Jour 294 ☼ — L'abomination de la désolation
← J293 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J294 ☾ →
Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre les deux derniers livres de l'Ancien Testament, les Maccabées, des livres principalement historiques qui se lisent bien. Comme les lectures sont longues, il donne son commentaire avant la lecture : il plante le décor historique, de Cyrus à Alexandre le Grand, puis le partage de l'empire entre Lagides d'Égypte et Séleucides d'Asie Mineure. C'est dans ce dernier royaume que surgit Antiochos Épiphane, le grand méchant du récit, celui que le livre de Daniel annonçait à mots couverts et que Judith évoquait sous la figure de Nabuchodonosor. Le chapitre 1 raconte le pillage du Temple, l'interdiction de la Loi et l'installation de l'abomination de la désolation sur l'autel des sacrifices.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
On a terminé le livre de Judith. Préparez-vous bien, accrochez-vous, les enfants : 1 Maccabées, 2 Maccabées, les derniers livres de l'Ancien Testament. Vous m'avez bien entendu : les derniers livres de l'Ancien Testament. Moi je dis, rien que ça, rien que ça, ça mérite une félicitation, et pour vous et pour moi. Du coup, les liens sont en bas : dans votre joie, vous, d'arriver à la fin de l'Ancien Testament, et dans ma joie, moi, d'y arriver aussi. Parce que je fais plus que ça depuis quatre mois. J'adore la Bible, mais là j'ai aussi ma chaîne YouTube qui est en souffrance, donc écoutez, aidez-moi. Les liens sont en bas. C'est le sprint final, on y va.
Bon, maintenant qu'on a dit ça, retournons à nos livres des Maccabées. Ce sont des livres principalement historiques, qui se lisent bien. Vous allez vous apercevoir que si jamais ça s'appelle les Maccabées, c'est peut-être pas tout à fait un hasard, c'est peut-être quelque chose d'un peu gore de temps en temps. Mais chut, je ne dis rien pour le moment.
Les lectures étant longues, je ne vais pas avoir le temps de les commenter après. Ça m'a semblé plus important de vous donner le commentaire avant le premier chapitre, pour que vous puissiez bien comprendre ce dont il va être question. Pour la suite, vous allez voir, vous allez rentrer dedans. Bonne écoute !
Lecture : 1 Maccabées 1
Alexandre, fils de Philippe, de Macédoine, quitta le pays des Grecs pour affronter Darius, le roi des Perses et des Mèdes. Après l'avoir vaincu, il régna à sa place. Auparavant, il régnait déjà sur le monde grec. Il livra de multiples batailles, s'empara de nombreuses forteresses et fit périr les rois de la région. Il poussa jusqu'aux extrémités de la terre et ramassa le butin d'une multitude de nations. Devant lui, la terre resta muette. Son cœur s'exalta à l'extrême. Il rassembla une armée très puissante, soumit des provinces, des nations et des souverains qui durent lui payer l'impôt.
Après quoi il fut contraint de s'aliter et comprit qu'il allait mourir. Il convoqua ses auxiliaires les plus illustres, élevés avec lui depuis le plus jeune âge, et de son vivant il partagea entre eux son royaume. Alexandre avait régné douze ans quand il mourut. Alors ceux qui l'avaient assisté exercèrent le pouvoir, chacun dans sa région. Après sa mort, ils portèrent tous le diadème, et leurs fils après eux durant de longues années, et ils multiplièrent les malheurs sur la terre.
De leurs descendants surgit un homme de péché, Antiochos Épiphane, fils du roi Antiochos le Grand. Il avait séjourné à Rome comme otage, et il devint roi en l'année 137 de l'empire grec.
À cette époque surgirent en Israël des hommes infidèles à la loi, et ils séduisirent beaucoup de gens, car ils disaient : « Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent. En effet, depuis que nous avons rompu avec elles, il nous est arrivé beaucoup de malheurs. » Ce langage parut judicieux, et quelques-uns dans le peuple s'empressèrent d'aller trouver le roi. Celui-ci leur permit d'adopter les usages des nations. Ils construisirent un gymnase à Jérusalem, selon la coutume des nations. Ils effacèrent les traces de leur circoncision, renièrent l'alliance sainte, s'associèrent aux gens des nations et se vendirent pour faire le mal.
Quand Antiochos vit son pouvoir bien établi, il projeta de devenir aussi roi d'Égypte et de régner sur les deux royaumes. Il entra en Égypte avec une armée imposante, des chars, des éléphants, des cavaliers, ainsi qu'une grande flotte. Il livra bataille à Ptolémée, le roi d'Égypte, qui battit en retraite et s'enfuit. Il y eut beaucoup de victimes. Antiochos s'empara des villes fortes d'Égypte et ramassa le butin du pays.
Après sa victoire sur l'Égypte, en l'an 143 de l'empire grec, Antiochos s'en retourna et monta contre Israël et Jérusalem avec une armée imposante. Il entra dans le sanctuaire avec arrogance. Il fit main basse sur l'autel d'or, le chandelier de lumière avec tous ses accessoires, la table des offrandes, les coupes à libations, les vases, les encensoirs d'or, le voile et les couronnes. Même le revêtement doré de la façade du Temple, il l'arracha en entier. Il prit aussi l'argent, l'or et les objets précieux, ainsi que les trésors cachés qu'il découvrait. Avec tout cela, il retourna dans son pays. Il fit un grand carnage et proféra des paroles d'une extrême arrogance.
Il y eut un grand deuil dans tout Israël. Chefs et anciens poussèrent des lamentations. Jeunes filles et jeunes gens dépérirent, et la beauté des femmes s'altéra. Tout jeune marié entonna un chant de deuil. Assise dans la chambre nuptiale, l'épouse était en larmes. La terre trembla à cause de ses habitants, et toute la maison de Jacob fut revêtue de honte.
Deux ans plus tard, le roi envoya dans les villes de Juda un commissaire pour percevoir les impôts. Celui-ci vint à Jérusalem avec une armée importante. Il adressa aux habitants des paroles de paix : c'était pour les tromper, mais ils le crurent. Puis il attaqua la ville à l'improviste, la frappa durement et fit périr beaucoup de gens en Israël. Il prit le butin de la ville, il incendia celle-ci, détruisit les maisons et le mur d'enceinte. Ses hommes réduisirent en captivité les femmes et les enfants et confisquèrent le bétail.
Puis ils rebâtirent la cité de David avec un haut rempart fortifié et de puissantes tours, et elle devint leur citadelle. Là, ils installèrent une race perverse, des gens infidèles à la loi. Pour accroître leurs forces, ils y amassèrent des armes et des vivres. Ils y déposèrent le butin de Jérusalem qu'ils avaient rassemblé. C'était un véritable piège, un lieu d'embuscade contre le sanctuaire, un cruel adversaire pour Israël en tout temps. Ils souillèrent le lieu saint.
À cause d'eux, les habitants de Jérusalem s'enfuirent. La ville devint une colonie d'étrangers, une étrangère pour sa descendance, car ses propres enfants l'avaient abandonnée. Son sanctuaire fut dévasté comme un désert. Ses fêtes se changèrent en deuil, ses sabbats en dérision, son honneur en mépris. Elle fut remplie de honte, à la mesure même de sa gloire passée, et sa fierté se changea en larmes.
Le roi Antiochos prescrivit à tous les habitants de son royaume de ne faire désormais qu'un seul peuple et d'abandonner leurs coutumes particulières. Toutes les nations païennes se conformèrent à cet ordre. En Israël, beaucoup suivirent volontiers la religion du roi, offrirent des sacrifices aux idoles et profanèrent le sabbat.
Le roi envoya également à Jérusalem et aux villes de Juda des émissaires avec des lettres qui leur prescrivaient de suivre des coutumes étrangères à leur pays. Ils devaient bannir du sanctuaire holocaustes, sacrifices et libations ; ils devaient profaner les sabbats et les fêtes, souiller le sanctuaire et les fidèles, élever des autels, des lieux de culte et des idoles, offrir en sacrifice des porcs et d'autres animaux impurs. Ils devaient laisser leurs fils incirconcis et se rendre eux-mêmes abominables par toutes sortes de pratiques impures et de profanation, de manière à oublier la loi et à changer les observances. « Quiconque n'agirait pas selon l'ordre du roi serait mis à mort. » C'est en ces termes que le roi écrivit à tous ses sujets. Il établit des inspecteurs pour tout le peuple et ordonna aux villes de Juda d'offrir des sacrifices dans chaque ville. Beaucoup de gens du peuple, tous ceux qui délaissaient la loi, se rallièrent à eux et firent du mal dans le pays. Ils obligèrent Israël à se cacher dans tous ses lieux de refuge.
Le quinzième jour du neuvième mois, en l'année 145, on érigea sur l'autel des sacrifices l'abomination de la désolation. Et dans les villes de Juda, autour de Jérusalem, ses partisans élevèrent des autels païens. Ils brûlèrent de l'encens aux portes des maisons et sur les places. Tous les livres de la loi qu'ils découvraient, ils les jetaient au feu après les avoir lacérés. Et si l'on découvrait chez quelqu'un un livre de l'Alliance, si quelqu'un se conformait à la loi, le décret du roi le faisait mettre à mort. Mois après mois, dans les villes, on sévissait durement contre ceux d'Israël qui étaient pris en infraction. Le vingt-cinq de chaque mois, on sacrifiait sur l'autel dressé au-dessus de l'autel des sacrifices. Selon l'ordre du roi, les femmes qui avaient fait circoncire leur enfant, on les mettait à mort avec leur nourrisson suspendu à leur cou. On exécutait aussi les membres de leur famille et ceux qui avaient opéré la circoncision.
Cependant, beaucoup en Israël résistèrent et eurent le courage de ne manger aucun aliment impur. Ils acceptèrent de mourir pour ne pas être souillés par ce qu'ils mangeaient et pour ne pas profaner l'Alliance sainte. Et de fait, ils moururent. C'est ainsi que s'abattit sur Israël une grande colère.
Commentaire
Plantons le décor historique. Avec Esdras, Néhémie, on revenait d'exil, on refondait Jérusalem, c'était la théologie du Temple dans l'empire perse. Et puis ensuite arriva ce qui devait arriver : l'empire perse fut supplanté par l'empire hellénique, avec Alexandre le Grand, moins 324.
Souvenez-vous, on en a parlé dans les visions de Daniel : comment est-ce qu'il y avait des bêtes avec des cornes, avec des rois, avec des satrapes devenus des royaumes qui allaient se faire la guerre. Je vous avais dit que tout cela allait culminer dans un royaume : le royaume séleucide, situé en Asie Mineure, et dont le livre de Judith allait parler à travers cette fable de Nabuchodonosor, roi des Assyriens. Eh bien, on y est ! Ce dont le livre de Judith parlait, mais de manière floue, c'est ce dont le livre des Maccabées va parler de manière explicite.
Donc parlons un peu de ce royaume séleucide. « -ide », ça veut dire « fils de » : fils de Séleucos, Séleucos étant un des généraux d'Alexandre le Grand, qui va hériter de cette partie à l'ouest de son empire, l'Asie Mineure, avec Damas, Antioche comme capitale. À ne pas confondre surtout avec l'Égypte et les Ptolémées : Ptolémée, un des autres généraux d'Alexandre le Grand, fils de Lagos, qui vous donnera la dynastie des Lagides, et qui, lui, va hériter de l'Égypte et des Ptolémées.
Sauf que la Judée va bientôt être conquise par le royaume séleucide. Donc c'est principalement ce royaume-là qui nous intéresse, avec des noms de rois comme Antiochos le Grand, et dont le fils s'appellera Antiochos Épiphane. Et Antiochos Épiphane, pour le coup, c'est le grand méchant. L'abomination de la désolation, c'est lui. Épiphane, qui veut dire « manifeste », « manifesté » — théophanie. Et Antiochos Épiphane, c'est « Dieu qui s'est révélé ».
Je vous ai donné le décor pour que vous fassiez bien le lien entre les différents livres que vous venez d'entendre. Nous étions vers moins 500 avec Cyrus, puis moins 300 avec Alexandre le Grand, et cette fois-ci nous sommes en moins 175 avec Antiochos Épiphane.
Proverbes 25,25-28
De l'eau fraîche pour une gorge sèche : les bonnes nouvelles d'un pays lointain.
Une source trouble, une fontaine polluée : le juste qui perd pied devant un méchant.
Manger du miel tant et plus, ce n'est pas bon ; courir après la gloire, non plus.
Une ville ouverte, sans rempart : tel est l'homme qui ne maîtrise pas ses humeurs.
← J293 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J294 ☾ →