Jour 333 ☼ — La foi qui justifie et qui sauve
← J332 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J333 ☾ →
Résumé : Le frère Paul-Adrien interrompt provisoirement la lecture des Actes des Apôtres pour entrer dans les grandes lettres de saint Paul, au moment où sa pensée atteint sa pleine maturité. Il présente la lettre aux Romains comme le premier traité de théologie fondamentale, écrit à l'église de la capitale des nations païennes, et lit l'introduction du chapitre 1. Le commentaire s'attarde longuement sur les versets 16-17, où s'enfilent comme des perles tous les mots clés pauliniens : évangile, puissance, salut, rédemption, justice, justification, foi. Il explique enfin pourquoi le passage de la justification par la loi à la justification par la foi fut si difficile à recevoir pour les juifs. L'épisode se termine par quelques versets du livre des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Aujourd'hui, grand changement. Aujourd'hui, j'ai décidé qu'on allait arrêter pour un petit moment la lecture des Actes des Apôtres. Pas de panique, on reprendra les Actes des Apôtres après. Mais moi, je me dis que les Actes des Apôtres, c'est très narratif. À côté, j'ai beaucoup de lettres qui sont moins narratives. Et si jamais je veux optimiser l'expérience utilisateur, vous, votre confort de lecture, j'ai plutôt intérêt à faire une pause au milieu de mon histoire pour vous intégrer deux lettres fondamentales.
Ça permettra d'ailleurs de comprendre en profondeur la pensée de saint Paul, parce qu'on a commencé à l'explorer avec la lettre aux Galates. Alors autant aller jusqu'au bout. Vous êtes dans la pensée de Paul, là où sa pensée est en train d'atteindre sa plus grande maturité. Eh bien maintenant, ça y est, le génie explose. Vous allez avoir deux très grandes lettres qui vont sortir : la lettre aux Romains et les deux lettres aux Corinthiens. Alors, à quelques années près, c'est exactement ce moment où Paul est en train de les écrire. Donc, pause dans les Actes des Apôtres, qu'on reprendra après, mais ne vous inquiétez pas, je vous bichonnerai, je vous dirai exactement où on en est. Tout le monde va très bien raccrocher les wagons, ça va très bien se passer. Mais c'est en ce moment qu'il faut lire Romains et Corinthiens.
Du coup, je vous parle d'abord de la lettre aux Romains, parce que ce podcast est bien construit. On va lire la lettre aux Romains juste après la lettre aux Galates, qui reprend les thèmes, mais en les développant d'une manière plus ample et plus approfondie. La lettre aux Romains, c'est le livre génial de saint Paul. C'est très simple : s'il y avait un livre à garder à part les Évangiles, c'est celui-là. C'est le premier traité de théologie fondamentale. C'est le modèle de tout traité de théologie fondamentale. Il y a un sommet là qui n'a jamais été dépassé depuis. Enfin, c'est l'acte de naissance de la théologie chrétienne ou presque. Sauf que cette lettre, vous allez voir, elle se mérite. Donc, à mon avis, vous serez contents de m'avoir comme commentateur. Ça, c'est pour vous montrer l'importance de cette lettre.
Maintenant, j'en viens à Rome. Pourquoi cette lettre aux Romains ? Paul écrit à une église. Une église qu'il n'a pas fondée, mais qu'il aimerait bien aller voir. Ce qu'il faut comprendre, c'est que Paul, lui, il a été député à l'évangélisation des nations païennes. Et c'est quoi la capitale des nations païennes ? C'est Rome. S'il y a une lettre que saint Paul ne veut pas louper, c'est celle-là. Il va exposer l'Évangile, c'est-à-dire il va exposer ce qu'il prêche, d'autant plus qu'on s'en souvient, tout le monde à côté est en train de lui tailler des croupières et de caricaturer sa pensée. Donc, c'est double ou triple enjeu pour saint Paul. Je peux vous dire qu'il a passé du temps à l'écrire, celle-là.
On va y aller gentiment, c'est ce que je vous disais : la lettre aux Romains, c'est peut-être génial, mais elle se mérite. Aujourd'hui, on va juste commencer par un très court passage, ce sera l'introduction. Je vous le redis, si jamais vous êtes perdus, pas de panique, vous avez un guide.
D'ailleurs, j'en profite : vu tout le temps que j'ai passé à penser mon architecture et mon plan de lecture, soyez sympas, les liens sont en bas. J'étais encore hier soir jusqu'à 22h30 parce qu'il y avait une journée qui avait sauté, un fichier qui avait la mauvaise nomenclature. C'était la panique, j'ai cru que j'allais perdre trois semaines de travail. Aidez-moi, les liens sont en bas, ça paiera les patates de mes équipes. Et moi, je me dirai que quand je fais des heures sup et que je ne dors pas beaucoup, je le fais aussi pour vous, parce qu'on forme une petite communauté, même si on ne s'est jamais vus. Mais enfin, on aura quand même passé du temps ensemble. Vous savez que je prie pour vous !
Bon, je parle trop. Lettre aux Romains, l'introduction, on se retrouve dans les commentaires.
Lecture : Romains 1
Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être apôtre, mis à part pour l'Évangile de Dieu, à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cet Évangile, que Dieu avait promis d'avance par ses prophètes dans les Saintes Écritures, concerne son Fils, qui selon la chair est né de la descendance de David, et selon l'Esprit de sainteté a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.
Pour que son nom soit reconnu, nous avons reçu par lui grâce et mission d'apôtre, afin d'amener à l'obéissance de la foi toutes les nations païennes, dont vous faites partie, vous aussi que Jésus Christ a appelés.
À vous qui êtes appelés à être saints, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
Tout d'abord, je rends grâce à mon Dieu par Jésus Christ pour vous tous, puisque la nouvelle de votre foi se répand dans le monde entier. Car Dieu m'en est témoin, lui à qui je rends un culte spirituel en annonçant l'Évangile de son Fils, je fais sans cesse mémoire de vous, lorsqu'à tout moment dans mes prières je demande que, par la volonté de Dieu, l'occasion me soit bientôt donnée de venir enfin chez vous.
J'ai en effet un très vif désir de vous voir, pour vous communiquer l'un ou l'autre don de l'Esprit, afin que vous en soyez fortifiés ; je veux dire, afin que nous soyons réconfortés ensemble chez vous, par la foi que nous avons en commun, vous et moi.
Je ne veux pas vous le laisser ignorer, frères : j'ai bien souvent eu l'intention de venir chez vous, et j'en ai été empêché jusqu'à maintenant. Je pensais obtenir chez vous quelques fruits, comme chez les autres nations païennes. J'ai des devoirs envers tous, Grecs et non-Grecs, savants et ignorants. De là cet élan qui me pousse à vous annoncer l'Évangile, à vous aussi qui êtes à Rome.
En effet, je n'ai pas honte de l'Évangile, car il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque est devenu croyant, le Juif d'abord, et le païen. Dans cet Évangile se révèle la justice donnée par Dieu, celle qui vient de la foi et qui conduit à la foi, comme il est écrit : celui qui, par la foi, est juste vivra.
Commentaire
La lecture d'aujourd'hui a été courte, vous avez vu, c'est ce que je vous disais : je vous prends par la main, on y va pas à pas. Les autres lectures seront un peu moins courtes. Mais moi, ça me permet d'avoir plus de temps pour commenter un ou deux versets qui sont en fait les plus importants. Je vous laisse les versets centraux, parce que c'est là où Paul expose vraiment le fond de sa pensée. Tout le reste de la lettre aux Romains ne fera que reprendre ces deux versets. Donc c'est bien qu'on ait du temps pour se pencher dessus, parce que vraiment, il y a tous les mots clés qui apparaissent là, les uns à la suite des autres. Je vous les redonne, versets 16 et 17 :
En effet, je n'ai pas honte de l'Évangile, car il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque est devenu croyant, le Juif d'abord et le païen. Dans cet Évangile se révèle la justice donnée par Dieu, celle qui vient de la foi et conduit à la foi, comme il est écrit : celui qui est juste par la foi vivra.
Le verset célébrissime de saint Paul. Ok, reprenons.
« Je n'ai pas honte de l'Évangile. » Paul a passé son temps à se faire casser la figure et à se faire lapider parce qu'il prêchait un messie crucifié. Scandale pour les juifs, folie pour les grecs. Il avait bien conscience que ce qu'il annonçait pouvait être perçu comme honteux. Et pourtant, Paul renverse la charge d'accusation : ce qui est faible est en fait puissance de Dieu. Paul annonce la couleur. Ce qu'il va prêcher, c'est un renversement des valeurs traditionnelles.
On continue. Quand Paul dit « l'Évangile que je prêche, c'est puissance de Dieu », c'est-à-dire que ce qu'il va prêcher, ce n'est pas d'abord des idées, ce n'est pas un concept abstrait, c'est une force efficace qui opère dans l'histoire, c'est l'Esprit Saint qui agit avec puissance et qui fait des miracles. Le but de saint Paul, c'est que vous fassiez une expérience, l'expérience de Dieu.
On continue. « Il est puissance de Dieu pour le salut. » Extrêmement important, on s'arrête deux secondes dessus. Je vous dis, on les enfile tous comme des perles. Le salut, c'est d'abord, un, la libération du péché et de la mort. Deux, le salut signifie aussi la guérison — c'est pour ça que les miracles sur la guérison du corps sont si importants, ça vous montre la guérison de l'âme derrière. Trois, ça signifie aussi la plénitude de vie, la vie éternelle, ou plutôt la vie dans l'Esprit qui est déjà répandue dans nos cœurs. Et enfin, si on parle de salut, c'est parce qu'on se place sur le registre de l'urgence. C'était le sentiment d'une catastrophe qui allait arriver. Et c'est là où il faut quand même le rappeler : il est question du paradis et de l'enfer.
Alors, j'en profite pour vous rappeler un autre mot qui est très proche du mot de salut, c'est le mot de rédemption. Rédemption, on l'avait déjà vu, ça veut dire racheter. Racheter du péché, racheter de la mort. La petite chose que rajoute le mot de rédemption par rapport au mot de salut, c'est qu'il y avait un prix à payer pour ça. On rachète. Et ce prix à payer, c'est justement Jésus qui l'a payé en donnant sa vie.
Bon, on retourne à la lettre aux Romains. On continue : il est puissance de Dieu pour tous. Ça aussi, c'est une nouveauté radicale. On l'oublie, mais c'est quand même la première fois qu'on offre une religion qui s'adresse, par-delà les juifs, à la terre entière. Le Juif d'abord, le Grec ensuite : c'est un thème qui sera développé plus loin dans le texte. Priorité du Juif, les promesses ont été faites à Israël. Et ensuite, on parle du Grec, ce qui est une métonymie pour désigner l'ensemble des non-juifs. Dieu choisit un peuple en particulier pour le mettre au service du monde. C'est ce qu'on appelle le chemin de l'élection.
On continue. « Car la justice de Dieu est révélée dans l'Évangile. » Et on ne s'en sort plus, encore deux mots clés : le mot de justice et le mot d'Évangile.
Je commence avec justice, qui est quasiment synonyme de salut ou de rédemption. Ça vous a donné la justification, le fait d'être rendu juste. Ça peut vouloir dire beaucoup de choses. Ça peut signifier d'abord une justice intérieure : le fait de croire en Dieu et le fait de croire en Jésus, ça met dans votre âme, dans votre esprit, et j'allais dire même dans votre corps, toutes les choses à leur place. Et c'est ainsi que cette justification intérieure, qui vient remettre en vous toutes choses d'équerre, droites, devient une participation à un attribut divin. Parce que la justice, c'est une qualité de Dieu : vous participez à sa rectitude, à sa fidélité dans ses jugements.
La justification, ensuite, peut désigner une qualité légale, c'est-à-dire qu'on a enlevé la culpabilité, on a effacé la dette que vous aviez. Par amour, Dieu vous a pardonné. Et encore une autre signification : la justice ici, c'est parce que vous rendez à Dieu l'hommage qui lui est dû, en reconnaissant comment, malgré votre infidélité, Dieu, lui, est resté fidèle à ses promesses. Et c'est ainsi que vous rentrez dans son alliance et dans l'accomplissement des prophéties.
Saint Paul continue en disant : « car la justice de Dieu est révélée en lui ». En grec, apokalyptetai. On est dans le registre du dévoilement, de l'apocalypse, des derniers temps qui sont arrivés.
Et là, saint Paul termine en parlant de la foi : « car la justice de Dieu est révélée en lui, qui va de la foi à la foi, car il est écrit — c'est une citation de l'Ancien Testament — le juste par la foi vivra. » C'est-à-dire qu'on vous a parlé de la foi, de la rédemption, du salut, de la justification. Maintenant, la question, c'est : comment est-ce que vous l'obtenez ? Et c'est là que saint Paul met sa thèse : c'est par la foi que vous l'obtenez. Pour le coup, ce sera toute l'argumentation de la lettre aux Romains.
Alors d'ailleurs, tiens, littéralement, c'est écrit « la justice de Dieu est révélée en lui », littéralement « de foi en foi ». Expression énigmatique, alors on hésite. Ça peut désigner le travail missionnaire : c'est la foi du prédicateur qui engendre la foi dans l'auditeur. Ça peut désigner le rapport qu'on a avec Dieu : comment la fidélité de Dieu engendre en nous la confiance. Ou bien encore, ça peut désigner le progrès de la foi : il y a la foi des débutants, qui ensuite, par la charité, devient une foi parfaite.
Bon, je suis content d'avoir pu passer du temps pour expliquer ce verset qui est hyper important. Je reviens deux secondes sur pourquoi ça a été si compliqué de passer de la justification par la loi à la justification par la foi. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que quand vous êtes juif, la Torah, ça encadre toute votre vie. Ça encadre vos relations sociales, ça encadre votre manière de manger, votre manière de prier, la manière dont vous vous comportez avec Dieu, ça encadre votre notion du bien et du mal. C'est tout pour les juifs. Ils pensent à partir de là, c'est leur identité. Et si vous enlevez ça — c'est ce que Paul va faire — mais c'est la panique ! D'un point de vue psychologique, vous êtes en train de détruire les gens. Ils n'ont plus de repères, ils n'ont plus de cadre moral, ils n'ont plus d'identité. Et donc oui, ils ont peur que ce soit la porte ouverte à n'importe quoi. Il va falloir que Paul argumente de manière très serrée ce qu'il veut dire, qu'il rassure sur l'endroit où on veut amener les gens. Sauf que Paul, c'est pas toujours sa manière à lui de rassurer les gens. Donc ça, on le verra demain.
En attendant, petit changement. J'avais l'habitude de conclure par un psaume, mais on n'est pas loin de terminer les psaumes. Je vais garder les derniers pour le livre de l'Apocalypse. Là, je vous propose de retourner dans les Proverbes.
Proverbes 28,11-13
Il se prend pour un sage, l'homme riche, mais un faible perspicace le démasque.
Quand triomphent les justes, on le fête avec éclat ; quand surgissent les méchants, plus personne.
Qui cache ses fautes ne réussira pas ; qui les avoue et s'en détourne obtiendra miséricorde.