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Jour 249 ☾ — Idolâtrie : miroir de nos illusions

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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit le livre de la Sagesse avec les chapitres 14 et 15, consacrés à la critique de l'idolâtrie : le bois du navire opposé au bois de l'idole, la naissance du culte des images à partir du deuil ou du pouvoir royal, puis le catalogue des désordres qu'engendre l'erreur sur Dieu. Le commentaire souligne la finesse anthropologique du texte — entre Lévi-Strauss et Isaïe — et sa résonance avec notre fascination pour la technique, les écrans et l'intelligence artificielle. Il rappelle enfin que connaître Dieu remet toute chose à sa place dans l'âme : c'est cela, la justification. L'épisode s'achève par une prière pour ceux que la corruption politique ou la douleur empêchent de connaître Dieu en vérité.

Introduction

Nous continuons le livre de la Sagesse. On a posé hier les fondements de la théologie rationnelle, ce qui est déjà énorme. On continue aujourd'hui sur la critique de l'idolâtrie.

Alors, avant de l'écouter, ne vous dites pas que les idolâtres, c'était les Cananéens ou les Égyptiens — enfin, plutôt les Égyptiens ici, parce que le livre de la Sagesse a été composé à Alexandrie. Je vous rappelle qu'avec notre société d'écrans, de technologies et de mondes virtuels, on se calme. Je vous rappelle aussi qu'« idolâtre », ça veut dire qui voue un culte aux images, qui voue un culte aux écrans. Du coup, en lisant ce chapitre, on peut aussi penser à nous.

Sagesse 14 et 15.

Lecture : Sagesse 14-15

Cet autre, sur le point d'appareiller pour traverser les flots sauvages, invoque un morceau de bois plus pourri que le bateau qui l'emporte. Or, ce bateau a été conçu par désir de profit, et la sagesse de l'artisan l'a construit. Mais c'est ta Providence, ô Père, qui tient la barre.

Car c'est toi qui as ouvert un chemin dans la mer, un sentier sûr au milieu des flots. Tu as montré par là que tu peux sauver de tout danger, même si l'on embarque sans être du métier. Tu veux que les œuvres de ta sagesse ne restent pas stériles. C'est pourquoi des hommes osent confier leur vie à un peu de bois, et traversant la mer houleuse sur un radeau, ils restent sains et saufs.

Ainsi, aux origines, quand périssaient des géants orgueilleux, l'espoir du monde, se réfugiant sur un radeau, préserva une semence pour de nouvelles générations, car c'est ta main qui tenait la barre.

Béni est le bois par lequel advient la justice, mais l'idole, elle, est maudite, avec celui qui l'a fabriquée : celui-ci pour en avoir été l'artisan, et cet objet corruptible pour avoir reçu le nom de Dieu. Car Dieu déteste autant l'impie que son impiété, et l'œuvre sera châtiée avec son auteur. C'est pourquoi, contre les idoles des nations, il y aura une intervention divine, car elles sont devenues, parmi les créatures de Dieu, une abomination, un scandale pour les âmes des hommes, un piège sous les pas des insensés.

L'idée de faire des idoles, c'est le commencement de la prostitution. C'est leur invention qui a corrompu la vie. Il n'y avait pas d'idole au commencement, et il n'y en aura pas toujours. C'est par la vaine imagination des hommes qu'elles sont entrées dans le monde. Aussi, une fin rapide leur est-elle réservée.

Un père, affligé par un deuil prématuré, a fait le portrait de son enfant trop vite enlevé. Cet être humain qui n'est plus qu'un cadavre, il l'honore maintenant comme un dieu, et il a transmis aux siens les rites d'un culte secret. Puis, avec le temps, cet usage impie s'est fortifié et il a pris force de loi.

De même, sur l'ordre des souverains, on rendait un culte à leur statue. Les gens qui habitaient trop loin pour venir les voir en personne et les honorer firent réaliser chez eux leur effigie. On fabriqua une image bien visible du roi vénéré pour faire une cour empressée à l'absent, comme s'il était présent. Le culte s'étendit même à ceux qui ne connaissaient pas le souverain. Grâce à l'ambition de l'artiste, celui-ci, désireux sans doute de plaire à son maître, mit tout son art à le représenter plus beau que nature. Alors la foule fut séduite par le charme de l'œuvre, et celui qui était jusque-là honoré comme un homme fut bientôt objet d'adoration. Ce fut un piège mortel, lorsque des hommes devenus esclaves du malheur ou du pouvoir attribuèrent à la pierre et au bois le nom incommunicable.

De plus, il ne leur suffit pas d'errer au sujet de la connaissance de Dieu, mais alors que leur vie est pleine de conflits dus à l'ignorance, ils donnent le nom de paix à ces fléaux si grands : meurtres rituels d'enfants, célébration de mystères occultes, délires et cortèges aux cérémonies extravagantes. Ainsi, ils ne respectent plus la pureté, ni de la vie, ni du mariage, mais ils conspirent pour s'entretuer et s'infligent les tourments de l'adultère. Tout est mêlé : sang et meurtre, vol et fraude, corruption, déloyauté, sédition, parjure, confusion des valeurs, oubli des bienfaits, souillure morale, perversion sexuelle, désordre dans le mariage, adultère et débauche.

Oui, le culte des idoles sans nom est le commencement, la cause et le comble de tout mal. Ceux qui participent à ces réjouissances délirent ou profèrent de faux oracles, vivent dans l'injustice ou se parjurent aussitôt. Quand on se fie à des idoles inanimées, on peut jurer à tort et à travers sans redouter aucun préjudice. Et c'est à double titre que la justice les poursuivra : parce qu'ils se sont mépris sur Dieu en s'attachant aux idoles, et que, dans leur perfidie, ils ont fait de faux serments par mépris de la sainteté. Ce qui sanctionne la faute des coupables, ce n'est pas la puissance de ce que l'on prend à témoin, mais la justice réservée aux pécheurs.

Toi, notre Dieu, tu es bon et véridique. Tu es patient et tu gouvernes l'univers avec miséricorde. Même si nous en venions à pécher, nous resterions à toi, conscients de ta souveraineté. Mais nous ne pécherons pas, conscients que nous sommes comptés pour tiens. Car te connaître est la parfaite justice, et la conscience de ta souveraineté est racine d'immortalité.

Nous ne nous sommes pas laissés égarer par les inventions humaines, ni par l'art maléfique, ni par le labeur stérile de ceux qui peignent en trompe-l'œil. Ce sont des formes aux touches de couleurs disparates dont la vue excite les passions des insensés, pleins de désirs pour la forme inerte d'une figure morte. Ils sont amants du mal, ils ne valent pas mieux que l'objet de leur espérance, ceux qui les fabriquent, ceux qui les désirent et ceux qui les adorent.

Voici un potier qui pétrit de la terre glaise à grand-peine. Il façonne et façonne un par un des objets à notre usage. Et avec la même glaise, il façonne les vases les plus nobles et les plus grossiers, procédant pour tous de la même manière. Quelle sera la fonction de chaque objet ? C'est le potier qui en décide. Et puis, avec la même glaise, il perd sa peine à façonner un dieu de vanité, lui qui, né de la terre il y a peu de temps, retournera bientôt à la terre dont il fut tiré, lorsqu'on lui réclamera son âme.

Eh bien, il n'a pas souci de la mort qui l'attend, ni de la brièveté de sa vie, mais il rivalise avec les orfèvres et les fondeurs d'argent. Il imite ceux qui coulent le bronze et se fait gloire de sa contrefaçon. Son cœur n'est que cendre, son espoir plus vil que la terre, et son existence plus méprisable que de la glaise. Il a ignoré celui qui l'a façonné, qui lui a insufflé une âme agissante et, de son souffle, l'a doté d'un esprit de vie. Il a pris notre existence pour un jeu d'enfant, la vie pour une fête et un marché. « Il faut tirer profit de tout », dit-il, « même du mal ». Mieux que quiconque, celui-là sait qu'il pèche, puisque, avec de la terre comme matériau, il se fait créateur d'objets fragiles aussi bien que d'idoles.

Mais ils sont tous vraiment fous et plus misérables qu'une âme infantile, les ennemis et les oppresseurs de ton peuple. Car ils ont pris même pour des dieux toutes les idoles des nations, qui n'ont pas l'usage des yeux pour voir, pas de narines pour respirer, ni d'oreilles pour entendre, ni de doigts aux mains pour toucher, et dont les pieds sont incapables de marcher.

Celui qui les a faites n'est qu'un homme. Celui qui les a façonnées n'a reçu le souffle de vie qu'à titre de prêt. Nul homme n'a le pouvoir de façonner un dieu, un dieu qui lui soit semblable. Mortel, il fait une œuvre morte de ses mains de faussaire. Il a plus de valeur que les objets qu'il adore, car lui, il a reçu la vie, et eux, jamais.

Ces gens-là adorent même les bêtes les plus odieuses, des bêtes pires que les autres en fait de stupidité, sans rien de la beauté qui pourrait séduire chez certains animaux. Non, elles ont échappé à l'approbation de Dieu, à sa bénédiction.

Commentaire

Cette critique de l'idolâtrie, moi, elle me fait planer. Alors, je dis que c'est assez étonnant, parce que là, on est carrément parti dans une exploration historique, anthropologique, philosophique des fondements de l'idolâtrie. On est entre Lévi-Strauss et Isaïe.

Donc, on commence par vous dire que l'idolâtrie, ça vient d'une fascination de la technique. L'homme pense que sa technique est tellement puissante qu'elle a la capacité de donner la vie à ce qui est inerte. Ce qui est très étonnant, parce que c'est exactement ce qui se passe avec nous, les écrans et la télévision : on est persuadé que derrière, il y a des vraies personnes.

Donc, à l'origine de l'idolâtrie, il y a une sorte de dissonance cognitive extrême, parce qu'on l'a créé, cet écran ou cette idole. Donc, on sait qu'elle est inerte, mais on s'auto-persuade qu'elle a la vie, parce qu'en fait, on est fasciné par ce qu'on a créé. Déjà, vu le temps qu'on passe devant les écrans, comment on s'attache aux sitcoms et aux séries : on a l'impression qu'il y a un attachement affectif au personnage, alors qu'on sait pertinemment qu'il n'y a rien derrière. Et là, même avec l'intelligence artificielle. Moi, j'adore l'intelligence artificielle, je ne fais pas le prophète nostalgique du passé, j'utilise ChatGPT tous les jours — mais il y a quand même des fois où je lui parle comme à un humain.

N'empêche que vous voyez que cette psychologie qui est à l'œuvre dans l'idolâtrie, c'est exactement la nôtre aujourd'hui, et que ce phénomène de dissonance cognitive extrême, d'une certaine manière, c'est comme si on n'attendait que ça pour la réactiver. Et de fait, je pense qu'il y a deux choses qui nourrissent cette dissonance cognitive : un, la solitude affective, et deux, la fascination pour la technique.

Bon, ça, c'était l'instant Lévi-Strauss du texte. Après, le ton change un peu et devient de plus en plus cruel. On avait cherché à comprendre d'où ça venait, et puis ensuite, on se moque carrément d'eux pour les ridiculiser. C'est quasiment si on les insulte, en comparant l'idolâtrie à une forme de prostitution. Mais là, pour le coup, dans le contexte du livre de la Sagesse, j'avoue que je comprends mieux : les chapitres avant, on venait de comparer la Sagesse à une femme avec laquelle il fallait se marier. Du coup, on comprend que l'idolâtrie soit assimilée, de ce point de vue-là, à une forme de prostitution. Vous ne pouvez pas rêver sur le long développement mystique de cette Sagesse comme épouse idéale, et trouver ensuite que ce texte-là est dur sur l'idolâtrie. C'est ou les deux ensemble, ou aucun.

Bon, et après, on retourne à Lévi-Strauss, atelier d'anthropologie pratique. On imagine des scénarios types. Donc, il y a un des scénarios : on vient de perdre un enfant et la douleur est telle qu'on imagine une idole pour lui parler. C'est quand même assez fin. C'est de vous dire qu'il y a un tel traumatisme émotionnel que le chemin naturel de la raison devient comme vrillé. Ou bien, deuxième scénario type — et là, on est vraiment dans la période hellénistique — c'est quand les souverains se font adorer sous les statues. Donc là, l'auteur est en train d'analyser les causes psychologiques et politiques. Franchement, moi, je trouve que c'est très, très fin.

Et de là, après avoir montré les causes de l'idolâtrie, on vous montre les conséquences. Alors là, l'auteur, il se lâche. Chapitre 14, n'en jetez plus. On a droit à la totale : sacrifice d'enfants, banquets d'enchantement, sacrilège, débauche, orgie, meurtre, assassinat, vol, fraude, corruption, parjure, désordre conjugal, adultère et débauche sexuelle. La totale. Eh oui, mais… quand on se trompe sur Dieu, on se trompe sur tout.

Et c'est là que l'auteur, ensuite, compare ça à ceux qui croient en Dieu.

Te connaître, toi, est la justice parfaite, et connaître ta puissance est la racine de l'immortalité.

Sous-entendu : de même que quand on se trompe sur Dieu, on se trompe sur tout, de la même manière, quand on ne se trompe pas sur Dieu, tout redevient dans l'ordre. « Te connaître, toi, est la justice parfaite » — la justice parfaite, ici, au sens où, dans votre âme, les choses redeviennent alignées et chaque objet revient à sa place.

Ça, je vous l'avais déjà dit, mais ça vaut le coup de le redire, parce que c'est un thème important de la Bible. C'est-à-dire que si jamais vous dites que Dieu existe, vous retrouvez votre place dans le monde, vous retrouvez le sens de votre vie, vous retrouvez le cadre du bien et du mal, vous savez ce que vous faites sur Terre, et c'est ainsi que, dans votre âme, les choses redeviennent dans l'ordre. C'est ce qu'on appelle la justification, comme quand on dit : c'est la foi qui justifie. D'où la suite de cette phrase : « et connaître ta puissance est la racine de l'immortalité ».

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie tous ceux qui vivent dans des systèmes politiques corrompus qui les empêchent de te connaître en vérité.

Seigneur, je te confie toutes ces personnes qui sont dans un tel tsunami émotionnel qu'elles n'y arrivent pas. Seigneur, je te demande d'être patient et délicat envers elles.

Je te demande, Seigneur, que mon attitude, que l'attitude des croyants envers ces personnes-là ne les fasse pas fuir, mais que la liberté qu'elles cherchent, elles puissent la trouver dans la religion, et que le réconfort qu'elles cherchent pour surmonter leur deuil, elles le trouvent en toi, Seigneur.

Seigneur, prends pitié de ces personnes.


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