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Jour 326 ☾ — Veiller dans l'espérance du Christ

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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit la lecture de la première lettre aux Thessaloniciens, la plus ancienne du Nouveau Testament, en abordant la quatrième partie de la structure type d'une lettre de saint Paul : l'enseignement doctrinal et l'exhortation pratique. Les chapitres 4 et 5 traitent de la sainteté, de l'amour fraternel, du sort de ceux qui se sont endormis dans la mort et du jour du Seigneur qui vient comme un voleur dans la nuit. Le commentaire replace l'attente du retour du Christ dans le judaïsme du second Temple, explique les réactions des premières communautés au délai de la parousie et réfute la théorie protestante de l'enlèvement. Il détaille enfin le vocabulaire introduit par Paul — parousie, nuée, trompette, endormis dans le Seigneur — et la spiritualité de la vigilance.

Introduction

Nous sommes toujours dans la lettre aux Thessaloniciens. Je vous ai dit que c'était la lettre la plus ancienne du Nouveau Testament et aussi une des plus typiques. Donc, coup double : à travers elle, on décortique ensemble la structure type d'une lettre de saint Paul. On aura eu 1. Adresse initiale, 2. Action de grâce, 3. Nouvelles de la mission. Et voilà que l'on continue aujourd'hui avec 4. Enseignement doctrinal et exhortation pratique.

L'enseignement doctrinal portera sur un point qui, manifestement, était excessivement important pour les premières églises chrétiennes : l'attente du retour du Christ. On a du mal à imaginer aujourd'hui à quel point les premiers chrétiens étaient vraiment persuadés qu'ils allaient voir le Christ revenir. Sauf qu'ils ne l'ont pas vu. Et c'est le thème que Paul va reprendre dans cette lettre, juste après avoir donné quelques exhortations pratiques.

Vous ferez notamment attention à cette phrase que vous allez entendre juste en passant, qui est une des plus belles du Nouveau Testament, chapitre 4, verset 9 : « Pour ce qui est de l'amour fraternel, vous n'avez pas besoin que je vous en parle dans ma lettre, car vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres. » Et c'est ce que vous faites. On aimerait que Paul dise la même chose de nous.

Lecture : 1 Thessaloniciens 4

Pour le reste, frères, vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu, et c'est ainsi que vous vous conduisez déjà. Faites donc de nouveaux progrès, nous vous le demandons. Oui, nous vous en prions dans le Seigneur Jésus. Vous savez bien quelles instructions nous vous avons données de la part du Seigneur Jésus.

La volonté de Dieu, c'est que vous viviez dans la sainteté, en vous abstenant de la débauche, et en veillant chacun à rester maître de son corps, dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par la convoitise, comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. Dans ce domaine, il ne faut pas agir au détriment de son frère, ni lui causer du tort, car de tout cela le Seigneur fait justice. Comme nous vous l'avons déjà dit, Dieu nous a appelés, non pas pour que nous restions dans l'impureté, mais pour que nous vivions dans la sainteté. Ainsi donc, celui qui rejette mes instructions, ce n'est pas un homme qu'il rejette, c'est Dieu lui-même, lui qui vous donne son Esprit Saint.

Pour ce qui est de l'amour fraternel, vous n'avez pas besoin que je vous en parle dans ma lettre, car vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres. Et c'est ce que vous faites envers tous les frères de la province de Macédoine. Frères, nous vous encourageons à progresser encore. Ayez à cœur de vivre calmement, de vous occuper chacun de vos propres affaires et de travailler de vos mains, comme nous vous l'avons ordonné. Ainsi, votre conduite méritera le respect des gens du dehors, et vous ne manquerez de rien.

Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l'ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort. Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d'espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité. De même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.

Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci : nous, les vivants, nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. Au signal donné par la voix de l'archange et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d'abord. Ensuite, nous, les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu'eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire.

Lecture : 1 Thessaloniciens 5

Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n'avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre. Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand les gens diront : « Quelle paix ! quelle tranquillité ! », c'est alors que, tout à coup, la catastrophe s'abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte, et ils ne pourront pas y échapper.

Mais vous, frères, comme vous n'êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur. En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n'appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres. Les gens qui dorment, c'est la nuit qu'ils dorment ; ceux qui s'enivrent, c'est la nuit qu'ils sont ivres. Mais nous qui sommes du jour, restons sobres : mettons la cuirasse de la foi et de l'amour, et le casque de l'espérance du salut. Car Dieu ne nous a pas destinés à subir la colère, mais à entrer en possession du salut par notre Seigneur Jésus Christ, mort pour nous afin de nous faire vivre avec lui, que nous soyons en train de veiller ou de dormir. Ainsi, réconfortez-vous mutuellement et édifiez-vous.

Nous vous demandons, frères, de reconnaître ceux qui se donnent de la peine parmi vous, ceux qui, dans le Seigneur, vous dirigent et vous donnent des avertissements. Estimez-les infiniment, avec amour, en raison de leur travail. Vivez en paix entre vous.

Nous vous en prions, frères : avertissez ceux qui vivent de façon désordonnée, donnez du courage à ceux qui en ont peu, soutenez les faibles, soyez patients envers tous. Prenez garde que personne ne rende le mal pour le mal, mais recherchez toujours ce qui est bien, entre vous et avec tous.

Soyez toujours dans la joie. Priez sans relâche. Rendez grâce en toute circonstance : c'est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal.

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers. Que votre esprit, votre âme et votre corps soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

Frères, priez aussi pour nous. Saluez tous les frères par un baiser de paix. Je vous en conjure au nom du Seigneur : que cette lettre soit lue à tous les frères. La grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous.

Commentaire

N'oubliez jamais que le christianisme est né au sein du judaïsme du second Temple, qui est imprégné d'attentes eschatologiques. On attend un jugement, on attend un jour du Seigneur. Souvenez-vous de Daniel, souvenez-vous d'Isaïe, souvenez-vous des Maccabées qui parlent de la résurrection. Et voilà que Jésus arrive, qu'il annonce la venue du règne de Dieu et qu'il parle du Fils de l'homme, en reprenant le titre de l'accomplissement qu'il y avait dans Daniel.

Évidemment, les chrétiens étaient remontés comme des coucous, en pleine ébullition, et ils n'attendaient qu'une seule chose : que ça arrive tout de suite. Jésus aura beau avoir mis toutes les précautions — ce n'est pas à vous de savoir quand est-ce que le royaume de Dieu viendra — les gens, ça faisait cinq cents ans qu'ils attendaient : ils se sont quand même dit que c'était pour maintenant. On aura du mal à leur en vouloir. Une des premières acclamations de la communauté, c'était Maranatha, « viens, Seigneur Jésus ». Sauf que le Christ, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas encore revenu dans sa gloire. Et là, les gens n'ont pas compris.

Avec le recul, on se dit que les derniers temps, le retour du Christ, c'est un événement à l'échelle cosmique, et que c'est comme tous les événements astronomiques extrêmement forts, extrêmement puissants, qui doivent atteindre l'extrémité du cosmos : les radars sont comme brouillés par l'ampleur de l'événement qui se prépare. Vous pouvez penser — pour ce que ça vaut comme comparaison, je suis désolé, je ne pense pas à autre chose — imaginez une météorite qui arrive sur la Terre. Vous pouvez avoir des signaux qui vous disent qu'il y a une météorite très loin dans le ciel qui se dirige vers nous, quand on prend des lunettes astronomiques. Et puis, quand elle arrive vraiment vers nous, cette fois-ci, on peut la voir à l'œil nu. Donc il y a des signaux lointains et il y a des signaux qui vous montrent l'imminence de l'événement.

Et ce qui s'est passé dans les premiers temps, c'est qu'on a aperçu les premiers signaux — les effusions de l'Esprit, les miracles, l'effervescence, les charismes — et on a confondu ce qui était les premiers signes du retour du Christ avec ce qui était des signes de son retour imminent. On ne peut pas leur en vouloir. En fait, c'est une vraie question : le Christ a aboli la mort, et pourtant, on en a parmi nous qui meurent. Est-ce que ça veut dire qu'ils ont loupé le retour du Christ ? Qu'est-ce qui va advenir de nos morts si le Christ n'est pas encore venu ? Et c'est pour les réconforter que saint Paul écrit le passage que vous venez d'entendre.

Cette inquiétude, c'est une des premières réactions de chrétiens face au délai dans le retour du Christ. Vous auriez pu avoir d'autres réactions. Par exemple, dans les lettres de saint Pierre, on avait vu comment il y en a certains qui commençaient à remettre en cause l'espérance du retour du Christ ; et on a vu comment saint Pierre leur répondait, en disant que c'était le temps de la patience et de la miséricorde, mais qu'en attendant, le déluge, ça avait bien eu lieu, et que la Transfiguration aussi, ça avait eu lieu. Donc tout ça, ce n'était pas des mythes et des racontars.

Vous auriez eu encore une autre réaction possible dans les premières églises : c'est une telle espérance dans le retour du Christ qu'on se dit, ça ne vaut plus le coup de fonder une famille, de prendre un boulot ; je vais juste attendre que le Christ revienne. Saint Paul dira : ça va bien, les cocos, au travail ! Vous auriez encore une autre réaction possible, qui serait cette fois-ci de s'enfoncer dans l'apocalyptique en essayant de trouver des dates, en scrutant les prophéties de Daniel ou les révélations privées pour dire : ah, ça va être dans cinq ans, trois jours et deux heures.

Vous pouvez avoir plein de réactions. Celle des Thessaloniciens est très touchante, parce qu'elle dénote une communauté jeune, en pleine effervescence, en pleine ferveur, qui, de manière authentique, ne comprend pas et qui s'inquiète pour ses morts. Et c'est là que saint Paul répond. Paul leur dit : ne vous inquiétez pas, les morts ressuscitent d'abord, et ensuite, nous, les vivants, nous serons enlevés dans les nuées avec eux pour aller à la rencontre du Seigneur.

Ce mot d'enlèvement reprend une coutume antique. Dans le monde gréco-romain, quand un roi arrivait, les citoyens sortaient à sa rencontre pour l'escorter dans la ville. C'est de la même manière que les croyants sortiront à la rencontre du Seigneur pour l'accueillir dans la Jérusalem céleste.

Je fais une toute petite parenthèse sur ce mot d'enlèvement que je viens de vous expliquer, parce qu'en ce moment il y a ce qu'on appelle la théorie de l'enlèvement, qui dit que le Christ reviendrait une première fois invisiblement pour enlever les croyants, et ensuite, une deuxième fois, visiblement, pour instaurer son règne. Ça, c'est une théorie qui vient des milieux protestants fondamentalistes, qui vous vient de Darby, de la Bible Scofield — on ne va pas rentrer dans tous les détails. Les croyants seraient soudainement aspirés au ciel : tout d'un coup, il y en a, pouf, qui disparaîtraient. Ce qui est une lecture profondément hérétique et profondément nouvelle, qui vient du XIXᵉ siècle et qui, je suis désolé, n'a aucun fondement biblique, sauf une mauvaise lecture du mot « enlèvement ». Ce n'est pas du tout ce que veut dire saint Paul : le Christ revient une et une seule fois, à la fin des temps. Et puis, l'idée de l'Évangile, ce n'est pas d'échapper aux tribulations, c'est de porter la croix, pas de fuir l'épreuve.

En attendant, ça aura permis à Paul d'introduire d'autres thèmes qui vont devenir aussi classiques. Il vous parle de la trompette du jugement dernier que les anges vont sonner, les fameux anges de l'Apocalypse, un signal auquel personne, ni mort ni vivant, ne pourra se soustraire. Il vous introduit le mot technique de parousie, qui veut dire le retour, le retour du Christ. Je note, petite parenthèse, que la parousia, c'était un terme liturgique qui était utilisé dans le paganisme hellénistique : quand, par exemple, on faisait défiler une statue d'une déesse Athéna, de Zeus, en grande procession dans les villes grecques, on appelait ça une parousia. Ici, la parousia devient le retour du Christ, le grand roi qui doit être introduit de manière solennelle dans la Jérusalem nouvelle, la cité céleste.

Vous avez aussi le thème de la nuée, qui est introduit quand le Christ reviendra dans la nuée — nuée symbole de la gloire et du mystère. Nouvelle expression aussi : « être endormi dans le Seigneur », pour désigner les croyants qui sont morts. Être endormi, ça veut dire qu'on est dans la paix et qu'on attend le jour où on va se réveiller, la résurrection. Autant de mots, de symboles qui vont devenir classiques dans la catéchèse et dans la liturgie.

Nouvel élément de spiritualité que saint Paul a introduit aussi à ce propos : le thème de la vigilance. On ne peut pas prévoir le jour du Seigneur, qui va venir, dit saint Paul, comme un voleur dans la nuit. Mais entre vivre dans la débauche parce qu'on n'y croit plus, et vivre dans l'inquiétude parce que, entre guillemets, on y croit trop, le juste milieu, c'est la vigilance, la nepsis, la sobriété.

Et nous terminons par une prière. D'ailleurs, j'en profite : vous avez vu comment cette lettre aux Thessaloniciens se termine par une prière — encore un élément typique de la structure des lettres de Paul. C'est tellement beau que, pour la prière, il n'y a pas besoin de se casser la tête : on va juste reprendre ce que dit saint Paul. Ça vous donnera d'ailleurs une prière qu'on dit traditionnellement pour les complies.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers. Que votre esprit, votre âme et votre corps soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ.

Soyez dans la joie. Priez sans relâche. Rendez grâce en toute circonstance. Seigneur, c'est la volonté de Dieu à notre égard.

N'éteins pas en nous l'Esprit. Ne nous fais pas mépriser les prophéties. Ce qui est bien, donne-nous de le garder. Ce qui est mal, donne-nous de nous en éloigner.

Il est fidèle, celui qui vous appelle : tout cela, il le fera. Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous. Amen.


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