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1Jn 3,1-2
Liturgie · 4ᵉ dim. Pâques B
AELF · Bible liturgique

Mes bien-aimés,

1 voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés :

il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu,

  • et nous le sommes -.

Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître :

puisqu'il n'a pas découvert Dieu.

2 Bien-aimés,

dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,

mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement.

Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra,

nous serons semblables à lui

parce que nous le verrons tel qu'il est.

1Jn 3,1-2
Commentaire

Les Deux Sens Du Mot Monde

Je m’arrête sur la phrase : « Le monde ne peut pas nous connaître ». Pour la comprendre, il faut se souvenir que, pour Jean, le mot « monde » (cosmos en grec) a deux sens : parfois, il vise le monde que Dieu aime de toute éternité et qu’il veut sauver. Parfois, il vise tout ce qui est hostile ou au moins imperméable à Dieu.

Dans son évangile, par exemple, Jean nous rapporte ce que Jésus a dit à ses disciples le soir du Jeudi saint à propos du monde : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartiendrait ; mais vous n’êtes pas du monde : c’est moi qui vous ai mis à part du monde et voilà pourquoi le monde vous hait. Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître ; s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi ; s’ils ont épié ma parole, ils épieront aussi la vôtre. Tout cela, ils vous le feront à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. » (Jn 15,18-21). Manière de dire : Il n’y a pas de raison que les disciples soient mieux traités que le maître.

C’est dire les rapports inévitablement très ambigus entre Jésus et le monde, puis entre les chrétiens et le monde. D’une part, Jésus est venu pour sauver le monde ; et l’Église, à son tour, n’a pas d’autre raison d’être que de se mettre au service du monde ; et donc, il faut commencer par aimer le monde. D’autre part, Jésus puis ses disciples sont « à part » du monde et nécessairement méconnus, haïs, persécutés par le monde. Je reprends ces deux points :

Premièrement, Jésus est venu dans le monde pour le sauver ; le salut consistant à connaître le vrai visage de Dieu ; c’est le sens de la parole de Jésus à Pilate « Je suis né, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Et si Dieu veut sauver le monde, c’est parce qu’il l’aime : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3,16). Jean, dans la suite de sa première lettre, répète : « Voici comment s’est manifesté l’amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde afin que nous vivions par lui. » (1 Jn 4,9). Et Jésus accepte d’aller jusqu’au bout pour que le monde découvre cet amour du Père ; dans sa prière, le dernier soir, il dit son grand désir : « Que le monde puisse connaître que c’est toi qui m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,23). Donc Dieu aime le monde et veut son salut ; Jésus aime le monde et veut son salut ; j’ai envie de dire : vous voyez ce qu’il nous reste à faire !

Saint Augustin disait : « Étends ta charité sur le monde entier, si tu veux aimer le Christ ; parce que les membres du Christ sont étendus sur le monde... Le Christ, lui, aime son corps. »... Et le Père Teilhard de Chardin disait : « On ne convertit que ce qu’on aime. »

Oser Ramer À Contre-Courant

Mais, deuxièmement, aimer quelqu’un, on le sait bien, ne veut pas dire être toujours d’accord avec ses agissements ! Aimer le monde consistera justement parfois à oser le contredire. Et le mot « monde », alors, chez saint Jean, vise certains agissements, ce que Paul appellerait l’attitude d’Adam, la manière de vivre de ceux qui s’éloignent de Dieu. « Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu » (Jn 1,10).

Et la distance se creuse de plus en plus entre l’Envoyé de Dieu et le monde qui le refuse. Le dernier soir, encore, Jésus a bien prévenu : « Je vous ai dit tout cela afin que vous ne succombiez pas à l’épreuve. On vous exclura des synagogues. Bien plus, l’heure vient où celui qui vous fera périr aura le sentiment de présenter un sacrifice à Dieu. Ils agiront ainsi pour n’avoir connu ni le Père ni moi. » (Jn 16,2-3). Et il continue : « Désormais je ne suis plus dans le monde... ils (les disciples) ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde... » (Jn 17,11-18). Dans ce sens-là, non pas d’un mépris des hommes, mais du courage de témoigner, Jean a dit un peu plus haut, dans cette lettre que nous lisons aujourd’hui : « N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui, puisque tout ce qui est dans le monde - la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, la confiance orgueilleuse dans les biens - ne vient pas du Père, mais provient du monde. Or le monde passe, lui et sa convoitise ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure à jamais. » (1 Jn 2,15-17). Et Jésus a dit dans le même sens « En ce monde, vous faites l’expérience de l’adversité, mais soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33).

Autrement dit, le jour vient où, enfin, le monde saura, acceptera de croire à l’amour de Dieu, et où les hommes se conduiront en fils de Dieu et en frères les uns des autres. Parce que c’est bien cela le dernier mot de toute l’histoire humaine. Comme dit Paul : « J’estime que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu... elle garde l’espérance... car elle aura part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8,19-21).

En attendant, il y a ceux qui ont cru en Jésus-Christ et ceux qui, encore, s’y refusent. Comme dit Jean dans le prologue de son évangile : « À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. » (Jn 1,12). Ceux-là, dès maintenant, sont conduits par l’Esprit de Dieu et cet esprit leur apprend à traiter Dieu comme leur Père. « Dieu a envoyé dans nos cœurs l’esprit de son Fils qui crie Abba, Père ! » (Ga 4,4).

C’est le sens de l’expression « connaître le Père » chez saint Jean ; c’est le reconnaître comme notre Père, plein de tendresse et de miséricorde, comme disait déjà l’Ancien Testament. À ceux qui ne le connaissent pas encore, c’est-à-dire qui ne voient pas encore en lui leur Père, il nous appartient de le révéler par notre parole et par nos actes. Alors, quand le Fils de Dieu paraîtra, l’humanité tout entière sera transformée à son image. Oui, vraiment, il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés !

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