Jour 379 — Psaume 136
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Résumé : Dans cet épisode de la série consacrée aux psaumes pendant quinze jours, le frère Paul-Adrien lit le psaume 136 (137 en hébreu), « Au bord des fleuves de Babylone », devenu un classique du reggae avec Bob Marley. Le commentaire montre que ce psaume est l'hymne de tous les exilés et de tous ceux qui subissent l'exploitation de l'homme par l'homme, depuis les Hébreux en Égypte jusqu'aux chrétiens persécutés aujourd'hui. Le frère souligne que les déportés ne pleurent pas d'abord sur eux-mêmes ni sur leur pays perdu, mais sur l'impossibilité du culte en terre étrangère — d'où naîtra la découverte de la transcendance de Dieu et le culte de louange. Il termine en éclairant le verset final, terrible, à la lumière des psaumes imprécatoires : mieux vaut confier sa violence à Dieu dans la prière que l'exprimer par les armes.
Introduction
Le psaume 136, 136 en grec, 137 en hébreu, qui a donné naissance à une chanson de Bob Marley, By the Rivers of Babylon, qui est un classique du reggae : « Auprès des fleuves de Babylone ». Peut-être que vous le connaissez, je ne sais pas, en tout cas c'est un classique. On en parle juste après, je vous laisse d'abord le découvrir, d'accord ?
Lecture : Psaume 136
Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion. Aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.
C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux des airs joyeux. « Chantez-nous, disaient-ils, quelques chants de Sion ! »
Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?
Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie ! Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n'élève Jérusalem au sommet de ma joie.
Souviens-toi, Seigneur, des fils du pays d'Édom, et de ce jour à Jérusalem où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »
Ô Babylone misérable ! Heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ! Heureux qui saisira tes enfants pour les briser contre le roc !
Commentaire
C'est le psaume que tous ceux qui vivent des situations compliquées, ceux qui sont exilés, ceux qui sont réduits en esclaves — et ça arrive, et plus souvent qu'on ne le croit — utilisent. C'est un hymne dans lequel tous ceux qui souffrent de l'exploitation humaine, l'homme qui exploite l'homme, se retrouvent et se reconnaissent. C'est les Hébreux en Égypte, ce sont les populations noires qui étaient en esclavage. C'est la population juive qui s'est à nouveau retrouvée en exil à Babylone.
Oui, parce que c'est de ça qu'il s'agit :
Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions.
C'est l'exil. Je vous rappelle, pour ceux qui ont suivi la Bible en un an — pour les autres, vous l'apprenez en même temps que je vous le dis — que le point central de l'Ancien Testament, c'est probablement la destruction de Jérusalem et la déportation de la population juive à Babylone. Nous, on est chrétiens, donc pour nous, le sommet de la Bible, c'est Jésus. Et on a raison. Mais imaginez un instant que le Nouveau Testament n'ait pas été écrit : ce serait quoi, pour vous, le sommet de la Bible ? Eh bien, je pense que ce serait la déportation à Babylone. Il y a ça, ou alors il y a la sortie d'Égypte. Mais la sortie d'Égypte avec Moïse, c'est un événement heureux. La déportation à Babylone, c'est l'événement malheureux. C'est le traumatisme national, le traumatisme historique qui a fait que les Juifs ont complètement réécrit leur histoire.
C'est un psaume qui a été écrit après une catastrophe nationale. Et ça vous montre ici la plus grande tristesse de ce peuple. Et c'est ça qui est assez étonnant : c'est qu'ils ne pleurent pas d'abord sur eux-mêmes. Ils ne pleurent pas d'abord sur la défaite, sur le pays qu'ils ont perdu. Ils pleurent sur l'impossibilité du culte en exil.
Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?
On pourrait se dire : comment chanter sur une terre étrangère, parce qu'ils sont au milieu des méchants ? Pas uniquement. C'est parce qu'à cette époque-là, dans la tête des Juifs, il fallait être à un certain lieu, à un certain endroit pour prier. Il fallait être dans le temple de Jérusalem. La révélation n'était peut-être pas encore arrivée, jusqu'à ce moment où on vous parlait d'un Dieu qui régnerait sur toute la terre, pour beaucoup de personnes, israélites compris. Le Seigneur de la Bible agissait en priorité dans la Terre sainte, à côté de Jérusalem, et c'est là où il avait fait habiter son nom : c'était le Dieu des montagnes.
Et c'est justement parce qu'un jour les Juifs vont se retrouver déportés, exilés, à Babylone, qu'ils vont être obligés de repenser la Seigneurie de Dieu sur tout l'univers, sa transcendance, et de s'apercevoir qu'on peut être dans une terre étrangère et quand même louer Dieu. Mais ça veut dire qu'on ne peut pas offrir de sacrifice. C'est le moment où la louange, le chant, va remplacer le culte en terre d'exil. Et quand ensuite tout ce beau monde reviendra à Jérusalem, vous aurez les deux formes de culte : le culte sacrificiel et le culte de louange.
Ce qui est assez intéressant, parce que pour nous, chrétiens, en ce moment — je la fais courte, je caricature un petit peu — mais vous avez l'Église catholique qui est principalement centrée sur un culte sacrificiel, et c'est vrai que c'est le grand modèle dans la Bible, et vous avez le culte protestant qui est principalement centré sur le culte de louange, et qui est un culte post-exilique. Normalement, dans l'idéal, il faudrait qu'on arrive vraiment à bien mettre les deux ensemble.
Mais là, il y a quelque chose de touchant, parce que c'est vraiment la prière du pauvre.
Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie !
Si je t'oublie, Jérusalem : ce n'est pas un cri nationaliste ou patriotique — il y a peut-être ça derrière aussi — mais c'est d'abord le désir de rentrer à nouveau dans le temple de Dieu pour à nouveau pouvoir lui offrir des sacrifices.
Ça, cette mentalité du réfugié, cette mentalité de l'exilé, ça devrait être la nôtre. Nous ne sommes pas faits pour vivre sur terre. Pour nous, la Jérusalem, elle est dans le ciel. Je rappelle ce qu'on avait dit dans le Nouveau Testament : paroisse, paroikia en grec, c'est la demeure de l'étranger, la demeure de l'exilé, la demeure temporaire. Il y a peut-être quelque chose à voir et à revoir. Et pour nous, c'est aussi une manière de penser non seulement à ceux qui souffrent à cause de la religion, notamment les chrétiens persécutés — il y a plus de 300 millions de chrétiens persécutés dans le monde, ce psaume est écrit pour eux, il ne faut pas l'oublier — mais aussi, plus largement, à tous ceux qui se font exploiter par l'homme.
À la fin, vous entendez cette phrase assez terrible :
Heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ! Heureux qui saisira tes enfants pour les briser contre le roc !
On en a déjà parlé au moment des psaumes imprécatoires, mais souvenez-vous : ici, ce n'est pas le plaisir d'appeler à la violence. C'est que dans sa colère, dans sa tristesse, dans son amertume, il y a une violence qui, dans l'homme, a besoin de s'exprimer, de s'extérioriser. Et si jamais on peut l'extérioriser dans la prière pour la confier à Dieu, c'est peut-être mieux que de l'extérioriser à travers les armes.
Psaume 136
Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion. Aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.
C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux des airs joyeux. « Chantez-nous, disaient-ils, quelques chants de Sion ! »
Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?
Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie ! Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n'élève Jérusalem au sommet de ma joie.
Souviens-toi, Seigneur, des fils du pays d'Édom, et de ce jour à Jérusalem où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »
Ô Babylone misérable ! Heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ! Heureux qui saisira tes enfants pour les briser contre le roc !