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Jour 294 ☾ — Une lettre venue d'Alexandrie

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre en parallèle du premier livre des Maccabées la lecture du deuxième, qui n'en est pas la suite mais un zoom sur ses premiers chapitres, avec un goût marqué pour les figures individuelles, les miracles et les prières exaucées. Le chapitre 1 se compose de deux lettres adressées aux Juifs d'Égypte, invitant à célébrer la purification du Temple et rappelant le récit du feu sacré retrouvé par Néhémie. Le commentaire, réservé ce jour-là à la question de fond, explique ce que sont les sept livres deutérocanoniques, pourquoi le judaïsme rabbinique puis Luther les ont écartés, et pourquoi catholiques et orthodoxes les ont gardés avec la Bible des Septante. L'épisode se termine par une prière pour l'unité des chrétiens.

Introduction

Je vous propose, en parallèle de la lecture du premier livre des Maccabées, de lire le deuxième livre des Maccabées. Vous me direz : je ne suis pas allé le chercher bien loin. Je suis d'accord.

Le deuxième livre des Maccabées, ce n'est pas la suite du premier. C'est plutôt un zoom sur les premiers chapitres. En fait, c'est simple : le deuxième livre des Maccabées, c'est en quinze chapitres ce que le premier livre des Maccabées raconte dans les sept premiers chapitres. Donc le point de départ est le même. On va bien commencer avec Antiochos IV Épiphane, vers moins 175, mais là, dans le deuxième livre des Maccabées, on va prendre notre temps.

Là où le premier livre des Maccabées vous propose cette grande fresque sur les frères de la famille hasmonéenne, avec une lecture militaire, les plans de stratégie, le deuxième livre des Maccabées, lui, va s'intéresser à quelques figures qu'il va vous proposer comme modèles. On va s'intéresser principalement à des récits individuels. Il y aura des miracles, des interventions. Il y aura l'attention directe de Dieu. Il y aura des visions angéliques. Il y aura des prières exaucées. Bref, il y aura un style bien à lui.

On commence aujourd'hui avec deux petites lettres qui vont servir de prologue. Deuxième livre des Maccabées, chapitre 1.

Lecture : 2 Maccabées 1

Aux frères juifs qui sont en Égypte, salut ! Leurs frères juifs qui sont à Jérusalem et dans le pays de Judée leur souhaitent paix et prospérité.

Que Dieu vous comble de bienfaits ! Qu'il se souvienne de son alliance en faveur d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ses fidèles serviteurs. Qu'il vous donne à tous un cœur pour l'adorer, pour accomplir ses volontés généreusement et de plein gré. Qu'il ouvre votre cœur à sa loi et à ses décrets. Qu'il établisse la paix. Qu'il exauce vos demandes, se réconcilie avec vous, et ne vous laisse pas au temps du malheur. Telle est la prière que nous formulons pour vous ici, en ce moment.

Sous le règne de Démétrios, en l'année 169 de l'empire grec, nous, les Juifs, nous vous avons écrit ceci : « Au plus fort de la détresse qui s'est abattue sur nous durant ces années-là, alors que Jason et ses compagnons avaient trahi la terre sainte et le royaume, mis le feu au portail du Temple et répandu le sang des innocents, nous avons imploré le Seigneur, et il nous a exaucés. Nous avons offert des sacrifices et de la fleur de farine, allumé les lampes et présenté les pains. » Et maintenant, nous vous invitons à célébrer les jours de la fête des Tentes du mois de Kisleu.

Écrit en l'année 188 de l'empire grec.

Les habitants de Jérusalem et de la Judée, le conseil des anciens et Judas, à Aristobule, le précepteur du roi Ptolémée, issu de la lignée des prêtres consacrés, ainsi qu'aux Juifs d'Égypte, salut et bonne santé.

Sauvés par Dieu de graves périls, nous le remercions grandement, nous qui combattons contre le roi, car Dieu lui-même a vaincu ceux qui voulaient attaquer la terre sainte. En effet, leur chef, qui s'était rendu en Perse avec une armée apparemment invincible, fut mis en pièces dans le temple de la déesse Nanéa, victime d'un stratagème de ses prêtres. Sous le prétexte d'épouser la déesse, Antiochos s'était rendu dans ce lieu avec ses amis afin d'en prendre les très grandes richesses à titre de dot. Les prêtres du sanctuaire de Nanéa les avaient étalées devant lui. Antiochos lui-même pénétra avec quelques hommes dans l'enceinte du lieu de culte. Mais dès qu'il fut entré, les prêtres fermèrent le temple, ouvrirent la porte secrète du plafond, et abattirent le chef et ses hommes en lançant des pierres. Puis ils dépecèrent les corps, coupèrent les têtes, et les jetèrent à ceux qui étaient dehors. Béni soit notre Dieu en toutes choses, lui qui a livré les impies à la mort !

Comme nous allons bientôt célébrer la purification du Temple, le 25 du mois de Kisleu, nous avons estimé devoir vous en informer, afin que vous la célébriez vous aussi, à la manière de la fête des Tentes, et en souvenir du feu qui se manifesta quand Néhémie, après avoir rebâti le Temple et l'autel, offrit des sacrifices.

En effet, lorsque nos pères furent emmenés en Perse, les prêtres d'alors, remplis de piété, prirent du feu de l'autel et le cachèrent secrètement dans la cavité d'un puits qui se trouvait à sec. Ils l'y mirent en sécurité, de manière à ce que l'endroit demeure ignoré de tous. Bien des années plus tard, au moment choisi par Dieu, Néhémie, envoyé par le roi de Perse, fit rechercher ce feu par les descendants des prêtres qui l'avaient caché. Ceux-ci informèrent Néhémie qu'ils n'avaient pas trouvé de feu, mais plutôt un liquide épais. Néhémie leur ordonna d'en puiser et d'en rapporter. Quand on eut tout préparé pour les sacrifices, Néhémie ordonna aux prêtres de répandre ce liquide sur le bois et sur ce que l'on y avait déposé. Après cela, il se passa un peu de temps. Le soleil, d'abord caché par les nuages, se mit à briller. Alors un grand brasier s'alluma, à la stupéfaction de tous.

Pendant que le sacrifice se consumait, les prêtres prononcèrent une prière, et, avec les prêtres, tous ceux qui étaient présents. Jonathan commençait, et les autres répondaient, de même que Néhémie. Cette prière était ainsi formulée : « Seigneur, Seigneur Dieu, créateur de toutes choses, redoutable et fort, juste et miséricordieux, toi le seul roi, le seul bon, le seul généreux, le seul juste, tout-puissant et éternel, tu sauves Israël de tout mal, tu as fait de nos pères tes élus et tu les as sanctifiés. Accepte ce sacrifice offert pour tout Israël, protège ta part d'héritage, sanctifie-la. Rassemble nos frères dispersés, libère ceux qui sont esclaves parmi les nations, jette les yeux sur ceux que l'on méprise et dont on se détourne avec dégoût. Ainsi les nations reconnaîtront que toi, tu es notre Dieu. Tourmente ceux qui nous oppriment, qui nous écrasent de leur orgueil plein d'arrogance. Enracine ton peuple dans ton lieu saint, ainsi que l'a dit Moïse. »

Les prêtres alors chantèrent les hymnes au son des harpes. Quand ce qui était offert en sacrifice fut entièrement consumé, Néhémie ordonna de répandre encore le reste de l'eau sur de grandes pierres. Après cela, une flamme s'alluma, mais son éclat fut absorbé par la lumière qui rayonnait en face, en provenance de l'autel.

L'événement fut bientôt connu. On rapporta au roi des Perses qu'à l'endroit où les prêtres exilés avaient caché le feu sacré était apparue une eau avec laquelle Néhémie et ceux qui l'entouraient avaient sanctifié par le feu ce qui était offert en sacrifice. Après avoir vérifié le fait, le roi fit clôturer cet endroit et le rendit sacré. À ceux qui avaient sa faveur, le roi donnait une part des grands revenus qu'il en retirait. Néhémie et ceux qui l'entouraient appelèrent cette eau « Neftar », ce qui signifie purification, mais on l'appelle généralement « nafta ».

Commentaire

Le prologue s'adressait aux Juifs de la diaspora, aux Juifs situés à Alexandrie. Et moi, je me dis que, puisqu'on parle des Juifs de la diaspora, qui baignent dans un milieu culturel différent et qui parlent grec, c'est peut-être le moment où je vais vous parler de la Bible chez les Grecs, notamment de ce qu'on appelle les livres deutérocanoniques. Il y a un moment, je crois, qu'on en parle. Donc le commentaire du premier chapitre, on va le garder pour demain, parce qu'il va se poursuivre, ce premier chapitre.

Et là, je vous parle — parce que c'est important, ouvrez les oreilles — des livres deutérocanoniques. Parce qu'en fait, ces livres des Maccabées que vous êtes en train d'écouter sont qualifiés de livres deutérocanoniques. Alors, ça veut dire quoi ? Peut-être vous le savez, sinon c'est le moment d'en parler : dans la Bible protestante, dans l'Ancien Testament, il y a 39 livres. Tandis que pour les catholiques, dans l'Ancien Testament, il y a 46 livres, c'est-à-dire les 39 livres reconnus par les protestants, plus 7 livres qu'on appelle les deutérocanoniques.

Parmi ces livres, vous avez Tobie, le Siracide, le livre de la Sagesse, Judith, le livre de Baruc, et les livres qu'on est en train de lire en ce moment, le premier livre des Maccabées et le deuxième livre des Maccabées. Ces 7 livres deutérocanoniques, les protestants les ont enlevés de leur Bible. Tout le monde ne s'en rend pas compte, mais vous qui suivez « La Bible en un an », le podcast, ça vous parlera : c'est à peu près l'équivalent d'un mois de podcast en moins chez les protestants. Ils ont bien de la chance, ça fait moins de travail !

La principale différence, c'est que ces livres deutérocanoniques ont été écrits en grec et non pas en hébreu. Ils appartiennent au canon biblique de ce qu'on appelle les Juifs de la diaspora. Les Juifs de la diaspora, ce sont les Juifs qui vivent en dehors d'Israël, principalement les Juifs qui vivent à Alexandrie, qui sont de culture grecque et qui utilisent un canon des Écritures grecques qu'on appelle la Bible des Septante.

Le Nouveau Testament utilise la Bible des Septante. Quand le Nouveau Testament cite l'Ancien Testament, c'est très souvent dans des citations issues de la Bible grecque. Donc, puisque la Bible des premiers chrétiens était la Bible de la Septante, c'est naturellement que les catholiques et les orthodoxes les ont gardés.

Sauf que les Juifs, eux, vont les exclure de leur propre Bible juive. Il y a une date, ce qu'on appelle le concile de Yamnia, en 90 après Jésus-Christ. Ce n'est pas dit que tout était fixé là, mais enfin bon… Parce qu'à cette époque-là, le Temple de Jérusalem vient d'être détruit, le judaïsme est en pleine recomposition, et maintenant il faut réaffirmer l'identité juive, et ça passe par fixer un canon des Écritures officiellement reconnues par les Juifs. Donc on va essayer de proposer une Bible juive qui se démarque à la fois de la Bible chrétienne et aussi de la culture hellénistique.

Pour cela, les rabbins vont donner deux principaux critères. Le premier critère, le plus important, c'est la langue : ça doit être écrit en hébreu et pas en grec. Deuxième critère : ça doit correspondre à une période où l'inspiration prophétique, pour les Juifs, n'est pas encore éteinte. C'est-à-dire que ça doit être écrit avant Malachie. Et du coup, il y a sept livres qui disparaissent, qu'on appelle les livres deutérocanoniques. Par exemple, de manière évidente, le livre de la Sagesse a d'abord été écrit en grec. Et de manière évidente aussi, le livre de Judith vient après Malachie.

Alors maintenant, comment est-ce qu'on est passé de la Bible juive, qui excluait ces livres, à la Bible protestante, qui les a enlevés de la Bible chrétienne ? C'est parce que Luther, au XVe-XVIe siècle, va décider que, dans un souci d'authenticité, il y a une langue sacrée, l'hébreu, et qu'on va se calquer sur le canon juif. Du coup, exit les livres deutérocanoniques, qu'il va appeler des livres apocryphes.

Alors, en apparence, c'est plus sympa, mais ça pose quand même quelques petites questions. Parce que, jusqu'à preuve du contraire, les chrétiens ont vraiment utilisé le canon des Septante. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les premiers chrétiens n'utilisaient pas la bonne Bible ?

Deuxième problème que ça pose : la langue hébraïque, langue sacrée. Mais pour les chrétiens, il n'y a pas de langue sacrée. La seule langue sacrée qui existe, c'est celle que met l'Esprit Saint dans nos cœurs, à la Pentecôte. Et puis, on fait quoi de tous les passages de Daniel écrits en araméen ? Et on fait quoi quand, par exemple, on s'aperçoit, avec le livre du Siracide… Au début, on n'avait que la version grecque, et puis on s'est aperçu qu'il y avait une version hébraïque qui existait et qu'on a retrouvée : à Qumrân, on a retrouvé une version hébraïque du Siracide. Alors on fait quoi ? On l'intègre maintenant ?

Et puis, la clôture de l'inspiration prophétique, quand vous êtes chrétien, ça pose des problèmes, parce que, jusqu'à preuve du contraire, elle continue jusqu'à Jésus. Il ne faut pas confondre le silence de Dieu avec la clôture de la Révélation.

Ce que ça dénote derrière aussi, avec les Septante, l'effort de traduction, c'est l'ouverture universelle. Le christianisme prétendra s'adresser à tout le monde, et la Révélation transcende les barrières culturelles. C'est ça que ça veut dire : on peut traduire la Bible. Alors oui, on perd beaucoup de jeux de mots qu'il y a en hébreu, mais l'essentiel du message est conservé, donc c'est valide. Et puis surtout, à partir du moment où les premiers chrétiens, saint Paul le premier, utilisaient la Bible des Septante, ce n'est pas nous qui allons la leur enlever des mains.

Bref, on aura l'occasion de reparler de ça, mais ça me permet de donner un peu plus le contexte de ces livres qu'on est en train de lire en ce moment, et d'attirer votre attention sur le milieu intellectuel dans lequel ils ont été écrits, qui est le milieu de la diaspora. C'était précisément le premier chapitre que vous aviez aujourd'hui, et qu'on commentera donc demain.

En guise de prière, nous prions pour le dialogue entre les chrétiens, pour qu'on arrive à se réconcilier. Parce que moi, catholique, je donnais mon point de vue, mais je n'oublie pas que parmi vous, certains sont protestants, et que vous lisez la Bible, et ça se trouve, même, vous aimez Dieu encore plus que moi. Alors j'attends de voir, hein, mais c'est quand même ce que j'ai envie de croire.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, toi qui as parlé par Moïse, par les prophètes, par la bouche de ton Fils unique, toi qui as fait naître l'Église de la lecture des Écritures et du pain partagé, donne à tous tes enfants dispersés de se retrouver dans l'unité de cœur, de dépasser les murs et les incompréhensions, et de découvrir dans chaque livre reçu la lumière de ton Esprit Saint.

Nous te le demandons, Seigneur, par cette foi qui nous unit. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.


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