de la férie
2ème Semaine de Carême — Jeudi 5 mars 2026 · Année A · violet
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée
📖 1ère lecture — Jr 17, 5-10 ↗
Lire le texte — Jr 17, 5-10
Ainsi parle le Seigneur : Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée, inhabitable. Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. Il ne craint pas quand vient la chaleur : son feuillage reste vert. L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude : il ne manque pas de porter du fruit. Rien n’est plus faux que le cœur de l’homme, il est incurable. Qui peut le connaître ? Moi, le Seigneur, qui pénètre les cœurs et qui scrute les reins, afin de rendre à chacun selon sa conduite, selon le fruit de ses actes. – Parole du Seigneur.
🎙️ Le sabbat, signe de l’alliance… ou de la chute ? (J162 · soir)
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Jérémie a vécu à l’une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d’un grand empire et de l’apparition d’un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n’avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l’histoire, et y avoir résisté.
Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s’adressait à Juda, ainsi qu’aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.
Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l’Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.
Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n’avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.
Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c’est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d’âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l’histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d’Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu’a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d’oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).
Notre page se trouve dans la 1ère série d’oracles contenus dans le Livre du Prophète, parmi lesquels elle nous donne quelques paroles de sagesse de Jérémie, rassemblées en un ensemble qui va de 16, 14 à 17, 18.
Message
Ce message se développe en 2 parties. Au nom du Seigneur, Jérémie nous contraste d’abord deux types d’existence, celle de celui qui s’écarte de Dieu, celle de celui qui place sa confiance dans le Seigneur.
Contraste entre deux démarches radicalement opposées : l’une, de l’homme tourné vers soi-même, l’autre, de l’homme, entièrement tourné vers Dieu.
Dans le premier cas, on ne rencontre que sa faiblesse, l’incapacité de produire le moindre fruit dans la ligne du dessein de Dieu. Dans le second, c’est la réussite selon le plan de Dieu, et comparable à une récolte de fruits abondante par delà toutes les adversités, parce que l’on s’est branché sur la source de vie, dont l’eau est ici l’image. D’un côté, n’être qu’un buisson desséché, de l’autre, un arbre verdoyant, qui porte du fruit chaque année, quoi qu’il arrive.
Nous retrouvons ici le choix fondamental posé à tout homme, dès le chapitre 3 du Livre de la Genèse, dans l’épisode du péché d’Adam et d’Eve : ou bien, nous vivons uniquement à partir de nous-mêmes, nous plaçant dans une situation d’autonomie totale face à Dieu, et tel est bien le péché, comme attitude profonde; ou bien, nous nous abandonnons, acceptant de dépendre et de recevoir, de Dieu, nous remettant avec confiance à la Parole de Dieu, qui nous propose son salut et nous en trace le chemin.
Ensuite, la seconde partie de cette page nous rappelle la complexité de notre coeur humain. Dans la mesure où nous sommes incapables de nous juger nous-mêmes, nous devons compter sur Dieu, qui, seul, peut lire et apprécier, à sa juste valeur, le secret de notre coeur, et faire la vérité en nous, car Lui seul est la Lumière capable de discerner en nous l’authenticité de nos paroles et de nos actes.
Decouvertes
L’appartenance à Jérémie de ces quelques phrases de sagesse est contestée par un certain nombre de spécialistes.
Les versets 5 - 8 nous brossent deux tableaux construits de façon symétrique, en dépit de leur message entièrement contrasté.
La comparaison entre l’homme juste et l’arbre vert est assez fréquente dans la Bible (Psaume 52, 10; Proverbes, 3, 18 et 11, 3; Siracide, 24, 13). Il en va de même pour l’opposition entre les réponses que les uns et les autres apportent à la question : “A qui faisons-nous confiance pour le sens profond de notre existence “? “A nous-mêmes, ou à quelqu’un d’autre, dont nous acceptons de dépendre pour la direction de notre vie dans ce qu’elle a de plus personnel” ?
Néanmoins, on l’aura remarqué, c’est le Psaume 1 qui exprime quasi exactement le même message que les versets 5 - 8 de notre texte, et avec les mêmes images. Et cela, pour nous conduire à la conclusion qui est le fondement ultime de toute approche religieuse : “Dieu seul est notre refuge”.
Les versets 9 - 10, seconde partie du message de notre page, dévoilent la source de tout ce qui meut l’homme, et de tout ce qu’il exprime en s’engageant : le coeur de l’homme. L’affirmation que Dieu pénètre les coeurs et sonde les reins est bien typique de Jérémie, qui a toujours défendu la priorité de l’intériorité, à l’origine et à la source de la véritable expression religieuse.
Prolongement
Jésus a utilisé de tels contrastes entre deux attitudes opposées, soit dans les béatitudes du chapitre 6 de Luc, soit dans sa condamnation des Pharisiens au chapitre 23 de Matthieu. Dans ces textes, il utilise cependant un vocabulaire de déclaration de bonheur ou de malheur, plutôt que des formules de malédiction ou de bénédiction, en conlusion d’un jugement prononcé : “Bienheureux, vous qui …Malheureux êtes vous , qui…“.
Utilisant l’image de l’arbre, Jésus précise qu’on reconnaît l’arbre à ses fruits : le bon arbre produit de bons fruits, le mauvais arbre, de mauvais fruits, signifiant que les vrais prophètes, ou ceux qui le suivent en qualité de disciples, avec sincérité et vérité, sont comparables au bon arbre (Matthieu,7, 15 - 19).
Tout comme Jérémie, dans sa controverse avec les Scribes et les Pharisiens sur la pureté rituelle, et dans les ecplications qu’il donne ensuite à la foule et à ses disciples, Jésus insiste sur l’importance première de la dimension intérieure de la vie spirituelle, comme de toute expression religieuse, sincère et authentique :
14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait : ” Écoutez-moi tous et comprenez !
15 Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme.
16 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende! ”
17 Quand il fut entré dans la maison, à l’écart de la foule, ses disciples l’interrogeaient sur la parabole.
18 Et il leur dit : ” Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller,
19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance ” ainsi il déclarait purs tous les aliments .
20 Il disait : ” Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme.
21 Car c’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres,
22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison.
23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme. ” .
Une “perle” à méditer sur la relation de nous-mêmes et de Dieu, avec notre propre coeur :
19 A cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur
20 si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout.
21 Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu :
22 quoi que nous lui demandions nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable.
🙏 Seigneur Jésus, tu nous montres par ta Parole, les enjeux de notre foi : tu attends de nous que nous te suivions dans la confiance totale, et que nous mettions en pratique ton enseignement, de façon à ce que notre existence porte des fruits dans le cadre du grand dessein de salut de Dieu, fruits de vie éternelle, fruits de l’Esprit Saint qui nous permet de vivre “avec toi”, dans la reprise de ton attitude d’obéissance au Père, avec un amour croissant de nos soeurs et de nos frères : fais que je ne m’éloigne jamais de la source d’eau vive de ta présence, de ta Parole, et donne-moi un coeur plein de fraicheur et de jeunesse qui, ne se jugeant jamais, s’en remet complètement à toi, sûr d’être accueilli avec la miséricorde de Celui qui me connaît mieux que moi-même, et me transforme en son image. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Ce passage de Jérémie s’inscrit dans une section du livre (chapitres 11-20) souvent appelée les « Confessions de Jérémie », où le prophète alterne oracles divins et méditations personnelles sur sa mission. Nous sommes dans le royaume de Juda, probablement sous le règne de Joiaqim (609-598 av. J.-C.), période de crise politique où les élites hésitent entre alliance avec l’Égypte ou soumission à Babylone. Le texte se présente comme un mashal sapientiel, un enseignement de sagesse structuré en deux volets antithétiques — la malédiction et la bénédiction — suivi d’une conclusion sur l’insondabilité du cœur humain. Cette forme littéraire des « deux voies » rappelle le Psaume 1 et le Deutéronome 30, 15-20, inscrivant l’oracle prophétique dans la grande tradition de la Torah.
L’opposition centrale repose sur deux images végétales d’une puissance évocatrice remarquable. L’homme qui se fie à la chair (basar) est comparé à un ‘ar’ar, terme rare désignant probablement un arbuste rabougri du désert, peut-être un genévrier nain. Il habite la ‘arabah, la steppe aride, et une terre « salée » — allusion possible à la destruction de Sodome ou aux pratiques de guerre antique consistant à saler les terres conquises pour les rendre stériles. À l’inverse, celui qui se confie au Seigneur est un arbre (‘ets) planté près des eaux (mayim), dont les racines cherchent le courant (yuval). L’année de sécheresse (batstsoreth), il continue de fructifier. Le contraste n’est pas simplement moral : il est vital, existentiel. L’eau représente ici la source de vie que seul Dieu peut être.
Origène, dans ses Homélies sur Jérémie (Hom. V), lit ce passage à la lumière du baptême : l’eau vers laquelle l’arbre étend ses racines préfigure l’eau vive du Christ. Pour Origène, être « planté près des eaux » signifie demeurer greffé sur le Verbe, source de toute fécondité spirituelle. Cette lecture typologique transforme l’oracle vétérotestamentaire en catéchèse baptismale. Jérôme, dans son Commentaire sur Jérémie, insiste davantage sur la dimension éthique : la confiance dans la chair (fiducia carnis) désigne non seulement l’idolâtrie politique — les alliances avec les puissances étrangères — mais aussi toute forme d’autosuffisance humaine. Pour Jérôme, le cœur « incurable » (anush) du v. 9 ne peut être guéri que par le médecin divin, anticipant ainsi la christologie du Sauveur-médecin.
La finale du texte (v. 9-10) constitue un tournant anthropologique majeur. Le cœur (lev) est déclaré ‘aqov, « tortueux » ou « trompeur » — terme de la même racine que le nom de Jacob, le « supplanteur ». Cette paronomase n’est pas fortuite : elle rappelle la ruse du patriarche tout en universalisant le diagnostic. Le cœur est aussi anush, « malade » ou « incurable », adjectif dérivant de la même racine que le nom Enosh, « l’homme fragile ». Le prophète pose ici une question fondamentale : mi yeda’ennu, « qui peut le connaître ? » La réponse divine est immédiate : « Moi, le Seigneur » (‘ani YHWH). Dieu seul pénètre les cœurs (lev) et scrute les reins (kelayot), siège des émotions profondes dans l’anthropologie hébraïque.
Cette connaissance divine n’est pas simplement intellectuelle mais judiciaire : elle vise à « rendre à chacun selon sa conduite ». L’expression anticipe le thème néotestamentaire du jugement selon les œuvres (Mt 16, 27 ; Rm 2, 6 ; Ap 22, 12). Cependant, un débat exégétique persiste : ce verset exprime-t-il une rétribution mécanique ou l’invitation à une conversion ? La tradition prophétique privilégie la seconde lecture — le jugement annoncé appelle au retournement. En contexte de Carême, ce texte fonctionne comme un examen de conscience : où plaçons-nous notre confiance ? Dans les sécurités mondaines ou dans le Dieu vivant ?
L’intertextualité avec le Psaume 1 est frappante : même image de l’arbre planté près des eaux, même contraste avec la paille emportée par le vent. Mais Jérémie ajoute une dimension que le psaume ne développe pas : l’insondabilité du cœur humain. Cette anthropologie pessimiste — que Paul reprendra en Romains 7 — prépare la révélation de la grâce : si le cœur est incurable par lui-même, seule l’intervention divine peut le transformer. La « nouvelle alliance » annoncée quelques chapitres plus loin (Jr 31, 31-34), où Dieu écrira sa loi sur les cœurs, répond à l’aporie posée ici. Le diagnostic sévère du chapitre 17 appelle le remède du chapitre 31.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de reconnaître où j’ai planté mes racines — et le courage de les diriger « vers le courant » de ta présence.
Composition de lieu — Imagine deux paysages côte à côte, comme un diptyque. À gauche : une terre craquelée, blanchie de sel, où un buisson rachitique se recroqueville, ses branches sèches tendues vers un ciel vide. Le vent soulève une poussière fine. Rien ne pousse, rien ne vient. À droite : un cours d’eau calme, bordé d’un arbre aux racines visibles qui plongent dans l’eau sombre. Ses feuilles sont d’un vert profond, presque excessif. On entend le murmure de l’eau. On sent la fraîcheur. Tu es là, entre ces deux paysages. Lequel te ressemble aujourd’hui ?
Méditation — Écoute les mots de Jérémie : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair. » La formule est rude. Mais remarque ce qui suit : « tandis que son cœur se détourne du Seigneur. » Ce n’est pas la relation humaine qui est maudite — c’est le détournement, le fait de chercher dans le créé ce que seul le Créateur peut donner. Le buisson du désert n’a pas choisi d’être là ; il s’est simplement enraciné dans le mauvais sol, et maintenant « il ne verra pas venir le bonheur » — non par punition, mais par assèchement. Qu’est-ce qui, dans ta vie, ressemble à une terre salée où tu t’obstines à chercher de l’eau ?
Arrête-toi sur cette image de l’arbre « planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines ». Les racines ne sont pas passives — elles « poussent vers ». Il y a un mouvement, une orientation active. Et le fruit de cette orientation : « Il ne craint pas quand vient la chaleur. » Non pas qu’il n’y ait plus de chaleur, plus de sécheresse — « l’année de la sécheresse » existe toujours. Mais quelque chose a changé : « il est sans inquiétude ». La paix n’est pas l’absence d’épreuve, mais la profondeur des racines. Où sont les tiennes, vraiment ?
Puis vient cet aveu troublant : « Rien n’est plus faux que le cœur de l’homme, il est incurable. Qui peut le connaître ? » Jérémie ne moralise pas — il constate. Nous ne savons pas nous-mêmes où nous puisons réellement. Nos motivations nous échappent. Mais écoute la réponse : « Moi, le Seigneur, qui pénètre les cœurs. » Il y a Quelqu’un qui connaît. Quelqu’un qui voit les racines cachées. Est-ce une menace — ou une libération ?
Colloque — Seigneur, je ne sais pas toujours où je m’enracine. Je me crois tourné vers toi, et je découvre que je cherche ailleurs — dans l’approbation, dans le contrôle, dans mes petites sécurités. Tu vois ce que je ne vois pas. Apprends-moi à ne pas avoir peur de ton regard qui « pénètre les cœurs ». Et si tu trouves en moi des racines dans le sel, aide-moi à les déplacer — doucement, patiemment — vers le courant de ta présence.
Question pour la relecture : Pendant cette prière, qu’est-ce qui m’est apparu comme « terre salée » dans ma vie — et qu’est-ce qui m’est apparu comme « eau vive » ?
🕊️ Psaume — 1, 1-2, 3, 4.6 ↗
Lire le texte — 1, 1-2, 3, 4.6
Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu’il entreprend réussira. Tel n’est pas le sort des méchants. Mais ils sont comme la paille balayée par le vent. Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra.
🎙️ Psaume 1 (J366)
✝️ Évangile — Lc 16, 19-31 ↗
Lire le texte — Lc 16, 19-31
En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.” Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !” Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.” Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” » – Acclamons la Parole de Dieu.
🎙️ L’argent, miroir du cœur (J316 · matin)
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Luc est l’auteur d’une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l’Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l’Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu’il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu’il s’adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l’Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Cette page fait partie des enseignements que donne Jésus lors de sa longue montée à Jérusalem, qui constitue la cinquième partie de cet Evangile de Luc.
Message
Ce passage, sous la forme d’une histoire qui veut illustrer le message de Jésus, met en scène un homme riche, ses 5 frères et… nous-mêmes.
Il pose la question suivante : est-ce que les cinq frères, et les lecteurs que nous sommes, nous allons suivre l’exemple du riche ou prendre en considération le message de Jésus - et celui de l’Ancien Testament - sur le souci que nous devons avoir de ceux qui sont dans le besoin, et ainsi devenir des enfants d’Abraham, et de la Promesse de Dieu que Jésus vient accomplir ?
Ceux qui ne suivent pas cet enseignement conjoint de Jésus et de l’Ancien Testament n’auront point part au banquet messianique, autre nom du Royaume de Dieu annoncé et réalisé par Jésus en sa mission.
Decouvertes
On a trouvé de tels récits de renversements absolus de situation entre ce monde et l’autre dans des histoires s’emblables de la culture populaire Egyptienne,à l’exception toutefois du dialogue que nous lisons ici entre le riche et Abraham, et du fait qu’ici le “pauvre Lazare”, qui est accueilli “dans le sein d’Abraham”, ne se moque pas du riche devenu malheureux.
A noter que le riche de cette histoire ne se voit accuser d’aucune faute morale spécifiée, pas plus que le pauvre ne s’y voit considéré comme un homme juste. On a toute raison de penser que, dans ce texte, les riches sont condamnés du seul fait qu’ils sont riches, et qu’inversement les pauvres sont bénis du seul fait qu’ils sont pauvres : relire Luc, 1, 51 - 53 et 6, 20 - 26.
Tout au plus, le riche n’a pas perçu qu’il devait renoncer à sa situation, et, en prenant en charge le pauvre, devenir pauvre à son tour, c’est-à-dire renoncer à une richesse et un confort auxquels il n’avait aucun droit, et qu’ayant reçu, il avait mission de gérer, selon le plan de Dieu, et non pas pour lui-même, en le partageant. Jésus, nous le savons, apprécie la valeur de l’obole d’une veuve qui donne tout son nécessaire, et donc bien plus que les grosses sommes de ceux qui ne partagent que leur superflu (Luc, 21, 1 - 4).
Le “sein d’Abraham” désigne une position de choix dans le banquet eschatologique dont Jésus parle par ailleurs : voir Luc, 13, 28 - 29.
A partir du verset 27 s’ouvre un second épisode de cette histoire, dans une reprise du dialogue, déjà commencé, entre le riche et Abraham. Dialogue qui montre que le fait pour le riche d’être resté insensible à la situation de Lazare ne correspondait pas à l’enseignement de Moïse et des Prophètes, donc à l’enseignement de l’Ancien Testament, ni à l’enseignement de Jésus, tel qu’il est développé tout au long de ce qui précède cette histoire dans ce chapitre 16 de l’Evangile de Luc.
Le fait que le riche donne le nom de “Père” à Abraham n’en fait pas pour autant un fils d’Abraham, et donc un membre de l’Israël nouveau que Jésus reconstitue par son ministère. Reconnaître Abraham pour Père ne signifie rien pour le riche qui n’a pas produit les fruits d’un amour plein de tendresse à l’égard du pauvre, fruits qui auraient manifesté son désir de sortir d’une vie à partir de soi, et centrée sur soi, dans un aveuglement total.
Prolongement
Même si la première partie de cette histoire nous montre que les pauvres comme Lazare sont sauvés par la seule grâce de Dieu, sans aucun mérite indiqué de leur part, les chrétiens riches de la communauté de Luc, et de nos communautés écclésiales, sont invités à prendre en charge les “Lazare” de leur temps. Et Dieu sait s’ils sont encore nombreux à notre époque, ceux qui souffrent de l’esclavage sous toutes ses formes, de la faim, du manque d’emploi, des conditions de misère de certains pays où l’on n’a guère plus d’un euro par jour pour toute ressource.
Dans l’Ancien Testament comme dans le message de Jésus, et celui de nos Eglises chrétiennes, aucun homme ne jouit devant Dieu de la propriété absolue et totale de tous les biens dont il dispose ou qu’il a acquis. La prise en charge du frère ou de la soeur dans le besoin, et le partage et l’abandon de nos biens que cela suppose, est un devoir primordial dans toute notre tradition Biblique du dessein de Dieu. Qu’avons-nous, s’écrie Paul, que nous n’ayons reçu ?
Les pauvres eux-mêmes doivent accueillir la Bonne Nouvelle de l’Evangile qui leur dit que “Dieu comble de biens les affamés”, s’il “renvoie les riches les mains vides” (le Cantique de Marie en Luc, 1) : ce qui s’est réalisé pleinement dans la mort et la résurrection de Jésus, événement-mystère qui nous est offert, dans la foi, comme le suprême et ultime don que Dieu nous propose. Dieu qui, dans ce mystère pascal, se révèle le plus pauvre, parce que le plus disponible à toujours tout donner en se donnant lui-même, car il est Amour et gratuité sans limites (2 Corinthiens, 8, 9 et 1 Jean, 4, 7 - 16).
🙏 Seigneur Jésus, tu nous as non seulement laissé le témoignage du dénuement le plus complet, que tu as vécu en ta mort sur la croix, après avoir conduit ton ministère comme un nomade qui n’avait “pas une pierre où reposer la tête”, mais tu nous as laissé également, dans ton enseignement, un message radical sur la richesse et la pauvreté, nous précisant que nul ne pouvait servir à la fois deux maîtres, Dieu et l’Argent, et nous proclamant sans nuances, dans l’Evangile de Luc : “Bienheureux les pauvres… Malheureux, vous les riches” : fais-moi comprendre, comme il nous est rapporté dans le cantique, mis dans la bouche de Marie, ta Mère, que “Dieu comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides”, ou encore, comme en témoigne Paul, ton Apôtre, que “tu t’es fait pauvre pour nous enrichir de ta pauvreté”, que, par ces Paroles vraiment révolutionnaires, tu m’invites à changer de vie en me dépossédant réellement des biens que j’ai reçus. Donne-moi donc d’en mesurer toute la portée et d’essayer de mieux les mettre en pratique dans mon existence de chaque jour. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
La parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare est propre à Luc, évangéliste particulièrement attentif aux questions de richesse et de pauvreté. Elle s’inscrit dans une section (Lc 16) adressée aux pharisiens, que Luc présente comme « amis de l’argent » (v. 14). Le contexte immédiat — la parabole de l’intendant avisé et les logia sur Mammon — éclaire le propos : il s’agit d’un enseignement sur l’usage des richesses en vue du Royaume. Jésus emploie ici un schéma narratif connu dans le monde antique : le renversement post-mortem des conditions sociales, attesté dans des récits égyptiens et des textes juifs intertestamentaires. Mais le traitement lucanien transforme radicalement ce motif folklorique en proclamation eschatologique.
La construction narrative est remarquable par ses symétries et ses contrastes. Le riche est décrit par ses possessions — pourpre, lin fin (byssos), festins quotidiens — mais reste anonyme. Lazare, lui, est nommé : Eleazar en hébreu signifie « Dieu aide ». Ce nom théophore constitue déjà une profession de foi. Le riche « fait bonne chère » (euphrainomenos), terme évoquant la joie festive ; Lazare « gît » (beblemenos, littéralement « jeté ») devant le portail, comme un déchet humain. Les chiens qui lèchent ses ulcères ne sont pas un réconfort mais un signe d’impureté — l’animal était impur dans le judaïsme. Le contraste vestimentaire entre la pourpre royale et les plaies suppurantes ne saurait être plus violent.
Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur Lazare (Hom. II), développe longuement le silence du riche face à la détresse de Lazare. Pour le Père antiochien, le péché n’est pas la richesse en soi mais l’indifférence : le riche voyait Lazare chaque jour en franchissant son portail et n’a rien fait. Chrysostome insiste : « Ce n’est pas d’avoir été riche qu’il est puni, mais de n’avoir pas eu pitié. » Cette interprétation évite une lecture simpliste qui condamnerait mécaniquement la richesse ; elle met l’accent sur la responsabilité éthique envers le prochain visible et proche. Grégoire le Grand, dans ses Homélies sur l’Évangile (Hom. XL), ajoute une dimension ecclésiologique : Lazare représente les pauvres que l’Église porte en son sein, et le jugement du riche préfigure celui qui attend les chrétiens négligents.
Le renversement post-mortem est radical : les anges emportent Lazare « dans le sein d’Abraham » (eis ton kolpon Abraam), expression désignant la place d’honneur au banquet céleste, tandis que le riche est « enseveli » — verbe trivial contrastant avec l’escorte angélique. Dans l’Hadès, le riche lève les yeux et voit (hora) : ironie cruelle, lui qui ne voyait pas Lazare de son vivant le voit maintenant, mais trop tard. Le dialogue avec Abraham structure la seconde partie du récit. Le riche continue de traiter Lazare comme un serviteur (« envoie Lazare »), révélant que même dans la mort, il n’a pas compris. L’« abîme » (chasma mega) infranchissable symbolise l’irréversibilité des choix terrestres — thème que les Pères développeront dans leur théologie du jugement particulier.
La finale de la parabole opère un glissement décisif vers la question de la foi et de l’Écriture. Le riche demande un signe — la venue d’un mort — pour convaincre ses frères. Abraham refuse : « Ils ont Moïse et les Prophètes. » Cette réponse est capitale pour Luc : elle affirme la suffisance de l’Écriture pour conduire au salut. Le dernier verset atteint une intensité prophétique extraordinaire : « Si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus. » Luc écrit après Pâques ; le lecteur chrétien ne peut manquer l’allusion à la résurrection du Christ — et peut-être aussi au Lazare johannique (Jn 11). L’ironie tragique est que précisément, un homme est ressuscité, et beaucoup n’ont pas cru.
La connexion avec la première lecture de Jérémie est profonde. Le riche a mis sa confiance dans les sécurités charnelles — pourpre, festins, maison somptueuse — et son cœur s’est détourné du Seigneur. Il est devenu ce « buisson sur une terre désolée » dont parle le prophète. Lazare, lui, dont le nom même proclame la confiance en Dieu, est l’arbre planté près des eaux qui porte du fruit même dans la souffrance. La « consolation » (paraklesis) qu’il reçoit dans le sein d’Abraham répond à l’inquiétude qu’il n’a pas connue, paradoxalement, malgré sa misère terrestre. Les deux textes convergent vers la même question : où plaçons-nous notre confiance, et quels fruits en résultent-ils ?
Les débats exégétiques autour de ce texte sont nombreux. S’agit-il d’une parabole ou d’un récit à prendre au sens littéral ? La tradition majoritaire y voit une parabole, mais le nom propre « Lazare » — unique dans les paraboles synoptiques — intrigue. Certains exégètes modernes y voient un indice de tradition particulière. Autre question : le texte enseigne-t-il une géographie de l’au-delà ou utilise-t-il les représentations courantes à des fins pédagogiques ? Les Pères penchaient pour la seconde option, mettant en garde contre une lecture trop « spatiale » du sein d’Abraham et de l’Hadès. Théologiquement, la parabole pose la question redoutable de l’irréversibilité post-mortem, tempérée dans la tradition catholique par la doctrine du purgatoire — qui concerne toutefois les sauvés, non les damnés. En ce temps de Carême, le texte appelle à l’examen de conscience : voyons-nous le Lazare qui gît à notre porte ?
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, ouvre mes yeux sur ceux qui « gisent devant mon portail » — et convertis mon regard avant qu’il ne soit trop tard.
Composition de lieu — Une maison somptueuse, ses murs de pierre claire, son portail ouvragé. À l’intérieur, on entend le bruit d’un banquet : rires, musique, vaisselle qui s’entrechoque. L’odeur des viandes rôties passe par-dessus le mur. Dehors, contre ce même mur, un homme est couché à même le sol. Son corps est maigre, couvert de plaies. Des chiens errants s’approchent et lèchent ses ulcères — seule tendresse qu’il reçoive. Il regarde vers le portail. À quelques mètres de lui, de l’autre côté, le riche passe en « pourpre et lin fin », sans un regard. Le même soleil éclaire les deux hommes. Le même portail les sépare. Tiens-toi là, dans cette rue. Que vois-tu ?
Méditation — Jésus ne dit pas que le riche était cruel. Il ne dit pas qu’il a chassé Lazare ou l’a insulté. Il dit simplement : « Il y avait un homme riche… Devant son portail gisait un pauvre. » C’est tout. Le péché du riche, c’est l’indifférence — ce regard qui glisse, qui ne s’arrête pas. Lazare « gisait » là, chaque jour, visible, nommé (c’est le seul personnage des paraboles que Jésus nomme). Et chaque jour, le riche passait. « Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table » — même les miettes auraient suffi. Qui « gît » au seuil de ta vie, que tu as cessé de voir à force de passer devant ?
Remarque le renversement après la mort. Ce n’est pas une vengeance divine — c’est une révélation de ce qui était déjà là. Lazare était « tout près » d’Abraham ; le riche, « de loin ». L’abîme existait déjà, du vivant des deux hommes. Le portail était déjà un gouffre. La mort n’a fait que rendre visible ce que le riche avait creusé jour après jour, par son absence de regard. « Un grand abîme a été établi entre vous et nous » — mais qui l’a creusé, cet abîme ? N’est-ce pas chaque jour où le riche n’a pas traversé les quelques mètres qui le séparaient de Lazare ?
Et puis il y a cette finale, terrible et douce à la fois : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! » Le riche réclame un miracle — quelqu’un qui revienne d’entre les morts. Abraham répond : la Parole suffit. Si tu n’écoutes pas ce qui est déjà donné, aucun prodige ne te convertira. En ce Carême, qu’est-ce que tu attends pour changer — quel signe, quelle preuve ? Et si tout était déjà là, dans l’Écriture que tu lis, dans le Lazare que tu croises ?
Colloque — Jésus, je suis peut-être ce riche. Non pas méchant, mais aveugle. Je passe, je vaque, je ne vois pas. Il y a des Lazare à ma porte — dans ma famille, dans ma rue, dans mon propre cœur blessé que je refuse de regarder. Apprends-moi à m’arrêter. Apprends-moi à traverser le portail avant qu’il ne devienne abîme. Et si je n’ai pas su voir jusqu’ici, que cette Parole aujourd’hui — « Moïse et les Prophètes » — soit le choc qui m’éveille.
Question pour la relecture : Y a-t-il quelqu’un, ou quelque chose, « devant mon portail » que j’ai pris l’habitude de ne plus voir — et que le Seigneur me montre aujourd’hui ?
🙏 Prier
Seigneur, tu scrutes les cœurs et tu connais le mien mieux que moi-même. Tu vois où j’ai planté mes racines — dans le sel ou près des eaux. Tu vois les portails que j’ai fermés, les Lazare que j’ai ignorés.
En ce temps de Carême, je te demande la grâce de l’arbre qui « pousse vers le courant » ses racines — ce mouvement patient vers toi, jour après jour. Je te demande des yeux qui voient ceux qui gisent, des mains qui traversent les abîmes avant qu’ils ne deviennent infranchissables.
Tu m’as donné Moïse et les Prophètes. Tu m’as donné ta Parole aujourd’hui. Que je ne réclame pas d’autre signe. Que cette Écriture suffise à convertir mon regard.
Fais de moi un arbre aux feuilles vertes, même dans la sécheresse — et un homme qui s’arrête devant les portails.
Amen.
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour
La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.
🕯️ Entrer dans la prière
En ce jeudi de Carême, la liturgie te place devant un choix radical — celui des racines. Jérémie dessine deux arbres : l’un planté « près des eaux », l’autre, un « buisson sur une terre désolée ». Le psaume reprend l’image avec la même netteté. Et l’Évangile, lui, incarne ce choix dans deux hommes : le riche vêtu de pourpre, Lazare couvert d’ulcères. Même contraste, même abîme.
Mais ne te laisse pas piéger par la symétrie apparente. Ces textes ne parlent pas d’abord de morale — ils parlent de ce qui nourrit, de ce qui irrigue une vie. « Où sont tes racines ? » demande Jérémie. « Qu’est-ce que tu regardes vraiment ? » demande Jésus à travers le riche qui, chaque jour, passait devant Lazare sans le voir.
Le Carême est ce temps où l’on consent à laisser la sécheresse révéler où nous puisons. Avant de prier, pose-toi un instant. Respire. Sens tes pieds sur le sol. Et demande-toi simplement : en ce moment de ma vie, qu’est-ce qui m’irrigue ? Qu’est-ce qui m’assèche ? Commence par Jérémie — laisse les images végétales entrer en toi. Puis passe à l’Évangile, et regarde Lazare. Regarde le riche. Regarde l’abîme.