Jour 232 ☼ — Avant Abraham… Je suis
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 8 de saint Jean, le frère Paul-Adrien commence par rappeler que l'épisode de la femme adultère, absent des manuscrits anciens, n'est probablement pas de saint Jean, mais que la première Église l'a jugé si beau qu'elle l'a inséré là pour lui donner la plus grande autorité possible. Suit la longue controverse du Temple, où Jésus se dit lumière du monde, affirme la validité de son propre témoignage, renvoie ses adversaires à leur véritable paternité et conclut par le « avant qu'Abraham fût, moi, je suis ». Le commentaire suit pas à pas le déplacement constant de la logique argumentative : Jésus a toujours deux coups d'avance, ses auditeurs deux coups de retard. L'épisode se termine par le chapitre 4 du Cantique des Cantiques, offert en récompense.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean, chapitre 8. Il y aura d'abord la femme adultère, et ensuite des controverses. Je vous le dis en passant, parce que la femme adultère, qui est certainement un des plus beaux passages non seulement de l'Évangile selon saint Jean mais même des Évangiles tout court, qui est quand même l'évangile où Jésus abolit la lapidation — excusez du peu —, n'est probablement pas de saint Jean. Choc. Eh oui.
Ce passage n'est pas présent dans les manuscrits anciens, il est apparu brutalement au cours de certains manuscrits. On pense qu'il s'agit d'une tradition conservée par une Église locale, que l'on a trouvée tellement belle qu'on n'a pas pu se résoudre à la voir disparaître. On a ouvert les Évangiles au hasard et on l'a mise tantôt chez saint Luc, tantôt dans l'Évangile selon saint Jean, jusqu'à ce que l'usage se stabilise et que vous la trouviez là, au chapitre 8.
Je vous le dis non pas pour enlever du poids à ce texte-là, au contraire, pour vous montrer son importance. Il n'est peut-être pas de saint Jean, mais pour la première Église il était tellement important qu'ils n'ont pas hésité à l'insérer de manière quasi artificielle dans l'Évangile selon saint Jean, pour lui donner la plus grande autorité qu'il pouvait avoir. Et de fait, avec Jésus qui va tracer des écritures par terre, on retrouvera un lointain écho de Moïse qui gravait les tables des dix commandements.
Lecture : Jean 8
Quant à Jésus, il s'en alla au mont des Oliviers. Dès l'aurore, il retourna au Temple. Comme tout le monde venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en situation d'adultère. Ils la mettent au milieu et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser.
Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.
Eux, après avoir entendu cela, s'en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme, toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
De nouveau, Jésus leur parla : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. »
Les pharisiens lui dirent alors : « Tu te rends témoignage à toi-même, ce n'est donc pas un vrai témoignage. » Jésus leur répondit : « Oui, moi, je me rends témoignage à moi-même, et pourtant mon témoignage est vrai, car je sais d'où je suis venu et où je vais. Mais vous, vous ne savez ni d'où je viens ni où je vais. Vous, vous jugez de façon purement humaine. Moi, je ne juge personne. Et s'il m'arrive de juger, mon jugement est vrai, parce que je ne suis pas seul : j'ai avec moi le Père qui m'a envoyé. Or, il est écrit dans votre Loi que, s'il y a deux témoins, c'est un vrai témoignage. Moi, je suis à moi-même mon propre témoin, et le Père qui m'a envoyé témoigne aussi pour moi. »
Les pharisiens lui disaient : « Où est-il, ton Père ? » Jésus répondit : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. » Il prononça ces paroles alors qu'il enseignait dans le Temple, à la salle du trésor, et personne ne l'arrêta, parce que son heure n'était pas encore venue.
Jésus leur dit encore : « Je m'en vais, vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller. » Les Juifs disaient : « Veut-il donc se donner la mort, puisqu'il dit : "Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller" ? » Il leur répondit : « Vous, vous êtes d'en bas ; moi, je suis d'en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. C'est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. En effet, si vous ne croyez pas que moi, je suis, vous mourrez dans vos péchés. »
Alors ils lui demandaient : « Toi, qui es-tu ? » Jésus leur répondit : « Je n'ai pas cessé de vous le dire. À votre sujet, j'ai beaucoup à dire et à juger. D'ailleurs, celui qui m'a envoyé dit la vérité, et ce que j'ai entendu de lui, je le dis pour tout le monde. » Ils ne comprirent pas qu'il leur parlait du Père.
Jésus leur déclara : « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous comprendrez que moi, je suis, et que je ne fais rien de moi-même. Ce que je dis là, je le dis comme le Père me l'a enseigné. Celui qui m'a envoyé est avec moi ; il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. » Et sur ces paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui.
Jésus disait à ceux des Juifs qui croyaient en lui : « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples. Alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Ils lui répliquèrent : « Nous sommes la descendance d'Abraham, et nous n'avons jamais été les esclaves de qui que ce soit. Comment peux-tu dire : "Vous deviendrez libres" ? »
Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : qui commet le péché est esclave du péché. L'esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le Fils, lui, y demeure pour toujours. Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres. Je sais bien que vous êtes la descendance d'Abraham, et pourtant vous cherchez à me tuer, parce que ma parole ne trouve pas sa place en vous. Je dis ce que moi, j'ai vu auprès de mon Père, et vous aussi, vous faites ce que vous avez entendu chez votre père. »
Ils lui répliquèrent : « Notre père, c'est Abraham. » Jésus leur dit : « Si vous étiez les enfants d'Abraham, vous feriez les œuvres d'Abraham. Mais maintenant vous cherchez à me tuer, moi, un homme qui vous ai dit la vérité que j'ai entendue de Dieu. Cela, Abraham ne l'a pas fait. Vous, vous faites les œuvres de votre père. »
Ils lui dirent : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution ! Nous n'avons qu'un seul Père, c'est Dieu. » Jésus leur dit : « Si Dieu était votre Père, vous m'aimeriez, car moi, c'est de Dieu que je suis sorti et que je viens. Je ne suis pas venu de moi-même : c'est lui qui m'a envoyé. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? C'est que vous n'êtes pas capables d'entendre ma parole. Vous, vous êtes du diable, c'est lui votre père, et vous cherchez à réaliser les convoitises de votre père. Depuis le commencement, il a été un meurtrier. Il ne s'est pas tenu dans la vérité, parce qu'il n'y a pas en lui de vérité. Quand il dit le mensonge, il le tire de lui-même, parce qu'il est menteur et père du mensonge. Mais moi, parce que je vous dis la vérité, vous ne me croyez pas. Qui d'entre vous pourrait faire la preuve que j'ai péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. Et vous, vous n'écoutez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu. »
Les Juifs répliquèrent : « N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? » Jésus répondit : « Non, je n'ai pas de démon. Au contraire, j'honore mon Père, et vous, vous refusez de m'honorer. Ce n'est pas moi qui recherche la gloire ; il y en a un qui la recherche, et qui juge. Amen, amen, je vous le dis : si quelqu'un garde ma parole, jamais il ne verra la mort. »
Les Juifs lui dirent : « Maintenant, nous savons bien que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et toi, tu dis : "Si quelqu'un garde ma parole, il ne connaîtra jamais la mort." Serais-tu donc plus grand que notre père Abraham ? Il est mort, et les prophètes aussi sont morts. Pour qui te prends-tu ? »
Jésus répondit : « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien. C'est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : "Il est notre Dieu", alors que vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais. Et si je disais que je ne le connais pas, je serais comme vous, un menteur. Mais je le connais, et sa parole, je la garde. Abraham, votre père, a exulté, sachant qu'il verrait mon jour. Il l'a vu, et il s'est réjoui. »
Les Juifs lui dirent alors : « Toi qui n'as pas encore cinquante ans, tu as vu Abraham ! » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : avant qu'Abraham fût, moi, je suis. » Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter, mais Jésus se cachant, sortit du Temple.
Commentaire
Ah, alors ça, c'est du vrai saint Jean. Le vocabulaire est extrêmement simple, cinq cents mots au total, ce qui d'ailleurs lui donne un côté paradoxalement assez sacré, tellement il est simple — et en même temps on ne comprend rien. Parce que Jésus n'arrête pas de déplacer la logique argumentative : il est toujours deux coups en avance, et ses auditeurs sont toujours deux coups en retard.
Ça commence avec la phrase de Jésus qui dit qu'il est la lumière du monde — ce dont on avait parlé pour la fête de Souccot — et les pharisiens lui disent : « Tu n'as pas le droit de dire ça, tu te rends témoignage à toi-même. » On ne voit pas très bien le lien. Le lien, c'est que normalement la lumière, c'est celle qu'on suit, c'est celle qui guidait le peuple dans le désert ; et donc les pharisiens sont en train de lui dire qu'il n'a pas le droit de s'ériger en guide spirituel.
Réponse de Jésus : « Si, j'ai le droit de me rendre témoignage à moi-même, parce que je sais d'où je viens et où je vais. » On ne comprend pas, quoi. En fait, ça veut dire que Jésus vient de Dieu, qu'il retourne vers Dieu, et que donc, s'il y a quelqu'un qui doit guider le peuple, c'est bien lui, parce que le peuple doit venir de Dieu et doit retourner à Dieu. Mais en faisant ça, Jésus montre aussi qu'il vient d'ailleurs : il est déjà de nature divine. Ce que ses adversaires ne comprennent pas, et ils disent que si jamais il vient d'ailleurs et qu'il retourne ailleurs, ça veut dire qu'il va se suicider. L'écart se creuse.
Jésus leur dit : « Non, non, non, vous n'avez pas compris. » Réponse des pharisiens : « Ben, qui es-tu ? » — « Je suis. Je suis, c'est tout. » Sous-entendu : c'est le nom divin, YHWH, le nom que Dieu a donné à Moïse dans le désert, « Je suis celui qui est ». C'était moi qui parlais dans le buisson.
Réponse des Juifs : à ce moment-là, dit l'Évangile selon saint Jean, « beaucoup crurent en sa parole ». Et on se dit : mais où, quoi, comment ? C'est quoi le rapport ? Eh bien le rapport, c'est que là, à nouveau, c'est une allusion à Moïse. Ils s'étaient mis à croire et à suivre Moïse, mais seulement d'apparence — et ensuite ils avaient apostasié, ce qui vous avait donné les Juges, ce qui vous avait donné les livres des Rois. Eh bien, c'est de la même manière qu'en ce moment il y a des gens qui sont en train de croire à Jésus, mais qui ne lui obéissent pas.
D'où, réponse de Jésus : « Vous croyez croire en moi, mais en fait vous n'êtes pas libres, vous êtes des esclaves. » Et quand ils protestent qu'ils sont la descendance d'Abraham et n'ont jamais été esclaves de qui que ce soit : « Non, non, non, non, non. Comme vous commettez le mal, vous êtes esclaves du péché. Si vous êtes esclaves du péché, ça veut dire en fait que vous appartenez à celui qui fait le mal. Celui qui inspire le mal, c'est le diable. Donc votre père, c'est le diable. CQFD. »
Et Jésus qui termine par une pirouette en leur disant : « Vous croyez être les fils d'Abraham. Ah ah ! Le véritable fils d'Abraham, surprise, c'était moi. Avant qu'Abraham ne soit, je suis. Abraham a vu mon jour et il a exulté. » Ça, ça vous a donné le nom d'Isaac : Dieu a ri. Ce qui veut dire que le véritable fils que Dieu avait promis à Abraham, c'était Jésus, et qu'Abraham l'avait réalisé en voyant Isaac. Ça, ça vous donnera une phrase dans la Lettre aux Romains de saint Paul : Abraham croyait que Dieu avait le pouvoir de ressusciter les morts, et la preuve, c'est qu'il lui avait donné un fils — parce qu'en fait, le ventre de Sara était mort.
C'est compliqué. C'est l'Évangile selon saint Jean, je ne vais pas vous mentir. Et encore, je ne suis même pas sûr de moi, et pourtant je peux vous dire que j'y ai passé des heures à essayer de comprendre.
Pour vous récompenser, je vous invite à regarder le chapitre 4 du Cantique des Cantiques.
Cantique des Cantiques 4
Lui : Ah ! que tu es belle, mon amie ! Ah ! que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes au travers de ton voile. Ta chevelure, un troupeau de chèvres qui dévalent du mont Galaad. Tes dents, un troupeau de brebis tondues qui remontent du bain. Chacune a sa jumelle, nulle n'en est privée.
Comme un ruban d'écarlate, tes lèvres, tes paroles, une harmonie ; comme une moitié de grenade, ta joue au travers de ton voile.
Ton cou, la tour de David, harmonieusement élevée ; mille boucliers y sont suspendus, toutes les armes des braves. Tes seins, deux faons jumeaux d'une gazelle, ils pâturent parmi les lis.
Avant le souffle du jour et la fuite des ombres, j'irai à la montagne de la myrrhe, à la colline de l'encens.
Tu es toute belle, ô mon amie ! Nulle tache en toi.
Avec moi, du Liban, ô fiancée, avec moi du Liban tu viendras. Tu regarderas du haut de l'Amana, des hauteurs du Sanir et de l'Hermon, depuis les repaires des lions, depuis les montagnes des léopards.
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