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Jour 380 — Psaume 138

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Résumé : Dans cet épisode d'intersaison consacré au best-of des psaumes, le frère Paul-Adrien lit le psaume 138 (139 dans la numérotation hébraïque), qu'il compte parmi ses cinq psaumes préférés. Le commentaire en déplie la structure : l'omniscience divine d'un savoir intime et créateur, l'omniprésence qui traverse le ciel, le shéol et les ténèbres, puis Dieu tisserand du corps humain dans le secret du sein maternel. Il souligne aussi la portée christologique du psaume — incarnation, passion, résurrection — et laisse volontairement ouverte la question de la « haine parfaite » des versets 21-22, comme exercice de lecture.

Introduction

Nous sommes dans l'intersaison, avant de reprendre 1er janvier, 1er épisode de la Bible en un an. Quinze jours, quinze psaumes. Nous continuons notre best-of des psaumes.

Aujourd'hui, c'est peut-être quand même l'un de mes cinq psaumes préférés. Il s'agit du psaume 138 dans la version grecque, 139 dans la version hébraïque. « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais. » Je vous laisse admirer, je vous laisse l'écouter. Il est extraordinaire. On est vers la fin du psautier, mais vraiment, il se dit là quelque chose de Dieu. Je n'en dis pas plus.

Lecture : Psaume 138

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais. Tu sais quand je m'assois, quand je me lève. De très loin, tu pénètres mes pensées. Que je marche ou me repose, tu le vois. Tous mes chemins te sont familiers.

Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le sais. Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres. Tu as mis la main sur moi. Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre.

Où donc aller loin de ton souffle, où m'enfuir loin de ta face ? Je gravis les cieux, tu es là. Je descends chez les morts, te voici. Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers. Même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.

J'avais dit : les ténèbres m'écrasent, mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière.

C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis. Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait.

Mes os n'étaient pas cachés pour toi, quand j'étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. J'étais encore inachevé, tu me voyais. Sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu'un seul ne soit.

Que tes pensées sont pour moi difficiles. Dieu, que leur somme est imposante. Je les compte, plus nombreuses que le sable. Je m'éveille, je suis encore avec toi.

Dieu, si tu exterminais l'impie ! Homme de sang, éloignez-vous de moi. Tes adversaires profanent ton nom. Ils le prononcent pour détruire.

Comment ne pas haïr tes ennemis, ne pas avoir en dégoût tes assaillants ? Je les hais d'une haine parfaite. Je les tiens pour mes propres ennemis.

Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée. Éprouve-moi, tu connaîtras mon cœur. Vois si je prends le chemin des idoles et conduis-moi par le chemin d'éternité.

Commentaire

On nous parle d'un psaume qui est profondément christologique, c'est-à-dire de Jésus. Oui, mais regardez : on commençait le psaume avec un Dieu qui cherche l'homme. Derrière, vous devinez l'incarnation. Après, on parlait d'un Dieu qui est présent dans les ténèbres, et là, cette fois-ci, on devine Jésus crucifié dans la passion. Après, on vous parle d'une lumière qui a rempli la nuit, avec une phrase extrêmement belle :

Même la ténèbre pour toi n'est point ténèbre, la nuit comme le jour est lumière.

C'est extraordinaire. La résurrection. Dieu est même présent dans la mort pour la transformer en passage vers la vie éternelle. Dieu ne fait pas que vaincre les ténèbres : il habite l'obscurité. Et c'est par là qu'il les a détruites.

Tout cela est vrai, tout cela est magnifique, tout cela est extraordinaire. Mais moi, dans ce psaume, ce qui me fascine — au sens de fasciner, c'est-à-dire qu'à chaque fois que je le lis, je me dis : mais qu'est-ce que je suis en train de lire ? — c'est ce sentiment de transcendance. On vous parle d'un « savoir prodigieux qui me dépasse ». L'homme reconnaît que Dieu le dépasse, mais ontologiquement.

Je gravis les cieux, tu es là. Je descends chez les morts, te voici. Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers. Même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.

On ne sait pas exactement ce qu'on vient de lire, mais on sait que c'est merveilleux.

Alors en fait, si vous regardez un peu plus dans les détails, on a commencé par parler de l'omniscience. C'était l'ouverture. Dieu scrute l'homme. Dieu connaît l'homme jusque dans les gestes les plus ordinaires de la vie quotidienne.

Tu me scrutes et tu sais, tu sais quand je m'assois, quand je me lève.

Alors, le savoir dont il est question ici, c'est un savoir intime, c'est un savoir personnel. Ce n'est pas le regard d'un surveillant. C'est quelqu'un qui vous connaît de l'intérieur. En fait, c'est le regard de votre créateur qui, en même temps qu'il vous regarde, vous fait surgir à l'existence. Et c'est pour ça qu'il vous connaît de l'intérieur.

Bon, ça, on avait l'omniscience. Et puis après, on vous parlait de l'omniprésence. C'est ce que je vous disais :

Où donc aller loin de ton souffle, où m'enfuir loin de ta face ?

Donc, on était en train de faire une exploration d'une géographie symbolique. Le ciel, le shéol, l'horizon de la mer, les ténèbres : c'est autant de mondes, autant de lieux qui n'appartiennent qu'à Dieu. Ce n'est pas un enjeu spatial ici, c'est un enjeu spirituel. Dieu est le maître des mondes. « Même là, ta main me conduit. »

Et puis, de là, on passait au corps humain. Dieu artisan du corps humain, et qui vous montre la créature humaine comme une sorte de créature sacrée. Vraiment, là, on atteint la profondeur, à mon avis, exceptionnelle de ce psaume, qui vous décrit Dieu comme un tisserand qui façonne l'être humain dans le secret du sein maternel. Vous avez des images extrêmement poétiques : les reins, les os, le secret, les entrailles de la terre, qui expriment le mystère de la formation embryonnaire. C'est-à-dire parce que, évidemment, c'était une époque où il n'y avait pas de médecine et où tout paraissait sacré, miraculeux. Ce qui est vrai — ça n'empêche pas la science, mais si jamais on perd ce regard émerveillé devant la créature humaine, on a tout perdu, quoi.

Je reconnais devant toi l'être extraordinaire que je suis.

Mais quelle magnifique action de grâce ! On n'oserait presque pas la dire si jamais elle n'était pas d'abord mise dans les psaumes. Théologiquement, ici, dans ce psaume, c'est là que vous découvrez que vous avez été voulu, que vous avez été connu, que vous avez été prévu, que vos jours ont été inscrits avant d'exister. C'est quand même extraordinaire. Avant la création du monde, Dieu vous aimait déjà.

Bon, et de là, après, on passe aux ennemis de Dieu, que le psaume nous demande de haïr d'une haine parfaite. C'était le verset 21-22.

Comment ne pas haïr tes ennemis, Seigneur ? Comment ne pas avoir en dégoût tes assaillants ? Je les hais d'une haine parfaite. Je les tiens pour mes propres ennemis.

C'est étonnant de se dire que même dans la haine, il peut y avoir une perfection. Alors, laquelle exactement ? Parce que vous sentez bien que, chrétien, ce n'est pas vraiment l'appel à la haine qui est la caractéristique première du Nouveau Testament. N'empêche que ce psaume vous dit qu'il y a une haine parfaite. Laquelle ? Pourquoi ? Et qu'est-ce qu'il faut haïr d'une haine parfaite ?

Je n'ai pas envie de trop répondre facilement à cette question. Moi, je préfère vous la laisser, d'accord ? Que ça vous titille un petit peu les méninges et que vous creusiez la tête. La seule chose que je peux dire, c'est que moi, c'est quand ça allait mal, quand j'étais au fond du gouffre, ce qui m'a permis de tenir, de savoir qu'il y avait une manière d'être révolté. Bon, je n'en dis pas plus. Je vous laisse ça en exercice de lecture.

On se retrouve demain pour un autre psaume. Mon conseil, comme tous les jours, ce sera de relire celui que nous venons de lire. Du coup, je vous le redonne pour qu'après vous l'avoir expliqué, cette fois-ci, vous puissiez le prier.

Psaume 138

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais. Tu sais quand je m'assois, quand je me lève. De très loin, tu pénètres mes pensées. Que je marche ou me repose, tu le vois. Tous mes chemins te sont familiers.

Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le sais. Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres. Tu as mis la main sur moi. Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre.

Où donc aller loin de ton souffle ? Où m'enfuir loin de ta face ? Je gravis les cieux ? Tu es là. Je descends chez les morts ? Te voici. Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers. Même là, ta main me conduit. Ta main droite me saisit.

J'avais dit : les ténèbres m'écrasent, mais la nuit devient lumière autour de moi. Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière.

C'est toi qui as créé mes reins, qui m'as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis. Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait.

Mes os n'étaient pas cachés pour toi quand j'étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. J'étais encore inachevé, tu me voyais. Sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu'un seul ne soit.

Que tes pensées sont pour moi difficiles. Dieu, que leur somme est imposante. Je les compte, plus nombreuses que le sable. Je m'éveille, je suis encore avec toi.

Dieu, si tu exterminais l'impie ! Homme de sang, éloignez-vous de moi. Tes adversaires profanent ton nom. Ils le prononcent pour détruire.

Comment ne pas haïr tes ennemis, ne pas avoir en dégoût tes assaillants ? Je les hais d'une haine parfaite. Je les tiens pour mes propres ennemis.

Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée. Éprouve-moi, tu connaîtras mon cœur. Vois si je prends le chemin des idoles et conduis-moi par le chemin d'éternité.


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