Jour 304 ☾ — Les cavaliers de l'Apocalypse
← J304 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J305 ☼ →
Résumé : Après un point de situation sur le deuxième livre des Maccabées, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 11 : Lysias, administrateur du royaume séleucide, marche sur la Judée avec 80 000 hommes et 80 éléphants pour faire de Jérusalem une ville grecque, mais un cavalier vêtu de blanc apparaît à la tête des Juifs et l'armée de Lysias est mise en fuite, ce qui aboutit à un accord de paix. Le commentaire montre le retour des cavaliers de l'Apocalypse, quittés au début du livre, et le topos théologique qu'ils dessinent de Zacharie à l'Apocalypse. Le frère en tire que le combat final entre le bien et le mal se joue dès maintenant dans la vie de chacun : les éléphants sont les monstres de l'Apocalypse, et la haine qui frappe le croyant visait d'abord le ciel. L'épisode se termine par une prière au Dieu des armées invisibles.
Introduction
Alors, maintenant qu'on est repartis sur des plans de campagne et de bataille militaire dans le deuxième livre des Maccabées, je pense qu'entre le premier livre et le deuxième livre, ça va être un peu compliqué d'arriver à tout suivre. Donc je vous fais un petit point de là où l'on en est dans le deuxième livre des Maccabées.
Judas a purifié le Temple, il a instauré la fête de la Dédicace, Hanoukka, il a mené des expéditions pour repousser des poches des ennemis, les Iduméens — il y avait Timothée, un général adverse. Donc, eh bien, Jérusalem et le sanctuaire sont à nouveau dans la main des Juifs. Mais la situation reste fragile, l'Empire séleucide n'est pas mort. Antiochus IV, lui, est mort, et c'est son fils Antiochus V Eupator qui a pris sa place.
Et voilà que l'Empire séleucide, cette fois-ci, décide de frapper un grand coup : on voit Lysias monter une contre-attaque massive contre les Juifs. L'objectif ? Reprendre Jérusalem, reprendre le Temple. Et concrètement, ce qui va se passer, c'est qu'on va essayer de reprendre cette fois-ci la forteresse verrou au sud de Jérusalem, la citadelle de Bethsour. En face de lui, des effectifs réduits, mais des soldats habités par une foi inébranlable.
Deuxième livre des Maccabées, chapitre 11.
Lecture : 2 Maccabées 11
Très peu de temps après, Lysias, tuteur et parent du roi, l'administrateur du royaume, fort irrité par ce qui s'était passé, rassembla environ quatre-vingt mille hommes et toute sa cavalerie, et marcha contre les Juifs. Il comptait faire de Jérusalem une ville grecque, soumettre le Temple à l'impôt, tout comme les autres lieux de culte païens, et mettre en vente chaque année la dignité de grand prêtre. Grisé par ses myriades de fantassins, ses milliers de cavaliers et ses quatre-vingts éléphants, il ne tenait aucun compte de la souveraineté de Dieu.
Il pénétra donc en Judée, s'approcha de Bethsour et en bloqua les issues. Or cette place fortifiée était distante de Jérusalem d'environ cent cinquante stades, soit vingt-huit kilomètres.
Dès que ceux qui entouraient Judas Maccabée apprirent que Lysias assiégeait les forteresses, ils se mirent à se lamenter et à pleurer avec la foule, suppliant le Seigneur d'envoyer un bon ange pour sauver Israël. Judas Maccabée lui-même, prenant les armes le premier, exhorta les autres à secourir leurs frères en s'exposant avec lui au danger. Ensemble, ils s'élancèrent avec détermination.
Ils étaient encore tout proches de Jérusalem lorsqu'apparut à leur tête un cavalier vêtu de blanc et brandissant des armes d'or. Alors, tous ensemble, ils bénirent le Dieu de miséricorde et se sentirent animés d'une grande vigueur. Ils étaient prêts à pourfendre non seulement des hommes, mais les bêtes les plus féroces, et jusqu'à des murailles de fer.
Ils s'avancèrent donc en ordre de bataille avec cet allié venu du ciel, car le Seigneur les avait pris en pitié. Comme des lions, ils foncèrent sur les ennemis. Ils en abattirent onze mille, et en plus seize cents cavaliers, et contraignirent tous les autres à fuir. La plupart d'entre eux se sauvèrent blessés, privés de leurs armes. Lysias lui-même se sauva en prenant honteusement la fuite.
Mais Lysias ne manquait pas de bon sens. Il réfléchit sur la défaite qu'il venait de subir et comprit que les Hébreux étaient invincibles parce que le Dieu tout-puissant combattait avec eux. Il envoya donc des émissaires pour les persuader de conclure un accord à des conditions tout à fait justes, promettant aussi de persuader le roi de la nécessité de devenir leur ami.
Judas Maccabée consentit à tout ce que proposait Lysias, par souci de l'intérêt commun ; et de fait, tout ce que Judas Maccabée transmit par écrit à Lysias au sujet des Juifs, le roi l'accorda.
Voici donc en quels termes Lysias écrivit aux Juifs : « Lysias, à l'ensemble des Juifs, salut. Jean et Absalom, vos envoyés, ont remis l'acte transcrit ci-dessous et demandé une réponse au sujet de ce qui s'y trouvait indiqué. J'ai donc informé le roi de ce qu'il fallait lui soumettre, et ce qui était possible, je l'ai accordé. Si donc vous conservez votre bienveillance à l'égard de l'État, je m'efforcerai encore à l'avenir de contribuer à votre bien. Quant aux questions de détail, j'ai donné l'ordre à vos envoyés et aux miens d'en discuter avec vous. Portez-vous bien. L'an 148, le 24 du mois de Dioscore. »
Commentaire
Les cavaliers de l'Apocalypse sont réapparus. Est-ce que vous vous souvenez comme on les avait vus au tout début du deuxième livre des Maccabées ? Mauvaise nouvelle, ils avaient quitté le Temple de Jérusalem. Mais bonne nouvelle : ils ne sont pas partis bien loin. Ils sont partis accompagner la guerre de Judas Maccabée. Et on pourra remercier le sang des martyrs d'avoir rappelé cette troupe céleste ici-bas sur terre.
Avec ces cavaliers qui n'arrêtent pas de descendre sur terre, on commence à voir aussi émerger un topos, c'est-à-dire un lieu théologique récurrent. On l'avait vu avec le livre de Zacharie. On le reverra plus tard dans le livre de l'Apocalypse. On le voit à nouveau ici à l'œuvre.
Et je redis ce qu'il y a de très étonnant : c'est que c'est une manière pour vous de faire descendre l'Apocalypse sur terre. Nous, dans notre tête, l'Apocalypse, c'est à la fin des temps. Mais le combat final qu'il y aura entre le bien et le mal, c'est celui que vous, vous qui m'écoutez, êtes en train de vivre. Il n'est pas seulement question de Judas Maccabée, mais il est aussi question de votre vie. C'est dans votre vie aussi que les cavaliers de l'Apocalypse vont apparaître.
Je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle, ça fait un peu peur. Mais ça veut dire que ce que vous vivez a une résonance dans le ciel, et que ce que vous vivez anticipe la fin des temps. Ça donne une certaine grandeur, ça donne du relief à votre vie et à votre combat spirituel. Vous aussi, vous êtes enrôlés dans l'armée céleste.
Ce que ça signifie, c'est que ces cavaliers — enfin, c'est comme dans Zacharie — ils patrouillent la terre pour la surveiller et pour rétablir la justice. Ce n'est pas la force armée brutale de Dieu. C'est de vous dire qu'il y a sur terre cette justice, et que cette justice, elle est agissante.
Vous noterez d'ailleurs comment cette Apocalypse qui descend du ciel, ce n'est pas seulement les cavaliers qui vont de haut en bas. C'est aussi l'homme qui, par son iniquité, fait monter la terre jusque dans les cieux apocalyptiques. C'est un peu compliqué, mais ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a des ennemis : au début, c'est de simples escarmouches. Puis ensuite, on met des batailles entières. Et puis ensuite, on leur ajoute des cavaliers. Et là, maintenant, on leur a ajouté des éléphants. Les éléphants, c'est les monstres de l'Apocalypse. Quand on parlera de ces bêtes avec dix cornes, etc., à leur manière à eux, ce sont les éléphants.
Donc, ce que ça veut dire, c'est que non seulement la justice de Dieu habite sur terre et que le bras de Dieu ne s'est pas endormi, mais ce que ça veut dire aussi, c'est que le mal que vous vivez sur terre, ce n'est pas un simple mal moral, un simple mal humain. Il y a un déferlement de haine contre le ciel qui se joue là-dedans. Ce n'est pas vous qui êtes visés : à travers le mal qu'on vous fait quand vous témoignez du Christ, c'est Dieu qui est visé. Et peut-être que c'est normal que, de ce point de vue-là, Dieu s'engage aussi à vos côtés.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, Dieu des armées invisibles, que tes anges ouvrent nos chemins quand la peur nous cerne, que ta justice tranche là où nos forces faillissent.
Enseigne-nous à combattre, non pour notre gloire, mais pour garder la sainteté que tu nous as donnée.
Quand nous sommes désespérés, quand nous n'y arrivons pas, Seigneur, apprends-nous à lever les yeux, que nos yeux se lèvent vers ce combat plus grand que nous, que nous puissions comprendre ce que nous vivons, et, en l'ayant compris, que nous puissions rester fidèles à la terre et à la loi que tu nous as donnée à défendre.