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Jour 327 ☾ — Une foi vivante, pas théorique

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Résumé : Puisque les Actes des Apôtres viennent de mentionner Jacques, frère du Seigneur et responsable de la communauté de Jérusalem, le frère Paul-Adrien propose de visiter la sensibilité de cette Église en lisant les deux premiers chapitres de sa lettre. On y découvre une parole tranchante : l'épreuve qui vérifie la foi, la maîtrise de la langue, la religion pure qui visite orphelins et veuves, le refus de la partialité envers les riches. Le commentaire s'attarde sur la fameuse opposition entre Jacques et Paul au sujet de la foi et des œuvres, et montre qu'ils n'ont ni le même adversaire ni le même sens du mot « œuvre ». Conclusion des Pères et du Concile de Trente : l'homme est justifié par la foi, mais par une foi qui agit dans la charité.

Introduction

Dans les Actes des Apôtres, je viens de vous parler d'un saint Jacques, frère du Seigneur et responsable de la première communauté chrétienne de Jérusalem. Décidément, ce podcast est très bien construit : en lecture parallèle, j'ai prévu que nous lisions la lettre de saint Jacques, la lettre qu'il a laissée et qui est contenue dans le Nouveau Testament. Une petite lettre très belle, qui n'est pas souvent lue, mais qui a énormément de charme, énormément de vigueur.

Je vous récite le passage. Pierre vient de sortir de prison, il continue à frapper devant une porte, on lui ouvre enfin. Verset 17 :

D'un geste de la main, Pierre leur demanda le silence et leur raconta comment le Seigneur l'avait fait sortir de prison. Il leur dit alors : « Annoncez-le à Jacques et aux frères. »

Du coup, puisque dans les deuxièmes épisodes de la journée on fait le tour des différentes communautés chrétiennes, je me suis dit que ça valait le coup de visiter la communauté que dirigeait saint Jacques. C'est quoi, ce qu'elle pense ? C'est quoi, sa sensibilité ? La réponse tout de suite, première partie de la lettre de saint Jacques.

Lecture : Lettre de saint Jacques 1-2

Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus Christ, aux douze tribus de la diaspora, salut !

Considérez comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toutes sortes d'épreuves. Vous le savez : une telle vérification de votre foi produit l'endurance, et l'endurance doit s'accompagner d'une action parfaite, pour que vous soyez parfaits et intègres, sans que rien ne vous manque.

Mais si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, lui qui donne à tous sans réserve et sans faire de reproche : elle lui sera donnée. Mais qu'il demande avec foi, sans la moindre hésitation, car celui qui hésite ressemble aux vagues de la mer que le vent agite et soulève. Qu'il ne s'imagine pas, cet homme-là, qu'il recevra du Seigneur quoi que ce soit, s'il est partagé, instable dans toute sa condition.

Que le frère d'humble condition tire sa fierté d'être élevé, et le riche, d'être humilié, car il passera comme l'herbe en fleur. En effet, le soleil s'est levé, ainsi que le vent brûlant, il a desséché l'herbe, sa fleur est tombée, la beauté de son aspect a disparu ; de même le riche se flétrira dans toutes ses entreprises.

Heureux l'homme qui supporte l'épreuve avec persévérance, car sa valeur une fois vérifiée, il recevra la couronne de la vie promise à ceux qui aiment Dieu.

Dans l'épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l'entraîne et le séduit. Puis la convoitise conçoit et enfante le péché, et le péché, arrivé à son terme, engendre la mort.

Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés : les dons les meilleurs, les dons parfaits proviennent tous d'en haut, ils descendent d'auprès du Père des lumières, lui qui n'est pas, comme les astres, sujet aux mouvements périodiques ni aux éclipses. Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures.

Sachez-le, mes frères bien-aimés : chacun doit être prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère, car la colère de l'homme ne réalise pas ce qui est juste selon Dieu. C'est pourquoi, ayant rejeté tout ce qui est sordide et tout débordement de méchanceté, accueillez dans la douceur la parole semée en vous : c'est elle qui peut sauver vos âmes.

Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l'écouter : ce serait vous faire illusion. Car si quelqu'un écoute la Parole sans la mettre en pratique, il est comparable à un homme qui observe dans un miroir son visage tel qu'il est, et qui, aussitôt après, s'en va en oubliant comment il était. Au contraire, celui qui se penche sur la loi parfaite, celle de la liberté, et qui s'y tient, lui qui l'écoute non pour l'oublier, mais pour la mettre en pratique dans ses actes, celui-là sera heureux d'agir ainsi.

Si l'on pense être quelqu'un de religieux sans mettre un frein à sa langue, on se trompe soi-même : une telle religion est sans valeur. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c'est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde.

Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n'ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrive en même temps un homme aux vêtements rutilants, portant une bague en or, et un pauvre aux vêtements sales. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et au pauvre vous dites : « Toi, tiens-toi debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n'est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ?

Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n'a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l'auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. N'est-ce pas les riches qui vous oppriment et vous traînent devant les tribunaux ? Ce sont eux qui blasphèment le beau nom du Seigneur qui a été invoqué sur vous.

Certes, si vous accomplissez la loi du Royaume selon l'Écriture : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », vous faites bien. Mais si vous montrez de la partialité envers les personnes, vous commettez un péché, et cette loi vous convainc de transgression. En effet, si quelqu'un observe intégralement la loi, sauf en un seul point sur lequel il trébuche, le voilà coupable par rapport à l'ensemble. En effet, si Dieu a dit : « Tu ne commettras pas d'adultère », il a dit aussi : « Tu ne commettras pas de meurtre. » Donc, si tu ne commets pas d'adultère, mais si tu commets un meurtre, te voilà transgresseur de la loi.

Parlez et agissez comme des gens qui vont être jugés par une loi de liberté, car le jugement est sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde, mais la miséricorde l'emporte sur le jugement.

Mes frères, si quelqu'un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu'un frère ou une sœur n'ait pas de quoi s'habiller ni de quoi manger tous les jours ; si l'un de vous leur dit : « Allez en paix, mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n'est pas mise en œuvre, est belle et bien morte.

En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j'ai les œuvres. » Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c'est par mes œuvres que je te montrerai ma foi. Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient, et ils tremblent.

Homme superficiel, veux-tu reconnaître que la foi sans les œuvres ne sert à rien ? N'est-ce pas par ses œuvres qu'Abraham, notre père, est devenu juste, lorsqu'il a présenté son fils Isaac sur l'autel du sacrifice ? Tu vois bien que la foi agissait avec ses œuvres, et c'est par les œuvres que la foi devint parfaite. Ainsi fut accomplie la parole de l'Écriture : « Abraham eut foi en Dieu, et parce qu'il avait foi en Dieu, il lui fut accordé d'être juste » ; et il reçut le nom d'ami de Dieu. Vous voyez bien : l'homme devint juste par les œuvres, et non pas seulement par la foi.

Il en fut de même pour Rahab, la prostituée : n'est-elle pas, elle aussi, devenue juste par ses œuvres, en accueillant les envoyés de Josué et en les faisant repartir par un autre chemin ? Ainsi, comme le corps privé de souffle est mort, de même la foi sans les œuvres est morte.

Commentaire

Oui, ça rigole pas. Et oui, on se fait vraiment tirer les oreilles. Eh bien, la première Église de Jérusalem, c'était ça : ça ne rigolait pas. L'effervescence autour du retour du Christ, qu'on retrouvait dans l'Église de Thessalonique, c'est une chose ; mais le sérieux et la rigueur de la vie morale, ça, c'est autre chose. Et la championne là-dessus, c'est l'Église de Jérusalem.

Ça vous a donné d'ailleurs des phrases extraordinaires. Chapitre 2, verset 12 :

Parlez et agissez comme des gens qui vont être jugés par une loi de liberté, car le jugement est sans miséricorde pour qui n'a pas fait miséricorde, mais la miséricorde se moque du jugement.

Eh non, saint Paul n'a pas le monopole des punchlines. Il y a encore une phrase là, qui fait ma vie et qui est un repère dans ma vie spirituelle :

Dompter sa langue. Si quelqu'un croit être religieux sans tenir sa langue en bride, il trompe son cœur, sa religion est vaine. La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père, la voici : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, se garder de toute souillure du monde.

C'est sec, c'est tranchant. Et en même temps, quel repère extraordinaire dans votre vie ! Saint Jacques, ce n'est pas un grand drôle. Et en même temps, c'est un grand chrétien. On l'appelait Jacques le Juste. Et maintenant, vous avez compris pourquoi est-ce qu'on l'appelait le Juste.

Bon, mais il n'y a pas que des punchlines : il y a aussi des thèmes qui sont savamment exploités. Il y a la question du rapport à la richesse — comme on la retrouvera demain, je la garde pour le prochain épisode. Il y avait aussi cette question du rapport entre la foi et les œuvres. Chapitre 2, verset 14 :

Mes frères, si quelqu'un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j'ai les œuvres. » Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c'est par mes œuvres que je te montrerai ma foi.

On ne peut pas ne pas y voir une petite pique envers saint Paul. Saint Paul, on le verra, a été travaillé par ce thème de la justification par la foi : on le verra dans la lettre aux Galates, on le verra dans la lettre aux Romains. C'est un thème qui a travaillé toute la première Église, et c'est peut-être intéressant qu'on commence par le voir avec saint Jacques. Ça va permettre tout de suite de calmer le jeu et de bien faire la part des choses.

Donc, mettons la main dans le cambouis deux secondes. Lettre aux Romains, chapitre 3, verset 28 :

Nous pensons que l'homme est justifié par la foi, indépendamment des œuvres de la loi.

Ça, c'est saint Paul. Et Jacques, vous venez de l'entendre, chapitre 2, verset 24 :

Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres, et non pas par la foi seulement.

Alors, on fait quoi maintenant ? On compte les coups pour savoir qui a gagné le match ? Eh bien non ! On branche son cerveau.

Première remarque, mise en perspective historique : Paul et Jacques n'ont pas le même adversaire. Paul, quand il écrit que c'est la foi qui sauve indépendamment des œuvres, polémique contre des judéo-chrétiens qui veulent imposer la circoncision et la loi mosaïque — la Torah, les observances rituelles, l'alimentation, le sabbat, la cacherout — en disant que c'est nécessaire au salut. Jacques, lui, polémique non pas contre des judéo-chrétiens, mais contre des chrétiens relâchés, qui se contentent d'une foi théorique sans transformer leur vie. Et pour Jacques, la foi doit se vérifier dans la charité efficace : l'accueil du pauvre, la maîtrise de la langue, la justice sociale.

Donc le mot « foi » désigne bien la même chose chez Paul et chez Jacques, mais pas le mot « œuvre ». « Œuvres », chez Paul, ça désigne les observances de la loi mosaïque ; et chez Jacques, les œuvres, ce sont les actes de charité et de justice. Eh bien, il n'est pas nécessaire d'observer la Torah avec ses observances rituelles pour être sauvé. Par contre, il est nécessaire de pratiquer les œuvres de charité pour coopérer à son salut.

Et c'est ce que vous dit Paul aussi. Paul vous dit que ce qui compte, c'est la foi agissant par la charité — Galates 5, 6. Ou bien Paul qui dit encore : « Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien » — 1 Corinthiens 13, 2. C'est ce que dit saint Jacques, que vous venez d'entendre : la foi authentique doit produire des fruits.

Pour les Pères de l'Église, comme Augustin, saint Paul parlait du commencement du salut, qui est donné librement par Dieu, gratuitement — c'est par grâce que nous sommes sauvés — et que nous accueillons dans la foi pure. Jacques, lui, parle de la perfection du salut, et pour le coup demande une coopération de l'homme à l'œuvre de la grâce : et cette fois-ci, c'est la foi qui s'incarne dans la charité. Le Concile de Trente, au XVIᵉ siècle, harmonise tout ça en disant : l'homme est justifié par la foi, oui, mais par une foi qui agit dans la charité.

On continuera demain notre lettre de saint Jacques, mais ça, ça méritait d'être dit.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, donne-moi une foi vivante, une foi qui se déploie dans les œuvres de miséricorde et de justice. Seigneur, donne-moi une foi qui agit par ta charité, parce que je crois, Seigneur, que tu m'as aimé jusqu'à mourir, et que cet amour a été répandu dans mon cœur. Qu'il déborde maintenant à travers toute ma vie.


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