Jour 267 ☾ — Être riche… et rester juste
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 30 et 31 du Siracide : l'éducation ferme des enfants, la santé préférée à toute fortune, la joie du cœur, puis les pièges de l'or, la tenue à table et l'usage mesuré du vin. Le commentaire rétablit la balance après les chapitres qui mettaient en garde contre les riches : ce n'est pas la richesse qui est condamnée, mais son mauvais usage. S'appuyant sur Aristote et saint Thomas d'Aquin, il présente la libéralité comme la vertu qui règle l'usage des biens, et propose trois points d'attention — l'action de grâce, le partage, la vigilance intérieure — avant de donner Joseph d'Arimathie en modèle.
Introduction
Au programme d'aujourd'hui, dans le Siracide : les enfants. Ah, petits enfants, petits soucis ; grands enfants, grands soucis. On parlera ensuite de la santé et de la richesse, du bon usage de la richesse. Siracide 30-31.
Lecture : Siracide 30-31
Qui aime son fils lui donne souvent le fouet pour qu'il fasse plus tard sa joie. Qui élève bien son fils en retirera des satisfactions et devant ses relations il en sera fier. Qui instruit son fils rendra son ennemi jaloux et devant ses amis il aura de quoi se réjouir. Qu'un tel père vienne à disparaître, c'est comme s'il n'était pas mort, car il laisse après lui quelqu'un qui lui ressemble. Pendant sa vie, voir son fils était sa joie ; au moment de mourir, il n'aura pas de regrets. Il laisse quelqu'un pour le venger de ses ennemis et rendre à ses amis leurs bienfaits.
Qui gâte son fils devra soigner ses blessures. Il sera bouleversé à chacun de ses cris. Un cheval mal dressé devient rétif, et un fils à qui tout est permis n'en fait qu'à sa tête. Cajole un enfant, il te consternera. Plaisante avec lui, il te fera pleurer. Ne ris pas avec lui si tu ne veux pas souffrir avec lui : tu finiras par grincer des dents. Ne lui laisse pas l'indépendance de sa jeunesse. Sur ses sottises, fais-lui courber l'échine pendant sa jeunesse. Donne-lui une correction tant qu'il est enfant, sinon il va devenir obstiné et il ne t'obéira plus. Il sera le chagrin de ta vie. Éduque ton fils, forme-le, pour ne pas te heurter un jour à son insolence.
Mieux vaut un pauvre en bonne santé et de constitution robuste qu'un riche torturé par la maladie. Santé et bonne constitution valent mieux que tout l'or du monde. Un corps vigoureux vaut mieux qu'une immense fortune. Il n'est pas de richesse préférable à la santé du corps, ni de bien-être supérieur à la joie de vivre. Mieux vaut la mort qu'une vie d'amertume, et le repos éternel qu'une maladie sans fin.
Des plats succulents devant une bouche sans appétit, c'est comme des aliments déposés sur une tombe. Et qu'importe à l'idole une offrande, elle qui ne mange ni ne sent rien ? Tel est celui qui a de la fortune et ne peut en profiter. Il l'a sous les yeux et il soupire, comme un eunuque qui étreint une jeune fille et qui soupire. Tel est celui qui veut établir la justice par la violence.
Ne te laisse pas aller à la tristesse, ne te tourmente pas pour tes projets. La joie du cœur fait vivre l'homme et la gaieté prolonge la durée de ses jours. Divertis-toi, réconforte ton cœur et chasse loin de toi la tristesse, car la tristesse en a perdu beaucoup et ne sert à rien. Jalousie et colère abrègent la vie. Les soucis font vieillir avant l'heure. Qui a le cœur joyeux a bon appétit, et ce qu'il mange lui profite.
La richesse provoque l'insomnie qui épuise le corps. Elle cause des soucis qui font perdre le sommeil. Les soucis de l'existence empêchent de fermer l'œil, comme une maladie grave éloigne le sommeil. Le riche s'est donné de la peine pour faire fortune, et quand il s'arrête, il prend du bon temps. Le pauvre s'est donné de la peine pour vivre de peu, et quand il s'arrête, lui, il tombe dans la misère.
Qui aime l'or ne pourra rester juste. Qui court après le gain se laisse fourvoyer. Beaucoup sont tombés pour avoir aimé l'or. Leur perte était inévitable. L'or est un piège pour ceux qui en font une idole. L'insensé s'y fera prendre.
Heureux le riche qui fut trouvé sans reproche et n'a pas couru après l'or. Qui est-il ? Nous le dirons bienheureux. Parmi son peuple, il a fait des merveilles. Qui donc fut jugé parfait dans l'épreuve ? À lui la gloire pour toujours. Qui donc pouvait pécher et n'a point péché, faire le mal et ne l'a pas fait ? Ses biens s'affermiront dans le Seigneur, et l'assemblée dira ses largesses.
Es-tu assis à une table somptueuse ? N'en reste pas la bouche ouverte et ne dis pas : « Eh bien, que de choses ! » Souviens-toi que c'est mal d'avoir l'œil avide. Y a-t-il créature plus avide que l'œil ? Et voilà pourquoi il pleure à tout propos. N'étends pas la main vers tout ce qu'il convoite. Ne te jette pas aussi vite que lui sur le plat. Pense à ton voisin autant qu'à toi. Agis en tout avec réflexion. Mange ce qui t'est offert en homme bien élevé. Ne mâche pas bruyamment, tu serais insupportable. Par bonne éducation, arrête-toi avant les autres. Ne te montre pas vorace, de peur de choquer. Et s'il y a beaucoup de monde à table, n'étends pas la main le premier.
Qu'il suffit de peu à l'homme bien éduqué ! Une fois couché, il n'a pas la respiration difficile. Un estomac léger procure un sommeil réparateur : on se lève le matin et on a l'esprit dispos. Mais les tourments de l'insomnie, les nausées et la colique attendent l'homme glouton. Si tu as été forcé de trop manger, lève-toi, quitte la table et fais une pause. Mon fils, écoute-moi sans ricaner. Plus tard, tu comprendras mes paroles. Sois modéré en tout ce que tu fais et tu ne tomberas jamais malade.
On bénit celui qui reçoit fastueusement, et il justifie sa réputation de largesse. Toute la ville dénigre celui qui reçoit chichement, et il mérite ainsi sa réputation de pingre.
Mais avec le vin, ne fais pas le brave, parce que le vin en a perdu beaucoup. Comme à la forge on éprouve une lame quand on la trempe, c'est ainsi que le vin éprouve les cœurs quand des orgueilleux se querellent. Pour les hommes, le vin, c'est la vie, tant qu'on le boit avec modération. Qu'est-ce qu'une vie où l'on manque de vin ? Il a été créé pour la joie de l'homme. Le vin est l'allégresse du cœur et la joie de vivre, pour qui le boit à son heure et avec mesure. Le vin est amertume de l'âme pour qui le boit avec excès, au point de s'exalter et de perdre son équilibre. L'ivresse décuple la fureur de l'insensé jusqu'au scandale. Elle diminue sa force et lui attire des coups.
Ne provoque pas ton voisin au cours d'un banquet bien arrosé. Ne te moque pas de lui quand il est tout joyeux. Ne lui adresse pas des propos blessants et ne le harcèle pas de tes réclamations.
Commentaire
On avait eu un chapitre où je vous avais appris à vous méfier des hommes riches. Eh bien, le Siracide, dans sa grande équité, rétablit la balance et vous dit qu'il y a une manière saine d'être riche. Enfin un chapitre parlant de la richesse et du bon usage de la richesse ! Ce ne sont pas les riches qui sont condamnés, c'est le mauvais usage de la richesse. Je vous rappelle, à toutes fins utiles, qu'Abraham était très riche. Job aussi, et vous en avez eu d'autres. Et le Siracide est là pour vous rappeler que la richesse est un bienfait. Mais sous certaines conditions :
Une richesse mal acquise sera vomie, elle consumera le ventre de celui qui l'a ramassée. (Siracide 31,5)
Donc, aujourd'hui, je vous propose en guise de commentaire de parler du bon usage de la richesse. Comment est-ce qu'on peut être riche et chrétien ? Et même si jamais vous vous dites que vous n'êtes peut-être pas riche, je m'excuse, mais vous êtes probablement, parvenu au XXIᵉ siècle, plus riche que ne l'était jadis le Siracide, et peut-être même Salomon, Abraham ou Job. On a une vie extraordinaire par rapport aux anciens temps. Donc le problème, ce n'est pas d'avoir de l'argent, le problème, c'est de se laisser posséder par l'argent. Et c'est vrai que ça va vite.
Bon, d'ailleurs, commençons par là : le risque de l'idolâtrie. Faire de l'argent son propre dieu. Ce qui correspond à ce que dira Jésus : « Nul ne peut servir deux maîtres, vous ne pouvez pas servir Dieu et l'argent » (Matthieu 6,24). Alors tout le monde va me dire : « Oui, mais moi, je ne crois pas que l'argent est un dieu. » Non, non, non. L'idolâtrie, ça veut dire quelque chose de précis, c'est-à-dire que l'argent, c'est ce qui va nous sauver. Ça veut dire que l'argent est essentiel à votre bonheur. Et là, pour le coup, je suis désolé de vous le dire, mes petits bichons, mais on en est probablement tous là. Regardez : on ne peut pas s'empêcher de se dire que si jamais on était pauvre, eh bien on serait moins heureux. Sauf que, quand je vous dis ça, c'est parce que je vous sonde. Et quand on croit en Dieu, vous sentez bien qu'il y a un problème dans cette phrase. Siracide 31,5, qu'on a entendu :
Qui aime l'or ne sera pas justifié par cet or, et qui poursuit le gain, qu'il fasse attention à ne pas s'y laisser prendre.
Donc, l'antidote de la richesse, c'est la générosité. Ça consiste à dire que l'argent est un moyen — ça, tout le monde est d'accord — et on peut être plus précis : c'est un moyen pour rendre les autres heureux. D'abord vos proches, votre famille, vos enfants, votre conjoint ; et puis ensuite vos amis ; et puis ensuite la maison commune, la société. Donc, en fait, ce qui fait la différence entre un bon riche, si je puis dire, et un mauvais riche, c'est la manière dont vous dépensez votre argent. C'est quelque chose qui vous permet d'exercer votre générosité et votre magnificence. Et là, votre argent devient un moyen pour exercer votre vertu, comme le disait Aristote.
Thomas d'Aquin, lui, parlera de la libéralité. La libéralité, c'est la vertu qui règle l'usage des biens. Ni avarice — garder pour soi —, ni prodigalité — gaspiller et se débarrasser de son argent à tout va —, mais la juste mesure. Et c'est cette vertu qui est la véritable richesse, le véritable trésor. Et c'est pour ça que Jésus vous dit : « Donne aux pauvres », « amassez-vous des trésors dans le ciel, là où ni ver ni mite ne rongent, et où les voleurs ne percent ni ne cambriolent ». Alors, tout le monde est d'accord, mais il faut aller jusqu'au bout : ça veut dire que dès qu'on l'oublie, la véritable richesse, c'est la vertu, et que l'argent n'a de sens que par rapport à ça ; eh bien, sinon, on passe du côté de l'idolâtrie. C'est un peu plat comme phrase, mais maintenant, avec ce que je vous ai dit sur la vertu qu'il y avait derrière, ça prend un peu plus de relief.
L'argent, c'est fait pour être dépensé. Encore faut-il savoir correctement le dépenser. Et c'est là où, à la vertu de magnanimité, de libéralité, s'adjoignent la sagesse et la prudence, le discernement. Alors, on n'a jamais dit qu'être riche n'avait d'intérêt que pour savoir dépenser ; on n'a jamais dit non plus que c'était facile. Merci, hein ! Moi, j'aime beaucoup ça. Vous voyez, ce n'est peut-être pas facile d'être riche, on a tous nos petits soucis, si je puis dire. N'empêche qu'il y a une récompense spéciale qui est prévue pour le juste riche.
Concrètement, voilà trois points d'attention pour voir où vous en êtes. D'abord, l'action de grâce. Cet argent-là, il ne vient pas de vous ; donc, malgré tout votre travail, vous pouvez quand même vous dire qu'il ne vous appartient pas. C'est Dieu qui, chaque jour, donne ce qu'on a, même le superflu.
Deuxième critère, après l'action de grâce pour l'argent : le partage. Jésus qui vous dit : « Donne à celui qui te demande. » Saint Paul qui vous dit : « Que celui qui travaille ait de quoi donner à celui qui est dans le besoin. » Ça veut dire, concrètement, qu'il faut structurer son budget autour du don. Il ne s'agit pas — c'est ce que dit saint Paul — de se mettre dans la gêne pour subvenir aux besoins des autres. N'empêche que tout ce qui n'est pas donné sur terre est perdu. Siracide 29,11 : « Fais l'aumône selon tes moyens. »
Et troisième point d'attention : la vigilance intérieure. C'est quoi, votre rapport à l'argent ? Est-ce que ça vous fait stresser ? Est-ce que vous avez réussi à rester pauvre dans votre cœur ? Matthieu 5,3 : « Heureux les pauvres en esprit », c'est ce que disait Jésus. « Faites-vous des amis avec l'argent malhonnête. » Quand Jésus parle d'un argent malhonnête, ça ne veut pas dire que cet argent est mal acquis ou qu'il est forcément trompeur. Ça veut dire malhonnête au sens de : ne vous fiez pas à l'argent, vous serez toujours déçus. Ne bâtissez pas votre vie dessus. L'argent, ça va, ça vient. C'est quelque chose d'instable.
Je termine en vous donnant un modèle à imiter : Joseph d'Arimathie. Dans le Nouveau Testament, c'est celui qui met son tombeau neuf pour abriter le corps de Jésus. C'est le plus bel exemple, je crois, d'un homme riche qui se met au service du bien commun et de Dieu, avec un usage discret et même courageux de son argent.
Je pense que ça permet d'avoir un panel plus nuancé sur le bon usage des richesses et sur ce que dit la Bible sur les riches. Il ne faut pas avoir honte de son argent, mais il faut s'en méfier.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, donne-moi la grâce de ne pas mettre mon cœur dans l'argent et de n'avoir comme unique maître que le Créateur du ciel. Apprends-moi à gérer mon argent comme un intendant fidèle. Donne-moi la joie de pouvoir mériter mon argent et donne-moi la joie de pouvoir le transformer en vertu.
Seigneur, fais que cet argent me permette d'être heureux et de rendre les autres heureux, de pouvoir te rendre grâce, et que cet argent me permette d'être attentif aux autres. Seigneur, bénis ma richesse. Amen.
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