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Jour 295 ☾ — Le vrai feu de Dieu

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 2 du deuxième livre des Maccabées, le frère Paul-Adrien lit la suite de la légende du feu liturgique : Jérémie, averti par un oracle, cache l'arche, la tente et l'autel dans une grotte de la montagne de Moïse, et laisse aux déportés un testament spirituel — ne pas laisser la Loi s'écarter de leur cœur. Suit le second prologue, où l'auteur explique sa méthode de résumé. Le commentaire remet la légende dans l'ordre, montre pourquoi elle est racontée à l'envers, et dégage le message adressé aux Juifs de la diaspora : le vrai feu de Dieu n'est pas un objet ni un bâtiment, mais la Loi et la ferveur à la suivre. L'épisode se termine par une prière pour demander ce feu.

Introduction

Nous continuons notre deuxième livre des Maccabées, un livre adressé aux Juifs de la diaspora qui ont les yeux fixés sur Jérusalem, et ce qui se passe à Jérusalem doit servir pour eux de consolation, eux qui sont restés en terre d'exil. Pour les consoler, on leur rappelle les événements récents, comment Dieu a protégé Jérusalem, et d'ailleurs on a laissé une fête pour se rappeler de ces événements, la fête de la Hanouka, que eux, à Alexandrie, vont bientôt célébrer aussi, preuve que Dieu continue de veiller sur son peuple.

Hanouka, la dédicace. La dédicace, c'est-à-dire la reconstruction du temple, qui avait commencé avec Néhémie — souvenez-vous, il y avait eu des premières fêtes pour célébrer l'érection du nouveau temple de Jérusalem — et qui s'est poursuivie précisément au cours de la révolte maccabéenne, dont on va retracer les événements dans ce livre, quand il avait fallu à nouveau reconsacrer le temple suite à sa profanation par Antiochus IV. Donc le but de ce livre, c'est ce que vous dit le prologue : c'est de rappeler l'origine de la Hanouka, que Dieu a envoyée comme fête de la consolation, non seulement à Jérusalem mais pour les Juifs de la diaspora, pour leur signifier qu'il continue de veiller sur eux.

La dernière fois, on avait parlé de la lointaine origine de la Hanouka, avec Néhémie qui avait reconstruit le temple et qui l'avait à nouveau consacré. Et qu'il avait reconsacré grâce à un feu mystérieux retrouvé dans une grotte. On va continuer sur ce même thème encore aujourd'hui, la légende du feu qui avait permis de consacrer pour la première fois le temple rebâti. Avec Jérémie — et là aussi, derrière Jérémie, un petit coup de chapeau envers les Juifs de la diaspora à Alexandrie. Souvenez-vous, Jérémie voulait rester en Israël, et à un moment donné les Juifs ont eu peur parce que, de manière un peu bête, ils avaient tué le gouverneur établi par les Babyloniens ; et devant la peur de représailles à venir de la part de Nabuchodonosor, ils avaient préféré partir se réfugier en Égypte, et ils avaient emmené avec eux Jérémie. Donc Jérémie, l'exil, tout ça, ça parle aux Juifs d'Alexandrie.

Donc ce sera la première partie de la lecture, la légende du feu liturgique par Jérémie. Et puis ensuite, on aura un deuxième prologue pour expliquer comment est-ce que le livre a été construit. Ce deuxième livre des Maccabées est un peu lent à se mettre en place, je vous l'accorde. Ça ne l'empêche pas d'avoir du charme.

Lecture : 2 Maccabées 2

On peut lire dans les archives que le prophète Jérémie donna l'ordre aux déportés d'emporter du feu sacré, comme on vient de l'indiquer. Après avoir donné aux déportés un exemplaire de la Loi, il leur recommanda de ne pas oublier les décrets du Seigneur et de ne pas laisser leur esprit s'égarer au spectacle des statues d'or et d'argent revêtues de leur parure. Parmi d'autres conseils du même genre, il les encouragea à ne pas laisser la Loi s'écarter de leur cœur.

Ce document racontait aussi comment le prophète, averti par un oracle, avait ordonné que la tente et l'arche l'accompagnent lorsqu'il se rendit à la montagne que Moïse avait gravie pour contempler l'héritage promis par Dieu. Arrivé là, Jérémie trouva un site caverneux. Il y introduisit la tente, l'arche et l'autel, puis il en obstrua l'accès. Quelques-uns de ceux qui l'avaient accompagné revinrent pour marquer de signes le chemin, mais ils ne purent le retrouver. Quand Jérémie l'apprit, il leur fit des reproches et leur dit : « Ce lieu restera inconnu jusqu'à ce que Dieu ait accompli le rassemblement de son peuple et lui ait montré la tente. »

Le document rapportait aussi comment Salomon, cet homme plein de sagesse, offrit un sacrifice pour la dédicace et l'achèvement du temple, de même que Moïse avait fait pour la tente.

L'architecte d'une maison neuve doit surveiller l'ensemble de la construction, tandis que le peintre et le décorateur doivent rechercher ce qui convient à l'ornementation ; il en va de même pour nous, me semble-t-il. Pénétrer dans le sujet, faire le tour des questions, examiner avec soin tous les détails, cela revient à celui qui, le premier, écrit l'histoire. Mais celui qui en fait le résumé doit chercher la concision du récit et renoncer à traiter le sujet de façon trop minutieuse. Commençons donc ici notre récit, sans rien ajouter de plus à ce qui vient d'être dit, car il serait absurde d'être prolixe dans les préambules de l'histoire, mais concis dans l'histoire elle-même.

Commentaire

Je remets dans l'ordre cette légende du feu sacré, parce qu'il y a peut-être un côté patchwork, peut-être que la lecture vous a perdu.

Ça commence avant l'exil. Jérémie, prévenu de la destruction du temple de Jérusalem — c'est ce que vous dit le texte des Maccabées — aurait anticipé les événements, en cachant dans une grotte, pour qu'ils restent secrets et à l'abri, l'arche, la tente de la rencontre et l'autel. Et on y aurait enterré le feu liturgique avec lequel on sacrifiait les animaux. Ce feu aurait alors transformé la terre de la grotte jusqu'à former un liquide visqueux, la nafte, ce que nous on appellerait le pétrole. Après l'exil, Néhémie envoie des prêtres chercher à nouveau ce feu sacré. Et quand ils rentrent dans la grotte, ce qu'ils trouvent, c'est cette nafte. Ils l'amènent au temple de Jérusalem, qu'ils disposent sur l'autel. Et là, le soleil d'en haut paraît, qui embrase à nouveau la nafte. Le feu liturgique réapparaît, et on peut faire des sacrifices.

Manifestement, cette histoire de feu, c'est quelque chose qui est important pour l'auteur, parce qu'il vous rappelle les précédents : Moïse, Salomon. C'était la preuve que Dieu acceptait les sacrifices. Le feu, c'est aussi la présence de Dieu dans le temple.

Très bien, mais alors dans ce cas-là, pourquoi avoir raconté cette histoire à l'envers ? Pourquoi avoir commencé par raconter la redécouverte de ce feu par Néhémie, pour ensuite, après, nous expliquer comment est-ce que Jérémie l'avait caché ? Eh bien, parce que ça permet de mettre en relief non pas la redécouverte du feu, mais pourquoi Jérémie l'avait caché. Et dans la tête de Jérémie, ce lieu était fait pour rester secret. C'est pour ça qu'il s'était énervé quand il y avait des prêtres qui avaient commencé à marquer l'endroit. Et Jérémie leur avait dit :

« Ce lieu restera inconnu jusqu'à ce que Dieu ait accompli le rassemblement de son peuple et lui ait montré la tente. »

Non, non, non, ce n'est pas aux hommes de redécouvrir l'endroit, c'est Dieu qui le manifestera à la fin des temps. Et ce qu'il avait caché, c'était l'arche, la tente de la rencontre et l'autel des encens. Ce qui veut donc dire que la redécouverte par Néhémie, ce n'est pas tout à fait ce que Jérémie avait prévu. Alors, il se trouve que le liquide que Néhémie avait retrouvé, Dieu, avec le soleil venu d'en haut, symbole de sa présence, à nouveau le transforme en feu. Ça veut dire que Dieu accepte la redécouverte de ce feu. Et ça n'empêche qu'il y a une petite ambiguïté.

Alors creusons cette ambiguïté. Quand Jérémie avait caché l'arche, la tente et l'autel des encens, il avait laissé un testament spirituel : ne pas laisser la Loi de côté et suivre les décrets du Seigneur. Ce qui veut donc dire que le vrai feu que Dieu laissait au peuple juif, ce n'était pas un feu matériel, ce n'était pas la tente de la rencontre, ce n'était pas l'arche de l'Alliance — ça, ce sont des objets — mais c'est la Loi, et avec la Loi, la ferveur à suivre la Loi.

Alors tout ça, c'est très beau, mais on se dit : bon, ce sont des légendes. Alors, d'abord, pas dit que ce soient des légendes. Et puis ensuite, il y a un message pour les Juifs de la diaspora, qui, s'ils ne peuvent pas se rendre à Jérusalem pour voir le temple, peuvent au moins avoir le réconfort d'avoir dans leur cœur, dans la Loi, le feu de la présence divine. Et puis, ce que ça veut dire aussi, c'est qu'au moment où on célèbre la restauration du temple, sa purification, la fête de Hanouka, attention : il ne faudrait pas non plus idolâtrer le temple. Le feu, la présence divine, c'est autre chose, ce n'est pas simplement un bâtiment.

Donc ce livre commence de manière étonnante, par une légère hésitation. Oui, il y a une petite hésitation. Est-ce qu'on est bien en train de suivre l'esprit prophétique de Jérémie ? Et par quoi mystiquement l'a-t-on remplacé ? Une petite hésitation qui se retrouvait dans le deuxième prologue, où l'auteur nous expliquait comment il avait composé son ouvrage. Il vous disait qu'il avait tout résumé, parce que, attention, si on regarde toute l'histoire, il y avait tellement de détails qu'on risque d'oublier l'essentiel de l'histoire. Ah, là aussi, il y a un caveat. Ah, attention à votre manière de lire le livre des Maccabées, vous dit l'auteur : il y en a beaucoup qui se sont laissés tromper, charmés qu'ils étaient par les détails, et qui sont passés à côté.

Eh bien, nous voilà prévenus. Un livre qui sera peut-être plus difficile que les autres à décrypter.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, donne-moi le feu de la ferveur. Donne-moi le feu de ta Loi, le feu de ta charité, puisque ta Loi me commande d'aimer, de t'aimer par-dessus tout, et d'aimer mon prochain comme moi-même. Fais que j'aime ton commandement, qu'il brûle en mon âme comme un feu sacré, et que la boue de mon péché, comme une nafte, un liquide visqueux, par le soleil de ta présence, devienne flamme, devienne consécration, devienne onction céleste et joie, devienne en mon corps le temple de l'Esprit Saint, et en mon cœur le lieu de ta grâce et de ta présence. Amen.


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