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Lettre · 1 chapitre

Philémon

AELF · Bible liturgique

Bien-aimé,
    ta charité m’a déjà apporté beaucoup de joie et de réconfort,
car grâce à toi, frère, les cœurs des fidèles ont trouvé du repos.
    Certes, j’ai dans le Christ toute liberté de parole
pour te prescrire ce qu’il faut faire,
    mais je préfère t’adresser une demande au nom de la charité :
    moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme
et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus,
    j’ai quelque chose à te demander pour Onésime,
mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ.
    Cet Onésime (dont le nom signifie « avantageux »)
a été, pour toi, inutile à un certain moment,
mais il est maintenant bien utile pour toi comme pour moi.
    Je te le renvoie,
lui qui est comme mon cœur.
    Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi,
pour qu’il me rende des services en ton nom,
à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile.
    Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord,
pour que tu accomplisses ce qui est bien,
non par contrainte mais volontiers.
    S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps,
c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement,
    non plus comme un esclave,
mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé :
il l’est vraiment pour moi,
combien plus le sera-t-il pour toi,
aussi bien humainement que dans le Seigneur.
    Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi,
accueille-le comme si c’était moi.
    S’il t’a fait du tort ou s’il te doit quelque chose,
mets cela sur mon compte.
    Moi, Paul, j’écris ces mots de ma propre main :
c’est moi qui te rembourserai.
Je n’ajouterai pas que toi aussi, tu as une dette envers moi,
et cette dette, c’est toi-même.
    Oui, frère, donne-moi cette satisfaction dans le Seigneur,
fais que mon cœur trouve du repos dans le Christ.

            – Parole du Seigneur.

— Phm 1,7-20 —
Commentaire

DE LA LETTRE A PHILEMON

Commentaire

1. Situation

Selon la 1ère lettre de Clément de Rome, Paul aurait été emprisonné 7 fois, nombreuses incarcérations auxquelles Paul lui-même fait allusion en 2 Corinthiens, 11, 23.

Au cours de l'une de ces périodes de détention, Paul a écrit ce "billet" à Philémon (dont personne ne doute qu'il vient de Paul), dans lequel ne se trouve aucune indication de date ni de lieu d'origine : texte écrit de Rome ? d'Ephèse ? de Philippes ? d'ailleurs ? Bien que Paul y fasse allusion au fait qu'il est âgé, rien de précis ne nous est donné quant à la période exacte de la vie de l'apôtre.

Deux hypothèses s'affrontent concernant la situation de l'esclave Onézime, en faveur de qui Paul écrit à Philémon : - la première, très ancienne et tenue jusqu'à aujourd'hui par beaucoup, nous le présente comme un esclave en fuite, donc en situation illégale, et qui, de plus, aurait fait du tort à son maïtre Philémon, - la seconde, récente, et admise par certains, nous explique qu'Onésime avait été envoyé par Philémon pour rendre quelque temps service à Paul, qu'il savait être en prison, et que Paul le renvoie maintenant à son maître, à la fin du temps imparti.

Ces 2 hypothèses se rejoignent sur l'événement nouveau qui s'est produit alors qu'Onézime était auprès de Paul : Onézime est devenu chrétien, et donc, de fait, collègue associé, d'une certaine façon, au ministère de Paul alors en prison.

D'autre part, il est logique, dans les 2 hypothèses, que lors du renvoi d'Onézime qui lui a rendu service, Paul demande qu'il soit bien accueilli à son retour en son lieu habituel de vie.

2. Message

Nous lisons aujourd'hui la partie centrale de cette lettre de Paul à Philémon, dans laquelle Paul présente sa requête à son ami.

Puisque Onézime, l'esclave de Philémon,s'est converti, Paul lui demande de l'accueillir désormais comme un frère, et, avec beaucoup de précautions, lui suggère de lui rendre sa liberté en l'affranchissant.

Paul n'invoque pas l'argument de son autorité apostolique, mais fait appel à la charité, et à la compassion, autant qu'à son amitié avec Philémon. Il tient à ce que Philémon agisse en toute liberté sans se sentir le moins du monde obligé.

Paul fait état également de sa situation de prisonnier pour la cause du Christ, ainsi que des servitudes et besoins qu'elle entraîne, trouve le moyen de rappeler gentîment à Philémon ce que ce dernier lui doit, c'est-à-dire son existance chrétienne elle-même, pour souhaiter qu'Onézime soit accueilli comme Paul le serait lui-même, en un climat de pleine communion fraternelle.

Avec une insistance discrète, mais bien présente néanmoins, Paul précise qu'il sera soulagé par le bon accueil accordé à Onézime, qu'il attend donc ce geste de Philémon, tout en s'engageant à payer tous les frais nécessaires s'il en est.

3. Decouvertes

Sans prétendre nulle part qu'il faille abolir l'esclavage, statut officiel alors très répandu dans la société, Paul ne déclare pas davantage qu'un esclave doit toujours rester dans cette condition, comme si cette situation avait été fixée par Dieu ou en son nom.

Ce billet, personnel et privé, de Paul à Philémon a été reconnu comme "Ecriture" de l'Eglise peut-être justement parce qu'il rend compte d'une attitude "évangélique" concrète d'ouverture face à une situation d'esclavage, indépendamment de toute position officielle et légale sur cette situation sociale.

Paul vit ici ce qu'il a écrit en Galates, 3, 28, à savoir "qu'il n'y a plus ni homme ni femme..., ni esclave ni homme libre" dans la nouveauté d'être que nous donne le Christ. Les autres textes de Paul sur ce sujet (1 Corinthiens, 7, 20 - 24; Ephésiens, 6, 5 - 9; Colossiens, 3, 22 - 4, 1), tout en invitant les esclaves à bien remplir les devoirs de leur état, soulignent toujours dans quel esprit il faut le faire, et affirment la dignité humaine de ces esclaves, affirmation qui devait être accueillie comme un souffle "nouveau" de liberté et de dignité.

4. Prolongement

Bien sûr, heureusement, dans nos sociétés occidentales, mais seulement depuis moins de 3 siècles, l'esclavage a été aboli, bien que ce ne soit pas encore le cas dans de nombreux autres endroits du monde.

Mais, pour autant, ne pratiquons-nous pas qelquefois encore la "dialectique du maître et de l'esclave", ou, autrement dit, du fort et du faible, de celui qui a le pouvoir et les moyens, face aux plus faibles et aux plus démunis ?

Nous devons toujours faire mémoire vivante que le Christ Jésus s'est volontairement abaissé (Philippiens, 2, 5 - 11), jusqu'à se faire moindre qu'un esclave, lorsqu'il a lavé les pieds de ses disciples (Jean, 13, 1 - 18), et a subi la mort abjecte des esclaves, en étant crucifié parmi les maudits et les scélérats.

De même Paul, devant ce que le Christ nous popose, en matière de dignité et de liberté divines, nous demande, en des termes très forts, de nous affranchir de nous-mêmes pour devenir des esclaves de Dieu, soulignant par là à quel point notre attachement volontaire au Seigneur doit être vécu (Romains, 6, 15 - 23).

Prière

*Seigneur Jésus, tu es venu réaliser le projet de Dieu, que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, et faire don à tous les hommes et toutes les femmes de ce monde, d'un statut égal de fils et filles adoptifs de Dieu, appelés à reproduire ton image, et à recevoir une création nouvelle, dans des communautés de croyants, ou ne se distinguent plus ni esclaves ni hommes libres, et c'est en acceptant toi-même la condition d'esclave jusqu'à mourir sur une croix, que tu as opéré en nous cette transformation radicale, dans le partage de ton Esprit Saint : aide-moi à porter sans cesse un regard de foi sur moi-même, ainsi que sur tous mes frères et sœurs, pour mesurer l'ampleur de cette dignité divine commune, que tu nous transmets, et au nom de laquelle tu nous demandes, de donner à notre tour, notre vie pour nos frères. AMEN.

14.11.2002.*