Jour 373 — Psaume 57
← J372 · 📋 Index · 🎧 Écouter · J374 →
Résumé : Nous sommes dans l'intersaison du podcast : quinze jours, quinze psaumes avant la reprise le 1er janvier. Le frère Paul-Adrien lit d'abord, sans rien dire, le psaume 57 de la version grecque des Septante (psaume 58 dans la version hébraïque massorétique). Il explique ensuite ce qu'est un psaume imprécatoire, c'est-à-dire un psaume qui ne contient que des imprécations, et qu'on appelait au Moyen Âge un psaume de malédiction. Deux interprétations chrétiennes sont proposées : celle des Pères de l'Église, qui y voient le combat spirituel contre le diable et les démons, et une lecture plus moderne, qui reconnaît la violence présente en nous et invite à la remettre à Dieu dans la prière pour qu'il la purifie. Le psaume est ensuite relu en entier.
Introduction
Nous sommes dans l'intersaison, avant de reprendre 1er janvier, 1er épisode de la Bible en un an : quinze jours, quinze psaumes. Aujourd'hui, je ne vais rien dire, je préfère vous laisser découvrir par vous-même le psaume 57 dans la version grecque, septante, et le psaume 58 dans la version massorétique, hébraïque. On se retrouve après, mais ouvrez bien grand vos oreilles, d'accord ? Il est assez court, faites attention, ça va aller assez vite.
Lecture : Psaume 57
Vraiment, vous bâillonnez la justice, vous qui jugez ! Est-ce le droit que vous suivez, fils des hommes ? Mais non ! Dans vos cœurs, vous commettez le crime. Sur la terre, vos mains font régner la violence.
Les méchants sont dévoyés dès le sein maternel, menteurs, égarés depuis leur naissance. Ils ont du venin, un venin de vipère. Ils se bouchent les oreilles comme des serpents qui refusent d'écouter la voix de l'enchanteur, du charmeur le plus habile au charme.
Dieu brise leurs dents et leurs mâchoires. Seigneur, casse les crocs de ces lions. Qu'ils s'en aillent, comme les eaux qui se perdent. Que Dieu les transperce et qu'ils en périssent, comme la limace qui glisse en fondant, ou l'avorton qui ne voit pas le soleil.
Plus vite qu'un feu de ronces ne lèche la marmite, que le feu de ta colère les emporte.
Joie pour le juste de voir la vengeance, de laver ses pieds dans le sang de l'impie. Et l'homme dira : « Oui, le juste porte du fruit. Oui, il existe un Dieu pour juger sur la terre. »
Commentaire
On appelle ça un psaume imprécatoire, c'est-à-dire un psaume qui ne contient que des imprécations. Parfois, dans la Bible, dans les psaumes, il peut y avoir des phrases violentes, on a du mal à les comprendre. Et là, c'est un psaume qui ne contient que des imprécations. Là, ce n'est pas une phrase, c'est le psaume entier.
On disait même que c'était des psaumes de malédiction, des psaumes… Vous pouvez même penser, quasiment magiques : en les récitant, ils avaient le pouvoir de jeter le mauvais œil, le mauvais sort. En tout cas, c'est ce qu'on croyait au Moyen Âge, aux gens.
Alors, évidemment, il faut prendre ça de manière chrétienne. Qu'est-ce que ça veut dire, qu'un psaume 100 % imprécatoire ? Bon, en gros, vous avez deux interprétations classiques, parce que je vous rappelle que Jésus vous a dit d'aimer vos ennemis.
Alors, deux choses l'une. Ou bien celui dont il est question derrière, ici, ça ne se situe pas à hauteur humaine. C'est tellement violent qu'en fait, on a quitté le monde humain. Et là, vous êtes dans le monde angélique, les purs esprits. Et ce dont il est question ici, c'est du diable et des démons. Dans lesquels il n'y a aucune réconciliation possible, et auxquels nous devons nous opposer ouvertement, et j'allais dire frontalement. Ça, c'est l'interprétation classique des Pères de l'Église, dans laquelle on nous dit qu'en fait, ça exprime le combat spirituel contre les forces du mal.
Ou bien… deuxième interprétation, plus moderne, plus psychologisante, qui est de reconnaître que de toute façon, en nous, il y a de la violence. Qu'en nous, il y a des désirs de violence. Et que si jamais on veut les purifier, il faut qu'on arrive à les extérioriser. C'est assez curieux, parce qu'en fait, avant, on pensait que pour purifier ses pensées, il ne fallait pas trop les dire. Maintenant, on considère que pour purifier ses pensées, il faut les dire. Mais les dire à la bonne personne, de la bonne manière, au bon moment. Et là, on vous propose… le cadre de la prière.
Dieu, de toute façon, connaît ce qu'il y a au plus profond de votre cœur. Ce n'est pas la peine de lui cacher vos pensées de haine, votre désir de vengeance. Il le connaît. Autant lui donner pour que lui le purifie. Et c'est vrai que… c'est vrai que parfois, on en a besoin. Parce que quand on s'en prend plein la figure, on a besoin de dire les choses. Et de ne pas subir. De reconnaître que le mal, c'est mal. Et qu'il y a un désir de vengeance en nous, qui est aussi naturel. Ce n'est pas le dernier mot de la condition humaine, mais enfin, ça fait partie de notre processus de guérison. Raison aussi de grimper par-delà les échelons de la violence.
Alors, une fois qu'on a dit ça, vous voilà prêts maintenant pour le réécouter. Je n'en dis pas plus. Le psaume imprécatoire.
Psaume 57
Vraiment, vous bâillonnez la justice, vous qui jugez ! Est-ce le droit que vous suivez, fils des hommes ? Mais non ! Dans vos cœurs, vous commettez le crime. Sur la terre, vos mains font régner la violence.
Les méchants sont dévoyés dès le sein maternel, menteurs, égarés depuis leur naissance. Ils ont du venin, un venin de vipère. Ils se bouchent les oreilles comme des serpents qui refusent d'écouter la voix de l'enchanteur, du charmeur le plus habile au charme.
Dieu brise leurs dents et leurs mâchoires. Seigneur, casse les crocs de ces lions. Qu'ils s'en aillent, comme les eaux qui se perdent. Que Dieu les transperce et qu'ils en périssent, comme la limace qui glisse en fondant, ou l'avorton qui ne voit pas le soleil.
Plus vite qu'un feu de ronces ne lèche la marmite, que le feu de ta colère les emporte.
Joie pour le juste de voir la vengeance, de laver ses pieds dans le sang de l'impie. Et l'homme dira : « Oui, le juste porte du fruit. Oui, il existe un Dieu pour juger sur la terre. »