6 Maintenant Timothée vient de nous revenir de chez vous et il nous a donné de bonnes nouvelles de votre foi et de votre charité : il dit que vous conservez toujours de nous un bon souvenir, que vous aspirez à nous revoir autant que nous à vous revoir.
7 Nous avons trouvé là, frères, en raison de votre foi, un réconfort au milieu de toutes nos angoisses et tribulations.
8 Maintenant nous revivons, puisque vous tenez bon dans le Seigneur.
9 Comment pourrions-nous remercier Dieu suffisamment à votre sujet, pour toute la joie dont vous nous réjouissez devant notre Dieu ?
10 Nuit et jour nous lui demandons, avec une extrême instance, de revoir votre visage et de pouvoir compléter ce qui manque encore à votre foi.
11 Que Dieu lui-même, notre Père, et notre Seigneur Jésus aplanissent notre chemin jusqu'à vous.
12 Et vous, que le Seigneur vous fasse croître et abonder dans l'amour que vous avez les uns envers les autres et envers tous, comme nous-mêmes envers vous :
13 qu'il affermisse ainsi vos cœurs irréprochables en sainteté devant Dieu, notre Père, lors de l'Avènement de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints.
L’Avent : Une Remise En Perspective
Paul est arrivé à Thessalonique probablement en l’an 50, c’est-à-dire environ vingt ans après la mort et la résurrection du Christ ; c’était un port de commerce très important, et la capitale de la province de Macédoine, occupée par les Romains. Beaucoup d’étrangers y vivaient, dont une importante colonie juive. Par les Actes des Apôtres, on sait que Paul a fait là ce qu’il faisait chaque fois qu’il arrivait dans une nouvelle ville : il commençait par se rendre à la synagogue le samedi matin, pour l’office du sabbat ; cette fois il était accompagné de Silas et de Timothée et les Actes nous disent qu’ils se sont rendus à la synagogue trois samedis de suite. Sa prédication a eu un certain succès, puisque le livre des Actes nous dit encore : « À partir des Écritures, il expliquait et établissait que le Messie devait souffrir, ressusciter des morts, et le Messie disait-il, c’est ce Jésus que je vous annonce. Certains des Juifs se laissèrent convaincre et furent gagnés par Paul et Silas, ainsi qu’une multitude de grecs adorateurs de Dieu et bon nombre de femmes de la haute société. » (Ac 17,3-4).
Il a converti également des païens qui, jusque-là, étaient adorateurs des idoles, puisque dans cette lettre Paul leur dit : « Vous vous êtes tournés vers Dieu en vous détournant des idoles pour servir le Dieu vivant et véritable » (1 Th 1,9). Mais ce beau succès soulevait la colère des Juifs hostiles à Jésus. Ils dénoncèrent Paul et ses amis aux autorités comme ennemis de l’empereur. Et il parut plus prudent de s’enfuir. Paul est donc parti pour Bérée, non loin de Thessalonique, puis à Athènes et enfin à Corinthe. On ne sait pas exactement combien de temps il a passé à Thessalonique, mais il est clair qu’il y a laissé une communauté chrétienne toute neuve pour laquelle il se faisait du souci. Si bien que, quelques mois plus tard, « n’y tenant plus » (ce sont ses propres termes), il envoya Timothée à Thessalonique pour visiter cette communauté et la soutenir dans la foi.
Le chapitre 3 de cette lettre que nous lisons ici commence par ces mots : « Aussi, n’y tenant plus, nous avons pensé que le mieux était de rester à Athènes, et nous vous avons envoyé Timothée, notre frère, le collaborateur de Dieu dans la prédication de l’évangile du Christ pour vous affermir et vous encourager dans votre foi, afin que personne ne soit ébranlé au milieu des épreuves présentes, car vous savez bien que nous y sommes destinés. Quand nous étions chez vous, nous vous prévenions qu’il faudrait subir des épreuves, et c’est ce qui est arrivé, vous le savez. C’est pour cela que, n’y tenant plus, j’ai envoyé prendre des nouvelles de votre foi, dans la crainte que le Tentateur ne vous ait tentés et que notre peine ne soit perdue. » Les épreuves dont il parle, c’est la persécution qui continue de la part des Juifs.
Or Timothée est revenu avec d’excellentes nouvelles : « Maintenant Timothée vient de nous arriver de chez vous et de nous apporter la bonne nouvelle de votre foi et de votre amour ; il dit que vous gardez un bon souvenir de nous, et que vous désirez nous revoir, autant que nous désirons vous revoir. Ainsi frères, nous avons trouvé en vous un réconfort, grâce à votre foi, au milieu de toutes nos angoisses et de toutes nos épreuves, et maintenant nous revivons puisque vous tenez bon dans le Seigneur. »
Les versets que nous lisons ce dimanche sont donc en quelque sorte la réaction à chaud de Paul tout ému par ces excellentes nouvelles. Que peut-il souhaiter de mieux ? Les Thessaloniciens sont sur la bonne voie, il s’en réjouit et il leur dit quelque chose comme : il ne vous reste qu’à persévérer.
Garder Le Cap De L’Espérance
Persévérer jusqu’à quand ? Jusqu’au jour du retour du Christ : c’est le projet de Dieu qui donne sens à toute notre vie ; voilà encore un défi au bon sens, comme celui de Jérémie dans la première lecture ; dans un monde qui ne sait plus où il va, le « défi » chrétien, c’est de vivre toute sa vie « en perspective », c’est de garder le cap de l’espérance. Toute la pensée de Paul est dominée par cette attente de la venue du Christ en gloire au dernier Jour.
La prière que nous disons dans toutes nos célébrations liturgiques, le Notre Père, nous oriente bien vers ce but : « Que ton Règne vienne, ta Volonté soit faite, ton Nom soit sanctifié... » C’est également le sens de la prière qui suit le Notre Père dans la liturgie eucharistique : « Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps : soutenus par ta miséricorde, nous serons libérés du péché, à l’abri de toute épreuve, nous qui attendons que se réalise cette bienheureuse espérance : l’avènement de Jésus-Christ notre Sauveur. »
Les chrétiens ne sont pas tournés vers le passé mais vers l’avenir ; et l’on sait bien qu’il faut écrire « A-VENIR » en deux mots : c’est cet « A-VENIR » qui donne sens à notre vie d’aujourd’hui ; c’est très exactement ce que dit Paul ici : « Que le Seigneur affermisse vos cœurs les rendant irréprochables en sainteté devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur Jésus avec tous les saints. »
Et c’est bien la clé du texte qui nous est proposé ici : il invite les chrétiens à mettre toute leur existence en perspective de ce « jour où notre Seigneur Jésus viendra avec tous les saints ». Il est remarquable de constater que, dans ces quelques lignes, Paul lie très fortement trois réalités de notre vie de foi : l’amour, la sainteté, l’attente de la venue du Seigneur (pour le dire autrement « l’espérance »). Concrètement, mettre toute notre vie « en perspective », c’est la vivre déjà en misant uniquement sur les valeurs du royaume ; et voilà le deuxième aspect du « défi chrétien » : toujours et uniquement miser sur l’amour. Quand Paul écrit, nous l’avons vu, la vie n’est pas plus rose qu’aujourd’hui. C’est pour cela que c’est vraiment un défi... C’est d’ailleurs tellement un défi que nous ne pouvons pas y arriver tout seuls ! C’est un don de Dieu ; Paul dit bien : « Que Dieu vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant... et qu’ainsi il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche... » C’est cela être saint : il n’y a pas d’autre sainteté, on le sait bien, que celle de l’amour... puisque « Dieu est amour », comme dit saint Jean... » Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jn 1).
Alors nous pourrons « plaire à Dieu », comme dit encore Paul : « Vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu » ; ce qui revient tout simplement à accomplir notre vocation de fils, à l’image du Fils bien-aimé en qui Il se « complaît ».