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Jour 268 ☾ — Banquet, vertu et joie partagée

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Résumé : En prolongement de l'épisode sur la richesse, le frère Paul-Adrien présente la munificence, cette vertu qui règle les grandes dépenses et sait donner de la beauté aux fêtes et aux œuvres. La lecture de Siracide 32-33 détaille la conduite à tenir dans un banquet : présider en servant, mesurer sa parole, se fier à la loi et à sa conscience, puis garde le contrôle de ses biens et traiter son serviteur comme un frère. Le commentaire fait du banquet un petit laboratoire de la vie en société et déploie la tempérance et ses vertus annexes — la chasteté qui voit dans l'autre une personne, l'eutrapélie qui est l'art de la bonne humeur, la modestie qui garde chacun à sa place. Le frère conclut qu'un chrétien doit être quelqu'un avec qui il est agréable de vivre, et confie au Seigneur sa lourdeur et son mauvais caractère.

Introduction

Nous parlions la dernière fois de la richesse. Et je me faisais cette réflexion que ça manquait peut-être encore de grandeur, d'un idéal. Et je pense qu'il y a un idéal à atteindre, en particulier quand on est riche. On appelle ça la munificence. Et même si jamais vous n'êtes pas riche, je pense que ça peut vous faire rêver.

Je vous ai dit la dernière fois qu'être riche, c'était savoir dépenser. Et qu'il y avait une vertu pour ça qui s'appelle la libéralité : savoir dépenser ni trop, ni trop peu. Mais si jamais vous parlez d'une certaine forme de grandeur, il y a une vertu particulière qui s'appelle la munificence. La munificence, c'est l'art de savoir dépenser bellement pour de belles choses. C'est une vertu morale qui règle les grandes dépenses. C'est la générosité appliquée aux actions ou aux œuvres qui exigent une ampleur et une solennité particulière. Construire une église, financer une grande fête publique — aujourd'hui, c'est pour ça que j'en parle, ce sera avec le Siracide : le banquet.

Celui qui est munificent est au-dessus du petit calcul. Il est celui qui dépense pour l'honneur, pour le bien commun, pour l'excellence, qui est attentif aux détails et qui voit dans les détails même une occasion d'exercer sa propre générosité. Ça ne veut pas dire qu'on gaspille. Ça veut dire qu'on est grand seigneur et qu'on ne craint pas les grands frais quand ils sont justifiés. On dit que la noblesse est la grandeur d'âme qui porte sur l'honneur ; la munificence est la grandeur d'âme qui porte sur les dépenses quand elles sont honorables.

Bon, et vous savez, même si jamais vous n'avez pas beaucoup d'argent, il y a aussi une manière d'être munificent dans le repas du dimanche, dans les cadeaux qu'on fait à ses enfants. Aujourd'hui, nous parlons des banquets et on verra la manière de se conduire à l'intérieur.

Lecture : Siracide 32-33

On t'a choisi pour présider un banquet ? Ne prends pas de grands airs. Sois un simple convive parmi les autres. Occupe-toi d'eux et alors seulement tu t'assiéras. Quand tu auras rempli tout ton office, va prendre place, afin de te réjouir avec eux et de recevoir la couronne pour ta parfaite organisation.

Si tu es âgé, prends la parole, car cela te revient, mais mesure bien ce que tu dis. Ne retarde pas la musique et, pendant qu'on t'écoute, ne te répands pas en bavardage. N'étale pas ta sagesse à contretemps.

Une pierre de grenat enchâssée dans un bijou en or, tel est un concert dans un banquet bien arrosé. Une émeraude enchâssée dans une monture d'or, tel un air de musique sur un bon vin.

Si tu es jeune, ne prends la parole que si tu dois le faire, mais pas plus de deux fois, et seulement si on t'interroge. Résume ton propos : en quelques mots, on peut dire beaucoup. Montre-toi instruit et discret à la fois. Avec de grands personnages, ne fais pas l'important. Quand un autre a la parole, ne bavarde pas. Aussi sûr qu'un éclair devance le tonnerre, la faveur est d'avance acquise à une personne réservée.

Quand c'est l'heure, lève-toi, ne t'attarde pas, rentre chez toi sans flâner. Là, tu pourras te divertir et faire ce qui te plaît, sans risquer de pécher par vantardise. Et pour tout cela, bénis ton Créateur, lui qui t'enivre de ses biens.

Qui craint le Seigneur recevra son enseignement. Ceux qui le cherchent dès l'aurore obtiendront sa faveur. Qui scrute la loi en sera comblé, mais l'hypocrite y trouvera une occasion de chute. Ceux qui craignent le Seigneur découvriront ce qui est juste et feront briller leur jugement comme la lumière.

Le pécheur n'accepte pas les remarques et trouve toujours à justifier ce qui lui plaît. Un homme réfléchi ne néglige aucun avis. L'insolent et l'orgueilleux n'ont peur de rien.

Ne fais rien sans avoir réfléchi, et tu n'auras pas à regretter tes actions. Le chemin accidenté, ne le prends pas, de peur de buter sur les pierres. Ne te fie pas à un chemin uni, et même avec tes enfants, sois sur tes gardes. En tous tes actes, fie-toi à ta conscience, car cela aussi est observance des commandements.

Qui se fie à la loi est attentif aux commandements. Qui met sa confiance dans le Seigneur ne connaîtra pas le déclin. À celui qui craint le Seigneur, il n'arrive aucun mal. De chaque épreuve, il est délivré.

Un homme sage n'aura pas d'aversion pour la loi, mais qui triche avec elle est comme une barque dans la tempête. Celui qui est intelligent se fie à la loi. La loi est pour lui aussi digne de foi qu'un oracle divin.

Prépare ton discours et tu te feras écouter. Rassemble tes idées avant d'intervenir. Le cœur du fou est une roue de chariot, et son raisonnement un essieu qui tourne sur lui-même. Un ami moqueur est comme un étalon : il se met à hennir, quel que soit son cavalier.

Comment se fait-il qu'un jour soit plus important qu'un autre, alors que toute l'année, la lumière des jours vient du soleil ? C'est le Seigneur qui, dans sa science, les a faits différents. Il a diversifié les temps et les fêtes. Il en a élevé et sanctifié certains ; les autres, il les a pris pour faire nombre.

De même, les hommes sont tous tirés du sol, et c'est de la terre qu'Adam a été créé. Mais dans son vaste savoir, le Seigneur les a distingués et à chacun il offre un chemin différent. Il en est parmi eux qu'il a bénis et élevés. Il en est qu'il a consacrés et dont il a fait ses proches. Il en a maudit et abaissé d'autres, il les a rejetés de leur place.

Comme l'argile est dans la main du potier qui la modèle à son gré, ainsi les hommes sont dans la main de leur Créateur qui les rétribue selon son jugement. Face au mal, le bien. Face à la mort, la vie. De même, face à l'homme religieux, le pécheur. Considère ainsi toutes les œuvres du Très-Haut : elles vont deux par deux, l'une en face de l'autre.

Et moi, le dernier, j'ai été vigilant, comme le grappilleur qui passe après les vendangeurs. Grâce à la bénédiction du Seigneur, j'ai rattrapé le retard, et autant qu'un vendangeur, j'ai rempli le pressoir. Comprenez-le bien, ce n'est pas pour moi seul que j'ai peiné, mais pour tous ceux qui recherchent la sagesse. Écoutez-moi, grands de ce peuple, et vous qui présidez l'assemblée, prêtez l'oreille.

Ni à ton fils, ni à ta femme, ni à ton frère, ni à ton ami, ne donne pouvoir sur toi durant ta vie. Ne fais don de tes biens à personne : tu pourrais t'en repentir et devoir les redemander. Aussi longtemps que tu vis et qu'il te reste un souffle, ne te livre pas au pouvoir d'un mortel. Car il vaut mieux que tes enfants te sollicitent plutôt que de dépendre de tes fils. Et de toutes tes affaires, garde le contrôle. Ne laisse pas ternir ta réputation. Et quand arrivera le dernier des jours de ta vie, quand viendra l'heure de ta mort, tu répartiras ton héritage.

Fourrage, bâton et fardeau, voilà pour l'âne ; pour le domestique, pain, discipline et travail. Fais travailler ton serviteur, tu trouveras le repos. Laisse-lui les mains inoccupées, il cherchera la liberté. La bride et le joug font plier la nuque, et pour le mauvais domestique, les fers et les châtiments. Mets-le au travail, de peur qu'il ne devienne paresseux, car la paresse enseigne bien des vices. Tiens-le à l'ouvrage, selon ce qui lui convient, et s'il n'obéit pas, mets-lui des fers aux pieds. Mais ne dépasse pas la mesure avec personne et ne fais rien sans discernement.

As-tu un domestique ? Qu'il soit comme un autre toi-même, puisque tu l'as acquis dans le sang. As-tu un domestique ? Traite-le comme un frère, puisque tu as besoin de lui comme de toi-même. Si tu le maltraites et qu'il s'enfuit, sur quel chemin iras-tu le chercher ?

Commentaire

Il y a là tout l'art et la manière de se comporter en société. Ce qu'on appellerait les vertus civiques : la bonne humeur, la tempérance, l'art de la conversation, d'être un bon convive, d'être quelqu'un d'agréable pour ceux avec qui nous vivons.

Le banquet est vu ici comme un petit laboratoire de la vie en société. On vous dit de manger sobrement — ça, c'est le bon usage des pulsions. On vous dit de servir les autres, c'est-à-dire cette attention portée aux autres dans la vie sociale. On vous dit de maîtriser votre parole, qui est toujours le thème constant de garder sa langue et d'éviter l'excès.

Alors si vous deviez mettre un mot sur tout ça, c'est la tempérance. La tempérance, c'est une des quatre vertus cardinales, qui règle l'usage des plaisirs sensibles. C'était vrai pour la nourriture, la boisson, le banquet, mais on pourrait dire la même chose de la sexualité. On pourrait le dire des plaisirs de la table, on pourrait le dire aussi des plaisirs de la conversation, parce qu'on n'arrête pas de s'étendre. Donc ça va jusqu'à la garde de la maîtrise intérieure. Ne sois pas glouton, modère-toi. Sur ton lit d'indigestion, que diras-tu ? Savoir dire non au superflu, garder la dignité de son corps, maîtriser son appétit et ne pas se goinfrer. Ça, c'est la tempérance.

Mais ça va ensuite jusque dans les vertus annexes de la tempérance, et là, ça nous amène aussi ailleurs. Par exemple, la chasteté. La chasteté, on pense tout de suite à la pureté, aux questions de sexualité, etc. La chasteté, ça va plus loin. La chasteté, c'est toujours considérer la personne qui est en face de vous non pas comme un moyen, mais comme une fin. Ne jamais oublier que c'est une personne. Dans un banquet, quand on est à table, quand on est en train de parler avec quelqu'un, ne jamais oublier la dignité de la personne qui est en face de vous. Et hop, de l'art et de la manière de se comporter en société.

Ou bien encore, une vertu annexe de la tempérance qu'on appelle l'eutrapélie. L'eutrapélie, c'est la bonne humeur. C'est le fait d'être agréable, qui se manifeste de manière particulière dans l'agrément de la conversation, du mot bien placé, sans vulgarité ni lourdeur. Mais avant de savoir placer des bons mots, la première chose, c'est d'être à propos et de bonne humeur. On pourrait même dire que c'est une question de justice, d'ailleurs, plutôt que de tempérance : c'est-à-dire que les gens ont le droit que vous ne fassiez pas peser sur eux le poids de votre mauvaise humeur à longueur de journée. Donc, ni silence lourd, ni bavardage intempestif — ça, c'est quand on est de trop bonne humeur et qu'on ne peut pas s'empêcher de se répandre. On évite les débats inutiles et les querelles. Et quand on parle, c'est pour élever ou pour alléger la conversation, pour la rendre plaisante et faire de sa bonne humeur le joyau de la vie sociale. C'est ça aussi, la tempérance.

Alors là, c'était la vertu annexe, l'eutrapélie. On pourrait en donner d'autres. Par exemple, la modestie. La modestie, c'est la juste mesure dans l'apparence, dans la posture et dans le ton. Donc là, Ben Sira qui vous disait : si tu es parmi les plus grands, n'affiche pas ton importance, écoute en silence. C'est ça, la bienséance : savoir rester à sa place, ne pas monopoliser l'attention, se conduire comme un autre parmi d'autres. Ça veut dire qu'on se lève pour servir, c'est-à-dire qu'on reste simple même quand on a une position élevée. Verset 1 :

On t'a choisi pour présider un banquet ? Ne prends pas de grands airs.

Bon, eh bien derrière, c'est une partie importante de la vie humaine qui se dit là. Et je trouve ça bien que ça fasse partie de la théologie morale. C'est bizarre de lui donner des grands noms, d'eutrapélie, de tempérance, mais tout le monde comprend très bien ce que ça veut dire. Un chrétien, ça doit être un bon vivant. Ça ne doit pas être que ça, mais si ce n'est pas agréable de vivre avec vous, c'est quoi qu'on va vivre dans l'éternité ? Donc que chacun prenne sur soi un petit peu.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie ma mauvaise humeur. Je te confie toutes les fois où j'étais un convive pénible, un voisin insupportable, quelqu'un qui ne faisait pas attention aux autres, qui leur marchait sur les pieds, pas par méchanceté, mais par balourdise.

Je te confie, Seigneur, toutes les fois où je n'ai pas su me mettre de côté pour faire briller les personnes en face de moi, et où j'ai monopolisé l'attention, accaparé la bienveillance des gens.

Seigneur, je te demande de changer mon cœur. Je te demande de changer mon cœur pour qu'il soit généreux, qu'il soit modeste, et que même dans les occasions où je suis à l'honneur, j'en profite pour rendre les autres heureux.

Seigneur, si c'est ça, aimer son prochain, fais de moi quelqu'un avec qui il soit agréable de vivre. Pardonne mes défauts, pardonne ma lourdeur, pardonne mon mauvais caractère. Et Seigneur, donne-moi de ne pas être la caricature de moi-même. Amen.


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