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Lettre · 5 chapitres

Jacques

Jc 5,1-6
Liturgie · 26ᵉ dim. ordinaire B
AELF · Bible liturgique

1 Vous autres, maintenant, les riches !

Pleurez, lamentez-vous,

sur les malheurs qui vous attendent.

2 Vos richesses sont pourries,

vos vêtements sont mangés des mites,

3 votre or et votre argent sont rouillés.

Cette rouille sera un témoignage contre vous,

elle dévorera votre chair comme un feu.

Vous avez amassé des richesses,

alors que nous sommes dans les derniers jours !

4 Le salaire dont vous avez frustré les ouvriers

qui ont moissonné vos champs,

le voici qui crie,

et les clameurs des moissonneurs

sont parvenues aux oreilles du Seigneur de l'univers.

5 Vous avez mené sur terre une vie de luxe et de délices

et vous vous êtes rassasiés

au jour du massacre.

6 Vous avez condamné le juste et vous l'avez tué,

sans qu'il vous oppose de résistance.

Jc 5,1-6
Commentaire

Le Discours De La Bible Sur Les Richesses

La sagesse populaire dit volontiers « l’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue... » Et, contrairement à ce que nous pensons, peut-être, saint Jacques ne dit pas le contraire ! Il ne part pas en guerre contre les riches et leurs richesses, il part en guerre contre le non-usage ou le mauvais usage des richesses ; et il met les riches en face de leurs responsabilités, ce n’est pas la même chose. Ne faisons donc pas dire à saint Jacques ce qu’il ne dit pas. En fait, il dit trois choses : la première, la plus importante, c’est une révélation sur Dieu : Dieu est un Dieu de Justice, il entend le cri des malheureux ; deuxièmement, il y a de mauvaises manières de devenir riche ; troisièmement, les richesses sont faites pour servir à tous : l’argent peut contribuer au bonheur de tous ; c’est cela que Dieu attend des riches.

Premièrement, ce n’est pas d’abord une leçon de morale, c’est une révélation sur Dieu : un Dieu de Justice, un Dieu qui défend les faibles et les pauvres : la Bible retentit toujours de la révélation de Dieu à Moïse dans le buisson ardent : « Le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi. » (Ex 3,9). Comme il a entendu le cri des fils d’Israël réduits à l’esclavage par les Égyptiens, il entend sur toute la surface de la terre le cri de tous les opprimés et de tous les miséreux : « Les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Seigneur de l’univers. » On entend en écho la phrase du livre de la Genèse : « La voix du sang de ton frère (Abel) crie du sol vers moi. » (Gn 4,10). C’est pour cela qu’il nous demandera des comptes sur la manière dont nous avons fait fortune et sur la manière dont nous avons employé nos richesses. Nous qui sommes faits à l’image de Dieu, nous sommes faits nous aussi pour entendre le cri des pauvres et des malheureux.

Deuxièmement, il y a de mauvaises manières de devenir riche. Jacques donne un exemple : « Des travailleurs ont moissonné vos terres et vous ne les avez pas payés » ; évidemment, de cette manière, on fait plus vite fortune ! L’Ancien Testament revient très souvent sur ce thème. Par exemple, le livre du Deutéronome : « Tu n’exploiteras pas un salarié malheureux et pauvre, que ce soit l’un de tes frères ou l’un des émigrés que tu as dans ton pays, dans tes villes. Le jour même, tu lui donneras son salaire ; le soleil ne se couchera pas sans que tu l’aies fait ; car c’est un malheureux et il l’attend impatiemment ; qu’il ne crie pas contre toi vers le SEIGNEUR : ce serait un péché pour toi. »  (Dt 24,14-15). Une autre manière de s’enrichir injustement, c’est de tricher dans les opérations commerciales.

La Loi insistait sur ce point : « Ne commettez pas d’injustice dans ce qui est réglementé : dans les mesures de longueur, de poids et de capacité ; ayez des balances justes, des poids justes, (un épha juste et un hîn juste1), des mesures justes. » C’est moi, le SEIGNEUR votre Dieu, qui vous ai fait sortir d’Égypte. » (Lv 19,35-36). « Tu n’auras pas dans ton sac deux poids différents, un grand et un petit ; tu n’auras pas dans ta maison deux boisseaux2 différents, un grand et un petit ; c’est un poids intact et juste, un boisseau intact et juste que tu auras, pour que tes jours se prolongent sur la terre que le SEIGNEUR ton Dieu te donne. Car tout homme qui fait cela, tout homme qui commet l’injustice, est une abomination pour le SEIGNEUR ton Dieu. » (Dt 25,13-16).

Et le prophète Jérémie comparait les pratiques malhonnêtes à de la chasse : « Dans mon peuple, se trouvent des coupables aux aguets comme l’oiseleur accroupi, ils dressent des pièges, et ils attrapent... des hommes. Tel un panier plein d’oiseaux, leurs maisons sont pleines de rapines : c’est ainsi qu’ils deviennent grands et riches, gras et reluisants… Ils battent le record du mal, ils ne respectent plus le droit, le droit de l’orphelin ; et ils réussissent… Ils ne prennent pas en main la cause des pauvres. » (Jr 5,26-28). Or, précisément, c’est cela que Dieu attendait d’eux, qu’ils prennent la cause des pauvres. Ce qui nous mène au troisième point.

Non Pas Propriétaires Mais Intendants

Troisièmement, les richesses sont faites pour servir à tous : l’argent doit contribuer au bonheur de tous ; c’est cela que Dieu attend des riches. La richesse nous donne des responsabilités envers les autres ; elle fait de nous des intendants ; Dieu nous fait assez confiance pour cela. Les richesses sont un moyen, elles ne sont pas un but. Là encore, on retrouve des accents prophétiques de l’Ancien Testament. Quand Jacques dit « cette rouille vous accusera » (v. 3), il reprend une image du livre de Ben Sirac : « Sois prêt à perdre de l’argent pour un frère ou un ami, plutôt que de le perdre en le laissant rouiller sous une pierre. » (Si 29,10).

Et quand Jacques emploie l’expression « vos richesses sont pourries » (v. 2), il fait allusion à la manne du désert (Ex 16,20) : chacun devait ramasser chaque jour tout ce dont il avait besoin pour sa famille et seulement ce dont il avait besoin ; toute la manne amassée en trop pourrissait et était infestée de vers avant le lendemain ; cela fait évidemment penser à la phrase de Jésus : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre où les mites et les vers font tout disparaître... mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni les mites ni les vers ne font de ravages ». (Mt 6,19-20). Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, la vie au désert avait été un temps d’apprentissage : inutile d’amasser pour soi.

Ce ne sont donc pas les richesses en elles-mêmes qui sont mauvaises, tout dépend de l’usage que nous en faisons. Il faut même accepter de regarder nos responsabilités en face. Dans le verset qui précède juste notre texte d’aujourd’hui, Jacques dit très fermement : « Qui donc sait faire le bien et ne le fait pas se charge d’un péché. » (Jc 4,17).

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