. Il ne voulait pas parcourir la Judée, car les Juifs cherchaient à le tuer.
La fête juive des Tentes était proche. Alors les frères de Jésus lui dirent : « Ne reste pas ici, va en Judée, pour que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. On n'agit pas en secret quand on veut être un personnage public. Puisque tu fais de telles choses, il faut te manifester au monde. » En effet, les frères de Jésus eux-mêmes ne croyaient pas en lui.
Jésus leur dit alors : « Pour moi, le moment n'est pas encore venu, mais pour vous, c'est toujours le bon moment. Le monde ne peut pas vous haïr, mais il a de la haine contre moi, parce que je témoigne que ses œuvres sont mauvaises. Vous autres, montez à la fête. Moi, je ne monte pas à cette fête, parce que mon temps n'est pas encore venu. » Cela dit, il demeura en Galilée.
Et lorsque ses frères furent montés à Jérusalem pour la fête, il y monta lui aussi, non pas ostensiblement, mais en secret.
Les Juifs le cherchaient pendant la fête, en disant : « Où donc est-il ? » On discutait beaucoup à son sujet dans la foule. Tandis que les uns disaient : « C'est un homme de bien », d'autres répliquaient : « Mais non, il égare la foule. » Toutefois, personne ne parlait ouvertement de lui, par crainte des Juifs.
On était déjà au milieu de la semaine de la fête quand Jésus monta au temple, et là, il enseignait. Les Juifs s'étonnaient et disaient : « Comment est-il instruit, sans avoir étudié ? »
Jésus leur répondit : « Mon enseignement n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé. Quelqu'un veut-il faire la volonté de Dieu ? Il saura si cet enseignement vient de Dieu ou si je parle de ma propre initiative. Si quelqu'un parle de sa propre initiative, il cherche sa gloire personnelle. Mais si quelqu'un cherche la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est vrai, et il n'y a pas d'imposture en lui. Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi ? Et aucun de vous ne met la loi en pratique. Pourquoi cherchez-vous à me tuer ? »
La foule répondit : « Qui donc cherche à te tuer ? » Jésus leur répondit : « Pour une seule œuvre que j'ai faite, vous voilà tous dans l'étonnement. Moïse vous a donné la circoncision — en fait, elle ne venait pas de Moïse, mais des patriarches — et vous la pratiquez même le jour du sabbat. Eh bien, si le jour du sabbat un homme peut recevoir la circoncision afin que la loi de Moïse soit respectée, pourquoi vous emportez-vous contre moi parce que j'ai guéri un homme tout entier le jour du sabbat ? Ne jugez pas d'après l'apparence, mais jugez selon la justice. »
Quelques habitants de Jérusalem disaient alors : « N'est-ce pas celui qu'on cherche à tuer ? Le voilà qui parle ouvertement, et personne ne lui dit rien. Nos chefs auraient-ils vraiment reconnu que c'est lui le Christ ? Mais lui, nous savons d'où il est. Or le Christ, quand il viendra, personne ne saura d'où il est. »
Jésus répondit : « Vous me connaissez et vous savez d'où je suis. Je ne suis pas venu de moi-même, mais il est véridique, celui qui m'a envoyé, lui que vous ne connaissez pas. Moi, je le connais, parce que je viens d'auprès de lui, et c'est lui qui m'a envoyé. »
Ils cherchaient donc à l'arrêter, mais personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue. Beaucoup, dans la foule, crurent en lui et disaient : « Le Christ, quand il viendra, accomplira-t-il plus de signes que celui-ci n'en a fait ? »
Les pharisiens entendirent la foule discuter ainsi à son propos. Alors les grands prêtres et les pharisiens envoyèrent des gardes pour l'arrêter.
Jésus déclara : « Pour un peu de temps encore, je suis avec vous, puis je m'en vais auprès de celui qui m'a envoyé. Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas. Et là où je suis, vous ne pourrez pas venir. »
Les Juifs se disaient entre eux : « Va-t-il partir pour que nous ne le trouvions pas ? Va-t-il partir chez les nôtres, dispersés dans le monde grec, afin d'instruire les Grecs ? Que signifie cette parole qu'il a dite : “Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas, et là où je suis, vous ne pouvez pas venir” ? »
Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s'écria : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l'Écriture : De son cœur couleront des fleuves d'eau vive. » En disant cela, il parlait de l'Esprit Saint qu'allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, il ne pouvait pas y avoir l'Esprit, puisque Jésus n'avait pas encore été glorifié.
Dans la foule, on avait entendu ces paroles, et les uns disaient : « C'est vraiment lui, le prophète annoncé. » D'autres disaient : « C'est lui le Christ. » Mais d'autres encore : « Le Christ peut-il venir de Galilée ? L'Écriture ne dit-elle pas que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? » C'est ainsi que la foule se divisa à cause de lui. Quelques-uns d'entre eux voulaient l'arrêter, mais personne ne mit la main sur lui.
Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? » Les gardes répondirent : « Jamais un homme n'a parlé de la sorte. » Les pharisiens leur répliquèrent : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ? Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? Quant à cette foule qui ne sait rien de la loi, ce sont des maudits. »
Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit : « Notre loi permet-elle de juger un homme sans l'entendre d'abord, pour savoir ce qu'il a fait ? » Ils lui répondirent : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée. » Puis ils s'en allèrent, chacun chez soi.
Commentaire
Je vous ai parlé des signes. Sept signes qui jalonnaient, structuraient et rythmaient le récit de l'évangile selon saint Jean. Mais voici, à l'intérieur de cette structure, une autre structure, une structure liturgique : les grandes fêtes juives.
Vous avez entendu qu'il était question, dans l'épisode d'aujourd'hui, de la fête des Tentes. Eh bien, pour Jean, ce n'est pas simplement le plaisir de donner un marqueur temporel. C'est parce que ces fêtes lui permettent d'introduire des clés théologiques pour faire comprendre qui est Jésus. À chacune de ces fêtes, Jésus, dans ses discours et dans ce qu'il fait, révèle une partie de son identité. Ça, c'est une architecture symbolique et spirituelle qui va conduire progressivement le lecteur que vous êtes à la profession de foi finale, quand Thomas dira : « Mon Seigneur et mon Dieu », chapitre 20 de Jean.
Alors, ça commençait d'abord par la Pâque. Elle sera mentionnée trois fois dans l'évangile selon saint Jean. La première fois, c'était quand Jésus purifiait le temple. Ça voulait dire que Jésus, ici, se présentait comme le nouveau temple, le lieu de la présence divine. Normalement, à la Pâque, le temple, c'était en haut du mont Sinaï. Eh bien, Jésus vous dit que le mont Sinaï, entre guillemets, c'est lui. Ensuite, on a parlé une deuxième fois de la Pâque, et c'était juste avant la multiplication des pains. Jésus déclare à ce sujet-là : « Je suis le pain de vie. » Là, il reprend la thématique de la manne du désert. Et la troisième Pâque, cette fois-ci, ce sera quand Jésus sera crucifié. Et cette fois-ci, il va se présenter comme l'agneau pascal.
Donc vous voyez, trois mentions de Pâque — ce qui veut dire aussi que le ministère de Jésus a duré trois ans, parce qu'on montait chaque année pour la Pâque à Jérusalem. Dans la première, il se présente comme le temple. Dans la deuxième, comme le pain de vie. Et dans la troisième Pâque, comme l'agneau pascal.
Ensuite, on vous a parlé du sabbat. Ça, c'était à l'occasion de la guérison de cet homme malade depuis trente-huit ans. Ici, vous avez un nouveau thème qui est introduit : c'est d'abord l'autorité créatrice du Père. Jésus reprend l'œuvre de la création de Dieu et l'amène à son accomplissement dans l'œuvre de la miséricorde, en enlevant les péchés et en allégeant le fardeau.
Après, je le mentionne, même si on le verra plus tard : vous aurez la fête de la Dédicace, Hanoukka. Ça, ce sera Jean, chapitre 10. Hanoukka, dans l'Ancien Testament, c'est quand les Grecs, au temps d'Antiochus Épiphane, souilleront le temple de Jérusalem et que les Juifs devront reconsacrer le temple. C'est dans la période des Maccabées. On ne l'a pas encore lu, mais ça viendra. Ça vous a donné une fête qu'on appelle la fête de Hanoukka. Et c'est au cours de cette fête-là que Jésus dévoilera une nouvelle facette de son identité : il est le bon pasteur. Bon, mais ça, c'est pour plus tard.
Là, aujourd'hui, ce que vous avez entendu, c'est une autre fête : la fête des Tentes, Souccot. C'est à cette occasion-là que Jésus est monté à Jérusalem. Vous aviez des fêtes de pèlerinage — la Pentecôte, la Pâque, Souccot — et tout homme juif pratiquant devait monter à Jérusalem. C'est le lieu où on rend le culte à Dieu.
La fête dure huit jours. Elle est célébrée à l'automne et on y commémore la protection de Dieu pendant la traversée du désert, d'où la coutume de vivre pendant huit jours dans des tentes, des souccot. On se souvient aussi de la providence de Dieu qui avait donné l'eau dans le désert : c'était le rocher frappé par Moïse. Et puis encore, on se souvient de la colonne de feu, de la lumière qui guidait Israël la nuit.
D'où deux grands rites symboliques qui accompagnaient la fête de Souccot à l'époque de Jésus. La libation d'eau : un prêtre qui puise de l'eau à la source de Siloé et qui la verse sur l'autel, en mémoire de l'eau du rocher. Et enfin l'illumination du temple : il y avait d'immenses chandeliers qui étaient allumés dans la cour des femmes, en souvenir de la colonne de feu qui guidait le peuple dans le désert ; ils étaient allumés en grande pompe chaque jour pendant huit jours.
Moi, je vous dis ça parce que ça, c'est ce qui vous explique la phrase que vous avez entendue au verset 37 :
Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s'écria : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. »
Ça, c'est une référence au rite de l'eau dans la fête de Souccot. Ça veut dire en fait que le rocher que Moïse avait frappé au désert, ce rocher, c'était Jésus. Jésus qui, en donnant sa vie, va ouvrir son cœur pour que de l'eau, l'Esprit, soit répandu sur tout homme. Ça vous donnera le cœur transpercé sur la croix.
Ça, c'était le premier rite de Souccot, le rite de l'eau. Et vous en aviez un deuxième : la lumière. Ça vous donnera la phrase que vous entendrez demain, chapitre 8, verset 12 :
Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.
C'est carrément Jésus qui dit que la colonne de feu qui guidait le peuple au désert, c'était lui.
Et ça, vous voyez, les structures, c'est pas mal, parce que sinon, ce genre de phrase-là, qui arrive de nulle part dans l'évangile selon saint Jean, on se dit : mais pourquoi est-ce que tout d'un coup il dit qu'il est la lumière et qu'il est l'eau ? Et on ne comprend pas. Et en fait, derrière, c'est une allusion au rite liturgique. Et derrière, c'est un cours de théologie pour vous faire comprendre l'identité de Jésus.
Mais derrière, ce que ça veut dire aussi, c'est que c'est un nouveau culte qui est en train de se mettre en place. Parce que ce sont toutes les fêtes juives qui sont en train de changer de sens. Ce qu'il y a au cœur de la liturgie juive, c'était le culte rendu à Jésus. Et là, on n'est plus tout à fait dans la vie de Jésus, on est dans l'Église chrétienne qui est en train de se structurer théologiquement, liturgiquement.
Et nous terminons notre troisième journée en compagnie de Jean par la fin du troisième chapitre du Cantique des Cantiques.
Cantique des Cantiques 3
Lui
Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles, par les biches des champs, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour, avant qu'il le veuille.
Chœur
Qu'est-ce là qui monte du désert comme une colonne de fumée, odorante d'encens et de myrrhe, de tous les aromates des marchands ?
C'est la litière de Salomon. Tout autour, soixante braves, d'entre les braves d'Israël, tous armés de glaives, entraînés à la guerre, chacun son épée à la hanche, contre les terreurs de la nuit.
Le palanquin fait pour le roi Salomon est en bois du Liban. Il a fait les colonnes d'argent, le toit en or, le siège de pourpre. L'intérieur fut tapissé avec amour par les filles de Jérusalem.
Sortez et regardez, filles de Sion, le roi Salomon, avec la couronne dont sa mère le couronna au jour de ses noces, au jour de la joie de son cœur.
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