CapBibliqueCapBiblique

Jour 327 ☼ — Antioche, l'Église prend son envol

← J326 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J327 ☾ →


Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 11 et tout le chapitre 12 des Actes des Apôtres : la fondation de l'Église d'Antioche, l'envoi de Barnabé, l'arrivée de Saul, l'annonce de la famine par le prophète Agabos, puis la persécution d'Hérode Agrippa, la mort de Jacques, la délivrance miraculeuse de Pierre et la fin misérable du roi. Le commentaire situe Antioche — troisième ville de l'Empire, cosmopolite et riche — comme le nouveau centre de gravité de l'Église naissante, là où le nom de « chrétiens » est inventé. Il montre pourquoi Jérusalem y envoie son meilleur homme, Barnabé, et pourquoi celui-ci va aussitôt chercher Paul, devenu persona non grata à Tarse. Il rappelle enfin la pauvreté de la Judée, l'humiliation que représente pour les juifs cette ouverture aux païens, et distingue les deux Jacques du récit.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. En s'ouvrant aux non-juifs à travers la figure emblématique de Corneille, l'Église prend un nouveau départ. Actes des Apôtres, du chapitre 11 verset 19 jusqu'à la fin du chapitre 12. Bonne écoute.

Lecture : Actes des Apôtres 11,19 – 12,25

Les frères dispersés par la tourmente qui se produisit lors de l'affaire d'Étienne allèrent jusqu'en Phénicie, puis à Chypre et à Antioche, sans annoncer la Parole à personne d'autre qu'aux Juifs. Parmi eux, il y en avait qui étaient originaires de Chypre et de Cyrène et qui, en arrivant à Antioche, s'adressaient aussi aux gens de langue grecque pour leur annoncer la Bonne Nouvelle : Jésus est le Seigneur. Et la main du Seigneur était avec eux : un grand nombre de gens devinrent croyants et se tournèrent vers le Seigneur.

La bonne nouvelle parvint aux oreilles de l'Église de Jérusalem, et l'on envoya Barnabé jusqu'à Antioche. À son arrivée, voyant la grâce de Dieu à l'œuvre, il fut dans la joie. Il les exhortait tous à rester d'un cœur ferme attaché au Seigneur. C'était en effet un homme de bien, rempli d'Esprit Saint et de foi. Une foule considérable s'attacha au Seigneur.

Barnabé partit alors à Tarse chercher Saul. L'ayant trouvé, il l'amena à Antioche. Pendant toute une année, ils participèrent aux assemblées de l'Église et ils instruisirent une foule considérable. Et c'est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de chrétiens.

En ces jours-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. L'un d'eux, nommé Agabos, se leva pour signifier, sous l'action de l'Esprit, qu'il y aurait une grande famine sur toute la terre. Celle-ci se produisit sous l'empereur Claude. Alors les disciples décidèrent d'envoyer de l'aide, chacun selon ses moyens, aux frères qui habitaient en Judée. Ce qu'ils firent, en l'adressant aux Anciens par l'intermédiaire de Barnabé et de Saul.

À cette époque, le roi Hérode Agrippa se saisit de certains membres de l'Église pour les mettre à mal. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter. Voyant que cette mesure plaisait aux Juifs, il décida aussi d'arrêter Pierre. C'était le jour des pains sans levain. Il le fit appréhender, emprisonner, et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats. Il voulait le faire comparaître devant le peuple après la Pâque.

Tandis que Pierre était ainsi détenu dans la prison, l'Église priait Dieu pour lui avec insistance.

Hérode allait le faire comparaître. Or, Pierre dormait, cette nuit-là, entre deux soldats ; il était attaché avec deux chaînes, et des gardes étaient en faction devant la porte de la prison. Et voici que survint l'ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. Il réveilla Pierre en le frappant au côté et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes lui tombèrent des mains. Alors l'ange lui dit : « Mets ta ceinture et chausse tes sandales. » Ce que fit Pierre. L'ange ajouta : « Enveloppe-toi de ton manteau et suis-moi. » Pierre sortit derrière lui, mais il ne savait pas que tout ce qui arrivait grâce à l'ange était bien réel ; il pensait qu'il avait une vision.

Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent au portail de fer donnant sur la ville. Celui-ci s'ouvrit tout seul devant eux. Une fois dehors, ils s'engagèrent dans une rue, et aussitôt l'ange le quitta. Alors, se reprenant, Pierre dit : « Vraiment, je me rends compte maintenant que le Seigneur a envoyé son ange et qu'il m'a arraché aux mains d'Hérode et à tout ce qu'attendait le peuple juif. »

S'étant repéré, il se rendit à la maison de Marie, la mère de Jean surnommé Marc, où se trouvaient rassemblées un certain nombre de personnes qui priaient. Il frappa au battant du portail. Une jeune servante, nommée Rhodé, s'approcha pour écouter. Elle reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu d'ouvrir la porte, elle entra en courant annoncer que Pierre était là, devant le portail. On lui dit : « Tu délires ! » Mais elle soutenait qu'il en était bien ainsi. Et eux disaient : « C'est son ange ! » Cependant Pierre continuait de frapper. Ayant ouvert, ils le virent et furent dans la stupéfaction. D'un geste de la main, il leur demanda le silence et leur raconta comment le Seigneur l'avait fait sortir de la prison. Il leur dit alors : « Annoncez-le à Jacques et aux frères. » Puis il sortit et s'en alla vers un autre lieu.

Au lever du jour, il y eut une belle agitation chez les soldats : qu'était donc devenu Pierre ? Hérode le fit rechercher sans réussir à le trouver. Ayant fait comparaître les gardes, il donna l'ordre de les emmener au supplice. Puis, de Judée, il descendit à Césarée, où il séjourna.

Hérode était en conflit aigu avec les habitants de Tyr et de Sidon. S'étant mis d'accord, ceux-ci vinrent se présenter devant lui. Après avoir gagné à leur cause Blastos, le chambellan du roi, ils sollicitaient une solution pacifique, car leur contrée dépendait du domaine royal pour son approvisionnement. Au jour fixé, Hérode, ayant revêtu les habits royaux et siégeant à la tribune, se mit à les haranguer. Le peuple l'acclamait d'un grand cri : « C'est la voix d'un dieu et non d'un homme ! » Mais soudain l'ange du Seigneur le frappa, parce qu'il n'avait pas rendu gloire à Dieu ; et, rongé par les vers, il expira.

La parole de Dieu était féconde et se multipliait. Barnabé et Saul, une fois leur service accompli en faveur de Jérusalem, s'en retournèrent à Antioche, en prenant avec eux Jean surnommé Marc.

Commentaire

Aujourd'hui, on vous a introduit un nouveau nom, et pour une fois ce n'est pas un nom de personne, c'est un nom de ville : Antioche. Et Antioche, laissez-moi vous dire qu'il va falloir que vous arriviez à la placer sur une carte. C'est une ville importante. En fait, c'est simple, vous avez quatre villes : Jérusalem, Antioche, Éphèse — qui viendra plus tard — et Rome.

Antioche, pour que tout le monde se situe bien : vous êtes à la frontière entre la Syrie et la Turquie, juste sur la côte. Donc vous êtes déjà assez loin au nord de Jérusalem. Antioche, c'est la troisième ville de l'Empire romain. Ce n'est pas Jérusalem, c'est une autre catégorie. C'est-à-dire que vous avez Rome, Alexandrie, et enfin Antioche. Entre 200 000 et 300 000 personnes. Ce qui va se passer à Antioche va avoir des conséquences sur tout le reste de l'Empire.

Regardez : c'est là que le nom de chrétien a été inventé. C'est ce que vous avez entendu. Christianoï, les petits chrétiens. Ce qui allait très bien d'ailleurs aux chrétiens, qui se présentent comme des fanboys de Jésus, et en même temps Christianoï, ceux qui sont oints par l'Esprit Saint. Le nom va rester. Une ville riche, cosmopolite, une mosaïque culturelle, avec des Grecs, des Syriens, des Juifs, des Romains.

Il y avait déjà une première fondation d'Église chrétienne lors de la première persécution et de la première diaspora, quand Étienne était mort et que Philippe avait commencé les prédications itinérantes. Avec le baptême de Corneille, maintenant, l'ouverture aux craignant-Dieu non-juifs est officiellement résolue. Ce n'est pas la fin de cette affaire, mais sur le papier, ça l'est. Eh bien Antioche va maintenant pouvoir sortir de l'ombre et jouer son rôle.

Comme c'est une très grande ville et qu'une communauté chrétienne y est florissante, Jérusalem y envoie un homme. Et ils ne vont pas envoyer n'importe qui. Vous ne pouvez pas vous permettre de faire n'importe quoi à Antioche. Ce n'est pas que les apôtres soient particulièrement convaincus par ce qui se passe à Antioche — manifestement, ils sont bien à Jérusalem — mais vu l'importance d'Antioche, s'il y a des scandales, si ça se passe mal à Antioche, c'est toute l'Église naissante qui va être balayée. Dans la tête de Jérusalem : on envoie le meilleur d'entre nous à Antioche. Barnabé.

On l'avait vu au tout début des Actes, à Jérusalem. On vous dit que c'était un lévite, qu'il est versé dans la Loi et dans les choses religieuses. On vous a montré comment c'était un pilier de la première Église, à laquelle il avait tout donné. On vous a dit aussi comment c'était lui qui avait introduit Paul auprès des apôtres. Donc il ne paye pas de mine, Barnabé : c'est juste un petit verset à chaque fois, en passant, mais il n'arrête pas de revenir. C'est vraiment le meilleur d'entre nous qu'on envoie à Antioche.

Et là, de manière inattendue, premier réflexe de Barnabé, qui vient d'être nommé en charge : il part chercher saint Paul. Qui était parti se cacher à Tarse, d'où il était originaire, en train de fabriquer des tentes, probablement — parce qu'en fait, plus personne ne voulait de Paul, il était devenu persona non grata. Il était trop bouillant. Et c'est lui qu'on va mettre à Antioche. Antioche, ça va devenir de la dynamite.

Barnabé lui fait confiance. Pourquoi ? Impossible de savoir. La seule chose qu'on sait, c'est que Barnabé, c'est ce que je vous disais, il avait déjà fait ses preuves, et manifestement il avait un certain talent pour repérer les gens. Là, il a repéré saint Paul. Et plus tard, c'est lui aussi qui repérera Marc, qui deviendra le secrétaire de saint Pierre.

En tout cas, c'est à Antioche maintenant que les choses se passent. Vous notez qu'il n'y a pas que Barnabé et Paul qui vont à Antioche : le texte vous disait qu'on envoyait aussi des prophètes. Je vous redonne le passage :

En ces jours-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. L'un d'eux, nommé Agabos, se leva pour signifier, sous l'action de l'Esprit, qu'il y aurait une grande famine sur toute la terre.

Et on organise une collecte. On met le paquet sur Antioche : on envoie Barnabé pour la gestion communautaire, Paul pour la prédication, des prophètes reconnus pour que cette ville participe aussi au charisme prophétique. Avec cette histoire de collecte, on s'assure de la solidarité matérielle et financière des Églises entre elles. Enfin, Antioche devient une Église à part entière.

Un petit commentaire sur cette notion des pauvres de Jérusalem. La Judée, ça fait partie des provinces les plus pauvres de l'Empire. Par comparaison avec Antioche, Antioche qui est une ville commerciale riche, Jérusalem… oh là là là là. Je vous dis ça parce que, cette ouverture aux païens, il ne faut pas oublier l'humiliation que ça a dû représenter pour les Juifs. Ce qu'ils avaient de plus beau, la seule chose qui leur restait, c'était la religion. Et voilà que maintenant, même ça, c'est en train de leur échapper. Quand même : avant de dire que c'étaient des pharisiens tenus par la Torah, la pureté, etc., on peut quand même les saluer et retirer notre chapeau, parce que ce n'est pas dit qu'on aurait eu la même classe qu'eux.

En attendant, puisqu'on est en train de parler des deux villes, Antioche et Jérusalem, notez que Jérusalem va mal. Non seulement il y a une famine qui va arriver, mais en plus il y a une persécution qui est là. Décidément, il ne leur reste vraiment pas grand-chose.

Hérode met à mort Jacques. Alors Hérode, ce n'est pas le même que celui qui a tué Jésus : là, c'est Hérode Agrippa. Et Jacques, c'est le frère de Jean, le fils de Zébédée, le premier apôtre qui meurt martyr. Hérode Agrippa mourra, vous dit le texte, rongé par les vers, à cause de cet acte. Souvenez-vous, on avait déjà parlé de ces tyrans dans l'Ancien Testament qui ont pour destin commun de mourir pourris de l'intérieur. Eh bien voilà, avec Hérode, le dernier en date.

Alors je reviens deux secondes aussi sur Jacques. Attention, parce qu'il avait été question dans le texte aujourd'hui de deux Jacques : Jacques l'apôtre, qui donc a été mis à mort, et un autre Jacques, qui lui était frère du Seigneur et qui avait été le premier responsable de la communauté chrétienne à Jérusalem. C'est ce Jacques dont Pierre a fait mention quand il était allé cogner à la porte pour dire : allez prévenir Jacques et les autres. On en parlera en temps et en heure, mais je vous dis juste : attention à ne pas me confondre tous les Jacques.

En bonus, pour ceux qui veulent approfondir ce chapitre : en quoi l'arrestation et la délivrance de saint Pierre est un récit d'apparition déguisé. Saint Pierre s'est tellement approprié le message de la Résurrection qu'il est en train de le vivre et de le revivre tous les jours dans sa chair.

Psaume 142

Seigneur, entends ma prière ; dans ta justice, écoute mes appels, dans ta fidélité, réponds-moi. N'entre pas en jugement avec ton serviteur : aucun vivant n'est juste devant toi.

L'ennemi cherche ma perte, il foule au sol ma vie ; il me fait habiter les ténèbres avec les morts de jadis. Le souffle en moi s'épuise, mon cœur au fond de moi s'épouvante.

Je me souviens des jours d'autrefois, je me redis toutes tes actions, sur l'œuvre de tes mains je médite. Je tends les mains vers toi, me voici devant toi comme une terre assoiffée.

Vite, réponds-moi, Seigneur : je suis à bout de souffle ! Ne me cache pas ton visage, je serais de ceux qui tombent dans la fosse. Fais que j'entende au matin ton amour, car je compte sur toi. Montre-moi le chemin que je dois prendre : vers toi, j'élève mon âme !

Délivre-moi de mes ennemis, Seigneur : j'ai un abri auprès de toi. Apprends-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu. Ton souffle est bienfaisant : qu'il me guide en un pays de plaine.

Pour l'honneur de ton nom, Seigneur, fais-moi vivre ; à cause de ta justice, tire-moi de la détresse. À cause de ton amour, tu détruiras mes ennemis ; tu feras périr mes adversaires, car je suis ton serviteur.


← J326 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J327 ☾ →