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Jour 296 ☾ — Héliodore frappé au Temple

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Résumé : Le deuxième livre des Maccabées démarre enfin, non par une guerre mais par un tableau de paix parfaite sous le grand prêtre Onias III. Le frère Paul-Adrien lit le récit de la dénonciation de Simon, de la venue d'Héliodore, envoyé du roi Séleucos pour confisquer le trésor du Temple, et de son châtiment par un cavalier céleste et deux jeunes gens éclatants. Le commentaire souligne que le Temple est ici devenu le pôle du monde, défendu au nom d'une religion quasi naturelle — celle des veuves et des orphelins — et que l'intervention directe de Dieu rend, à ce stade, l'insurrection maccabéenne superflue. Héliodore, simple fonctionnaire obéissant, se convertit et témoigne devant le roi.

Introduction

Premier livre des Maccabées, nous avions un démarrage tout en fanfare, fait de guérillas, fait de victoires et d'éclats militaires. Le deuxième livre des Maccabées, lui, était plus poussif à démarrer, on a parlé de ses hésitations, mais ça y est, ça y est, enfin.

On va commencer d'ailleurs un tout petit peu avant Antiochos IV Épiphane, on va commencer avec Séleucos, qui est le roi d'avant. Séleucos, comme l'Empire, c'est le séleucide, c'est toujours la même famille, c'est toujours le même empire. Je vous laisse apprécier le début de l'histoire, on en reparle dans les commentaires.

Lecture : 2 Maccabées 3

Les habitants de la ville sainte jouissaient d'une paix totale. On y observait au mieux les lois, grâce à la piété du grand prêtre Onias et à sa haine du mal. À cette époque, les rois eux-mêmes en vinrent à honorer le lieu saint et à rehausser la gloire du temple par les dons les plus magnifiques. Séleucos, roi d'Asie, couvrait lui-même de ses revenus personnels toutes les dépenses exigées par la liturgie des sacrifices.

Or, un certain Simon, de la tribu de Bilga, qui avait été nommé administrateur du temple, se trouva en désaccord avec le grand prêtre au sujet de la surveillance des marchés de la ville. Comme il ne pouvait l'emporter sur Onias, il alla trouver Apollonios, fils de Tharséas, qui était à cette époque le gouverneur militaire de l'Empire. Il le mit au courant du fait que le trésor de Jérusalem regorgeait de richesses inouïes, au point qu'on ne pouvait en calculer la somme et qu'elles étaient sans proportion avec le budget requis pour les sacrifices. Il ajouta qu'il était possible de les faire tomber en la possession du roi.

Lors d'une revue avec le roi, Apollonios l'informa des richesses dont on lui avait dénoncé l'existence. Le roi désigna Héliodore, qui était à la tête de ses affaires. Il l'envoya avec l'ordre de procéder à l'enlèvement des richesses indiquées. Aussitôt, Héliodore fit le voyage, officiellement pour visiter les villes de Coelé-Syrie et de Phénicie, mais en fait pour exécuter le mandat du roi.

Arrivé à Jérusalem, il fut reçu avec bienveillance par le grand prêtre et par la ville. Il communiqua ce dont on l'avait informé et il exposa la raison de sa présence. Il désirait savoir, en effet, si tout cela, par hasard, correspondait bien à la réalité. Le grand prêtre lui expliqua que le trésor contenait les dépôts de veuves et d'orphelins, ainsi qu'une somme appartenant à Hyrcan, fils de Tobie, personnage qui occupait une situation très élevée. Contrairement aux allégations fallacieuses de l'impie Simon, l'ensemble ne comprenait que quatre cents talents d'argent et deux cents talents d'or. D'ailleurs, ajouta-t-il, il était absolument inconcevable de léser ceux qui avaient mis leur confiance dans la sainteté de ce lieu, dans le caractère sacré et inviolable du temple, vénéré dans le monde entier.

Mais Héliodore, en raison des ordres qu'il avait reçus du roi, soutenait absolument que ces richesses devaient être confisquées au profit du trésor royal. Au jour fixé par lui, il entra pour dresser l'inventaire de ces richesses. Grande fut l'angoisse qui se répandit alors dans toute la ville. Les prêtres, prosternés devant l'autel en habits sacerdotaux, invoquaient le ciel, lui qui avait institué la loi sur les dépôts, pour qu'il garde intacts les biens de ceux qui les avaient mis en dépôt.

À voir l'aspect du grand prêtre, on ne pouvait manquer d'être profondément blessé. Dans son apparence et l'altération de son teint se trahissait l'angoisse de son âme. La frayeur dont cet homme était envahi et le tremblement de son corps manifestaient clairement à ceux qui le regardaient la souffrance intime de son cœur.

Devant la profanation qui menaçait le lieu saint, les gens se précipitaient en foule hors des maisons où ils se trouvaient pour s'unir dans une supplication commune. Les femmes, enveloppées d'une toile à sac, serrées au-dessous de la poitrine, se répandaient dans les rues. Quant aux jeunes filles, habituellement retenues à l'intérieur, les unes couraient vers les portails, d'autres sur les murailles, d'autres encore se penchaient aux fenêtres. Toutes faisaient monter leurs implorations, leurs mains tendues vers le ciel. C'était pitié de voir la confusion de cette foule prostrée et l'extrême angoisse dans laquelle attendait le grand prêtre.

Tandis qu'on invoquait le Seigneur Tout-Puissant, pour qu'il garde intacts en toute sécurité les dépôts de ceux qui les avaient confiés au temple, Héliodore, lui, exécutait ce qui avait été décidé. Mais à l'endroit précis où il se trouvait déjà, avec ses gardes, près de la salle du trésor, le souverain des esprits célestes et de toute autorité se manifesta avec un tel éclat que tous ceux qui avaient eu l'audace d'entrer, frappés par la force de Dieu, défaillirent d'épouvante. Un cheval leur apparut, monté par un redoutable cavalier et orné d'un harnachement somptueux. S'élançant avec impétuosité, il projetait ses sabots antérieurs vers Héliodore. L'homme qui le chevauchait paraissait avoir une armure d'or. En même temps, lui apparurent deux autres jeunes gens d'une force extraordinaire, éclatants de beauté et magnifiquement vêtus. Se plaçant de part et d'autre d'Héliodore, ils le flagellaient sans relâche, lui portant une grêle de coups.

Et subitement, Héliodore fut terrassé et environné d'épaisses ténèbres. On le ramassa pour le mettre sur une civière. Cet homme, qui venait de pénétrer dans la salle du trésor avec une escorte nombreuse et toute sa garde, n'était plus d'aucun secours à lui-même. On l'emporta en reconnaissant ouvertement le pouvoir de Dieu. Lui, par l'action de la force divine, gisait sans voix, privé de tout espoir de salut. Les autres bénissaient le Seigneur, qui avait été grandement glorifié dans son lieu saint. Le temple, qui un instant auparavant était rempli de frayeur et de trouble, débordait maintenant de joie et d'allégresse grâce à la manifestation du Seigneur Tout-Puissant.

Bien vite, quelques-uns des compagnons d'Héliodore suppliaient Onias d'invoquer le Très-Haut et d'obtenir la grâce de la vie pour cet homme qui gisait là et en était à son tout dernier souffle. Le grand prêtre, dans la crainte que le roi ne soupçonne les Juifs d'avoir commis un mauvais coup contre Héliodore, offrit un sacrifice pour le salut de cet homme. Or, tandis qu'il accomplissait le sacrifice d'expiation, les mêmes jeunes gens, revêtus des mêmes habits, apparurent une seconde fois à Héliodore. Ils se tinrent près de lui et lui dirent : « Rends pleinement grâce à Onias, le grand prêtre, car c'est à cause de lui que le Seigneur t'a accordé la grâce de vivre. Toi, qui as été flagellé par le ciel, proclame devant tous le pouvoir grandiose de Dieu. » Et après ces paroles, ils disparurent.

Héliodore présenta un sacrifice au Seigneur et adressa de ferventes prières à celui qui lui avait conservé la vie. Puis il prit congé d'Onias et revint avec son armée auprès du roi. À tous, il rendait témoignage des œuvres du Dieu très grand, œuvres qu'il avait contemplées de ses yeux.

Lorsque le roi lui demanda quel genre d'homme il conviendrait d'envoyer une fois encore à Jérusalem, Héliodore répondit : « Si tu as quelque ennemi ou conspirateur contre les affaires publiques, envoie-le là-bas et il te reviendra roué de coups, si du moins il en réchappe, car vraiment, il y a une force divine autour du lieu saint. En effet, celui qui a sa demeure dans le ciel veille lui-même sur ce lieu et le protège. Ceux qui s'en approchent avec des intentions mauvaises, il les frappe et les fait périr. »

C'est ainsi que se déroulèrent les événements concernant Héliodore et la préservation du trésor.

Commentaire

L'histoire ne commence pas par un meurtre, par l'abomination de la désolation ou par une guerre. L'histoire commence par la paix générale. Chapitre 3, verset 1 :

Les habitants de la ville sainte jouissaient d'une paix totale. On observait au mieux les lois grâce à la piété du grand prêtre Onias et à sa haine du mal. À cette époque, les rois eux-mêmes en vinrent à honorer le lieu saint et à rehausser la gloire du temple par les dons les plus magnifiques.

On n'est pas dans l'Empire perse, on est dans l'Empire séleucide, mais le lieu saint est reconnu par Séleucos, roi de l'Empire séleucide. La paix est parfaite, le temple jouit d'une réputation inégalée, même parmi les rois païens. On observe la loi à Jérusalem. Bref, tout est parfait.

On vous introduit alors Onias, qui était le grand prêtre. Plus exactement, Onias III, qui appartient à la lignée sadocite. C'est-à-dire qu'il est un descendant de Sadoc, le prêtre qui avait été nommé par David. Pour la petite histoire, juste avant lui, il y avait Simon II, parfois encore appelé Siméon le Juste, qui a régné de 219 à 199 avant Jésus-Christ, loué pour sa piété, son zèle et sa gestion pacifique du temple. C'était de lui dont il était question dans le Siracide. Souvenez-vous, Siracide chapitre 50, il y avait un passage où on parlait de Simon II en des termes dithyrambiques. Et on vous le comparait à l'étoile du matin, à l'arc-en-ciel, au lys, au palmier, au cèdre du Liban, symbole de pureté et des splendeurs cultuelles. Ça, c'était Simon II. Eh bien, son successeur, Onias III, dont il est question ici, c'est à peu près la même chose. Sauf que, comme on le verra, si Simon II c'est l'étoile du matin, Onias III c'est plutôt l'étoile du soir.

Parce qu'en face de lui, vous l'avez entendu, il y a des jaloux. Un Simon qui veut se faire l'or du temple. Bref, il y a des querelles, il y a des jalousies, et le roi, le séleucide, en bon roi qu'il est, envoie quelqu'un inspecter pour savoir d'où vient cet argent.

Onias III lui dit que cet argent, il est inviolable parce que c'est l'or des veuves et des orphelins. Ce qui est une manière de dire que ce n'est pas tellement le temple qui rend cet or sacré et inviolable, c'est plutôt ce qu'il représente. Parce que les veuves et les orphelins, ça, ce n'est pas une question de religion révélée, vous êtes dans la loi naturelle, quoi. On ne s'attaque ni aux veuves, ni aux orphelins.

Et d'ailleurs, la manière dont Onias III parle à Héliodore, l'envoyé du roi séleucide, fait moins appel à des arguments de religion révélée — Moïse, Abraham — mais plutôt à une sorte de religion naturelle, universelle. On parle du ciel, on parle du souverain des esprits, on parle de celui qui réside dans le ciel, on parle du Très-Haut. Bref, on parle de la divinité au sens large, ce à quoi l'âme païenne elle-même est sensible. Jérusalem, ici, est bien devenue le pôle du monde. C'est-à-dire que tout le monde peut s'y retrouver : qu'on soit juif, qu'on soit païen, la religion que sert Onias III, grand prêtre devant l'Éternel, c'est la religion de l'humanité.

Mais Héliodore signe et persiste. Consternation chez le grand prêtre, consternation dans le peuple. Harmonie totale entre le prêtre et les fidèles. C'est la même ferveur chez l'un, c'est la même ferveur chez l'autre, personne ne commande, tous se retrouvent dans l'adoration de Dieu. C'est le tableau idyllique.

Et à ce moment-là, Héliodore rentre dans le temple et là, l'apocalypse descend sur terre. Les cavaliers de Dieu, l'armée céleste est là et qui le frappe. De la même manière que la religion universelle s'impose à tous, Dieu protégera son temple. Ce qui veut dire aussi, petite note en passant, que si c'est Dieu lui-même qui intervient d'une manière militaire avec ses cavaliers, ça veut dire que ce ne sera pas aux hommes de le faire. Une apparition comme ça dans le temple, du coup, ça rend l'insurrection maccabéenne superflue. Ah, là encore, petit changement.

Bref, Héliodore se convertit. Là encore, le temple permet de sauver les païens. Parce qu'Héliodore, ce n'était pas un méchant. C'était un fonctionnaire qui essayait simplement de faire son boulot. Il obéissait aux ordres du roi. Et voilà qu'à la fin, il retourne voir Séleucos, le roi séleucide, pour lui dire, avec une petite ironie : si tu avais un vrai ennemi, envoie-le dans le temple de Jérusalem pour que là aussi il soit puni. Sous-entendu : le temple de Jérusalem est un élément central dans la paix de ton royaume. Et Séleucos ne dit rien. Qui ne dit mot consent. Au début du chapitre, c'était lui qui couvrait les dépenses du temple par ses dépenses personnelles.

Alors comment ça se fait que tout a volé en éclats ? Parce qu'Antiochos IV Épiphane va arriver comme ça ? La suite au prochain épisode, on verra.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen.

Seigneur, je te confie tous ceux qui n'aiment pas la religion chrétienne et qui s'imaginent qu'elle est un repaire pour se faire de l'argent, qu'elle est un repaire pour avoir des calculs politiciens ou humains, et qui n'arrivent pas à voir que derrière, malgré tous les péchés du peuple, des prêtres et de l'Église, il y a quand même l'amour de Dieu, l'amour du prochain, la recherche de la justice et la défense des faibles.

La miséricorde que nous proposons, Seigneur, elle est pour tous. Je te demande, Seigneur, de le faire comprendre à ceux qui ne nous aiment pas. Amen.


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