S. Casimir

2ème Semaine de Carême — Mercredi 4 mars 2026 · Année A · violet

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée

🕯️ Entrer dans la prière

Nous sommes au cœur du Carême, ce temps où l’Église marche résolument vers Jérusalem avec Jésus. Les textes d’aujourd’hui te placent devant un paradoxe troublant : celui qui intercède pour les autres devient celui qu’on veut faire taire. Jérémie, le prophète, a « parlé en faveur » de ses ennemis — et voilà qu’ils « creusent une fosse » pour le perdre. Jésus, lui, annonce sa Passion aux Douze — et aussitôt, deux d’entre eux réclament les premières places.

Il y a une ligne souterraine qui relie ces textes : le mystère du juste rejeté, du serviteur incompris. Mais aussi cette question qui traverse tout : qu’est-ce que servir ? Qu’est-ce qu’intercéder ? Et pourquoi cela conduit-il si souvent à la croix ?

Avant d’entrer dans ces pages, prends un moment. Laisse retomber les bruits du jour. Tu es en chemin, toi aussi, vers quelque chose — vers Pâques, vers une rencontre. Commence peut-être par Jérémie : écoute sa plainte, sa stupeur devant l’ingratitude. Puis laisse l’Évangile t’emmener sur cette route qui monte vers Jérusalem, aux côtés d’un Jésus qui sait où il va — et qui te demande, à toi aussi : « Pouvez-vous boire la coupe ? »

📖 1ère lecture — Jr 18, 18-20

Lire le texte — Jr 18, 18-20

Mes ennemis ont dit : « Allons, montons un complot contre Jérémie. La loi ne va pas disparaître par manque de prêtre, ni le conseil, par manque de sage, ni la parole, par manque de prophète. Allons, attaquons-le par notre langue, ne faisons pas attention à toutes ses paroles. » Mais toi, Seigneur, fais attention à moi, écoute ce que disent mes adversaires. Comment peut-on rendre le mal pour le bien ? Ils ont creusé une fosse pour me perdre. Souviens-toi que je me suis tenu en ta présence pour te parler en leur faveur, pour détourner d’eux ta colère. – Parole du Seigneur.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.

Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.

Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.

Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.

Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).

Notre passage se situe dans la 1ère partie du Livre de Jérémie.

Message

Ce n’est pas la première fois que la vie de Jérémie est en danger : il s’était déjà comparé à “un agneau qu’on mène à l’abbatoir” (11, 18 - 20), se révélant ainsi comme Prophète-Serviteur-souffrant.

L’argument utilisé par ses ennemis pour tenter de le faire disparaître, c’est de publier qu’il ne sert à rien, qu’on peut très bien se passer de lui, qu’on peut donc l’ignorer, et, qui plus est, le calomnier.

Jérémie prend donc Dieu à témoin de leur méchanceté gratuite, qui rend le mal pour le bien. Il met le Seigneur devant le danger que lui, Jérémie, court. Et cela avec une grande lucidité.

Ensuite, rappelant comment il avait été fidèle à sa mission de Prophète interpellant et intercesseur, qui avait même prié le Seigneur pour ses ennemis, il fait maintenant appel à la fidélité transcendante de Dieu, à sa mémoire toute puissance et infinie, appel qui va se transformer, dans la suite, non lue aujourd’hui, du passage, en un grand cri de vengeance.

Decouvertes

Jérémie est le seul prophète qui, mis à part les récits de vocation qu’il partage avec d’autres tels que Isaïe et Ezéchiel, nous raconte ses difficultés à vivre sa mission, et resitue à plusieurs reprises sa vocation devant le Seigneur. Il nous partage ces moments-là dans des passages que l’on a nommés ses “Confessions”.

Cette page est donc le début d’une de ces confessions, qui commence au verset 18 et se continue jusqu’au verset 23 (notre texte s’arrêtant au verset 20) par un violent cri du prophète appelant le Seigneur à le venger de ses ennemis. Lignes choquantes, omises dans notre version likturgique, mais qui n’en revèlent pas moins le combat du Prophète qui, à côté de moments sublimes d’expérience spirituelle, plonge dans les profondeurs de l’angoisse et du désespoir.

L’occasion de cette Lamentation du Prophète est un complot tramé par ses adversaires pour le réduire au silence. (Voir d’autres passages du même genre en Jérémie, 11, 18 - 20; 12, 1 - 6 et 15, 10 - 18). Il est vrai que Jérémie s’est montré impitoyable dans ses condamnations des prêtres, des sages et des prophètes, ces fonctionnaires “officiels” de la religion de son temps, et maintenant, ils le lui rendent bien. D’où cette réaction du Prophète devant le Seigneur.

Prolongement

Tout Prophète Serviteur de l’Ancien Testament voit sa figure accomplie en Jésus Serviteur de Dieu, qui s’est lui-même déclaré tel. Cependant, sa manière d’intercéder pour ses frères, c’est de les combler de la miséricorde gratuite de Dieu par les guérisons qu’il accomplit et qui sont signes du salut que Dieu accorde tout-à-fait gracieusement.

L’Evangile de Matthieu interprète ces guérisons comme une prise en charge par Jésus du poids de toutes nos maladies (Matthieu, 8, 17). Il rejoint le témoignage de Paul disant de Jésus que lui, qui n’a pas connu le péché, a été “identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu” (2 Corinthiens, 5, 21).

Autre différence : Jésus a renoncé à toute haine et vengreance, et il a pardonné à ses bourreaux (Luc, 23, 34), et Paul précise que, par sa croix, il a tué la haine (Ephésiens, 2, 16).

Nous qui sommes images de Jésus, nous avons à suivre son chemin, là où nous sommes, et chaque jour.

🙏 Seigneur Jésus, puisque par ta mort tu as tué la haine, puisque tu as su pardonner à tes bourreaux, puisque tu as demandé à tes disciples d’entrer, à leur tour, dans cette logique du pardon à accorder en permanence, comment pourrions-nous encore douter que tu nous a révélé que Dieu est Amour ? : aide-moi à me laisser saisir et conduire, en toutes mes démarches, par ton Esprit Saint, qui insère ton attitude au plus profond de mon coeur, et m’invite à repousser toute violence, tout désir de vengeance qui monteraient en moi, et m’empêcheraient de reproduire et rayonner ton image. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Ce passage de Jérémie 18,18-20 s’inscrit dans le cycle des “Confessions de Jérémie” (Jr 11-20), ces monologues intérieurs où le prophète expose à Dieu sa détresse face à la persécution. Nous sommes probablement sous le règne de Joïaqim (609-598 av. J.-C.), période où le prophète annonce la destruction imminente de Jérusalem par Babylone, message insupportable pour l’establishment religieux et politique. Le genre littéraire emprunte à la lamentation individuelle des psaumes, mais avec une intensité autobiographique unique dans la littérature prophétique. Les destinataires originels du livre — les exilés à Babylone puis la communauté de retour — voyaient dans ces textes la légitimation de Jérémie comme vrai prophète, celui qui avait annoncé la catastrophe contre les faux optimistes.

Le verset 18 révèle la stratégie des adversaires avec une ironie mordante. Ils affirment que “la loi (tôrāh) ne disparaîtra pas par manque de prêtre, le conseil (‘ēṣāh) par manque de sage, la parole (dābār) par manque de prophète” — autrement dit, ils prétendent que les canaux officiels de la révélation fonctionnent parfaitement sans Jérémie. Cette triade prêtre-sage-prophète représente les trois médiations institutionnelles de la parole divine en Israël. En attaquant Jérémie “par la langue” (lāšôn), ils retournent contre lui son propre instrument prophétique. L’expression “ne faisons pas attention à toutes ses paroles” (dābār) fait écho au terme technique de l’oracle prophétique : ils décident de traiter comme insignifiante la parole même de YHWH.

La réponse de Jérémie (v. 19-20) constitue un appel juridique à Dieu comme juge. Le verbe “faire attention” (qāšab) que les ennemis refusent d’appliquer aux paroles du prophète, Jérémie demande que YHWH l’applique à sa propre cause. L’image de la “fosse” (šîḥāh) creusée pour le perdre appartient au vocabulaire des psaumes de supplication (Ps 35,7 ; 57,7) et évoque le piège du chasseur. Mais le paradoxe central éclate au verset 20 : “Comment peut-on rendre le mal pour le bien ?” Jérémie rappelle qu’il s’est tenu en présence de Dieu précisément pour intercéder en faveur de ceux qui maintenant veulent sa mort. Le verbe “se tenir” (‘āmad) devant Dieu désigne la posture technique du prophète-intercesseur.

Origène, dans ses Homélies sur Jérémie (XIV), voit dans ce passage une figure du Christ persécuté par les autorités religieuses de son temps. Le prophète qui intercède pour ceux qui le haïssent préfigure celui qui dira “Père, pardonne-leur”. Origène insiste sur le retournement : Jérémie avait détourné la colère divine, mais ses bénéficiaires n’en savent rien ou feignent de l’ignorer. Cette lecture typologique sera décisive pour l’usage liturgique du texte en Carême. Jean Chrysostome, dans ses commentaires sur les prophètes, souligne plutôt la dimension éthique : Jérémie incarne la vertu de celui qui fait le bien sans attendre de reconnaissance, exposant ainsi la malice de l’ingratitude humaine comme péché contre l’ordre même de la justice.

L’intertextualité avec les Psaumes est massive : Jérémie reprend le vocabulaire et la structure des lamentations individuelles (Ps 22, 31, 35, 69), mais en les historicisant dans une situation prophétique précise. Le thème du juste persécuté par ceux qu’il a servis traversera toute la tradition sapientielle (Sg 2,12-20) et trouvera son accomplissement dans la figure du Serviteur souffrant d’Isaïe 53. La mention de l’intercession prophétique renvoie aussi à Abraham (Gn 18,22-33) et Moïse (Ex 32,11-14), mais avec cette différence que Jérémie intercède pour des ennemis personnels, non simplement pour un peuple abstrait.

Les exégètes débattent sur l’identité précise des persécuteurs. S’agit-il des prêtres de la famille d’Anatot, dont Jérémie était lui-même issu (Jr 1,1) et qui auraient vu en lui un traître à leur caste ? Ou plutôt de la coalition plus large des “prophètes de cour” qui annonçaient la paix quand Jérémie annonçait le malheur ? La mention des trois fonctions (prêtre, sage, prophète) suggère une opposition institutionnelle globale. Certains voient aussi dans ces versets une rédaction exilique qui durcit le portrait des adversaires pour mieux légitimer rétrospectivement la parole de Jérémie après la catastrophe de 587.

Théologiquement, ce texte pose la question redoutable de la non-reconnaissance du prophète authentique par les structures mêmes censées transmettre la parole divine. La tôrāh des prêtres, le conseil des sages, la parole des prophètes — tous ces canaux légitimes peuvent devenir des instruments de refus de Dieu quand ils se ferment à la nouveauté dérangeante de sa Parole. Jérémie inaugure ainsi une réflexion sur le conflit possible entre institution et charisme, entre tradition établie et irruption prophétique, qui traversera toute l’histoire du peuple de Dieu jusqu’au procès de Jésus devant le Sanhédrin. L’intercession du prophète pour ses bourreaux anticipe la logique évangélique de l’amour des ennemis, mais révèle aussi son coût : celui qui prie pour les méchants n’est pas pour autant épargné par leur méchanceté.

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi la grâce de rester debout devant toi pour intercéder, même quand ceux pour qui je prie se retournent contre moi.

Composition de lieu — Tu es dans une ruelle de Jérusalem, à l’époque de Jérémie. L’air est lourd, chargé de tension politique. Dans l’ombre d’une porte, des hommes parlent à voix basse — des prêtres, des sages, des notables. Leurs visages sont durs, décidés. Tu entends leurs mots : « Allons, attaquons-le par notre langue. » Plus loin, seul, un homme prie. C’est Jérémie. Ses épaules sont voûtées par le poids de ce qu’il porte. Il parle à Dieu comme on parle à quelqu’un qu’on connaît depuis longtemps.

Méditation — Écoute d’abord ce que disent les ennemis : « La loi ne va pas disparaître par manque de prêtre, ni le conseil, par manque de sage, ni la parole, par manque de prophète. » Étrange argument. Ils ne nient pas que Jérémie soit prophète — ils disent simplement qu’il est remplaçable. Qu’on peut se passer de lui. Qu’il y en aura d’autres. C’est peut-être la blessure la plus profonde : non pas être combattu, mais être déclaré superflu. As-tu déjà ressenti cela — cette impression que ta parole, ta présence, ton témoignage ne comptent pas vraiment ?

Mais c’est le cri de Jérémie qui arrête le cœur : « Souviens-toi que je me suis tenu en ta présence pour te parler en leur faveur, pour détourner d’eux ta colère. » Il a intercédé pour eux. Il a mis son corps entre la colère divine et ce peuple ingrat. Et voilà qu’ils « creusent une fosse » pour lui. Le texte ne dit pas qu’il cesse d’intercéder — il demande simplement à Dieu de « faire attention » à lui. C’est le cri de celui qui a tout donné et qui se retrouve nu devant l’incompréhension. Qu’est-ce que cela te dit de la solitude de l’intercesseur ? De ce lieu ingrat où l’on porte les autres sans être porté en retour ?

Et pourtant, Jérémie reste « en présence » de Dieu. C’est là son lieu, son refuge, sa vérité. Pas dans la reconnaissance des hommes. Pas dans le succès de sa mission. Mais dans ce face-à-face avec Celui qui « fait attention » quand les autres détournent le regard. Où est ton lieu de vérité, toi, quand tout le reste s’effondre ?

Colloque — Seigneur, je ne sais pas si j’aurais le courage de Jérémie. Intercéder pour ceux qui me blessent, parler en faveur de ceux qui me rejettent — c’est au-dessus de mes forces. Et pourtant je sens que c’est là que tu m’appelles, dans cet espace ingrat où l’on donne sans recevoir. Apprends-moi à me tenir devant toi, simplement. Que ta présence me suffise quand tout le reste manque.

Question pour la relecture : Y a-t-il quelqu’un pour qui tu portes secrètement un poids d’intercession — et qui ne le sait pas, ou qui ne te le rend pas ?

🕊️ Psaume — 30 (31), 5-6, 14, 15-16

Lire le texte — 30 (31), 5-6, 14, 15-16

Tu m’arraches au filet qu’ils m’ont tendu ; oui, c’est toi mon abri. En tes mains je remets mon esprit ; tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité. J’entends les calomnies de la foule : de tous côtés c’est l’épouvante. Ils ont tenu conseil contre moi, ils s’accordent pour m’ôter la vie. Moi, je suis sûr de toi, Seigneur, je dis : « Tu es mon Dieu ! » Mes jours sont dans ta main : délivre-moi des mains hostiles qui s’acharnent.

✝️ Évangile — Mt 20, 17-28

Lire le texte — Mt 20, 17-28

En ce temps-là, Jésus, montant à Jérusalem, prit à part les Douze disciples et, en chemin, il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; le troisième jour, il ressuscitera. » Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean, et elle se prosterna pour lui faire une demande. Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Ils lui disent : « Nous le pouvons. » Il leur dit : « Ma coupe, vous la boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. » Les dix autres, qui avaient entendu, s’indignèrent contre les deux frères. Jésus les appela et dit : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » – Acclamons la Parole de Dieu.

📘 Comprendre

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

Cet Evangile, qui reprend beaucoup de passages de l’Evangile de Marc (qui avait été écrit vers 65), mais en y ajoutant des éléments qu’il partage en grande partie avec Luc, a été très probablement rédigé entre les années 85 et 90.

A parcourir tout ce Livre, on peut se demander s’il a été composé pour des chrétiens d’origine Juive (Judéochrétiens), ou pour des chrétiens d’origine païenne, ou encore pour les deux. Néanmoins, même s’il a été d’abord écrit pour confirmer une communauté Judéochrétienne dans sa découverte de la Bonne Nouvelle de Jésus, cet Evangile est ouvert également à la mission universelle auprès des païens, et il se termine par un envoi en mission par le Christ ressuscité, avec ces paroles : “allez, de toutes les nations, faites des disciples” (28, 18).

On peut diviser cet Evangile en 11 parties, qui se répondent en sens inverse (la 1ère correspondant à la dernière, la 2ème, à l’avant-dernière, etc…), concentrées autour de la 6ème partie, le “Discours en paraboles”, qui sert en quelque sorte de “pivot”. Nous obtenons ainsi le découpage suivant :

  • Naissance de Jésus et commencement de sa mission (1 - 4)
  • Bénédictions et Discours sur la montagne (5 - 7)
  • Manifestations de l’autorité de Jésus et de ses appels (8 - 9)
  • Discours sur la mission (10)
  • Jésus rejeté par “cette génération” (11 - 12 )
  • Discours en paraboles (13)
  • Jésus reconnu par ses disciples (14 - 17)
  • Discours sur la manière de vivre en communauté de croyants (18)
  • De nouveau, Jésus manifeste son autorité et ses appels (19 - 22)
  • Proclamation de situations malheureuses et Discours sur la venue définitive du Royaume (23 - 24)
  • Passion, mort et résurrection (26 - 28)

Cette présentation fait ressortir que cet Evangile est bien rythmé par 5 grands discours de Jésus, dans lesquels l’auteur a concentré la majeure partie de son enseignement. Les 5 discours ont souvent fait penser aux 5 livres de Moïse de l’Ancien Testament. On dit volontiers que, pour Matthieu, Jésus est le “Nouveau Moïse”.

La page que nous lisons ce jour nous rapporte une scène que Matthieu a située dans un ensemble de récits entre les 4ème et 5ème Grands Discours de Jésus (19, 1 - 22, 46), où Jésus manifeste à nouveau son autorité, et appelle à le suivre vers le Royaume de Dieu. Jésus, en route vers Jérusalem, va bientôt arriver à Jéricho, et n’est donc plus loin de la Ville Sainte, où il va bientôt entrer triomphalement, y purifier le Temple et se mettre à y annoncer la Bonne Nouvelle du salut.

Message

Ce passage comprend 3 tableaux qui s’enchaînent l’un dans l’autre : la dernière prédiction de sa passion et de sa mort par Jésus, la demande de la mère des fils de Zébédée, sollicitant une place d’honneur pour ses 2 fils dans le Royaume de Dieu, l’enseignement de Jésus sur la véritable manière d’exercer l’autorité dans la perspective du Royaume de Dieu.

La 3ème annonce par Jésus de sa passion - mort - résurrection nous apporte beaucoup de détails sur cette prochaine passion de Jésus, et nous en présente un résumé quasi exact. Les 2 premières prédictions de la passion étaient restées davantage dans le vague sur ce point.

A la différence de Marc, 10, 35 - 45, ce ne sont pas les fils de Zébédée eux-mêmes qui demandent cette faveur à Jésus, mais leur mère. Matthieu chercherait-il à épargner les disciples, et à protéger l’honneur de Jacques, le premier des Douze à avoir donné sa vie pour Jésus ? Toujours est-il que Jésus les invite à passer par le chemin de sa passion, qu’il vient juste de définir, et, de même qu’il ne répond jamais à aucune demande de signe, il ne s’engage pas plus dans le domaine des récompenses eschatologiques, qui est réservé au Père. Il a déjà dit à ses disciples qu’ils siègeraient sur 12 trônes pour juger les 12 tribus d’Istraël (Matthieu, 19, 28) : cela ne leur suffit-il pas ?

A partir de la réaction des 10 autres disciples, réaction qui montre qu’ils ne sont pas moins désireux d’une place pour eux-mêmes que les fils de Zébédée, Jésus précise que les modèles de la société civile ne sont pas ceux du Royaume de Dieu. Jésus, en revanche, propose 2 autres modèles de fonctionnement de l’autorité, modèles qui se basent sur son proprre comportement en sa passion, qu’il vient d’annoncer pour la 3ème fois : le service gratuit, et la position d’esclave.

Jésus lui-même, en effet, est le modèle du service de la communauté, et cela va jusqu’au don de sa vie pour sauver tous les membres de notre humanité, le terme de “rançon” signifiant ici “sauvetage”. Cette manière de donner sa vie est celle des martyrs pour la cause de Dieu, et cela nous rappelle la théologie des frères Maccabées, au 2ème siècle avant Jésus Christ (1 Maccabées, 2, 50 et 6, 44). C’est aussi celle du Serviteur souffrant qui porte sur lui tout le poids de la misère humaine et du péché (Isaïe, 53, 10 - 12).

Decouvertes

La scène où la mère des fils de Zébédée se prosterne aux pieds de Jésus, pour obtenir de lui une faveur, semble rappeler la démarche de Bethsabée auprès de David pour obtenir que Salomon soit son successeur (1 Rois, 1, 15 - 21). Dans les 2 cas, le même question est posée par Jésus, et par David, à la femme prosternée. Cette scène peut être également comparée à Matthieu, 15, 21 - 28, lorsqu’une autre femme, du pays de Canaan cette fois, vient supplier Jésus pour son enfant.

L’ironie, pour Matthieu, d’avoir situé à cet endroit de son Evangile cette demande de faveur présentée à Jésus, c’est que le destin de Jésus à Jérusalem (à travers lequel la fin des temps nous arrive) ne sera pas d’être assis sur un trône, mais de monter sur une croix, entouré à sa droite et à sa gauche, non pas d’apôtres glorifiés, mais de criminels crucifiés (27, 38).

La coupe qu’il faut boire n’a rien à voir avec des tentations, ni avec une présentation d’ordre sacramentel, ni avec la boisson offerte à Jésus sur sa croix (27, 34 et 48). Elle ne signifie pas non plus simplement la mort à affronter. Selon la tradition Biblique, la coupe que Jésus va boire, et à propos de laquelle il va prier lors de son agonie (26, 39), est celle de la détresse de la fin des temps et du jugement de Dieu à subir par son peuple, que Jésus représente, dans la ligne de Jérémie, 25, 15 - 29.

En tant que Fils de l’homme de la fin des temps, Jésus manifeste, par son attitude de service et de don de sa vie, qu’en lui la Parole de Dieu et l’engagement pour Dieu ne font qu’un.

Prolongement

Notre regard doit donc se porter une fois de plus sur la façon selon laquelle Jésus vit sa mission. Il est Fils de l’homme glorifié en tant que Serviteur souffrant. Ce titre de “Fils de l’homme”, dont il se sert pour se définir, en quelque sorte, est à relire à la fois en Daniel, 7, 13 - 14, et en Matthieu, 8, 20. Le Fils de l’homme est, en Jésus, le champion de l’humilité. La vision de grandeur et de victoire de Daniel, 7, 14 - 15, se transforme en celle de service jusqu’à la mort, d’Isaïe 53. L’affirmation de la grandeur de l’homme dans le psaume 8, qui nous le montre comme recevant de Dieu la puissance et la gloire, est vécue par Jésus dans le contraste d’une vie de nomade : il n’a pas une pierre où reposer la tête.

Paul va très loin dans le mystère de Jésus-Christ-Messie-Serviteur en deux ou trois phrases qu’il nous a laissées :

21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

13 Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi, devenu lui-même malédiction pour nous, car il est écrit : Maudit quiconque pend au gibet,

14 afin qu’aux païens passe dans le Christ Jésus la bénédiction d’Abraham et que par la foi nous recevions l’Esprit de la promesse.

🙏 Seigneur Jésus, nous avons beau avoir découvert et redécouvert à quel point tu t’es manifesté authentiquement Fils de l’homme, et image parfaite du Dieu invisible, en tant que Serviteur témoignant de la gratuité de Dieu et de la vérité de ta mission d’accueil et de pardon jusqu’en ta mort sur la croix, nous n’en demeurons pas moins trop souvent ceux qui cherchent ou revendiquent une place pour eux-mêmes dans nos communautés d’Eglise ou nos situations dans la société des hommes de notre temps : apprends-moi ton humilité, ta pauvreté à la façon de Dieu, mets en moi le sens du service toujours plus désintéressé, de façon à ce que je puisse rendre visible ce que signifient ta Parole et tes gestes de salut, pour tous ceux et toutes celles qui sont avides de vérité, de lumière et d’amour. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Ce passage de Matthieu 20,17-28 constitue la troisième et dernière annonce de la Passion dans le premier évangile, située significativement sur le chemin de la montée vers Jérusalem. Matthieu écrit pour une communauté judéo-chrétienne des années 80-90, qui doit comprendre pourquoi le Messie est passé par la croix et comment cette logique du service doit structurer la vie ecclésiale. Le texte combine deux unités : l’annonce de la Passion (v. 17-19) et l’épisode de la demande des fils de Zébédée (v. 20-28). Leur juxtaposition n’est pas fortuite : elle crée un contraste saisissant entre la révélation du mystère pascal et l’incompréhension persistante des disciples, encore prisonniers de catégories mondaines de pouvoir.

La formule “montant à Jérusalem” (anabainōn eis Hierosolyma) porte une charge théologique dense. Le verbe anabainō évoque certes la topographie (Jérusalem est en altitude), mais aussi la montée cultuelle des pèlerins (Ps 122) et, plus profondément, l’ascension du Serviteur vers sa glorification paradoxale par l’abaissement. Jésus “prend à part” (parelaben) les Douze : le terme suggère une transmission de révélation réservée au cercle intime. L’annonce elle-même suit une progression en quatre temps — livraison aux autorités juives, condamnation, livraison aux païens, supplices — avant le renversement final : “le troisième jour, il ressuscitera” (egerthēsetai). Cette précision temporelle, rare dans les annonces matthéennes, ancre la résurrection dans l’histoire concrète.

L’intervention de la mère des fils de Zébédée (Salomé, selon Mc 15,40) est propre à Matthieu — chez Marc, Jacques et Jean font eux-mêmes la demande. Cette modification n’atténue pas leur responsabilité (Jésus leur répond directement : “Vous ne savez pas ce que vous demandez”), mais reflète peut-être une convention sociale où la mère intercède pour ses fils. Le geste de “se prosterner” (proskynousa) pour faire une demande utilise le verbe technique de l’adoration, créant une dissonance : le geste est juste, mais la demande révèle une incompréhension totale. “Siéger à ta droite et à ta gauche dans ton Royaume” : les places d’honneur de la cour messianique, que Jacques et Jean imaginent encore selon le modèle des royaumes terrestres.

La réponse de Jésus introduit le thème de la “coupe” (potērion), métaphore biblique classique du destin assigné par Dieu, souvent associée à la souffrance (Ps 75,9 ; Is 51,17 ; Jr 25,15). “Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?” transpose la question de la gloire en question de participation à la Passion. La réponse présomptueuse “Nous le pouvons” recevra une validation inattendue : Jacques sera le premier apôtre martyr (Ac 12,2), Jean, selon la tradition, passera par l’exil de Patmos. Mais la distribution des places échappe au Fils lui-même : “ce n’est pas à moi de l’accorder” — formule audacieuse qui respecte la souveraineté du Père dans l’économie du salut, sans diminuer la dignité du Fils.

Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur Matthieu (LXV), analyse finement la psychologie de la scène. Il note que la demande survient immédiatement après l’annonce de la Passion : les disciples ont retenu “ressuscitera” et “Royaume” mais occulté la croix. Chrysostome voit là un exemple de la sélection inconsciente que nous opérons dans la Parole de Dieu, retenant ce qui flatte nos désirs. Il excuse partiellement les disciples en soulignant qu’ils n’ont pas encore reçu l’Esprit, mais il utilise cet épisode pour exhorter les chrétiens de son temps — qui ont l’Esprit — à ne pas reproduire cette quête des premières places dans l’Église. Augustin, dans le De Consensu Evangelistarum, harmonise les versions de Matthieu et Marc en suggérant que la mère a parlé mais que les fils l’avaient poussée ; il insiste sur la valeur pédagogique de l’épisode : le Christ utilise l’ambition mal orientée comme occasion d’enseignement sur le vrai pouvoir.

L’enseignement final (v. 25-28) oppose deux modèles de pouvoir avec une clarté tranchante. Les “chefs des nations” (archontes tōn ethnōn) “commandent en maîtres” (katakyrièuousin) et les “grands” (megaloi) “font sentir leur pouvoir” (katexousiazousin) : les deux verbes composés avec kata- suggèrent un pouvoir qui s’exerce “sur” et “contre”, un pouvoir d’écrasement. “Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi” (ouch houtōs estai en hymin) — le futur a valeur normative : voilà ce qui doit structurer la communauté messianique. Le renversement est total : mégas (grand) = diákonos (serviteur) ; prōtos (premier) = doulos (esclave). Le vocabulaire est choisi : diákonos désigne le service concret (servir à table), doulos le statut social le plus bas.

Le verset 28 constitue le sommet christologique et sotériologique du passage : “Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon (lytron) pour la multitude (pollōn)“. Le terme lytron appartient au vocabulaire du rachat des esclaves ou des prisonniers de guerre ; son usage ici, unique dans les évangiles synoptiques, fonde toute la théologie de la rédemption comme libération. “Pour la multitude” reprend le “pour les multitudes” d’Isaïe 53,11-12 (hébreu rabbîm), établissant le lien entre le Fils de l’homme et le Serviteur souffrant. Ce verset éclaire rétrospectivement tout le passage : l’incompréhension des disciples n’est pas seulement une faute morale, elle est l’incapacité de percevoir que le Royaume s’établit par le don de soi jusqu’à la mort. La mort du Christ n’est pas un accident sur le chemin de la gloire : elle est le chemin même de la gloire, le mode paradoxal par lequel le Fils de l’homme exerce sa seigneurie. Pour la communauté de Matthieu, confrontée aux tentations de pouvoir dans ses structures naissantes, l’enseignement garde toute son actualité : il n’y a pas de ministère chrétien authentique qui ne soit configuré à ce service jusqu’au don de soi.

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi d’entendre vraiment ce que tu annonces — ta Passion, ton service — sans le recouvrir aussitôt de mes propres désirs de grandeur.

Composition de lieu — Une route poussiéreuse qui monte. Jérusalem est là-haut, on devine ses murailles dans la lumière de fin d’après-midi. Jésus marche devant, le pas décidé. Il s’arrête, prend les Douze à part. Son visage est grave, mais pas fermé — il y a quelque chose d’intense dans son regard, une urgence. Il parle de « livraison », de « moqueries », de « flagellation », de « croix ». Les mots tombent, lourds. Et puis, presque aussitôt, une femme s’avance avec ses deux fils. Elle se prosterne. Elle a une demande.

Méditation — Le contraste est saisissant — presque comique s’il n’était pas tragique. Jésus vient de dire : « Le Fils de l’homme sera livré… ils le condamneront à mort. » Et la réponse immédiate, c’est une demande de promotion : « Ordonne que mes deux fils siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Comme si les mots de Jésus n’avaient pas été entendus. Comme si « royaume » signifiait automatiquement « pouvoir », « trônes », « places d’honneur ». Avant de juger trop vite Jacques et Jean, demande-toi : qu’est-ce que tu entends, toi, quand Jésus parle de sa croix ? Est-ce que tu ne recouvres pas aussitôt ses paroles de tes propres projets ?

« Vous ne savez pas ce que vous demandez. » La phrase est douce, mais elle va loin. Jésus ne les rabroue pas — il les éduque. « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » La coupe, dans la Bible, c’est le destin, la part qui t’est donnée — parfois amère, parfois débordante. Ici, c’est la coupe de la Passion. Et eux répondent : « Nous le pouvons. » Réponse trop rapide ? Peut-être. Mais Jésus la prend au sérieux : « Ma coupe, vous la boirez. » Il ne leur retire pas leur élan — il le purifie. Il y a quelque chose de bouleversant dans cette pédagogie : Jésus ne brise pas nos désirs de grandeur, il les retourne.

Et puis cette phrase finale, qui renverse tout : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Voilà le cœur. Jésus ne donne pas une leçon de morale sur l’humilité — il révèle qui il est. Il est celui qui se donne. Et la grandeur, dans son Royaume, c’est cela : non pas dominer, mais se livrer. « Donner sa vie en rançon » — le mot est fort, c’est un prix payé pour libérer quelqu’un. Pour qui donnes-tu ta vie, toi, même à petites doses ? Et où résistes-tu encore à ce mouvement de don ?

Colloque — Jésus, je suis comme Jacques et Jean. Je veux les premières places, même quand je dis le contraire. Je veux être reconnu, estimé, choisi. Et toi, tu me demandes si je peux boire ta coupe. Je ne sais pas. Peut-être que non. Mais je voudrais au moins marcher avec toi sur cette route qui monte, sans détourner le regard quand tu parles de croix. Apprends-moi ce que « servir » veut dire — non pas comme une corvée, mais comme une manière d’aimer.

Question pour la relecture : Dans quel domaine de ta vie cherches-tu encore à « faire sentir ton pouvoir » — et qu’est-ce que cela te coûterait d’y devenir serviteur ?

🙏 Prier

Seigneur, tu vois où j’en suis ce soir. Tu connais mes désirs de grandeur mal placés, mes intercessions fatiguées, mes « nous le pouvons » trop rapides.

Je te remets tout cela — non pas pour que tu le juges, mais pour que tu le transformes.

Fais de moi quelqu’un qui se tient en ta présence pour parler en faveur des autres, même de ceux qui creusent des fosses. Fais de moi quelqu’un qui apprend à servir non pas du bout des lèvres, mais avec sa vie.

Comme Jérémie, je me tiens devant toi. Comme les Douze, je marche vers Jérusalem. Que cette route de Carême me conduise là où tu vas — vers le don, vers la coupe, vers la vie donnée pour la multitude.

En tes mains je remets mon esprit. Amen.

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour

La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.