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Jour 325 ☼ — Saul, terrassé par la lumière

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 9 des Actes des Apôtres, le frère Paul-Adrien lit le récit de la conversion de Saul sur le chemin de Damas, son baptême par Ananie, sa première prédication, sa fuite dans une corbeille, puis les miracles de Pierre guérissant Énée à Lod et ressuscitant Tabitha à Jaffa. Le commentaire éclaire le jeu de mots entre Saul et Paulus « le petit », les divergences entre les deux récits d'apparition (Actes 9 et 22), la théologie du corps du Christ, la médiation communautaire du baptême et la vocation de Paul consacré dès le sein de sa mère. Le frère insiste aussi sur le tempérament excessif de Paul, aussi enragé converti qu'il l'était persécuteur, et sur la figure très sous-côtée de Barnabé, seul à l'accueillir à Jérusalem.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Ah ! J'ai oublié de vous faire ma petite pub hier. Je la mets aujourd'hui. Aidez-nous ! Bah oui, quand même, c'est sympa le Nouveau Testament. Vous sentez que c'est à la fois plus facile et plus charmant. D'ailleurs, j'en profite pour vous dire, je me réserve le droit, quand je commente le Nouveau Testament, de parfois dépasser un tout petit peu au niveau du temps. De faire des commentaires un tout petit peu plus longs. Vous savez, dans l'Ancien Testament, parfois on se creuse un peu la tête pour savoir ce qu'on va dire, dans le Lévitique. Là, c'est le contraire. On se creuse un peu la tête pour savoir ce qu'on va enlever. Mais du coup, si les commentaires sont un peu plus longs, ça veut dire que le travail est un peu plus long. Ça veut dire que votre soutien sera un peu plus fort. Je compte sur vous, mes petits bichons. Les liens sont en bas.

Allez, on y retourne. On était dans notre première persécution. Actes des Apôtres, chapitre 9.

Lecture : Actes des Apôtres 9

Saul était toujours animé d'une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem.

Comme il était en route et approchait de Damas, soudain, une lumière venant du ciel l'enveloppa de sa clarté. Et il fut précipité à terre. Il entendit une voix qui lui disait : « Saul ! Saul ! Pourquoi me persécuter ? » Il demanda : « Qui es-tu, Seigneur ? » La voix répondit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville. On te dira ce que tu dois faire. »

Ses compagnons de route s'étaient arrêtés, muets de stupeur. Ils entendaient la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva de terre et, bien qu'il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. Ils le prirent par la main pour le faire entrer à Damas. Pendant trois jours, il fut privé de la vue et il resta sans manger ni boire.

Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananie. Dans une vision, le Seigneur lui dit : « Ananie. » Il répondit : « Me voici, Seigneur. » Le Seigneur reprit : « Lève-toi. Va dans la rue appelée Rue Droite, chez Jude. Tu demanderas un homme de Tarse nommé Saul. Il est en prière et il a eu cette vision : un homme du nom d'Ananie entrait et lui imposait les mains pour lui rendre la vue. »

Ananie répondit : « Seigneur, j'ai beaucoup entendu parler de cet homme et de tout le mal qu'il a fait subir à tes fidèles à Jérusalem. Il est ici, après avoir reçu de la part des grands prêtres le pouvoir d'enchaîner tous ceux qui invoquent ton nom. » Mais le Seigneur lui dit : « Va, car cet homme est l'instrument que moi j'ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations, des rois et des fils d'Israël. Et moi, je lui montrerai tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon nom. »

Ananie partit donc et entra dans la maison. Il imposa les mains à Saul en disant : « Saul, mon frère, celui qui m'a envoyé, c'est le Seigneur, c'est Jésus qui t'est apparu sur le chemin par lequel tu venais. Et ainsi tu vas retrouver la vue, tu seras rempli d'Esprit Saint. » Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles et il retrouva la vue. Il se leva, puis il fut baptisé. Alors il prit de la nourriture et les forces lui revinrent.

Il passa quelques jours à Damas avec les disciples et, sans plus attendre, il proclamait Jésus dans les synagogues, affirmant que celui-ci est le Fils de Dieu. Tous ceux qui l'écoutaient étaient stupéfaits et disaient : « N'est-ce pas lui qui, à Jérusalem, s'acharnait contre ceux qui invoquent ce nom-là ? Et n'est-il pas venu ici afin de les ramener enchaînés chez les grands prêtres ? » Mais Saul, avec une force de plus en plus grande, réfutait les Juifs qui habitaient Damas en démontrant que Jésus est le Christ.

Assez longtemps après, les Juifs tinrent conseil en vue de le supprimer. Saul fut informé de leur machination. On faisait même garder les portes de la ville jour et nuit afin de pouvoir le supprimer. Alors ses disciples le prirent de nuit. Ils le firent descendre dans une corbeille jusqu'en bas, de l'autre côté du rempart.

Arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples. Mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux apôtres. Il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment, à Damas, il s'était exprimé avec assurance au nom de Jésus. Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux, s'exprimant avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait aux Juifs de langue grecque et discutait avec eux. Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. Mis au courant, les frères l'accompagnèrent jusqu'à Césarée et le firent partir pour Tarse.

L'Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Elle se construisait et elle marchait dans la crainte du Seigneur. Réconfortée par l'Esprit Saint, elle se multipliait.

Or, il arriva que Pierre, parcourant tout le pays, se rendit aussi chez les fidèles qui habitaient Lod. Il y trouva un homme du nom d'Énée, alité depuis huit ans parce qu'il était paralysé. Pierre lui dit : « Énée, Jésus Christ te guérit, lève-toi et fais ton lit toi-même. » Et aussitôt, il se leva. Alors, tous les habitants de Lod et de la plaine de Saron purent le voir et ils se convertirent en se tournant vers le Seigneur.

Il y avait aussi à Jaffa une femme, disciple du Seigneur, nommée Tabitha, ce qui se traduit Dorcas, c'est-à-dire gazelle. Elle était riche des bonnes œuvres et des aumônes qu'elle faisait. Or, il arriva en ces jours-là qu'elle tomba malade et qu'elle mourut. Après la toilette funèbre, on la déposa dans la chambre haute. Comme Lod est près de Jaffa, les disciples, apprenant que Pierre s'y trouvait, lui envoyèrent deux hommes avec cet appel : « Viens chez nous sans tarder. »

Pierre se mit en route avec eux. À son arrivée, on le fit monter à la chambre haute. Toutes les veuves en larmes s'approchèrent de lui. Elles lui montraient les tuniques et les manteaux confectionnés par Dorcas quand celle-ci était avec elles. Pierre mit tout le monde dehors. Il se mit à genoux et pria. Puis il se tourna vers le corps et il dit : « Tabitha, lève-toi ! » Elle ouvrit les yeux et, voyant Pierre, elle se redressa et s'assit. Pierre lui donna la main et la fit lever, puis il appela les fidèles et les veuves et la leur présenta vivante. La chose fut connue dans toute la ville de Jaffa et beaucoup crurent au Seigneur. Pierre resta assez longtemps à Jaffa, chez un certain Simon, qui travaillait le cuir.

Commentaire

Donc, la conversion de saint Paul, qui ici s'appelle Saul. Saul, nom juif, le premier roi d'Israël, le roi maudit. Et Paul, le nom latin dont saint Paul fera un jeu de mots. Paulus, le petit, lui qui se déclare être le plus petit des apôtres. En même temps, il faut dire aussi, comme je vous le disais, qu'il avait commencé petitement dans l'histoire apostolique. Pour l'instant, il s'appelle Saul. On verra que la bascule au niveau du nom se fait à un moment crucial dans les Actes des Apôtres. Je ne spoile pas.

On le voit ici en train de partir à Damas, qui est une ville importante dans laquelle il y avait une grande diaspora juive. Manifestement, le grand prêtre à Jérusalem avait une juridiction très étendue et il exerçait un certain pouvoir sur tous les juifs de la diaspora.

On enlève le cheval. On le voit dans toutes les peintures où on parle de la conversion de saint Paul, mais il n'est pas dans le texte. Ça ne veut pas dire qu'il n'y en avait pas, mais en tout cas, on ne sait pas.

Et c'est ensuite que nous avons le premier récit d'apparition dans Actes des Apôtres, chapitre 9. Je dis premier parce qu'il y en aura un deuxième dans Actes des Apôtres, chapitre 22. D'ailleurs, les deux ne diront pas tout à fait la même chose. C'est assez curieux. Dans l'un, on va dire que les compagnons de saint Paul entendent, mais ne voient pas. Et dans l'autre, on va dire que les compagnons de saint Paul voient, mais n'entendent pas.

C'est le moment de ressortir mes notes de bas de page : « Dans le récit qu'il fait du même événement en Actes des Apôtres, chapitre 22, Paul dira à l'opposé, verset 9, que ses compagnons virent la lumière, mais n'entendirent pas la voix. Il faut voir dans ces indications contradictoires deux façons de dire que les assistants eurent bien conscience qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire, mais n'en saisirent pas la signification. » Ouais, bon, d'accord. Je ne sais pas si c'est très… Bon, on peut rajouter aussi qu'en Actes 9, il y a marqué « akouo » plus génitif, ce qui signifie « entendre un son ». Actes des Apôtres, chapitre 22, cette fois-ci, c'est « akouo » plus accusatif, « entendre avec compréhension ».

En tout cas, l'essentiel n'est pas là. L'essentiel est dans la voix du Ressuscité qui dit :

« Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »

Jésus s'identifie aux disciples. Persécuter l'Église, c'est persécuter le Christ lui-même. On appelle ça la théologie du corps du Christ. L'Église est le corps du Christ.

Ensuite, vous avez le jeu entre voir et ne pas voir. On se souvient de Jésus qui disait dans l'Évangile selon saint Jean aux pharisiens : « Comme vous dites que vous n'avez pas de péché, vous demeurez encore aveugles. » Et voilà que saint Paul se découvre aveugle et ensuite passe de l'aveuglement à la lumière grâce au Christ.

Nous avons encore la médiation communautaire. Paul reçoit peut-être une révélation tout seul. N'empêche qu'il est intégré dans l'Église et il reçoit le baptême par Ananie, qui hésite — on peut le comprendre — mais qui vous rappelle l'importance de la communauté voulue par Jésus. On ne peut pas se réclamer d'un appel personnel. Il faut que ce soit toujours vérifié et accompli dans l'Église.

Ce qui est assez curieux, c'est que tout de suite, dès le baptême, on vous parle de Paul et de sa vocation. « Je l'ai mis à part pour qu'il soit un instrument de choix », comme s'il avait été consacré dès la naissance. Et saint Paul rejoint le cortège glorieux des gens consacrés dès leur naissance dans la Bible, avec Jean le Baptiste, avec la Vierge Marie, rien de moins que cela. Ce qu'il dira dans la lettre aux Galates : consacré dès le sein de ma mère.

Bon, avec le baptême de Paul, Paul change de personnalité. Ananie, sans le savoir, a créé un monstre. Un monstre né sous nos yeux. Cet homme est un malade. Il était possédé par la rage meurtrière avant le début du chapitre, c'est ce que nous disait le texte. Et voilà maintenant qu'il est possédé, mais exactement de la même manière : il est à peine converti que déjà il est en train d'évangéliser, et il met tellement le bazar qu'on est obligé de le cacher dans des paniers pour pouvoir le faire quitter Damas. Je ne sais pas si… Enfin, moi, je ne comprends pas. Personne ne comprend. Ce type-là n'est pas quelqu'un de normal. Je vous recommande d'ailleurs à ce sujet un très très beau film, Peter and Paul avec Anthony Hopkins, où on voit Anthony Hopkins qui incarne Paul, mais on a l'impression de voir un caractériel, un possédé, un génie et un saint, tout ça en même temps.

Bref, Paul se retrouve à Jérusalem, où à la fois tout le monde veut le tuer et personne ne veut le voir, ce qui d'ailleurs me permet de parler de Barnabé. Barnabé, on l'avait vu au tout début des Actes des Apôtres, on nous avait dit que c'était un lévite, quelqu'un de bien qui avait vraiment tout mis en commun. Et là, on va le voir alors que tout le monde fuit saint Paul : c'est lui qui va le voir pour l'introduire auprès des apôtres. Vous me retenez ce nom de Barnabé, parce que c'est une des personnes les plus touchantes et les plus sous-côtées de tout le Nouveau Testament, d'accord ? On le retrouvera plus tard.

Dernière remarque juste avant de terminer : après, il était question de Pierre qui faisait des miracles. C'est pas parce que Paul apparaît que Pierre devient marginalisé. Luc est toujours très attentif à essayer d'équilibrer les deux figures. En même temps, Luc, ami de Paul, un de ses soucis constants était de légitimer Paul pour montrer qu'il était toujours en lien avec l'institution. Et donc il y a toujours plein de petites allusions comme ça dans les Actes des Apôtres.

Bon, et maintenant on termine par le psaume.

Psaume 140

Seigneur, je t'appelle, accours vers moi. Écoute mon appel quand je crie vers toi. Que ma prière devant toi s'élève comme un encens, et mes mains comme l'offrande du soir.

Mets une garde à mes lèvres, Seigneur, veille au seuil de ma bouche. Ne laisse pas mon cœur pencher vers le mal ni devenir complice des hommes malfaisants. Jamais je ne goûterai leur plaisir.

Que le juste me reprenne et me corrige avec bonté. Que leur parfum ni leur poison ne touchent ma tête. Ils font du mal, je me tiens en prière.

Voici leur juge précipité contre le roc, eux qui prenaient plaisir à m'entendre dire : « Comme un sol qu'on retourne et défonce, nos os sont dispersés à la gueule des enfers. »

Je regarde vers toi, Seigneur, mon maître. Tu es mon refuge, épargne ma vie. Garde-moi du filet qu'ils m'ont tendu, des embûches qu'ont dressées les malfaisants. Les impies tomberont dans leur piège. Seul, moi, je passerai.


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