S. Martin Ier, pape, martyr
2ème Semaine du Temps Pascal — Lundi 13 avril 2026 · Année A · blanc
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée
📖 1ère lecture — Ac 4, 23-31 ↗
Lire le texte — Ac 4, 23-31
En ces jours-là, lorsque Pierre et Jean eurent été relâchés, ils se rendirent auprès des leurs et rapportèrent tout ce que les grands prêtres et les anciens leur avaient dit. Après avoir écouté, tous, d’un même cœur, élevèrent leur voix vers Dieu en disant : « Maître, toi, tu as fait le ciel et la terre et la mer et tout ce qu’ils renferment. Par l’Esprit Saint, tu as mis dans la bouche de notre père David, ton serviteur, les paroles que voici :Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples ? Les rois de la terre se sont dressés, les chefs se sont ligués entre eux contre le Seigneur et contre son Christ ? Et c’est vrai : dans cette ville, Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et le peuple d’Israël, se sont ligués contre Jésus, ton Saint, ton Serviteur, le Christ à qui tu as donné l’onction ; ils ont fait tout ce que tu avais décidé d’avance dans ta puissance et selon ton dessein. Et maintenant, Seigneur, sois attentif à leurs menaces : donne à ceux qui te servent de dire ta parole avec une totale assurance. Étends donc ta main pour que se produisent guérisons, signes et prodiges, par le nom de Jésus, ton Saint, ton Serviteur. » Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance. – Parole du Seigneur.
🎙️ La foi qui fait marcher le monde (J321 · matin)
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 33), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Toujours à Jérusalem, dans les Actes des Apôtres, suite à l’événement de la Pentecôte, Jésus Ressuscité continue d’agir dans la présence puissante de son Esprit. Nous voici à la fin de l’épisode de l’affaire du boiteux de la Belle Porte. Cet homme, en effet, a été guéri par l’invocation du Nom de Jésus, dans la foi, par Pierre et Jean qui ont, de ce fait, été amenés à expliquer et interpréter cet événement en témoignant de Jésus Ressuscité devant la foule et le tribunal du Sanhédrin.
Pierre et Jean, relâchés par les autorités, sont maintenant de retour dans la communauté, où ils rendent compte, en détail, de tout ce qu’ils ont vécu, et qu’ensemble ils relisent dans leur relation à Dieu par Jésus, qu’ils expriment dans cette prière.
Message
En effet, dès que la communauté se trouve regroupée avec ce retour des deux apôtres, c’est au Nom du Seigneur Jésus Ressuscité qu’elle se redécouvre elle-même, et entre en prière. Le coeur de cette prière est une relecture du Psaume 2, considéré alors comme inspiré à David par l’Esprit Saint, et désormais accompli dans le “passage” pascal de Jésus.
Tous, Juifs et païens, ont pu, lors de la Passion du Seigneur, s’unir à Jérusalem contre Jésus, et involontairement réaliser ce que Dieu avait prédit de la mort de son Serviteur, d’où a jailli, en la résurrection de Jésus, l’achèvement du salut, promis à Abraham et à sa descendance, pour toutes les nations de la terre.
Mais, maintenant que le Seigneur Jésus s’est levé d’entre les morts et a répandu l’Esprit de Dieu, la communauté redit toute sa confiance en la puissance de Dieu pour que continue le témoignage audacieux de ses membres par leur parole et les signes que Jésus réalisera à travers eux, dès qu’ils invoqueront son Nom.
Sur ce, Dieu fait redécouvrir à la communauté, de façon renouvelée, la présence de son Esprit Saint, envoyé par Jésus.
Decouvertes
De nouveau et sans cesse, il nous faut noter que”l’affaire Jésus” continue : il agit désormais par la communauté des disciples à qui il donne force en encouragement dans les difficultés et la persécution. Et il en va, et en ira, toujours ainsi dans nos communautés d’Eglise.
On a pu constater une certaine contradiction entre ce qui est écrit dans l’Evangile de Luc 23, 14 - 15, où Pilate et Hérode s’accordent à reconnaître Jésus innocent, et le verset 27 de ce texte, où ils sont énumérés parmi les adversaires de Jésus.
Reste que, d’une part, Pilate a finalement autorisé la mort de Jésus, et que, d’autre part, les autorités Juives, qui refusent la propagation du Nom de Jésus par ceux qui l’ont vu Ressuscité, se dressent maintenant contre le dessein de Dieu, qui, justement, est accompli totalement dans la mort-résurrection de Jésus et le don sans mesure de son Esprit Saint.
Cette prière, comme le Psaume 2, est bien adaptée à ce qui vient d’être vécu, et qui est aussi considéré comme l’oeuvre de Dieu réalisée, dans l’obéissance de la foi, par Pierre et Jean. La prière demande simplement que cela continue.
Dieu exauce cette prière selon ce qu’elle a exprimé : invoqué comme Créateur du monde, il fait trembler la maison, puis, invoqué comme l’auteur du salut, il confirme par son Esprit que sa Parole, qui a façonné l’histoire d’Israël jusqu’à son achèvement dans la mort-résurrection de Jésus, doit toujours être proclamée à travers le témoignage des disciples.
Prolongement
De même que les premiers disciples de Jésus, ont, à sa suite, interprété les événements de Pâques comme l’accomplissement de toute l’histoire du salut inaugurée dans le Peuple d’Israël, c’est dans notre propre relecture du Nouveau Testament (comme achevant l’Ancien qui reste pour nous indispensable pour comprendre l’ensemble du projet de Dieu) que nous expliquons et interprétons encore aujourd’hui l’action et la présence de Jésus Ressuscité avec nous au coeur de tous les événements du monde où nous avons à témoigner en son Nom.
Puisque “l’affaire Jésus” continue avec nous, et à travers tout ce que nous vivons, nous pouvons compter sur la force du Ressuscité pour parler et agir en son Nom, en imitant son engagement pour la Vérité et la gratuité de la miséricorde. Comme l’écrit Paul, si nous sommes en Jésus par l’Esprit, seule est efficace la foi qui agit par l’amour (Galates, 5, 5 - 6).
🙏 Seigneur Jésus, nous pouvons, comme tes premiers témoins, compter sur ta force et ta puissance pour accomplir la mission que tu nous as confiée, et qui est de te proclamer Vivant, Ressuscité, unique Sauveur de tous les peuples de tous les temps, et toujours à l’oeuvre aujourd’hui en notre monde par ton Esprit Saint qui anime tous nos gestes et toutes nos paroles, si nous essayons de vivre dans la foi en ton Nom que nous proclamons et dont nous révélons l’efficacité qui sauve, lorsque, selon ton Evangile, nous agissons et rendons compte de notre engagement pour ta cause et la cause de Dieu : renouvelle en moi la capacité de rendre visible ta présence et ton message en toutes les circonstances de mon existence, et face à tous ceux et toutes celles qu’il m’est donné de rencontrer au fil de mes jours. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le passage d’Actes 4, 23-31 se situe dans la première section narrative du livre des Actes, juste après la comparution de Pierre et Jean devant le Sanhédrin (Ac 4, 1-22). Luc compose ici un récit où la communauté primitive, confrontée à sa première persécution officielle, répond non par la fuite ou la négociation, mais par la prière. Le genre littéraire est celui de la prière communautaire, proche des prières de lamentation et de confiance que l’on trouve dans les Psaumes. La structure est remarquablement soignée : un récit-cadre narratif (v. 23-24a), une invocation théologique (v. 24b), une citation scripturaire du Psaume 2 (v. 25-26), une relecture christologique de cette citation (v. 27-28), une supplication (v. 29-30), et une conclusion théophanique (v. 31). Les premiers destinataires de Luc — des communautés chrétiennes de la fin du premier siècle, elles-mêmes soumises à des pressions sociales et religieuses — percevaient dans ce texte un modèle fondateur : la persécution n’est pas un accident, elle fait partie du dessein de Dieu, et la réponse adéquate est la parrhèsia (παρρησία), l’assurance audacieuse dans la proclamation.
L’invocation initiale « Maître » traduit le grec Despota (Δεσπότα), un terme rare dans le Nouveau Testament (on le retrouve en Lc 2, 29 dans le cantique de Syméon et en Ap 6, 10). Ce titre souligne la souveraineté absolue de Dieu, ce qui n’est pas anodin : face aux autorités humaines — grands prêtres, Sanhédrin, pouvoir romain — la communauté affirme qu’il n’y a qu’un seul véritable Souverain. La prière enchaîne immédiatement avec une confession de Dieu créateur (« tu as fait le ciel et la terre et la mer »), écho direct d’Exode 20, 11 et du Psaume 146, 6. Ce rappel de la puissance créatrice fonctionne comme un argument théologique : celui qui a tout créé reste maître de l’histoire. La communauté ne prie pas un Dieu lointain, mais le Créateur qui agit dans le présent.
La citation du Psaume 2, 1-2 constitue le pivot herméneutique du passage. Ce psaume, originellement un psaume royal d’intronisation, célébrait l’investiture du roi d’Israël face aux nations hostiles. Luc le relit de manière christologique : les « rois de la terre » deviennent Hérode (Antipas), les « chefs ligués » deviennent Ponce Pilate, les « nations » sont les Romains, et le « peuple » est Israël. Le terme christos (χριστός) du Psaume — qui désignait le roi oint — est appliqué directement à Jésus, appelé ici à la fois « Saint » (hagios, ἅγιος) et « Serviteur » (pais, παῖς). Ce dernier terme est capital : pais peut signifier « enfant » ou « serviteur », et il renvoie au Serviteur souffrant d’Isaïe (Is 42-53), établissant un pont entre la christologie royale du Psaume 2 et la christologie du Serviteur. La Passion n’est pas une défaite, mais l’accomplissement de « tout ce que tu avais décidé d’avance » (proōrisen, προώρισεν) — un verbe lourd de sens théologique sur la prédestination divine.
Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les Actes des Apôtres (Homélie 11), insiste sur le fait que la communauté ne demande pas la destruction de ses persécuteurs mais la force de continuer à témoigner. Il y voit un modèle de prière chrétienne : non pas la vengeance, mais la parrhèsia. Chrysostome souligne que le tremblement du lieu (v. 31) est un signe de la présence divine comparable au Sinaï, confirmant que la nouvelle alliance se déploie avec la même puissance que l’ancienne. Augustin, dans la Cité de Dieu (XVII, 14), commente longuement le Psaume 2 et sa relecture chrétienne : il montre que la « ligue » des puissants contre le Christ, loin de contrarier le plan divin, l’accomplit paradoxalement. Pour Augustin, le complot de la Passion est l’instrument involontaire de la Rédemption, ce qui manifeste la souveraineté absolue de Dieu sur l’histoire, même — et surtout — dans le mal.
La supplication des versets 29-30 est remarquable par sa sobriété : la communauté ne demande ni protection ni vengeance, mais deux choses seulement — la parrhèsia dans la parole et les signes accompagnant cette parole. Le mot parrhèsia (παρρησία), que le français traduit par « assurance », désigne à la fois la liberté de parole du citoyen dans la cité grecque et l’audace du croyant devant Dieu. Luc l’emploie comme un mot-clé des Actes (cf. Ac 2, 29 ; 4, 13.29.31 ; 28, 31, dernier mot du livre). La demande de « guérisons, signes et prodiges » (sèmeia kai terata, σημεῖα καὶ τέρατα) rattache la communauté post-pascale aux actes de Jésus lui-même et, plus loin en amont, aux prodiges de l’Exode (Ex 7, 3 ; Dt 4, 34). L’Église naissante se comprend comme le lieu d’un nouvel Exode.
La conclusion (v. 31) a une force narrative considérable : le lieu tremble (esaleuthè, ἐσαλεύθη), et tous sont remplis de l’Esprit Saint. Cet ébranlement physique rappelle la théophanie du Sinaï (Ex 19, 18) et celle de la Pentecôte (Ac 2, 2-4). Luc suggère ainsi une « Pentecôte renouvelée » : l’effusion de l’Esprit n’est pas un événement unique, mais se renouvelle chaque fois que la communauté prie dans l’épreuve. Ce point fait débat parmi les exégètes : certains (comme J. D. G. Dunn) voient ici une théologie lucanienne de « Pentecôtes multiples », tandis que d’autres (comme F. F. Bruce) considèrent qu’il s’agit d’un écho littéraire de la Pentecôte initiale, non d’un événement distinct. Quoi qu’il en soit, le mouvement théologique est clair : de la persécution naît la prière, de la prière naît l’Esprit, de l’Esprit naît la parole audacieuse. En temps pascal, ce texte rappelle que la résurrection ne supprime pas l’opposition, mais donne la force de la traverser.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi cette « totale assurance » pour dire ta parole, non pas malgré les menaces, mais au cœur même de ce qui me fait peur.
Composition de lieu — Imagine une maison de Jérusalem, un peu sombre, bondée. Les murs sont épais, la porte fermée. Pierre et Jean viennent de rentrer, encore marqués par l’interrogatoire — tu vois la tension sur leurs visages, la sueur peut-être, la fatigue. Autour d’eux, des dizaines de visages tournés vers eux, inquiets, attentifs. L’air est chaud, chargé de la respiration de tous ces corps serrés. Et puis quelqu’un commence à prier. Et les voix se joignent, « d’un même cœur ».
Méditation — Remarque le mouvement de cette prière. Elle ne commence pas par la peur. Elle commence par le plus large, le plus grand : « Maître, toi, tu as fait le ciel et la terre et la mer et tout ce qu’ils renferment. » Avant de nommer la menace, ils nomment la grandeur de Dieu. C’est comme reprendre son souffle depuis le sommet d’une montagne avant de regarder la vallée obscure. Et puis ils descendent — vers le psaume, vers l’histoire, vers Hérode et Pilate, vers les « nations » et les « peuples » ligués. Ils relisent la Passion. Ils osent dire que tout cela entre dans un « dessein ». Non pas que Dieu ait voulu le mal, mais que le mal n’a pas eu le dernier mot.
Et puis vient la demande — et elle est surprenante. Ils ne demandent pas la protection. Ils ne demandent pas que les menaces cessent. Ils demandent « de dire ta parole avec une totale assurance ». Le mot grec, parrhèsia, c’est la liberté de parler, le franc-parler. Dans un monde qui leur dit de se taire, ils demandent la parole. Toi, où en es-tu avec cette liberté-là ? Y a-t-il une parole que tu retiens, une vérité que tu n’oses pas dire — sur Dieu, sur toi-même, sur ce que tu vis ?
Et la réponse de Dieu n’est pas un discours : « le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler ». Un tremblement. Pas une explication, pas un plan d’action — un ébranlement physique, concret, qui traverse les murs et les corps. L’Esprit ne rassure pas d’abord : il secoue. Il déplace. Et c’est après le tremblement qu’ils parlent « avec assurance ». Comme si l’assurance ne venait pas de la certitude intellectuelle mais d’avoir été traversé par quelque chose de plus grand que soi.
Colloque — Seigneur, je voudrais cette prière-là — celle qui commence par ta grandeur et non par ma peur. Tu sais ce qui me fait taire en ce moment, les menaces petites ou grandes qui me poussent à la prudence. Je ne te demande pas que tout s’arrange. Je te demande la parrhèsia — cette liberté folle de parler en ton nom. Et si pour cela il faut que quelque chose tremble en moi, que le sol de mes certitudes soit secoué, alors viens.
Question pour la relecture : Quelle parole est-ce que je retiens en moi, que l’Esprit me presse peut-être de dire « avec assurance » ?
🕊️ Psaume — 2, 1-3, 4-6, 7bc-9 ↗
Lire le texte — 2, 1-3, 4-6, 7bc-9
Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples ? Les rois de la terre se dressent, les grands se liguent entre eux contre le Seigneur et son messie : « Faisons sauter nos chaînes, rejetons ces entraves ! » Celui qui règne dans les cieux s’en amuse, le Seigneur les tourne en dérision ; puis il leur parle avec fureur et sa colère les épouvante : « Moi, j’ai sacré mon roi sur Sion, ma sainte montagne. » Il m’a dit : « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. Demande, et je te donne en héritage les nations, pour domaine la terre tout entière. Tu les détruiras de ton sceptre de fer, tu les briseras comme un vase de potier. »
✝️ Évangile — Jn 3, 1-8 ↗
Lire le texte — Jn 3, 1-8
Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? » Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » – Acclamons la Parole de Dieu.
🎙️ Nouveau temple, nouvelle naissance (J229 · soir)
📘 Comprendre
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Le Serpent De Bronze
Commençons par l’épisode du serpent de bronze ; cela se passe dans le désert du Sinaï pendant l’Exode à la suite de Moïse. Les Hébreux étaient assaillis par des serpents venimeux ; et comme ils n’ont pas la conscience très tranquille (parce qu’une fois de plus ils ont « récriminé », « murmuré », comme dit souvent le livre de l’Exode), ils sont convaincus que c’est une punition du Dieu de Moïse ; ils vont donc supplier Moïse d’intercéder pour eux : « Le peuple vint trouver Moïse en disant : Nous avons péché en critiquant le SEIGNEUR et en te critiquant ; intercède auprès du SEIGNEUR pour qu’il éloigne de nous les serpents ! »
Dans ces cas-là, d’habitude, il y avait une coutume qui consistait à dresser un serpent de bronze sur une perche. Ce serpent de bronze représentait le dieu guérisseur. Quand un homme était mordu par un serpent, on était convaincu qu’il suffisait de lever les yeux vers le serpent pour être guéri.
À notre grand étonnement, quand les gens vont trouver Moïse pour se plaindre des serpents, il conseille de faire comme d’habitude : « Moïse intercéda pour le peuple et le SEIGNEUR lui dit : ‘Fais faire un serpent brûlant (c’est-à-dire venimeux) et fixe-le à une hampe : quiconque aura été mordu et le regardera aura la vie sauve.’ Moïse fit un serpent d’airain et le fixa à une hampe ; et lorsqu’un serpent mordait un homme, celui-ci regardait le serpent d’airain et il avait la vie sauve. » (Nb 21,7-9).
À première vue, nous sommes en pleine magie, en fait, c’est juste le contraire : Moïse transforme ce qui était jusqu’ici un acte magique en acte de foi. Une fois de plus, comme il l’a fait pour des quantités de rites, Moïse ne brusque pas le peuple, il ne part pas en guerre contre leurs coutumes ; il leur dit : « Faites bien tout comme vous avez l’habitude de faire, mais ne vous trompez pas de dieu, il n’existe qu’un seul Dieu, celui qui vous a libérés d’Égypte. Faites-vous un serpent, et regardez-le : (en langage biblique, « regarder » veut dire « adorer ») ; mais sachez que celui qui vous guérit, c’est le Seigneur, ce n’est pas le serpent. Quand vous regardez le serpent, que votre adoration s’adresse au Dieu de l’Alliance et à personne d’autre, surtout pas à un objet sorti de vos mains ».
Jésus reprend cet exemple à son propre compte : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle ». De la même manière qu’il suffisait de lever les yeux avec foi vers le Dieu de l’Alliance pour être guéri physiquement, désormais, il suffit de lever les yeux avec foi vers le Christ en croix pour obtenir la guérison spirituelle.
Ils Lèveront Les Yeux Vers Celui Qu’Ils Ont Transpercé
C’est le même Jean qui dira, au moment de la crucifixion du Christ : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19,37). Ils « lèveront les yeux », cela veut dire « ils croiront en Lui, ils reconnaîtront en lui l’amour même de Dieu ». Une fois de plus, Jean insiste sur la foi : car nous restons libres ; face à la proposition d’amour de Dieu, notre réponse peut être celle de l’accueil (ce que Jean appelle la foi) ou du refus ; comme il le dit dans le Prologue de son évangile, « Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1,9-12).
Dans le texte d’aujourd’hui, Jésus lui-même reprend ce thème avec force : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. » À noter que le mot « croire » revient cinq fois dans ce passage.
Mais en même temps que Jésus fait un rapprochement entre le serpent de bronze élevé dans le désert et sa propre élévation sur la croix, il manifeste le saut formidable entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Jésus accomplit, certes, mais tout en lui prend une nouvelle dimension. Tout d’abord, dans le désert, seul le peuple de l’Alliance était concerné ; désormais, en Jésus, c’est tout homme, c’est le monde entier, qui est invité à croire pour vivre. Deux fois il répète « Tout homme qui croit en lui obtiendra la vie éternelle ». Ensuite, il ne s’agit plus de guérison extérieure, il s’agit désormais de la conversion de l’homme en profondeur ; quand Jean, au moment de la crucifixion du Christ, écrit : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19,37), il cite une phrase du prophète Zacharie qui dit bien en quoi consiste cette transformation de l’homme, ce salut que Jésus nous apporte : « Ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem, un esprit de bonne volonté et de supplication. Alors ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé » (Za 12,10). L’esprit de bonne volonté et de supplication, c’est tout le contraire des récriminations (ou des murmures) du désert, c’est l’homme enfin convaincu de l’amour de Dieu pour lui.
Visiblement, pour la première génération chrétienne, la croix était regardée non comme un instrument de supplice, mais comme la plus belle preuve de l’amour de Dieu. Comme dit Paul, « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens… Mais ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Co 1,23-25).
Il y a donc deux manières de regarder la croix du Christ : elle est, c’est vrai, la preuve de la haine et de la cruauté de l’homme, mais elle est bien plus encore l’emblème de la douceur et du pardon du Christ ; il accepte de la subir pour nous montrer jusqu’où va l’amour de Dieu pour l’humanité. La croix est le lieu même de la manifestation de l’amour de Dieu : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9).
Sur le Christ en croix, nous lisons la tendresse de Dieu, quelle que soit la haine des hommes. Et cet amour est contagieux : en le regardant, nous sommes invités à le refléter.
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre des signes, dans lequel se situe notre passage, est d’abord ainsi nommé parce qu’il se trouve ponctué par SEPT signes, tous IMPORTANTS de par leur sens, accomplis par Jésus du début à la fin de son ministère :
- le changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11),
- la guérison du fils d’un intendant royal à Cana (4, 46 - 54),
- la guérison d’un infirme à la piscine de Bethesda (5, 1 - 11),
- la multiplication des pains en Galilée (6, 1 - 15),
- la marche sur la Mer de Galilée (6, 16 - 21),
- la guérison d’un aveugle-né à Jérusalem (9),
- la réanimation de Lazare, mort et mis au tombeau à Béthanie (11).
Cependant, dans la mesure où ces SEPT “signes” sont souvent plus ou moins longuement expliqués par des paroles ou des discours de Jésus, une autre répartition, plus précise, de ce Livre des signes, nous aide à mieux situer et donc mieux comprendre notre passage :
- 1°) Les débuts de la Révélation de Jésus : de Jean-Baptiste à Jésus (1, 19 - 51), aboutissant au changement de l’eau en vin à Cana (2, 1 - 11), qui sert de transition avec la partie suivante,
- 2°) Du premier signe de Cana (eau changée en vin) au deuxième signe de Cana (guérison du fils d’un intendant royal) (2 - 4), ce deuxième signe servant également de transition avec la 3ème partie (4, 46 - 54),
- 3°) Jésus et les principales fêtes juives (5 - 10),
- 4°) Jésus vit l’approche de son “Heure”, Heure de sa mort et de sa gloire (11, 1 - 12, 36),
- 5°) Conclusion du Livre des signes sur le ministère de Jésus et résumé de sa prédication (12, 37 - 50).
Notre page se situe dans la toute 2ème partie de ce livre des signes, qui commence et se termine par un “signe” réalisé par Jésus à Cana de Galilée. Après avoir changé l’eau en vin à Cana à la requête de sa Mère, Jésus est monté à Jérusalem pour la fête Juive de la Pâque, il y a fait scandale en chassant du Temple les marchands et les changeurs qui y faisaient du commerce, ce qui l’a conduit à donner son message sur l’avenir du Temple, et c’est peu après cela qu’un Pharisien du nom de Nicodème vient le rencontrer de nuit.
Notre page nous relate le début de cette rencontre, qui sera suivie d’un parcours en Judée, puis de la remontée de Jésus vers la Galilée en traversant la Samarie, où il aura un long et important entretien avec une femme de ce pays en un lieu appelé “le puits de Jacob”.
Message
Cette page fait partie de l’ensemble 3, 1 - 21, où nous est manifesté le contraste entre la compréhension terre-à-terre de Nicodème, Pharisien et membre du Sanhédrin, et les perspectives que Jésus ouvre sur Dieu et l’Esprit de Dieu, à l’oeuvre en notre monde pour notre salut, par une transformation radicale de notre être, exprimée sous l’image d’une naissance “d’en Haut”, dont Dieu seul est le principe.
L’origine et la direction mystérieuses du vent préparent ceux qui lisent ce passage à découvrir les réalités célestes que Jésus est venu nous révéler.
Le Fils de l’homme qu’il est sera, nous dit-il, élevé sur la croix, pour établir une liaison entre le ciel et la terre, et être signe définitif de l’amour de Dieu.
Et la nuit, où Nicodème rencontre Jésus, comme cela est indiqué au début de tout cet ensemble, va se transformer en lumière donnée à ceux qui cherchent et reçoivent la vérité de Dieu que Jésus nous apporte.
Les trois courtes questions, que pose Nicodème, au début de cet ensemble, début qui constitue le texte plus court de notre page, aux versets 4 et 9, suite à sa remarque du verset 2 concernant la qualité “d’homme venant de Dieu” qu’il reconnaît à Jésus, suscitent chez ce dernier des réponses qui deviennent progressivement plus longues, jusqu’à prendre, aux versets 16 - 21, la forme d’un véritable commentaire, dont on ne voit plus très bien, à première vue, s’il s’agit de paroles prononcées par Jésus ou d’explications fournies par l’Evangéliste.
Dans cette scène de rencontre nocturne, Nicodème se montre hésitant à suivre Jésus. On le retrouvera plus loin dans l’Evangile, en 7, 50 - 51 (lors d’une séance des chefs du peuple) et en 19, 39 (lors de l’ensevelissement du corps de Jésus), deux occasions où il se manifestera nettement comme disciple, mais en secret, de Jésus.
Decouvertes
En ce passage, Nicodème semble être l’un de ceux, mentionnés en 2, 23 - 25, dont il est dit qu’ils “avaient cru” en Jésus au vu des signes qu’il avait accomplis lors de son premier voyage à Jérusalem. Nicodème serait-il, en quelque sorte, leur porte-parole quand il dit “nous” ?
En Jean, 2, 24 - 25, nous lisons que Jésus avait accueilli avec un grand scepticisme cette déclaration de foi, et il se comporte ici de la même façon face à Nicodème : tous les signes accomplis par Jésus que cet homme a vus l’ont simplement, semble-t-il, persuadé que Jésus était l’un de ces “rabbis” plus ou moins hors du commun qui avaient effectué des miracles au cours de l’histoire d’Israël.
Nicodème semble donc avoir de bonnes intentions, mais sans parvenir à comprendre ce que Jésus représente. C’est pourquoi Jésus répond à Nicodème , en 3, 3, comme si cet homme lui avait demandé ce qu’il faut faire pour entrer dans le Royaume des cieux. Et, ce faisant, Jésus se situe comme celui qui vient de Dieu, pour conduire les hommes à Dieu. Et le “chemin” qu’il propose se définit comme un passage par “une naissance d’en Haut”, ce que Nicodème ne peut comprendre dans la mesure où il en reste à interpréter les paroles de Jésus dans un sens “matériel”, ou “terre-à-terre”.
Jésus se trouve donc devant la nécessité de lui préciser que si, selon le Livre de la Genèse, en 2, 2, Dieu a mis un “souffle” ou un “esprit” dans l’homme, pour qu’il soit un être vivant, la vie éternelle sera, de même, liée à un don spécial, fait par Dieu aux hommes, de son propre Esprit Saint. Affirmation que Jésus lui-même complètera plus tard lorsqu’il dira que le don de l’Esprit sera lié à son élévation sur la croix et dans la gloire de sa résurrection, par l’annonce qu’il en fera en 7, 39, et qu’il réalisera lors de son apparition à ses disciples réunis le soir de Pâques quand il répandra sur eux l’Esprit Saint (Jean, 20).
Nicodème aurait-il pu comprendre ces paroles de Jésus sur cette “naissance d’en Haut”, cet “engendrement” dans l’Esprit Saint ? Il existait bien toutefois des promesses prophétiques à ce sujet dans l’Ancien Testament : voir Isaïe, 32, 15, Joël, 2, 28 - 29, et Ezéchiel, 36, 25 - 26, passage où est mentionnée une connection de “l’eau et de l’esprit”.
Le contraste que Jésus souligne, au verset 6, entre la “chair” et “l’esprit” montre bien la différence entre ces deux types de naissance, ce contraste entre la “chair” et “l’esprit” n’ayant rien à voir avec la distinction du corps et de l’âme dans la philosophie grecque, ni avec celle du domaine matériel et du domaine spirituel.
Il n’en reste pas moins, au verset 7, qu’une dimension mystérieuse demeure attachée à cette venue transformatrice de l’Esprit, qui est certes réelle, mais que l’image du “vent qui souffe où il veut” caractérise bien comme imprévisible et non maîtrisable. Comme l’Esprit, Jésus vient lui-même “d’en Haut”, et demeurera toujours, en dépit de sa proximité même, au-delà de toutes nos approches.
C’est pourquoi cet Evangile de Jean nous montre Jésus employant souvent, et régulièrement, un langage qui se prête à des malentendus dans la mesure où il désigne des réalités d’un “autre ordre”. Cela se vérifie dans notre passage lorsque Nicodème interprète l’expression “naître d’en Haut” comme “naître de nouveau”, d’où la demande d’explication qu’il fait à Jésus.
On peut penser également que, lorsqu’il parle ici de “l’eau”, Jésus à la fois signifie l’Esprit, et fait aussi probablement allusion, comme thème secondaire, au baptême chrétien selon l’eau et l’Esprit Saint, prédit par Jean Baptiste en 1,33. A noter que “l’eau” est encore associée à l’Esprit Saint dans la déclaration solennelle que fait Jésus à la Fête des Tentes à Jérusalem, en 7, 37 - 39.
Prolongement
Notons quelques parallélismes de l’Ancien, comme du Nouveau Testament :
14 Car la citadelle est abandonnée, la ville tapageuse est désertée, Ophel et Donjon seront dénudés à jamais, délices des ânes sauvages, pacages de troupeaux,
15 jusqu’à ce que se répande sur nous l’Esprit d’en haut, et que le désert devienne un verger, un verger qui fait penser à une forêt.
16 Dans le désert s’établira le droit et la justice habitera le verger.
17 Le fruit de la justice sera la paix, et l’effet de la justice repos et sécurité à jamais.
18 Mon peuple habitera dans un séjour de paix, des demeures superbes, des résidences altières.
1 ” Après cela je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions.
2 Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit.
25 Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai.
26 Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.
27 Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et pratiquiez mes coutumes.
28 Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères. Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu.
Un message quasi identique se renouvelle lorsque Jésus déclare, ailleurs dans les Evangiles, qu’il faut devenir semblable à de petits enfants pour entrer dans le Royaume de cieux :
3 et dit : ” En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux.
4 Qui donc se fera petit comme ce petit enfant-là, celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux.
5 ” Quiconque accueille un petit enfant tel que lui à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille.
🙏 *Seigneur Jésus, c’est une véritable métramorphose que tu nous proposes en nous donnant l’Esprit Saint dès le jour de ta résurrection, de façon à ce que nos coeurs soient transformés, notre péché détruit, et c’est ainsi que, par toi, et ton “OUI” définitif au Père dans l’engagement de ton ministère, de ta mort et de ta résurrection, nous naissons de Dieu, et devenons d’autentiques “fils” et “enfants” de Dieu : aide-moi à me laisser conduire par cet Esprit du Père, qui est tout autant ton propre Esprit Saint, et que je dois sans cesse accueillir comme venant d’ailleurs, sans jamais pouvoir le maîtiser ni lui enlever sa dimension de surprise et de mystère, mais dont je suis sûr qu’il me “souffle”, et me pousse toujours sur ce chemin, qui est ta propre existence partagée, chemin de Vérité et de vie, selon l’Amour qui vient de Dieu. AMEN.
28.04.03.*
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Jean 3, 1-8 ouvre l’un des dialogues les plus célèbres et les plus denses du quatrième Évangile : l’entretien entre Jésus et Nicodème. Nous sommes au début du ministère de Jésus à Jérusalem, juste après le signe des noces de Cana (Jn 2, 1-11) et la purification du Temple (Jn 2, 13-22). Jean compose ses récits en diptyques : après un signe vient un dialogue d’approfondissement. L’évangéliste écrit pour des communautés de la fin du premier siècle, probablement en tension avec le judaïsme synagogal ; Nicodème, pharisien et « chef des Juifs » (archōn tōn Ioudaiōn, ἄρχων τῶν Ἰουδαίων), incarne la figure du juif pieux, instruit, sincèrement intéressé par Jésus mais encore prisonnier de catégories insuffisantes. Sa venue « de nuit » (nyktos, νυκτός) a une portée symbolique majeure dans un Évangile où la lumière et les ténèbres structurent toute la christologie (cf. Jn 1, 5 ; 8, 12 ; 9, 4 ; 13, 30).
Le malentendu est le ressort littéraire central du passage, et c’est un procédé caractéristique de Jean (cf. Jn 4, 10-15 avec la Samaritaine ; Jn 6, 32-35 avec le pain). Jésus déclare qu’il faut « naître d’en haut » — en grec gennèthènai anōthen (γεννηθῆναι ἄνωθεν). Le mot anōthen est délibérément ambigu : il peut signifier « d’en haut » (sens spatial, théologique) ou « de nouveau » (sens temporel). Nicodème comprend le second sens et objecte logiquement : comment un vieillard peut-il rentrer dans le ventre de sa mère ? Jésus, lui, parle du premier sens : une naissance qui vient de Dieu. Ce jeu sur la polysémie n’est pas un artifice rhétorique : il révèle l’écart entre la pensée humaine (horizontale, biologique) et la pensée divine (verticale, pneumatologique). Le double amèn amèn (ἀμὴν ἀμήν), formule solennelle propre au quatrième Évangile, souligne l’autorité absolue de la parole de Jésus — là où les Synoptiques ont un seul « amen », Jean le redouble systématiquement pour marquer la révélation.
La précision du verset 5 — « naître de l’eau et de l’Esprit » (ex hydatos kai pneumatos, ἐξ ὕδατος καὶ πνεύματος) — est l’un des versets les plus discutés de l’exégèse johannique. L’interprétation baptismale est la plus ancienne et la plus commune : l’eau renvoie au baptême chrétien, l’Esprit à la régénération intérieure. Mais d’autres lectures existent. Certains exégètes (R. Bultmann, E. Schweizer) considèrent que « d’eau » est une glose sacramentelle ajoutée ultérieurement à un texte qui ne parlait que de l’Esprit. D’autres (C. H. Dodd) y voient une hendiadys — une seule réalité exprimée par deux termes : l’eau-qui-est-l’Esprit, renvoyant à Ézéchiel 36, 25-27 (« Je répandrai sur vous une eau pure… je mettrai en vous un esprit nouveau »). Cette intertextualité avec Ézéchiel est décisive : Jésus reproche implicitement à Nicodème, « maître en Israël » (Jn 3, 10), de ne pas reconnaître une promesse prophétique centrale de sa propre tradition.
Le verset 6 introduit une opposition ontologique fondamentale : « Ce qui est né de la chair (sarx, σάρξ) est chair ; ce qui est né de l’Esprit (pneuma, πνεῦμα) est esprit. » Il ne s’agit pas d’un dualisme gnostique méprisant le corps — Jean est l’évangéliste du Verbe « fait chair » (Jn 1, 14). La sarx johannique désigne la condition humaine livrée à elle-même, incapable par ses seules forces d’accéder au divin. Le pneuma désigne l’initiative de Dieu qui vient habiter cette chair et la transformer. L’enjeu n’est pas de fuir la matière mais de recevoir un principe de vie nouveau, indestructible, qui ne naît pas « du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu » (Jn 1, 13). Nicodème, malgré sa science et sa piété, se heurte à cette limite : la naissance d’en haut ne se conquiert pas, elle se reçoit.
Le verset 8 couronne le passage par une image d’une beauté saisissante : le vent (pneuma, πνεῦμα — le même mot que « esprit » en grec). « Le vent souffle où il veut (to pneuma hopou thelei pnei, τὸ πνεῦμα ὅπου θέλει πνεῖ) : tu entends sa voix (phōnè, φωνή), mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. » Le jeu sur pneuma est intraduisible : l’Esprit est comme le vent — réel, perceptible dans ses effets, mais insaisissable dans son origine et sa destination. L’écho avec Qohélet 11, 5 (« Tu ne connais pas le chemin du vent ») et avec l’Esprit planant sur les eaux en Genèse 1, 2 (ruah, רוּחַ, qui signifie à la fois souffle, vent et esprit en hébreu) est manifeste. Jean dit ainsi que la nouvelle naissance participe du mystère même de la création : elle est aussi souveraine, aussi libre, aussi imprévisible que le souffle créateur de Dieu.
Origène, dans son Commentaire sur l’Évangile de Jean (livre II et XIII), voit dans la venue nocturne de Nicodème une allégorie de l’âme encore plongée dans l’obscurité de la lettre qui cherche la lumière du Logos. Pour Origène, Nicodème représente le stade « psychique » (intellectuel mais non encore spirituel) de la compréhension : il admire les signes mais n’accède pas encore au mystèrion. La naissance d’en haut est pour Origène une naissance au sens spirituel des Écritures elles-mêmes, un passage de la lettre à l’Esprit. Augustin, dans son Traité sur l’Évangile de Jean (Tractatus 11-12), insiste davantage sur la dimension sacramentelle : la naissance de l’eau et de l’Esprit est le baptême, et il en tire une théologie de la grâce prévenante — nul ne se régénère par sa propre volonté. Il commente longuement l’image du vent pour montrer que les effets de la grâce sont visibles (la sainteté, la charité), mais que la grâce elle-même reste insondable. Pour Augustin, Nicodème incarne l’homme qui veut comprendre avant de croire, alors que la foi précède l’intelligence.
En temps pascal, la lecture de ce texte prend une résonance particulière. La « naissance d’en haut » que Jésus annonce à Nicodème, c’est précisément ce que la résurrection rend possible : un commencement radicalement nouveau, non pas la prolongation de l’ancien mais une création neuve. Le lien avec la première lecture (Ac 4, 23-31) est lumineux : dans les Actes, l’Esprit remplit la communauté et produit la parrhèsia ; dans l’Évangile, l’Esprit est la condition même de la naissance nouvelle. Les deux textes convergent vers une même affirmation : la vie chrétienne n’est pas un effort moral ni une adhésion intellectuelle, mais une transformation ontologique opérée par l’Esprit — souverain, gratuit, imprévisible comme le vent. Nicodème, figure de l’homme en chemin, réapparaîtra en Jn 7, 50-51 (pour défendre Jésus timidement) puis en Jn 19, 39 (pour embaumer son corps avec une quantité royale de myrrhe et d’aloès), traçant une trajectoire qui va de la nuit à la lumière — l’itinéraire pascal par excellence.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de consentir à « naître d’en haut » — à ce qui en moi ne dépend pas de mes efforts mais de ton souffle.
Composition de lieu — La nuit à Jérusalem. Les ruelles sont silencieuses, on entend des chiens au loin, peut-être le vent sur les terrasses. Nicodème marche vite, sa robe de notable bruisse contre les murs. Il a attendu que tout le monde dorme. Il sait où Jésus loge — il s’est renseigné discrètement. Quand il arrive, une lampe à huile éclaire le visage de Jésus, à peine. La lumière est maigre, chaude, dansante. Deux hommes face à face dans la nuit. L’un qui sait beaucoup de choses. L’autre qui va tout déplacer.
Méditation — Nicodème est un homme sérieux. Il vient avec ce qu’il a de mieux : son savoir, son discernement, sa bonne volonté. « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu. » Il a observé, il a conclu, il est prêt à apprendre. Et Jésus, sans même répondre à son compliment, le coupe : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » C’est abrupt. Presque brutal. Comme si Jésus disait : ce que tu sais ne suffit pas, Nicodème. Ce n’est pas un savoir de plus qu’il te faut. C’est une naissance.
Et Nicodème, le sage, le lettré, pose alors une question d’une naïveté désarmante : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère ? » On pourrait sourire. Mais peut-être que Nicodème touche quelque chose de vrai, quelque chose que nous connaissons tous : le sentiment d’être trop vieux pour changer, trop installé, trop formé. Trop « fini » — dans les deux sens du mot. Qu’est-ce qui en toi se sent trop vieux pour naître à nouveau ? Quelle part de ta vie te semble définitivement solidifiée, hors d’atteinte de la nouveauté ?
Et Jésus répond par le vent. « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. » En hébreu et en grec, c’est le même mot : ruah, pneuma — vent, souffle, esprit. Jésus dit : ce qui te fera naître, tu ne pourras pas le contrôler, le programmer, le mériter. Tu pourras seulement l’entendre. Sentir qu’il passe. Et y consentir. C’est l’exact contraire de ce que Nicodème maîtrise — lui, l’homme des règles, des conclusions, du « nous le savons ». Jésus l’invite au non-savoir. À l’écoute d’un vent qu’on ne voit pas. Toi, est-ce que tu entends ce vent ces jours-ci ? Même faiblement ? Même sans comprendre où il te mène ?
Colloque — Jésus, je suis venu te trouver de nuit, moi aussi. Avec mes savoirs, mes prudences, mes bonnes raisons. Et tu me parles de naissance — comme si tout ce que j’ai construit ne suffisait pas, comme si tu voulais quelque chose de plus radical que ma bonne volonté. J’ai peur de ce vent dont tu parles, parce que je ne sais pas où il va. Mais je l’entends, parfois. Aide-moi à ne pas fermer la fenêtre.
Question pour la relecture : À quel moment de ma prière ai-je senti passer ce « vent » — même léger, même déroutant — et qu’ai-je fait : me suis-je ouvert ou me suis-je protégé ?
🙏 Prier
Toi qui as fait le ciel et la terre et la mer, toi dont le dessein traverse même ce qui semble s’opposer à toi, je viens devant toi ce soir, comme la communauté de Jérusalem, comme Nicodème dans sa nuit — avec mes peurs et mon désir.
Donne-moi la parrhèsia, cette assurance qui ne vient pas de moi mais du tremblement de ton Esprit dans mes murs trop solides. Et donne-moi de consentir à naître — non pas de ma volonté, non pas de ma chair, mais de ce vent que je ne maîtrise pas, ce souffle dont j’entends la voix sans savoir où il va.
Que ce temps pascal soit en moi non pas un souvenir mais une naissance. Fais trembler ce qui doit trembler. Souffle où tu veux. Je reste là, la fenêtre ouverte.
Amen.
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour
La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.
🕯️ Entrer dans la prière
Nous sommes dans la lumière de Pâques, ce temps où l’Église relit tout à neuf — la peur, la mort, le pouvoir des hommes — depuis le tombeau vide. Et pourtant, les textes d’aujourd’hui ne parlent pas de triomphe facile. Ils parlent de menaces, de nuit, de tremblement.
D’un côté, dans les Actes, une communauté qui vient de frôler la persécution et qui prie — ensemble, à voix haute, avec une audace folle. De l’autre, dans l’Évangile, un homme seul, Nicodème, qui vient « pendant la nuit », en secret, avec ses questions trop grandes pour lui. Deux manières de chercher Dieu : dans le collectif qui tremble et dans la solitude qui tâtonne. Et dans les deux cas, l’Esprit — ce souffle dont on ne sait « ni d’où il vient ni où il va ».
Avant de lire, assieds-toi. Laisse retomber le bruit de ta journée. Tu es peut-être aujourd’hui dans la foule priante des Actes, porté par d’autres. Ou peut-être es-tu Nicodème — venant de nuit, avec tes doutes respectables et ton désir inavoué. Les deux chemins sont bons. Commence par celui qui t’attire. Sois attentif à ce qui tremble en toi.