Jour 377 — Psaume 109
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Résumé : Dans cet épisode de la série consacrée aux psaumes, le frère Paul-Adrien lit et commente le psaume 109 (110 dans le texte hébreu), l'un des psaumes les plus cités de tout le Nouveau Testament. Il montre qu'aucun roi historique d'Israël, pas même David, ne peut correspondre à la figure royale décrite ici : le psaume distingue deux Seigneurs, ce qui fonde la christologie « haute » d'un Messie venu d'en haut. Il déploie ensuite les quatre titres du Messie — assis (roi), engendré (fils), prêtre selon Melchisédech, juge et vainqueur — et avoue son insatisfaction devant le dernier verset, « au torrent il s'abreuve en chemin », mystère qu'il laisse ouvert.
Introduction
Aujourd'hui, le psaume 109. Alors, 109 dans les Septante, la version grecque, 110 dans le texte massorétique hébraïque. Ce psaume — comme quoi les psaumes se suivent et ne se ressemblent pas — c'est un des plus importants. Vous allez me dire que chaque psaume est un des plus importants. Oui, mais à sa manière. Celui-là, c'est un des plus importants parce que c'est l'un des psaumes les plus cités de tout le Nouveau Testament.
C'est un psaume central pour ce qu'on appelle la christologie, la manière de regarder, de concevoir Jésus. Parce que, vous allez voir, il est question d'un Messie, il est question d'un Sauveur. Donc c'est un texte que les premiers chrétiens ont très vite, très tôt appliqué à Jésus. C'est un texte, c'est un psaume que moi, qui suis religieux, prie aux vêpres du dimanche soir, c'est-à-dire, dans la semaine, c'est un jour important, tous les quinze jours. Donc ça vous montre l'importance de ce psaume.
Je vous le laisse d'abord et on le reprend pour l'expliquer ensuite.
Lecture : Psaume 109
Oracle du Seigneur à mon Seigneur : « Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône. »
De Sion, le Seigneur te présente le sceptre de ta force. Domine jusqu'au cœur de l'ennemi.
Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté. Comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré.
Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : « Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melchisédech. »
À ta droite se tient le Seigneur. Il brise les rois au jour de sa colère. Il juge les nations, les cadavres s'entassent. Il brise les chefs loin sur la terre.
Au torrent, il s'abreuve en chemin. C'est pourquoi il redresse la tête.
Commentaire
Ce psaume appartient au sous-genre psalmique des psaumes royaux. On évoque un roi qui est intronisé par Dieu. Probablement que ça faisait partie de ces psaumes qui, de manière officielle, appartenaient aux rois. Quand il y avait des nouveaux rois juifs, probablement qu'on le lisait à haute voix dans le Temple. Donc il faut imaginer la pompe et la solennité qui devaient entourer ce psaume.
Sauf qu'il n'y a aucune figure historique d'Israël, aucun roi d'Israël, qui n'arrive parfaitement à correspondre à l'image du roi, du Messie, qui est donnée dans ce psaume. Même David. Jésus dira que même David, ici, ne saurait être le roi d'Israël ; même David, ici, ne saurait être l'objet du psaume. On a affaire à quelqu'un d'autre. Un Sauveur encore supérieur, qui dépasse d'une simple stature humaine les rois.
En fait, c'est la différence entre ce qu'on appelle une christologie haute et une christologie basse. Le messianisme d'en haut et le messianisme d'en bas. À l'époque de Jésus, il y en avait qui attendaient un Messie, mais un Messie humain. Un simple libérateur qui allait prendre les armes pour libérer son peuple des Romains. Et puis vous aviez au contraire d'autres juifs qui attendaient, eux, un Messie d'en haut. C'est-à-dire un Messie qui appartiendrait à la sphère sacrée, à la sphère divine. Et c'est lui qui viendrait sauver les hommes. On avait déjà des soupçons d'un Messie venu d'en haut dans les visions de Daniel, quand on vous parle du Fils de l'homme.
Mais ce qu'il y a de très curieux, c'est que Jésus fonde cette conception du Messie d'en haut non pas dans les visions prophétiques d'Ézéchiel ou de Daniel, mais au contraire dans les psaumes, qui sont pourtant assez souvent à hauteur humaine.
En fait, tout repose sur cette phrase-là, cette première phrase-là qui, c'est vrai, est quand même assez énigmatique :
Oracle du Seigneur à mon Seigneur : « Siège à ma droite. »
Alors, « oracle », c'est la parole. Le Seigneur dit à mon Seigneur. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y a deux Seigneurs. Deux seigneuries distinctes. C'est un peu curieux. Alors, on distingue YHWH, le tétragramme sacré, celui qui est Yahvé. Donc ça, c'est le premier. « Oracle du Seigneur à mon Seigneur » : parole de Yahvé à mon Seigneur. Alors, c'est qui, cet autre Seigneur ? Manifestement, c'est un destinataire qui est supérieur même au psalmiste.
Alors, je ne sais pas si ça va être très clair, parce qu'il faut imaginer que ce psaume, il est rapporté à David. Donc, en ce moment, celui qui est en train d'écrire le psaume, c'est David. Donc c'est David qui est en train d'écrire « Oracle du Seigneur à mon Seigneur ». David reconnaît qu'il y a un premier Seigneur qui parle, YHWH, et qui parle à un deuxième Seigneur qui est son Seigneur à lui, David. « Oracle du Seigneur à mon Seigneur. » Ça veut dire qu'il y a quelqu'un qui est au-dessus de David. Si jamais c'est David qui a écrit le psaume, comme le dit la tradition, ça veut dire que le Messie, le véritable Seigneur, il est au-dessus de David.
Et puis après, le psaume continue. « Oracle du Seigneur à mon Seigneur. Siège à ma droite. » Participation au règne divin. Jésus qui est maintenant assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, et qui reviendra pour juger les vivants et les morts, on nous dit. Donc ça veut dire que c'est comme s'il y avait une corégence. Dieu au ciel, Dieu le Père, partage son pouvoir avec son Fils qu'il a envoyé sur terre. Et c'est ça, la véritable intronisation. C'est que Dieu habite en même temps dans le ciel et sur la terre — l'Incarnation — et qu'il règne à la fois dans le ciel, à la fois sur la terre. Et qu'il y a un Seigneur qui siège avec le Seigneur. Le Père et le Fils.
Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis l'escabeau de tes pieds.
Domination universelle, domination cosmique.
Et après vous avez cette très belle phrase :
Comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré.
C'est magnifique, c'est très beau. On a un peu de mal à comprendre exactement ce que ça veut dire. Vous avez une autre traduction qui dit : « Du sein de l'aurore je t'ai engendré. » Le grec, lui, contient un autre verset : « Dans la splendeur des saints, je t'ai engendré avant l'étoile du matin. » C'est un des textes les plus importants pour ce qu'on appelle la théologie de la génération éternelle du Fils. L'image de l'aurore, « du sein de l'aurore je t'ai engendré », c'est comme si ça vous renvoyait à un engendrement en dehors du temps, lié à la lumière, lié à la gloire.
Puis ensuite on continue :
Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable.
Ça, c'est l'alliance éternelle. C'est le Nouveau Testament. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. L'alliance que Dieu a scellée pour nous avec Jésus sur la croix ne passera pas. C'est un serment irrévocable.
Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melchisédech.
« Tu es prêtre » : Jésus qui offre sa vie. « À jamais » : grand prêtre éternel. « Selon l'ordre du roi Melchisédech » : maintenant qu'on a lu ensemble la Lettre aux Hébreux, vous savez ce que ça veut dire, vous savez qui est Melchisédech. Donc on ne va pas revenir là-dessus. Mais c'est quand même étonnant de mysticisme, de mystère et de beauté.
Et puis ensuite, on termine avec l'image du combat final. Le mal qui va être vaincu par le bien.
À ta droite se tient le Seigneur. Il brise les rois au jour de sa colère.
Ça, c'est l'image des puissants que Dieu va détruire.
Il juge les nations, les cadavres s'entassent. Il brise les chefs loin sur la terre.
Donc on avait un Messie qui était présenté comme étant d'abord un assis : « Siège à ma droite », c'est l'image de l'autorité, il est roi. Ensuite, on vous dit qu'il était engendré : « Du sein de l'aurore je t'ai engendré », il est fils. On vous dit qu'il a un rôle liturgique : « Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melchisédech. » Maintenant, on vous montre qu'il est à la fois juge et vainqueur. C'est un combat eschatologique.
Puis alors, à la fin, vous avez cette phrase-là : « Il s'abreuve en chemin. C'est pourquoi il redresse la tête. » Ça, en fait, c'est pas très clair, ce que ça veut dire. Il y a plein d'interprétations. Je vous donne celle qui est la plus commune, mais il y a un petit soupçon là-dedans. C'est une image qui évoquerait la vulnérabilité du combattant, la sobriété de celui qui avance, la victoire qui est obtenue dans la simplicité. Ça a été interprété historiquement comme le signe que le Messie, même s'il était divin, allait entrer dans la condition humaine, lutter et triompher dans l'humilité. Bon, je vous l'avoue, je ne suis pas encore totalement satisfait de cette réponse.
Au torrent il s'abreuve en chemin. C'est pourquoi il redresse la tête.
Il y a là encore un mystère à résoudre, que je vous laisse en conclusion finale de ce psaume.
Je vous le redonne une dernière fois pour que, cette fois-ci maintenant, vous puissiez le prier.
Psaume 109
Oracle du Seigneur à mon Seigneur : « Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône. »
De Sion, le Seigneur te présente le sceptre de ta force. Domine jusqu'au cœur de l'ennemi.
Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté. Comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré.
Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : « Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melchisédech. »
À ta droite se tient le Seigneur. Il brise les rois au jour de sa colère. Il juge les nations, les cadavres s'entassent. Il brise les chefs loin sur la terre.
Au torrent, il s'abreuve en chemin. C'est pourquoi il redresse la tête.