CapBibliqueCapBiblique
← Retour aux livres
Livre de · 36 chapitres

2 Chroniques

123456789101112131415161718192021222324 (2)252627282930313233343536
2Ch 36,14-23
Liturgie · 4ᵉ dim. Carême B
Bible Crampon (1923)

14 Tous les chefs des prêtres et le peuple multiplièrent aussi les transgressions, selon toutes les abominations des nations, et ils profanèrent la maison de Yahweh, qu'il avait sanctifiée à Jérusalem.

15 Yahweh, le Dieu de leurs pères, leur avait envoyé des avertissements par l'organe de ses messagers, de bonne heure et à plusieurs reprises ; car il avait compassion de son peuple et de sa propre demeure.

16 Mais ils se moquèrent des envoyés de Dieu, ils méprisèrent ses paroles et se raillèrent de ses prophètes, jusqu'à ce que la colère de Dieu s'élevât contre son peuple, et qu'il n'y eût plus de remède.

17 Alors Yahweh fit monter contre eux le roi des Chaldéens, qui tua par l'épée leurs jeunes gens dans la maison de leur sanctuaire, et n'épargna ni le jeune homme, ni la vierge, ni le vieillard, ni l'homme aux cheveux blancs ; Yahweh livra tout entre ses mains.

18 Nabuchodonosor emporta à Babylone tous les ustensiles de la maison de Dieu, grands et petits, les trésors de la maison de Yahweh, et les trésors du roi et de ses chefs.

19 Ils brûlèrent la maison de Dieu, ils démolirent les murailles de Jérusalem, ils livrèrent au feu tous ses palais, et tous ses objets précieux furent livrés à la destruction.

20 Nabuchodonosor emmena captifs à Babylone ceux qui échappèrent à l'épée, et ils furent ses esclaves, à lui et à ses fils, jusqu'à la domination du royaume de Perse.

21 Ainsi s'accomplit la parole de Yahweh, qu'il avait dite par la bouche de Jérémie : Jusqu'à ce que le pays ait joui de ses sabbats ; car il se reposa tout le temps de sa dévastation, — jusqu'à l'accomplissement de soixante-dix années.

22 La première année de Cyrus, roi de Perse, pour accomplir la parole de Yahweh, qu'il avait dite par la bouche de Jérémie, Yahweh excita l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit faire de vive voix et par écrit cette proclamation dans tout son royaume :

23 " Ainsi dit Cyrus, roi de Perse : Yahweh, le Dieu du ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre, et il m'a dit de lui bâtir une maison à Jérusalem, qui est en Juda. Qui d'entre vous est de son peuple ? Que Yahweh, son Dieu, soit avec lui, et qu'il monte !... "

— 2Ch 36,14-23 —
Commentaire

Entêtement Des Hommes Et Patience De Dieu

Dès 598, le roi de Babylone, Nabuchodonosor est le maître à Jérusalem ; il pille et saccage le Temple ; il nomme et destitue les rois ; et pour mater les mauvaises volontés, il opère déjà une déportation massive ; le deuxième livre des Rois (chapitre 24) raconte qu’il déporta tout Jérusalem, tous les chefs, tous les gens riches, soit dix mille déportés, tous les artisans du métal, les serruriers, et bien sûr, les militaires, si bien qu’il ne resta que les petites gens du pays.

Il met en place à Jérusalem le roi Sédécias qui régnera de 598 à 587 av.J.C. Mais Sédécias n’est pas plus docile que les autres, ni à Dieu, ni à ses prophètes, ni au souverain du moment, Nabuchodonosor. En 587, celui-ci fait pour la deuxième fois le siège de Jérusalem et écrase la révolte de Sédécias. Le siège dura plus de dix-huit mois et acheva la destruction de Jérusalem. La presque totalité du peuple fut déportée. Généralement, c’est à partir de 587 que l’on décompte la durée de l’Exil à Babylone. Un Exil qui durera jusqu’à ce que Nabuchodonosor soit à son tour écrasé par la nouvelle puissance montante au Moyen-Orient, l’Iran qu’on appelle encore la Perse, à l’époque.

La politique de Cyrus, roi de Perse, va faire l’affaire des habitants de Jérusalem : systématiquement, il renvoie dans leur pays d’origine toutes les populations déplacées ; la population juive en bénéficie tout comme les autres. C’est tellement inespéré qu’on verra là la main de Dieu !

« La première année de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole proclamée par Jérémie, le SEIGNEUR inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume, et même consigner par écrit : Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le SEIGNEUR, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir un temple à Jérusalem, en Judée. Tous ceux qui font partie de son peuple, que le SEIGNEUR leur Dieu soit avec eux, et qu’ils montent à Jérusalem ! »

Mais qu’avait donc dit Jérémie ? Il avait tout simplement joué son rôle de prophète : rappelant sans cesse la loi de Dieu et menaçant le peuple des pires châtiments, s’il ne se convertissait pas ! À son grand désespoir, les événements lui avaient donné raison.

Pour l’auteur des Chroniques, tout cela est clair : Dieu a patienté, patienté ; il a mis son peuple en garde, comme on avertit quelqu’un au bord du précipice ; mais ni le peuple ni le roi n’ont rien voulu entendre : « Tous les chefs des prêtres et le peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les pratiques sacrilèges et ils profanaient le Temple de Jérusalem consacré par le SEIGNEUR ».

En lisant Jérémie, on s’aperçoit que le reproche le plus grave qu’il adresse à son peuple, c’est d’avoir complètement défiguré la religion de l’Alliance : non seulement, on ne respecte plus le sabbat, mais surtout on retombe dans l’idolâtrie, et dans ce qu’elle a de pire à l’époque, les sacrifices humains. Les commandements envers Dieu sont abandonnés... les commandements envers les autres sont abandonnés.

Dieu, lui, n’oubliait pas son Alliance : il était toujours « Le Dieu de leurs pères » : depuis le temps des patriarches, Abraham, Isaac, Jacob... « Sans attendre et sans se lasser, il envoyait ses messagers » ; ce n’est pas pour défendre ses propres intérêts que Dieu rappelle sans cesse les commandements, par l’intermédiaire de ses prophètes ; Jérémie a cette parole extraordinaire : « Est-ce bien moi qu’ils offensent ? dit Dieu ; n’est-ce pas plutôt eux-mêmes ? Et ils devraient en rougir. » (Jr 7,19). Ce qu’il veut dire par là, c’est que le peuple libéré par Dieu se fait lui-même esclave de faux dieux et retombe dans des pratiques indignes d’hommes libres. « Ils m’abandonnent, moi, la source d’eau vive, dit Dieu, pour se creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau » (Jr 2,13).

Quand Les Hommes Font Leur Propre Malheur

Mais on sait comment ils ont traité les prophètes. « Ils tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles et se moquaient de ses prophètes. » Alors est arrivé ce qui devait arriver : le Dieu fidèle à sa Parole avait promis le bonheur si on obéissait aux commandements, et le malheur si on désobéissait ; sa fidélité à cette Parole exigeait qu’il finisse par sévir. « Finalement, il n’y eut plus de remède à la colère grandissante du SEIGNEUR contre son peuple. »

Nous sommes surpris qu’un texte biblique, relativement tardif, parle encore de « colère » de Dieu, comme si Dieu pouvait, comme nous, se laisser aller à des emportements ; mais c’est le contexte historique qui exige ce genre de discours : le danger de l’idolâtrie est encore présent, visiblement. Pour imposer la foi au Dieu unique, il n’y a pas d’autre moyen que de lui imputer la responsabilité de tous les événements : aussi bien la catastrophe de l’Exil que, ensuite, le retour permis par Cyrus. À cette étape de la réflexion théologique, on pense forcément : s’il n’est pas le Maître de tout, c’est qu’il y a d’autres dieux. Plus tard, au fur et à mesure qu’on progressera dans la Révélation, on découvrira que tous nos sentiments humains de colère et de vengeance sont totalement étrangers à Dieu, le Tout-Autre, car il n’y a en lui qu’une réalité, l’Amour.

En attendant, l’auteur du livre des Chroniques a déjà trouvé le moyen d’affirmer deux choses capitales de la foi : premièrement, Dieu reste toujours « le Dieu des pères » quelle que soit l’infidélité de son peuple et il fera tout pour l’empêcher de tomber dans le précipice. Deuxièmement, quand le peuple est dans le précipice, il trouvera le moyen de l’en sortir, car rien n’est impossible à Dieu.