Jour 376 — Psaume 94
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Résumé : Dans ce hors-série consacré aux psaumes, le frère Paul-Adrien présente le psaume 94, dit « psaume invitatoire », celui par lequel le moine commence sa journée presque tous les matins. Il fait d'abord entendre le psaume, puis explique sa construction : une montée de louange cosmique et liturgique qui bascule soudain en reproche, Dieu lui-même prenant la parole pour rappeler les quarante ans du désert et la rébellion des pères. Il assume aimer cette « claque » quotidienne, car la conversion est toujours à reprendre et les réprimandes de Dieu sont, comme le dit la lettre aux Hébreux, la correction d'un père qui aime son fils. Le psaume est redonné en entier à la fin pour être réécouté.
Introduction
Vous n'aurez pas de commentaire des psaumes dans la Bible en un an — on ne peut pas tout faire non plus — donc profitez-en, il y a un petit hors-série spécial rien que pour eux.
Ah, bah, j'allais l'oublier celui-là ! Je n'ai pas le choix, je suis obligé de vous le donner : le psaume 94. Le psaume 94, dans la numérotation grecque, c'est celui qu'on appelle le psaume invitatoire. Invitatoire, c'est parce que c'est lui qui invite la journée, c'est par ce psaume-là que normalement le moine commence sa journée. C'est avec ce psaume qu'il ouvre la bouche tous les jours.
Donc dans la mentalité, dans l'imaginaire d'un religieux, c'est un psaume qui est très important, parce qu'en fait, normalement, quasiment tous les jours — parce qu'on peut en changer quand vraiment on en a marre, on a trois, quatre psaumes invitatoires — mais le grand psaume invitatoire, c'est le psaume 94.
Donc mettez-vous dans la peau d'un religieux. Il est 7h du matin, 6h, 8h, je ne sais pas, vous mettez ça à l'heure que vous voulez. Vous avez le nez un peu dans le coltard, et c'est avec ces mots-là que vous allez commencer votre journée. Quel effet ça vous fait ? On se retrouve dans les commentaires.
Commentaire
Ah, moi, j'adore ! J'adore. Je vous ai dit qu'on le récitait tous les matins : en fait, vous avez l'impression de vous prendre une claque, une gifle, tous les matins. C'est peut-être aussi, c'est vrai, la meilleure manière de se réveiller, mais tous les matins, c'est une claque. Parce qu'en fait, ce psaume, c'est une immense gifle.
Au début, ça commence très bien :
Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre rocher, notre salut.
Même là, ça veut dire qu'aussi, il faut un peu se forcer parfois pour crier de joie pour le Seigneur. Ce n'est pas toujours évident, mais bon, ça se passe. Plus ou moins. Dieu, louange :
Oui, le grand Dieu, c'est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les dieux. Il tient en sa main les profondeurs de la terre, les sommets des montagnes sont à lui.
Dimension cosmique, tout le monde applaudit des deux mains, on ouvre les yeux, les merveilles de la création. « À lui la mer, c'est lui qui l'a faite », etc. Puis : « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous. » On passe à la liturgie, à la louange humaine. « Oui, il est notre Dieu. » Il est notre Dieu : possession, confiance, intimité. Tout se passe bien. « Nous sommes le peuple qu'il conduit, le troupeau guidé par sa main. »
Mais ensuite, vous avez cette phrase :
Aujourd'hui, écouterez-vous sa parole ?
Point d'interrogation. Et maintenant, Dieu prend la parole :
Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi.
Et en fait, tout le reste du psaume, c'est une lente… j'allais le dire en « gueulade ». Ce n'est pas un beau joli mot, mais… C'est Dieu qui vous tire les oreilles, qui vous met une claque et qui vous dit : « Non, ça ne va pas, convertissez-vous ! »
Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m'ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. Quarante ans, leur génération m'a déçu.
Alors, pour que tout le monde comprenne bien : ici, on vous fait référence à un passage de l'Ancien Testament. Je ne sais pas si vous l'avez, mais enfin, il n'est pas très compliqué à voir. C'est les quarante ans de désert, les quarante ans où le peuple hébreu a erré dans le désert entre l'Égypte et la Terre Sainte.
Vous êtes avec Moïse. Moïse délivre tout ce beau monde de l'Égypte, les dix plaies d'Égypte, on arrive au mont Sinaï. Et ensuite, souvenez-vous, on arrive jusque dans la Terre Sainte. On envoie des éclaireurs, et les éclaireurs reviennent et puis font : « Oui, oui, oui, mais non, on ne va pas y aller, parce qu'on a peur. » Parce qu'il y avait des géants, des Anaqim, qui habitaient le pays, la Terre Sainte. Et donc, tout d'un coup, ils se mettent à avoir peur et retournent au désert. Et Dieu leur dit : « Puisque c'est comme ça, vous aimez tant le désert, vous allez y rester quarante ans, ça vous fera les pieds, et puis on apprendra à la fin si jamais vraiment vous voulez aller ou pas dans la Terre Sainte, dans le lieu de mon repos. »
Donc, formellement, ça renvoie à ce passage-là, qui était raconté dans le livre des Nombres et qu'on a lu dans la Bible en un an. Sauf qu'ici, on vous dit : « où vos pères m'ont tenté et provoqué ». Donc, en fait, Dieu sait très bien qu'il n'est pas en train de parler de ça : il est en train de parler de nous. Il nous dit qu'en fait, on est les fils de ceux qui se sont rebellés, on est les fils de ceux qui ont eu peur de rentrer en Terre promise, on est les fils de ceux qui ont désobéi à Dieu.
Et des fois que vous n'auriez pas bien compris, le psaume se termine en disant : « Quarante ans, leur génération m'a déçu. » C'est Dieu, quand même, qui vous dit ça tous les matins. C'est un peu rude. C'est un peu rude de se prendre ça dans la figure tous les matins. Ça, c'est Dieu qui vous dit : « Ne me décevez pas, les cocos. J'en ai marre, tous les jours c'est la même chose. Ne me décevez pas. »
Ce peuple a le cœur égaré, il n'a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j'en ai fait le serment.
Là, maintenant, on passe à autre chose. Ce n'est plus simplement Dieu qui vous tire les oreilles, c'est Dieu qui est en colère :
Dans ma colère, j'en ai fait le serment : jamais ils n'entreront dans mon repos.
Et vous sortez de ce psaume imprécatoire, vous dites « hop, hop, hop, hop, hop », et là, vous commencez les laudes avec la grande hymne de louange.
Ben, moi, j'aime bien, parce que, écoutez, la conversion, c'est toujours à prendre et à reprendre. Et c'est vrai que Dieu nous aime, et c'est vrai qu'il y a beaucoup de joie, et c'est vrai qu'il y a l'action de grâce, etc. Mais parfois, on veut mettre un peu trop vite de côté les réprimandes que Dieu nous envoie. Et pourtant, c'est la lettre aux Hébreux qui vous dit : « Le père qui aime son fils lui envoie la correction. » Eh bien, il faut aussi entendre ça. Il faut aussi entendre les reproches que Dieu a à nous faire. Et il ne nous les fait pas parce qu'il ne nous aime pas : il nous les fait parce qu'il nous aime.
Et c'est ce que vous rappelle ce psaume, un peu de manière difficile. C'est un peu l'Everest face nord : c'est-à-dire qu'on commence tous les jours, ou presque, par se prendre ça dans la figure. Mais en même temps, écoutez, c'est ça, être un homme. Donc on relève le défi, et aujourd'hui, on va essayer de ne pas faire de la peine à Dieu.
Je vous laisse le réécouter, et imaginez maintenant le reste de la journée qui va suivre.
Psaume 94
Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre rocher, notre salut. Allons jusqu'à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête, acclamons-le.
Oui, le grand Dieu, c'est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les dieux. Il tient en main les profondeurs de la terre et les sommets des montagnes sont à lui. À lui la mer, c'est lui qui l'a faite, et les terres, car ses mains les ont pétries.
Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, il est notre Dieu. Nous sommes le peuple qu'il conduit, le troupeau guidé par sa main.
Aujourd'hui, écouterez-vous sa parole ? « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m'ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit.
Quarante ans, leur génération m'a déçu, et j'ai dit : ce peuple a le cœur égaré, il n'a pas connu mes chemins. Dans ma colère, j'en ai fait le serment : jamais ils n'entreront dans mon repos. »