Jour 326 ☼ — L'Esprit brise les frontières
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Résumé : Cet épisode enchaîne le chapitre 10 des Actes et les dix-huit premiers versets du chapitre 11 : la vision de Corneille, celle de Pierre à Jaffa, la rencontre à Césarée, la descente de l'Esprit-Saint sur des païens, leur baptême, puis la justification de Pierre devant l'Église de Jérusalem. Le frère Paul-Adrien y voit le sommet du livre, attribué non à Paul mais à Pierre, la colonne de l'Église. Il montre que le vrai scandale n'est pas le baptême de Corneille mais le fait que Pierre soit entré chez un païen, ce qui remet en cause tout le système de pureté rituelle, et donc la Loi. Le commentaire souligne la construction dramatisée du récit — deux visions, deux discours, deux justifications — et le court-circuit opéré par l'Esprit, qui descend avant le baptême. L'épisode se conclut par le psaume 141.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Pierre reprend l'avantage dans ce chapitre. C'est lui que nous retrouvons à la tête de l'évangélisation. Et il n'est pas exagéré de dire que dans l'épisode d'aujourd'hui, vous avez le tournant du livre. Maintenant que j'ai bien votre attention, on va y aller, et pour avoir l'épisode dans son ensemble, on va enchaîner Actes chapitre 10 jusqu'à 11, verset 18. Bonne écoute.
Lecture : Actes des Apôtres 10 – 11,1-18
Il y avait à Césarée un homme du nom de Corneille, centurion de la cohorte appelée Italique. C'était quelqu'un de grande piété, qui craignait Dieu, lui et tous les gens de sa maison. Il faisait de larges aumônes au peuple juif et priait Dieu sans cesse.
Vers la neuvième heure du jour, il eut la vision très claire d'un ange de Dieu qui entrait chez lui et lui disait : « Corneille. » Celui-ci le fixa du regard et, saisi de crainte, demanda : « Qu'y a-t-il, Seigneur ? » L'ange lui répondit : « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu pour qu'il se souvienne de toi. Et maintenant, envoie des hommes à Jaffa et fais venir un certain Simon, surnommé Pierre. Il est logé chez un autre Simon, qui travaille le cuir et dont la maison est au bord de la mer. »
Il appela deux de ses domestiques et l'un des soldats attachés à son service, un homme de grande piété. Leur ayant tout expliqué, il les envoya à Jaffa.
Le lendemain, tandis qu'ils étaient en route et s'approchaient de la ville, Pierre monta sur la terrasse de la maison, vers midi, pour prier. Saisi par la faim, il voulut prendre quelque chose. Pendant qu'on lui préparait à manger, il tomba en extase. Il contemplait le ciel ouvert et un objet qui descendait. On aurait dit une grande toile tenue aux quatre coins et qui se posait sur la terre. Il y avait dedans tous les quadrupèdes, tous les reptiles de la terre et tous les oiseaux du ciel. Et une voix s'adressa à lui : « Debout, Pierre ! Offre-les en sacrifice et mange ! » Pierre dit : « Certainement pas, Seigneur ! Je n'ai jamais pris d'aliments interdits et impurs. » À nouveau, pour la deuxième fois, la voix s'adressa à lui : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit. » Cela se produisit par trois fois, et aussitôt après, l'objet fut emporté au ciel.
Comme Pierre était tout perplexe sur ce que pouvait signifier cette vision, voici que les envoyés de Corneille, s'étant renseignés sur la maison de Simon, survinrent à la porte. Ils appelèrent pour demander : « Est-ce que Simon, surnommé Pierre, est logé ici ? »
Comme Pierre réfléchissait encore à la vision, l'Esprit lui dit : « Voilà trois hommes qui te cherchent. Eh bien, debout, descends et pars avec eux sans hésiter, car c'est moi qui les ai envoyés. »
Pierre descendit trouver les hommes et leur dit : « Me voici, je suis celui que vous cherchez. Pour quelle raison êtes-vous là ? » Ils répondirent : « Le centurion Corneille, un homme juste, qui craint Dieu et à qui toute la nation juive rend un bon témoignage, a été averti par un ange saint de te faire venir chez lui et d'écouter tes paroles. »
Pierre les fit entrer et leur donna l'hospitalité. Le lendemain, il se mit en route avec eux. Quelques frères de Jaffa l'accompagnèrent. Le jour suivant, il entra à Césarée. Corneille les attendait ; il avait rassemblé sa famille et ses amis les plus proches.
Comme Pierre arrivait, Corneille vint à sa rencontre et, tombant à ses pieds, il se prosterna. Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi. Je ne suis qu'un homme, moi aussi. » Tout en conversant avec lui, il entra et il trouva beaucoup de gens réunis. Il leur dit : « Vous savez qu'un Juif n'est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu'il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain. C'est pourquoi, quand vous m'avez envoyé chercher, je suis venu sans réticence. J'aimerais donc savoir pour quelle raison vous m'avez envoyé chercher. »
Corneille dit alors : « Il y a maintenant quatre jours, j'étais en train de prier chez moi à la neuvième heure, au milieu de l'après-midi, quand un homme aux vêtements éclatants se tint devant moi et me dit : "Corneille, ta prière a été exaucée et Dieu s'est souvenu de tes aumônes. Envoie donc quelqu'un à Jaffa pour convoquer Simon, surnommé Pierre. Il est logé chez un autre Simon, qui travaille le cuir et dont la maison est au bord de la mer." Je t'ai donc aussitôt envoyé chercher, et toi, en venant, tu as bien agi. Maintenant donc, nous sommes tous là devant Dieu pour écouter tout ce que le Seigneur t'a chargé de nous dire. »
Alors Pierre prit la parole : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial. Il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu'il a envoyée aux fils d'Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus le Christ, lui qui est le Seigneur de tous. Vous savez ce qui s'est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean. Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l'onction d'Esprit-Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien. Il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu'ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l'a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait d'avance choisis, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts. Dieu nous a chargés d'annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l'a établi juge des vivants et des morts. C'est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »
Pierre parlait encore quand l'Esprit-Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre et qui étaient juifs d'origine furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l'Esprit-Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu.
Pierre dit alors : « Quelqu'un peut-il refuser l'eau du baptême à ces gens qui ont reçu l'Esprit-Saint tout comme nous ? » Et il donna l'ordre de les baptiser au nom de Jésus-Christ. Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.
Les apôtres et les frères qui étaient en Judée avaient appris que les nations, elles aussi, avaient reçu la parole de Dieu. Lorsque Pierre fut de retour à Jérusalem, ceux qui étaient juifs d'origine le prirent à partie en disant : « Tu es entré chez des hommes qui ne sont pas circoncis et tu as mangé avec eux ! »
Alors Pierre reprit l'affaire depuis le commencement et leur exposa tout dans l'ordre, en disant : « J'étais dans la ville de Jaffa en train de prier, et voici la vision que j'ai eue dans une extase : c'était un objet qui descendait. On aurait dit une grande toile tenue aux quatre coins. Venant du ciel, elle se posa près de moi. Fixant les yeux sur elle, je l'examinais et je vis les quadrupèdes de la terre, les bêtes sauvages, les reptiles et les oiseaux du ciel. J'entendis une voix qui me disait : "Debout, Pierre ! Offre-les en sacrifice et mange !" Je répondis : "Certainement pas, Seigneur ! Jamais aucun aliment interdit ou impur n'est entré dans ma bouche." Une deuxième fois, du haut du ciel, la voix répondit : "Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit." Cela se produisit par trois fois, puis tout fut remonté dans le ciel. Et voici qu'à l'instant même, devant la maison où j'étais, survinrent trois hommes qui m'étaient envoyés de Césarée. Et l'Esprit me dit d'aller avec eux sans hésiter. Les six frères qui sont ici m'ont accompagné, et nous sommes entrés chez le centurion Corneille. Il nous raconta comment il avait vu l'ange se tenir dans sa maison et dire : "Envoie quelqu'un à Jaffa pour chercher Simon, surnommé Pierre. Celui-ci t'adressera des paroles par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison." Au moment où je prenais la parole, l'Esprit-Saint descendit sur ceux qui étaient là, comme il était descendu sur nous au commencement. Alors je me suis rappelé la parole que le Seigneur avait dite : "Jean a baptisé avec l'eau, mais vous, c'est dans l'Esprit-Saint que vous serez baptisés." Et si Dieu leur a fait le même don qu'à nous, dès lors qu'ils ont cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour empêcher l'action de Dieu ? »
En entendant ces paroles, ils se calmèrent et ils rendirent gloire à Dieu en disant : « Ainsi donc, même aux nations, Dieu a donné la conversion qui fait entrer dans la vie. »
Commentaire
Le baptême du premier non-juif, Corneille. Après la Pentecôte qui ouvrait les Actes des Apôtres, vous avez ici le sommet du livre, qui d'ailleurs n'est pas attribué à Paul, qui est en train de faire son entrée, mais à Pierre, à la colonne de l'Église.
Alors je suis d'accord, on avait déjà eu l'eunuque avec Philippe. Mais c'était dans un désert, il n'y avait personne. Et ici, c'est devant tout le monde, au grand jour. Eh bien, ce n'est pas la même chose.
Ne vous y trompez pas, ça a été beaucoup plus compliqué pour cette première Église que ce que nous, on veut bien imaginer. Une question jusque-là n'était pas résolue : faut-il, pour devenir chrétien, passer par la case juive ?
Et pour bien vous montrer les enjeux de la réponse, Luc vous a dramatisé l'ensemble à souhait. Regardez la structure du récit. Vous avez eu deux visions : il y a une vision chez Corneille, il y a une vision chez Pierre. Ensuite, vous avez un premier discours de Pierre, puis la descente de l'Esprit sur les païens. Puis ensuite, un nouveau discours de Pierre à Jérusalem. Tout est doublé. Il y a deux visions, il y a deux narrations, il y a deux justifications. Ça vous montre et l'importance et la complexité de la question qui a été soulevée.
Pour que tout le monde comprenne bien : ce n'est pas tellement l'accès au baptême qui est problématique pour les païens, c'est-à-dire les Romains, les Grecs, les polythéistes d'origine. Ce qu'on reproche à Pierre, ce n'est pas d'avoir baptisé Corneille. Ce qu'on lui reproche, c'est d'être entré dans la maison d'un païen. C'est un problème tout simple de pureté rituelle.
Souvenez-vous, c'est la raison pour laquelle les sadducéens n'avaient pas suivi Jésus quand Ponce Pilate leur avait dit : « Venez à l'intérieur du prétoire que je l'interroge. » Ils étaient restés à l'extérieur pour ne pas être souillés. Le centurion, le fameux centurion qui voulait que l'on guérisse son serviteur, dans tous les Évangiles, il était allé voir Jésus, il lui avait dit : « Je ne suis pas digne que tu entres chez moi. » Et c'était pour que Jésus ne soit pas souillé.
Donc Pierre, la colonne de l'Église, s'il rentre dans la maison d'un païen, implicitement, ce qu'il remet en cause, c'est tout le système de pureté rituelle. Pas à travers la cacherout ou à travers les ablutions, mais à travers la communion de vie. Et si vous remettez en cause la pureté rituelle, c'est toute la Loi que vous remettez en cause.
Elle avait déjà été remise pas mal en question par Jésus. Souvenez-vous, dans l'Évangile selon saint Marc : « C'est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. » Oui, mais Jésus, c'est Jésus, et saint Pierre, il n'est pas au-dessus de Jésus. Sauf que saint Pierre se fait court-circuiter par l'Esprit-Saint. Et non seulement il court-circuite Pierre, mais aussi, faites attention, il court-circuite l'ordre sacramentel : l'Esprit-Saint descend avant le baptême, le baptême ne faisant que reconnaître le don qui a été fait.
C'est une question qui est tellement cruciale que seul Dieu pouvait lui donner une réponse. Et c'est pour ça que l'épisode est construit comme un épisode de révélation. Eh bien voilà que l'Esprit-Saint redéfinit les frontières de la sainteté, non plus par des règles rituelles, mais par l'accueil du Christ. C'est ce que dit Pierre :
S'ils ont reçu le même Esprit que nous, qui étais-je, moi, pour m'opposer à Dieu ?
Ceci dit, ne vous y trompez pas : l'affaire a été tellement compliquée qu'on la retrouvera plus tard dans les Actes des Apôtres.
Psaume 141
À pleine voix, je crie vers le Seigneur. À pleine voix, je supplie le Seigneur. Je répands devant lui ma plainte, devant lui, je dis ma détresse.
Lorsque le souffle me manque, toi, tu sais mon chemin. Sur le sentier où j'avance, un piège m'est tendu. Regarde à mes côtés et vois : personne qui me connaisse. Pour moi, il n'est plus de refuge, personne qui pense à moi.
J'ai crié vers toi, Seigneur. J'ai dit : « Tu es mon abri, ma part sur la terre des vivants. » Sois attentif à mes appels : je suis réduit à rien. Délivre-moi de ceux qui me poursuivent : ils sont plus forts que moi.
Tire-moi de la prison où je suis, que je rende grâce à ton nom. Autour de moi, les justes feront cercle pour le bien que tu m'as fait.