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Jour 375 — Psaume 87

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Résumé : Dans cet épisode de l'intersaison consacré aux psaumes, le frère Paul-Adrien lit et commente le psaume 87 (88 en hébreu), prié le vendredi soir par les religieux. Il montre comment ce psaume, le plus sombre du psautier, ose présenter Dieu lui-même comme la source de la souffrance et se termine sur la seule finale désespérée de la Bible : « Ma compagne, c'est la ténèbre. » Loin d'y voir une rupture de foi, il y reconnaît un acte de foi radical : celui qui crie continue de parler à Dieu malgré la solitude totale. La Bible ne donne pas de réponse au mystère du mal, mais elle permet de le dire devant Dieu sans tricher.

Introduction

Nous sommes dans l'intersaison, avant de reprendre le 1er janvier, 1er épisode de la Bible en un an : 15 jours, 15 psaumes.

Alors, dans les psaumes qu'on lit chaque semaine quand on est religieux, il y a le psaume 50, c'est le psaume où on demande pardon à Dieu, qu'on a déjà entendu, et le psaume 87. Ça, c'est pour les complices du vendredi soir. 87 en grec, 88 en hébreu — on finira par le savoir. Vous allez comprendre pourquoi est-ce qu'on lit ça le vendredi, d'accord ?

Lecture : Psaume 87

Je t'appelle, Seigneur, tout le jour, je tends les mains vers toi.

Fais-tu des miracles pour les morts ? Leur ombre se dresse-t-elle pour t'acclamer ? Qui parlera de ton amour dans la tombe, de ta fidélité au royaume de la mort ? Connaît-on dans les ténèbres tes miracles, et ta justice au pays de l'oubli ?

Moi, je crie vers toi, Seigneur. Dès le matin, ma prière te cherche. Pourquoi me rejeter, Seigneur ? Pourquoi me cacher ta face ?

Malheureux, frappé à mort depuis l'enfance, je n'en peux plus d'endurer tes fléaux. Sur moi ont déferlé tes orages, tes effrois m'ont réduit au silence. Ils me cernent comme l'eau tout le jour. Ensemble, ils se referment sur moi.

Tu éloignes de moi ami et familier. Ma compagne, c'est la ténèbre.

Commentaire

C'est le psaume le plus désespéré du psautier. Regardez comment il commence.

Seigneur mon Dieu et mon salut, dans cette nuit où je crie en ta présence…

Sous-entendu : on a le sentiment qu'il n'y a personne.

Que ma prière parvienne jusqu'à toi.

Sous-entendu : la prière n'est pas encore parvenue jusqu'à Dieu.

Ouvre l'oreille à ma plainte.

Ça veut dire que pour l'instant, elle n'est pas ouverte.

Car mon âme est rassasiée de malheur. Ma vie est au bord de l'abîme. On me voit déjà descendre à la fosse. Je suis comme un homme fini.

On a l'impression qu'on s'approche. C'est ce qu'on disait de cette remarque d'un professeur dans la copie d'un élève : on est proche du gouffre — et puis, dans la copie suivante, un pas a été franchi. Là, c'est un peu le sentiment qu'on a.

Et tout de suite, la dernière phrase :

Tu éloignes de moi ami et familier. Ma compagne, c'est la ténèbre.

C'est quand même assez curieux. Parce que, si vous voulez, c'est un psaume qui se termine par une phrase désespérée. « Ma compagne, c'est la ténèbre. » C'est le seul psaume qui se termine par une telle phrase. C'est le psaume le plus désespéré du psautier.

On reconnaît que Dieu existe, mais il est tellement absent. On a l'impression de ce qu'on vit, et on le vit tellement à répétition, dès le plus jeune âge — « tes effrois m'ont réduit au silence » — que finalement, on en vient à dire que derrière tout ça, c'est peut-être Dieu qui est à l'œuvre. Comment ça se fait qu'on souffre autant ? Comment ça se fait qu'on s'en prenne autant à la figure ? Comment ça se fait qu'on a, comme on le disait familièrement, la scoumoune ? Est-ce que ce ne serait pas Dieu qui serait derrière tout ça, à l'œuvre ? Et on ne peut pas s'empêcher de se le dire. Dieu qui est vu comme la source de la souffrance.

C'est très beau. C'est très fort. C'est scandaleux. C'est biblique. Et c'est pour ça qu'on l'aime. C'est parce qu'au moins, on ne triche pas. Ce qu'on pressent au plus profond de notre cœur, ce dont on a peur, ce qu'on n'ose même pas dire : c'est la Bible qui le dit pour nous.

Alors, ce n'est pas une rupture de foi. C'est un acte de foi radical. Parce qu'en fait, même celui qui croit que c'est encore Dieu qui est à l'œuvre continue de faire confiance à Dieu. Et il continue de lui parler. Malgré la solitude. Malgré la solitude totale.

Solitude sociale : « Tu éloignes de moi ami et familier. » Solitude psychique : je suis au fond du gouffre. Liturgie impossible : il n'y a pas de miracle qui se passe dans la tombe — comment est-ce qu'on pourrait louer Dieu pour ça ? Le pourquoi de la foi qui est éprouvée : mais c'est quoi le sens de tout ce qu'on vit ? « Pourquoi me rejeter ? Pourquoi me cacher ta face ? » Une vie entière sous le signe de la douleur : « frappé à mort depuis l'enfance ». L'orage intérieur : « des orages me cernent comme l'eau ». L'angoisse. La perte de repères. Et puis là, ce que je vous disais : la finale la plus sombre de la Bible.

Alors, évidemment, ça pose plein de questions. Qu'est-ce que c'est que le sens de tout ça ? Comment est-ce que Dieu va nous sauver ? Comment est-ce qu'on peut avoir un tel sentiment d'abandon ? Eh bien, écoutez, je ne vais pas être plus bibliste que la Bible : la Bible ne vous donne pas de réponse. Là, pour l'instant, c'est un psaume qui sert à l'exprimer, et qui vous présente le mal comme un mystère. Et un mystère non encore résolu. C'est vrai que dans notre vie, par bien des aspects, c'est un mystère qui n'est pas encore résolu. Je ne sais pas si c'est à moi de le résoudre, là.

Pour l'instant, le psaume vous dit : dites-le devant Dieu. Et eh bien moi, je dis merci Seigneur. Parce qu'au moins, on ne triche pas. Moi, je veux bien qu'il y ait des réponses, mais je ne veux pas qu'il y ait des réponses faciles. Donc si jamais il faut descendre jusqu'au bout de la fosse, eh bien on y va.

Nous le réécoutons.

Psaume 87

Seigneur mon Dieu et mon salut, dans cette nuit où je crie en ta présence, que ma prière parvienne jusqu'à toi. Ouvre l'oreille à ma plainte.

Car mon âme est rassasiée de malheur. Ma vie est au bord de l'abîme. On me voit déjà descendre à la fosse. Je suis comme un homme fini.

Ma place est parmi les morts, avec ceux que l'on a tués, enterrés, ceux dont tu n'as plus souvenir, qui sont exclus et loin de ta main.

Tu m'as mis au plus profond de la fosse, en des lieux engloutis, ténébreux. Le poids de ta colère m'écrase, tu déverses tes flots contre moi.

Tu éloignes de moi mes amis, tu m'as rendu abominable pour eux. Enfermé, je n'ai pas d'issue. À force de souffrir, mes yeux s'éteignent.

Je t'appelle, Seigneur, tout le jour, je tends les mains vers toi. Fais-tu des miracles pour les morts ? Leur ombre se dresse-t-elle pour t'acclamer ?

Qui parlera de ton amour dans la tombe, de ta fidélité au royaume de la mort ? Connaît-on dans les ténèbres tes miracles, et ta justice au pays de l'oubli ?

Moi, je crie vers toi, Seigneur. Dès le matin, ma prière te cherche. Pourquoi me rejeter, Seigneur ? Pourquoi me cacher ta face ?

Malheureux, frappé à mort depuis l'enfance, je n'en peux plus d'endurer tes fléaux. Sur moi ont déferlé tes orages, tes effrois m'ont réduit au silence.

Ils me cernent comme l'eau tout le jour. Ensemble, ils se referment sur moi. Tu éloignes de moi ami et familier. Ma compagne, c'est la ténèbre.


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