Jour 325 ☾ — Foi, espérance et charité en action
← J325 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J326 ☼ →
Résumé : Saint Paul vient de faire son entrée dans les Actes des Apôtres, et le frère Paul-Adrien choisit de lire la plus ancienne lettre de l'Apôtre — peut-être le plus ancien écrit du Nouveau Testament tout court : la première lettre aux Thessaloniciens. Lettre pastorale et réconfortante adressée à une communauté toute jeune, déjà persécutée par ses compatriotes. Le commentaire dégage la structure typique des lettres de Paul (salutation, action de grâce, nouvelles du ministère, exhortation, prière finale) et relève les thèmes qui apparaissent dès ce premier écrit : la salutation mêlant shalom juif et joie grecque, la triade foi-espérance-charité avec ses qualificatifs, la souffrance comme sceau de l'évangélisation et la paternité spirituelle de l'Apôtre.
Introduction
Nous continuons notre tour des nouvelles communautés chrétiennes naissantes en égrenant les lettres qui sont disséminées tout au long du Nouveau Testament. On était jusqu'à présent dans les lettres de Pierre, avec un petit excursus du côté de Jude. Pierre, de fait, aura été le personnage principal de ces premiers chapitres des Actes des Apôtres. Oui, mais voilà, saint Paul vient de faire son entrée fracassante dans l'épisode que nous avons lu ce matin. Et donc, j'ai choisi de vous lire la plus ancienne lettre de Paul. C'est peut-être même le plus ancien écrit du Nouveau Testament tout court. Il s'agit de la première lettre aux Thessaloniciens.
Le style est simple, une lettre pastorale qui se veut réconfortante pour une communauté jeune qui vient d'être fondée et qui commence déjà à être persécutée par ses compatriotes. Cette première lettre se situe dans les années 50. Là, dans l'épisode de ce matin, la conversion de saint Paul, on est plutôt dans les années 33-36. Donc il va y avoir 14 ans entre les deux. Ce n'est peut-être pas la toute, toute première prédication de saint Paul, il y a déjà une certaine maturité. Mais en attendant, il faut bien commencer quelque part. Et c'est là le plus ancien témoignage que l'on a de saint Paul lui-même. Si je veux vous montrer à quoi ressemblait la toute première prédication de Paul, eh bien, c'est ici que vous l'avez.
Alors, elle est intéressante parce que ça va nous permettre d'introduire les éléments typiques d'une lettre de Paul. Parce qu'elle est vraiment très représentative. Et les lettres de Paul, en gros, c'est toujours la même structure. On va d'abord avoir une adresse, une parole de salutation : « Moi, Paul, j'écris aux Thessaloniciens. » Suivie d'une action de grâce : « Je remercie Dieu parce qu'à travers votre foi, etc., etc. » Ensuite, généralement, Paul va donner des nouvelles de son ministère. Puis exhortation pratique et enseignement doctrinal. Et on termine par une prière finale.
Donc on va commencer aujourd'hui avec les trois premiers chapitres. Et vous aurez successivement, comme je vous le disais, l'adresse initiale, l'action de grâce, puis Paul va donner des nouvelles de son ministère, et ensuite exhortation et enseignement pratique et doctrinal. Essayez de les retrouver, d'accord ? Moi, j'essaye de former votre oreille au style de Paul. Allez, on plonge dedans : l'écrit le plus ancien de tout le Nouveau Testament.
Lecture : 1 Thessaloniciens 1
Paul, Sylvain et Timothée, à l'Église de Thessalonique, qui est en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus-Christ : à vous la grâce et la paix.
À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus-Christ, en présence de Dieu notre Père.
Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l'Évangile n'a pas été chez vous simple parole, mais puissance, action de l'Esprit Saint, pleine de certitude. Vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous, pour votre bien. Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves, avec la joie de l'Esprit Saint.
Ainsi, vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de la Grèce. Et ce n'est pas seulement en Macédoine et en Grèce qu'à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti : la nouvelle de votre foi en Dieu s'est si bien répandue partout que nous n'avons pas besoin d'en parler. En effet, les gens racontent à notre sujet l'accueil que nous avons reçu chez vous. Ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d'attendre des cieux son Fils qu'il a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.
Lecture : 1 Thessaloniciens 2
Frères, vous le savez bien vous-mêmes, notre venue chez vous n'a pas été inutile. Nous venions de souffrir et d'être outragés à Philippes, comme vous le savez. Nous avons cependant trouvé en notre Dieu pleine assurance pour vous annoncer, au prix de grandes luttes, l'Évangile de Dieu.
Et quand nous vous exhortions, ce n'était pas avec des doctrines fausses, ni des motifs impurs, ni par ruse. En effet, pour nous confier l'Évangile, Dieu a éprouvé notre valeur, de sorte que nous parlons non pas pour plaire aux hommes, mais à Dieu, lui qui met nos cœurs à l'épreuve. Jamais nous n'avons eu un mot de flatterie, vous le savez, jamais de motifs intéressés, Dieu en est témoin. Jamais nous n'avons recherché la gloire qui vient des hommes, ni auprès de vous, ni auprès d'autres personnes.
Et alors que nous aurions pu nous imposer en qualité d'apôtres du Christ, au contraire, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l'Évangile de Dieu, mais jusqu'à nos propres vies, car vous nous étiez devenus très chers.
Vous vous rappelez, frères, nos peines et nos fatigues ? C'est en travaillant nuit et jour, pour n'être à la charge d'aucun d'entre vous, que nous vous avons annoncé l'Évangile de Dieu. Vous êtes témoins, et Dieu aussi, de notre attitude si sainte, si juste et irréprochable. Et vous savez bien que nous avons été pour chacun de vous comme un père avec ses enfants : nous vous avons exhortés et encouragés, nous vous avons suppliés d'avoir une conduite digne de Dieu, lui qui vous appelle à son royaume et à sa gloire.
Et voici pourquoi nous ne cessons de rendre grâce à Dieu : quand vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous faisions entendre, vous l'avez accueillie pour ce qu'elle est réellement, non pas une parole d'homme, mais la parole de Dieu qui est à l'œuvre en vous, les croyants.
En effet, frères, vous avez imité les Églises de Dieu qui vivent en Judée dans le Christ Jésus, parce que vous avez souffert de la part de vos compatriotes de la même manière qu'elles ont souffert de la part des Juifs. Ceux-ci ont tué le Seigneur Jésus et les prophètes, et ils nous ont persécutés. Ils déplaisent à Dieu, ils sont les adversaires de tout homme, puisqu'ils nous empêchent de proclamer la Parole aux païens pour qu'ils soient sauvés. Cela met sans cesse un comble à leurs péchés, mais à la fin la colère de Dieu les a rejoints.
Quant à nous, frères, séparés de vous pour un temps, de visage mais non de cœur, nous avons tout fait pour revoir votre visage, tellement nous en avions le désir. Nous avons donc voulu aller chez vous — moi, Paul, j'ai essayé une fois, même deux fois — mais Satan nous en a empêchés. En effet, qui est notre espérance ? Qui est notre joie et la couronne dont nous serons fiers devant notre Seigneur Jésus lors de sa venue ? N'est-ce pas vous ? Oui, c'est vous qui êtes notre gloire et notre joie.
Lecture : 1 Thessaloniciens 3
C'est pourquoi, n'y tenant plus, nous avons préféré rester seuls à Athènes, Sylvain et moi, et nous vous avons envoyé Timothée, notre frère, collaborateur de Dieu pour l'annonce de l'Évangile du Christ. Il devait vous affermir et vous réconforter dans votre foi, afin que personne ne soit ébranlé dans les détresses actuelles, car vous savez bien vous-mêmes que nous y sommes exposés. En effet, quand nous étions chez vous, nous vous annoncions que la détresse devait nous atteindre ; et c'est ce qui est arrivé, vous le savez bien.
Voilà pourquoi, n'y tenant plus, j'ai envoyé quelqu'un pour savoir où en était votre foi. J'avais peur que peut-être le tentateur ne vous ait tentés et que notre peine ne soit perdue.
Or, Timothée vient de nous arriver de chez vous, et il nous a apporté la bonne nouvelle de votre foi et de votre charité. Il nous a dit que vous gardez toujours un bon souvenir de nous, et que vous avez le très vif désir de nous revoir, comme nous l'avons à votre égard. C'est pourquoi, frères, nous sommes réconfortés grâce à vous, au milieu de toutes nos difficultés et notre détresse, à cause de votre foi. Et maintenant, nous revivons, puisque vous autres, vous tenez bon dans le Seigneur.
Comment pourrions-nous assez rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour toute la joie que nous avons à cause de vous devant notre Dieu ? Nous le prions avec ardeur, jour et nuit, pour que nous puissions revoir votre visage et compléter ce qui manque à votre foi.
Que Dieu lui-même, notre Père, et que notre Seigneur Jésus nous tracent le chemin jusqu'à vous. Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l'égard de tout homme, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous. Et qu'ainsi il affermisse vos cœurs, les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints. Amen.
Commentaire
Je reprends avec vous quelques éléments de cette lettre qui sont assez représentatifs de Paul. Par exemple, le fait que ce n'est pas Paul qui écrit lui-même les lettres, mais qu'il a des secrétaires. Ici, probablement Sylvain, le même que dans la première lettre de saint Pierre. Ce n'est pas impossible. On parlera plus tard à Jérusalem d'un certain Silas, compagnon de Pierre. Silas, Sylvain, c'est le même prénom. Tout ce beau monde copine gentiment.
Dans la salutation initiale, je note aussi la formule typique « À vous la grâce et la paix ». « À vous la paix », ça, c'est le shalom juif, la formule classique pour se dire bonjour. « À vous la grâce », là il y a un petit jeu de mots : en grec, se réjouir et avoir la grâce, c'est quasiment le même mot. En fait, derrière, c'est la salutation grecque — « Que la joie soit sur vous » — que Paul a christianisée : « Que la grâce soit sur vous. » Donc, dans cette salutation initiale, vous avez à la fois la formulation juive, la paix soit sur vous, et la formulation grecque, la grâce, la joie soit sur vous. Ça, c'est le grand combat de saint Paul qu'on verra dans les Actes des Apôtres : comment unir dans une même Église pagano-chrétiens et judéo-chrétiens.
Ensuite, après la salutation, vous aviez l'action de grâce initiale : « En tout lieu, je fais mémoire de vous et je rends grâce pour votre foi qui est active. » Et là apparaît un nouvel élément typique de saint Paul : la triade — foi, espérance et charité — qu'on retrouvera dans énormément de ses lettres.
Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus-Christ, en présence de Dieu notre Père.
Vous avez noté comment chacune de ces vertus théologales se voit qualifiée. La foi doit être active. La charité doit se donner de la peine. Et l'espérance doit persévérer. Jésus disait : c'est par votre persévérance que vous serez sauvés. Ici, dans la lettre aux Thessaloniciens, l'espérance permet de relier la vie présente avec le retour du Christ que l'on attend. Et vous allez voir, cette attente du retour du Christ est un des thèmes majeurs et structurants de la première lettre aux Thessaloniciens.
Ensuite, après l'action de grâce, cette fois-ci on passe aux nouvelles de la mission. Et à nouveau, des thèmes qui vont devenir récurrents dans la pensée de saint Paul apparaissent dès sa première lettre. La souffrance comme sceau de l'évangélisation : « Vous avez accueilli la Parole malgré de grandes tribulations. » Saint Paul qui vous parle de sa paternité spirituelle pour exprimer l'amour qu'il a envers les Églises qu'il a fondées : il se compare à une nourrice qui allaite, à un père qui exhorte. Verset 11 :
Et vous savez bien que nous avons été pour chacun de vous comme un père avec ses enfants.
Ça, c'est intéressant, parce que Paul, on a l'impression qu'il dit là le contraire de ce que dit Jésus : « N'appelez personne sur terre père. » Derrière, on a compris : n'appelez personne sur terre père, le but, c'est pas d'être un gourou. Mais quand saint Paul dit « j'étais pour vous comme un père », ça veut dire qu'il a enfanté le Christ à l'intérieur de l'âme des fidèles, pour leur permettre d'avoir leur propre maître intérieur.
En tout cas, ce sont ces phrases de saint Paul qui expliquent pourquoi la première pratique de l'Église, c'était d'appeler « pères » ceux qui avaient manifestement une autorité spirituelle reconnue. À ne pas confondre avec la pratique actuelle, qui est d'appeler systématiquement et automatiquement tous les prêtres « pères ». Ça, pour le coup, c'est une pratique qui est assez récente, XIXe, XXe siècle. Et je me permets, à titre personnel, d'avoir quelques réticences à ce sujet. La tradition authentique, c'est qu'être appelé père, ça se méritait, avant.
Bon, je retourne à ma lettre. Vous avez noté l'importance de la joie. Ça fait partie des choses qui rendent Paul tellement agréable : cette espèce de surabondance.
Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l'égard de tout homme, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous.
C'est quand même beau, ça.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, nous te rendons grâce pour l'œuvre de la foi, pour le labeur de la charité et la constance de l'espérance que tu fais grandir en ton Église. Donne-nous de marcher à ta suite dans la joie de l'Esprit, même au milieu des épreuves. Affermis nos cœurs dans la sainteté, rends-nous irréprochables devant ton Père, et fais de nous des témoins qui rayonnent, afin que ta parole retentisse par toute la terre. C'est à toi, Seigneur, que nous adressons notre prière, toi qui viens et que nous attendons avec tous les saints.