Jour 328 ☼ — Paul, lumière pour les nations
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 13 des Actes des Apôtres : l'Église d'Antioche, désormais structurée, impose les mains à Barnabé et Saul et les envoie en mission. À Chypre, Saul devient Paul et confond le mage Élimas, ce qui amène la conversion du proconsul Sergius Paulus — la première fois que l'on va vers les païens au lieu de les attendre. À Antioche de Pisidie, le grand discours de Paul à la synagogue est rejeté, et s'installe le schéma qui marquera tous ses voyages : prêcher d'abord aux Juifs, puis se tourner vers les nations. Le commentaire éclaire le geste de l'imposition des mains, ancêtre du rite d'ordination, et la stratégie missionnaire des villes bien reliées.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
On avait vu hier la mort du premier apôtre, la mort de Jacques, fils de Zébédée, frère de Jean. Pour l'Église, c'est un traumatisme. Un apôtre qui meurt, c'est tous les souvenirs de Jésus, c'est tous les enseignements de Jésus qui disparaissent. C'est un drame pour l'Église. La légende rapporte qu'il se conduisit d'une manière tellement admirable lors de son supplice par les Romains qu'un soldat romain se convertit et que son bourreau devint son dernier disciple.
En tout cas, on était hier à Jérusalem. Là, maintenant, on rebascule du côté d'Antioche. Alors là, là encore, je ne sais pas comment vous dire, mais Antioche qui commence à rayonner : le premier voyage missionnaire. Vous ferez attention, ce n'est pas encore Paul qui est le leader, c'est toujours Barnabé. Actes des Apôtres, chapitre 13.
Lecture : Actes des Apôtres 13
Or, il y avait dans l'Église qui était à Antioche des prophètes et des hommes chargés d'enseigner : Barnabé, Siméon appelé le Noir, Lucius de Cyrène, Manaën, compagnon d'enfance d'Hérode le Tétrarque, et Saul. Un jour qu'ils célébraient le culte du Seigneur et qu'ils jeûnaient, l'Esprit Saint leur dit : « Mettez à part pour moi Barnabé et Saul en vue de l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » Alors, après avoir jeûné et prié et leur avoir imposé les mains, ils les laissèrent partir.
Eux donc, envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie et, de là, s'embarquèrent pour Chypre. Arrivés à Salamine, ils annonçaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Ils avaient Jean-Marc comme auxiliaire.
Ayant traversé toute l'île jusqu'à Paphos, ils rencontrèrent un mage, un faux prophète. C'était un Juif du nom de Bar-Jésus, qui vivait auprès du proconsul Sergius Paulus, un homme avisé. Celui-ci fit venir Barnabé et Saul, car il avait le désir d'entendre la parole de Dieu. Alors, en face d'eux se dressa Élimas le mage — car ainsi se traduit son nom — qui cherchait à détourner le proconsul de la foi. Mais Saul, appelé aussi Paul, rempli d'Esprit Saint, le fixa du regard et dit : « Toi qui es plein de toutes sortes de faussetés et de méchancetés, fils du diable, ennemi de tout ce qui est juste, n'en finiras-tu pas de faire dévier les chemins du Seigneur, qui sont droits ? Maintenant, voici que la main du Seigneur est sur toi : tu vas être aveugle, tu ne verras plus le soleil jusqu'au moment fixé. » Et aussitôt tombèrent sur lui brouillard et ténèbres. Il tournait en rond, cherchant une main pour le guider. Alors le proconsul, ayant vu ce qui s'était passé, devint croyant, car il était frappé par l'enseignement du Seigneur.
Paul et ceux qui l'accompagnaient s'embarquèrent à Paphos et arrivèrent à Pergé en Pamphylie. Mais Jean-Marc les abandonna pour s'en retourner à Jérusalem. Quant à eux, ils poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place. Après la lecture de la Loi et des Prophètes, les chefs de la synagogue leur envoyèrent dire : « Frères, si vous avez une parole d'exhortation pour le peuple, parlez. »
Paul se leva, fit signe de la main et dit : « Israélites, et vous aussi qui craignez Dieu, écoutez ! Le Dieu de ce peuple, le Dieu d'Israël, a choisi nos pères. Il a fait grandir son peuple pendant le séjour en Égypte et il l'en a fait sortir à bras étendu. Pendant une quarantaine d'années, il les a supportés au désert. Et après avoir exterminé tour à tour sept nations au pays de Canaan, il a partagé pour eux ce pays en héritage. Tout cela dura environ 450 ans. Ensuite, il leur a donné des juges jusqu'au prophète Samuel. Puis ils demandèrent un roi, et Dieu leur donna Saül, fils de Quish, un homme de la tribu de Benjamin, pour quarante années. Après l'avoir rejeté, Dieu a, pour eux, suscité David comme roi et lui a rendu ce témoignage : "J'ai trouvé David, fils de Jessé : c'est un homme selon mon cœur, qui réalisera toutes mes volontés."
De la descendance de David, Dieu, selon la promesse, a fait sortir un sauveur pour Israël : c'est Jésus, dont Jean le Baptiste a préparé l'avènement en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d'Israël. Au moment d'achever sa course, Jean disait : "Ce que vous pensez que je suis, je ne le suis pas. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de retirer les sandales de ses pieds."
Vous, frères, les fils de la lignée d'Abraham, et ceux parmi vous qui craignent Dieu, c'est à nous que la parole du salut a été envoyée. En effet, les habitants de Jérusalem et leurs chefs ont méconnu Jésus, ainsi que les paroles des prophètes qu'on lit chaque sabbat ; or, en les jugeant, ils les ont accomplies. Sans avoir trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort, ils ont demandé à Pilate qu'il soit supprimé. Et après avoir accompli tout ce qui était écrit de lui, ils l'ont descendu du bois de la croix et mis au tombeau. Mais Dieu l'a ressuscité d'entre les morts. Il leur est apparu pendant bien des jours, à ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, et qui sont maintenant ses témoins devant le peuple.
Et nous, nous vous annonçons cette bonne nouvelle : la promesse faite à nos pères, Dieu l'a pleinement accomplie pour nous, leurs enfants, en ressuscitant Jésus, comme il est écrit au psaume 2 : "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré." De fait, Dieu l'a ressuscité des morts, sans plus de retour à la condition périssable, comme il l'avait déclaré en disant : "Je vous donnerai les réalités saintes promises à David, celles qui sont dignes de foi." C'est pourquoi il dit dans un autre psaume : "Tu ne donneras pas à ton fidèle de voir la corruption." En effet, David, après avoir, pour sa génération, servi le dessein de Dieu, s'endormit dans la mort, fut déposé auprès de ses pères, et il a vu la corruption. Mais celui que Dieu a ressuscité n'a pas vu la corruption.
Sachez-le donc, frères : grâce à Jésus, le pardon des péchés vous est annoncé. Alors que, par la loi de Moïse, vous ne pouviez pas être délivrés de vos péchés ni devenir justes, par Jésus, tout homme qui croit devient juste. Prenez donc garde de ne pas être atteints par ce qui a été dit dans les Prophètes : "Vous, les arrogants, soyez dans la stupeur, disparaissez ! Car je fais une œuvre en votre temps, une œuvre à laquelle vous ne croiriez pas si on vous la racontait." »
À leur sortie de la synagogue, les gens les invitaient à leur parler encore de tout cela le prochain sabbat. Une fois l'assemblée dispersée, beaucoup de Juifs et de convertis qui adorent le Dieu unique les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu.
Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent les foules, ils s'enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l'injuriaient. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C'est à vous d'abord qu'il était nécessaire d'adresser la parole de Dieu. Et puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien, nous nous tournons vers les nations païennes. C'est le commandement que le Seigneur nous a donné : "J'ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre." »
En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur. Tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.
Mais les Juifs provoquèrent l'agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu et parmi les notables de la cité. Ils se mirent à persécuter Paul et Barnabé et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient remplis de joie et d'Esprit Saint.
Commentaire
Antioche, maintenant, a quasiment droit à son organigramme propre. Regardez : on distingue les prophètes et les enseignants ; on vous parle des leaders, Barnabé ; on vous parle des notables qui faisaient partie du conseil paroissial, par exemple ce Manaën, compagnon d'enfance d'Hérode le Tétrarque ; on vous dit qu'ils étaient fervents, fidèles dans le culte du Seigneur, et qu'ils jeûnaient. Enfin bref, Antioche est sur les starting-blocks. Tout le monde est prêt. Et à ce moment-là, on sonne le départ. Tout ce beau monde impose les mains à Paul et Barnabé pour qu'ils partent en mission.
Ce geste de l'imposition des mains n'est pas à sous-estimer. C'est un geste rituel, un geste liturgique. C'est d'abord un geste de consécration : normalement, c'est le prêtre qui impose les mains sur les bêtes qu'il offre en sacrifice. Dans les évangiles, on l'a aussi vu devenir un geste de bénédiction et un geste de guérison, comme quand on impose les mains aux malades pour qu'ils soient guéris. Et ce geste qui est ici repris va devenir plus tard l'ancêtre du rite d'ordination. Eh oui, parce que dans le contexte ici, l'imposition des mains signifie conférer à quelqu'un une mission reconnue d'Église, établie hiérarchiquement et institutionnellement, en l'accompagnant des grâces d'état qui lui sont associées. Et c'est ainsi que Paul et Barnabé partent en mission.
Première étape de la mission : Chypre, une île plein ouest d'Antioche. Actes des Apôtres chapitre 4, on vous disait en fait que Barnabé était originaire de Chypre. Donc il commence par un endroit qu'il connaît, ça va simplifier les choses. Et on vous dit qu'au passage, il récupère un Jean-Marc. Jean-Marc, on apprendra plus tard, c'était son cousin. Jean-Marc, il est important, parce que Jean-Marc, il va les planter. C'était marqué :
Mais Jean-Marc les abandonna pour s'en retourner à Jérusalem.
Ça vous montre que même dans les plus belles entreprises, ce n'est pas toujours non plus très simple. Il y a quelque chose de rassurant là-dedans. Alors ce Jean-Marc, vous le mettez de côté, parce qu'on le retrouvera : à cause de lui, il y aura du rififi.
On retourne à Chypre. Première conversion d'un païen. Vous me direz : ça fait beaucoup de fois que les païens se convertissent pour la première fois — entre l'eunuque, entre Corneille, et en ce moment le proconsul de Chypre. Oui, mais celui-là, il a quelque chose de particulier. Jusqu'à présent, on n'avait rien demandé à personne, et c'étaient les païens qui, d'eux-mêmes, étaient venus demander le baptême. Là, c'est la première fois qu'on va chez les païens pour leur proposer le baptême. Tournant majeur. Et d'ailleurs, pour bien souligner ce que je vous dis là, de ce tournant majeur, Paul change de nom : il s'appelait Saul avant, prénom juif, et maintenant il prend son prénom romain, Paul. C'est tout un changement qui est en train de s'opérer.
Le voyage se poursuit et maintenant on arrive à Antioche de Pisidie. Vous ne me confondez pas les deux Antioches — je ne sais pas pourquoi ils doublent tout, ce qui fait que c'est un peu compliqué de s'y retrouver. Vous aviez Antioche de Syrie, c'était la grande ville d'où on part, et là on va dans une petite Antioche, une bourgade au milieu de l'Asie Mineure qui s'appelle Antioche de Pisidie, qui est en plein cœur du plateau anatolien de la Turquie. Pour ceux qui ne savent pas où c'est, on va dire que c'est tout simplement en plein milieu de la Turquie, d'accord ? Sur une grande voie commerciale qu'on appelle la voie Sébaste. On comprend la stratégie : c'est toujours plus facile de rayonner à partir d'une ville qui est bien située, bien insérée dans les voies de communication. Antioche de Pisidie, c'est un peu le Vierzon de l'époque.
En plus, bonne nouvelle, il y a une synagogue à Antioche de Pisidie, et là se met en place la stratégie qui restera toujours celle de Paul pendant tous ses voyages missionnaires : on commence par prêcher aux Juifs. Ça se passe mal, la synagogue rejette Paul — alors là aussi, c'est toujours ce qui va devenir le schéma classique de la prédication de Paul — parce qu'à ce moment-là, Paul se tourne vers les païens. Paul et Barnabé qui déclarent :
Dorénavant, nous nous tournons vers les païens, car ainsi l'a ordonné le Seigneur.
Psaume 143
Béni soit le Seigneur, mon rocher ! Il exerce mes mains pour le combat, il m'entraîne à la bataille. Il est mon allié, ma forteresse, ma citadelle, celui qui me libère. Il est le bouclier qui m'abrite, il me donne pouvoir sur mon peuple.
Qu'est-ce que l'homme pour que tu le connaisses, Seigneur ? Le fils d'un homme, pour que tu comptes avec lui ? L'homme est semblable à un souffle, ses jours sont une ombre qui passe.
Seigneur, incline les cieux et descends, touche les montagnes : qu'elles brûlent ! Décoche des éclairs de tous côtés, tire des flèches et répands la terreur.
Des hauteurs, tends-moi la main, délivre-moi, sauve-moi du gouffre des eaux, de l'emprise d'un peuple étranger : il dit des paroles mensongères, sa main est une main parjure.
Pour toi, je chanterai un chant nouveau, pour toi, je jouerai sur la harpe à dix cordes, pour toi qui donnes au roi la victoire et sauves de l'épée meurtrière David, ton serviteur.
Délivre-moi, sauve-moi de l'emprise d'un peuple étranger : il dit des paroles mensongères, sa main est une main parjure.
Que nos fils soient pareils à des plants, bienvenus dès leur jeune âge ; nos filles, pareilles à des colonnes sculptées pour un palais. Nos greniers, remplis, débordants, regorgeront de biens ; les troupeaux, par milliers, par myriades, empliront nos campagnes. Nos vassaux nous resteront soumis : plus de défaites, plus de brèches dans nos murs, plus d'alertes sur nos places.
Heureux le peuple ainsi comblé ! Heureux le peuple qui a pour Dieu le Seigneur !