de la férie
5ème Semaine du Temps Pascal — Mardi 5 mai 2026 · Année A · blanc
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée
📖 1ère lecture — Ac 14, 19-28 ↗
Lire le texte — Ac 14, 19-28
En ces jours-là, comme Paul et Barnabé se trouvaient à Lystres, des Juifs arrivèrent d’Antioche de Pisidie et d’Iconium ; ils se rallièrent les foules, ils lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, pensant qu’il était mort. Mais, quand les disciples firent cercle autour de lui, il se releva et rentra dans la ville. Le lendemain, avec Barnabé, il partit pour Derbé. Ils annoncèrent la Bonne Nouvelle à cette cité et firent bon nombre de disciples. Puis ils retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ; ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui. Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie. Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi. Ils passèrent alors un certain temps avec les disciples. – Parole du Seigneur.
🎙️ Des dieux rejetés pour le Dieu vivant (J329 · matin)
📘 Comprendre
Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut
Les Toutes Premières Communautés Chrétiennes En Turquie
Ceci se passe au cours du premier voyage missionnaire de saint Paul, sur le trajet du retour. Je vous rappelle le début de cette première mission : d’Antioche de Syrie, Paul et Barnabé étaient partis par bateau vers la côte sud de ce que nous appelons aujourd’hui la Turquie en passant par Chypre. Puis ils avaient fait étape à Antioche de Pisidie, Iconium (Konya aujourd’hui), Lystres et Derbé. Partout, nous l’avons vu dimanche dernier, les choses se passent de la même façon : Paul et Barnabé s’adressent d’abord aux Juifs, et reçoivent un accueil plutôt « contrasté » : à la fois enthousiasme de la part de certains qui se convertissent, et refus violent de la part d’autres qui se situeront résolument en opposition et qui finiront par les chasser. Et c’est à Antioche de Pisidie qu’ils ont décidé d’adresser la parole non seulement aux Juifs mais également à ceux que l’on appelait des « craignant Dieu », c’est-à-dire des pratiquants de la religion juive mais non encore intégrés par la circoncision, donc encore en rigueur de termes, des païens. C’est pour cette raison que Paul dit que « Dieu a ouvert aux nations païennes la porte de la foi ».
Aujourd’hui, nous les retrouvons sur le chemin du retour : ils refont le même périple en sens inverse et revisitent les communautés qu’ils ont récemment fondées : elles aussi certainement sont affrontées déjà à des persécutions puisque Luc précise : « Paul et Barnabé les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant ‘il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu’ ». Jésus, déjà, avait employé à son propre sujet des expressions analogues : par exemple « il faut qu’il (le Fils de l’Homme) souffre beaucoup et qu’il soit rejeté par cette génération » (Luc 17,25) … ou encore en s’adressant aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24,26). Ce « il faut » ne dit pas, bien sûr, une exigence qui viendrait de Dieu : Dieu ne nous impose pas des épreuves ou des souffrances préalables ; cette formule « il faut » dit une nécessité malheureusement due à la dureté de cœur des hommes, c’est-à-dire concrètement l’inévitable opposition à laquelle se heurtent les véritables prophètes tant que le monde n’est pas converti à l’amour, à la justice, au partage.
Paul et Barnabé se préoccupent donc d’affermir la foi et le courage des nouveaux convertis ; ils doivent également veiller à la bonne organisation des communautés ; et là on peut remarquer deux choses : tout d’abord, ils désignent des responsables, ceux qu’ils appellent les « Anciens » ; c’est le mot grec « presbuteros » (d’où vient notre mot français « prêtre »).
Ils Confièrent Ces Hommes Au Seigneur
Deuxième remarque : Luc dit bien « Ils désignèrent des Anciens… puis après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en Lui ». Il s’agit ici précisément de ces Anciens qu’ils viennent de désigner à la tête des communautés. Luc insiste ici sur la place de la prière et du jeûne : l’équilibre est bien gardé ; on veille à l’organisation mais on ne se fie pas qu’à elle : prière, et jeûne sont aussi importants ! Tout à fait dans la même veine, un évêque d’Amérique-Latine, au congrès Eucharistique de Lourdes, en 1981, disait : » Un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus » ; petite phrase peut-être pas superflue pour nous qui sommes si préoccupés d’organisation… ?
Luc nous dit encore que tout ceci se passe dans la confiance : « ils confièrent ces hommes au Seigneur » ; ils leur ont donné des responsabilités : maintenant, à eux de « jouer », le Seigneur les accompagne. Les apôtres en sont bien convaincus ; ils l’expérimentent déjà pour eux-mêmes : la mission qu’ils assument n’est pas leur œuvre à eux tout seuls ; il suffit de reprendre le texte : « Ils s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie ». Ils ont été remis à la grâce de Dieu, et à leur tour ils viennent de remettre à la grâce de Dieu les responsables qu’ils ont désignés pour les jeunes communautés.
Luc continue : « Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. » Le rapprochement est intéressant : Luc parle ET de « l’œuvre que les Apôtres viennent d’accomplir » ET de « ce que Dieu avait fait avec eux » ; on ne peut pas dire plus clairement que la mission que Dieu confie aux croyants est une œuvre commune : œuvre de Dieu confiée à l’homme, œuvre de l’homme soutenu, accompagné, sans cesse inspiré par Dieu. Si nous nous souvenions en permanence que l’évangélisation est d’abord l’œuvre de Dieu, peut-être serions-nous plus sereins ?
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.
Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).
Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.
Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28. 31).
Tout cela signifie que dans ces Actes des Apôtres, “l’affaire Jésus continue”. Ce qui a été accompli par Jésus, en sa vie, son engagement, sa parole, sa mort, sa résurrection, et son ascension liée à la promesse de l’Esprit Saint, entre dans une nouvelle phase d’extension à toute l’humanité, depuis Jérusalem, la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre, selon l’ordre de Jésus lui-même (Actes, 1, 8). Les communautés de disciples sont désormais le “lieu” de la présence et de l’action de Jésus.
Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 35).
Selon cette présentation, nous en sommes maintenant dans l’ACTE 3, qui se déploie en 4 scènes : 1er voyage missionnaire de Paul (13, 1 - 14, 28), L’Assemblée apostolique de Jérusalem (15, 1 - 35), 2ème voyage missionnaire de Paul (15, 36 - 18, 23), 3ème voyage missionnaire de Paul (18, 24 - 21, 16).
Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage se continue la grande partie des Actes, traitant de la mission qui se déroule hors de Jérusalem (6, 1 - 15, 35), où il est question successivement des chrétiens d’origine Juive et de langue grecque, incluant le martyre d’Etienne, la persécution de ces disciples Héllénistes et leur dispersion, avec, comme conséquence, la prédication en Samarie de la Bonne Nouvelle de Jésus par Philippe (6, 1 - 8, 40). de la conversion de Saül (Paul) (9, 1 - 31), d’une mission de Pierre, incluant la première conversion d’un païen (9, 32 - 11, 18), la fondation de l’Eglise d’Antioche, suivie de la 1ère mission de Paul, et de l’Assemblée de Jérusalem, où seront abordées des questions nées de cette mission parmi les païens (11, 19 - 15, 35).
Envoyés par la Communauté d’Antioche de Syrie, qui prend de plus en plus d’ampleur face à Jérusalem, Barnabé et Saul-(Paul), accompagnés de Jean Marc, sont partis pour une première mission à l’extérieur, mission au cours de laquelle une très importante étape se trouve être une autre ville portant aussi le nom d’Antioche, et située, cette fois, en Pisidie.
C’est là que Paul, désormais désigné par son nom grec, et nommé en premier, donne l’un de ses grands discours rapportés par Luc dans les Actes des Apôtres, discours adressé à des Juifs et des païens sympathisants du Judaïsme, un jour de Sabbat, dans la synagogue. Mais les autorités Juives locales n’ont pas accepté le message de Paul et Barnabé, qu’ils ont fait chasser de leur ville. Au cours de leur étape suivante, à Iconium, Paul et Barnabé ont rencontré la même hostilité de la part des Juifs, qui se sont mis à les faire suivre, là où ils vont, pour entraver leur prédication du message de Jésus. Ce qu’ils vont réussir à faire, une fois de plus à Lystres, où, dans un premier temps, suite à un miracle de Paul, la foule avait commencé par traiter les deux apôtres comme des “dieux”, auxquels elle voulait offrir un sacrifice.
Message
Nous sommes témoins d’un changement éclair dans l’attitude des gens de Lystres, qui passent subitement de la quasi-adoration à la persécution, suite à l’arrivée de Juifs d’Antioche de Pisidie et d’Iconium, très hostiles à la mission de Paul et Barnabé. Voilà donc Paul lapidé, laissé pour mort, mais qui, néanmons se relève et va repartir. Derbé est le point final de leur voyage, où ils remplissent une mission qui nous est présentée comme fructueuse.
Sur le chemin inverse qu’ils prennent à leur retour vers Antioche de Syrie, Paul et Barnabé font de nouveau étape dans toutes les localités qu’ils ont évangélisées, pour y encourager les disciples qu’ils ont amenés à Jésus, les inviter à tenir bon face à l’hostilité qu’ils pourraient rencontrer, et organiser la vie de ces communautés locales en chargeant quelques “Anciens” d’en être collégialement responsables.
Finalement de retour à Antioche de Syrie, leur point de départ, ils y rendent compte de leur mission à la communauté qui les avait envoyés, cette mission ayant été accomplie avec la force de Dieu agissant en eux et par eux.
Decouvertes
Rappelons que Paul et Barnabé avaient su, à Lystres, profiter de cette tentative de leur offrir un sacrifice pour faire réfléchir ces païens sur le Dieu unique, créateur de l’univers, et dont la bonté peut se déceler dans tout ce que nous offre de bon la nature qui nous entoure.
Le changement d’attitude de la foule de Lystres à l’égard de Paul et Barnabé rappelle le retournement semblable de la foule de Jérusalem contre Jésus entre son entrée triomphale et le Vendredi de sa mort sur la croix (Luc, 19, 37 - 38 et 23, 18 - 21). Luc montre ainsi fortement à quel point le sort des disciples est identique à celui de leur maître.
Paul fait allusion à cette lapidation en 2 Corinthiens, 11, 25. Il a dû être sévèrement touché pour être ainsi cru mort, et traîné inanimé, tel un cadavre, hors de la ville : voulait-on ainsi remettre son corps à ses compagnons de voyage ? Autre allusion à la mort de Jésus et sa descente de croix (Luc, 23, 50 - 53) ? L’énergie de Paul qui se relève est très forte : Jésus ressuscité habite sa vie et lui donne force.
Démarche “courageuse” de Paul et Barnabé que de repasser ainsi dans les villes de Lystres, d’Iconium et d’Antioche de Pisidie, d’où ils avaient été chassés. Il semble toutefois que ce n’est pas pour une nouvelle mission ayant pour but de faire de nouveaux convertis à Jésus, mais simplement pour encourager les disciples existants et organiser la vie des communautés.
Comme ils avaient été eux-mêmes désignés par la communauté d’Antioche dans le jeûne et la prière, Paul et Barnabé désignent des “Anciens” dans les communautés de la même façon. Nous rencontrons un fonctionnement d’Eglise qui est déjà, dans les Actes, le même un peu partout (11, 30) : des communautés animées pour ainsi dire “collégialement” par un groupe, une “équipe” d’Anciens qui sont chargés du culte, de la charité, et de la qualité du témoignage des disciples.
C’est Dieu lui-même, par Jésus Ressuscité, et dans la force de l’Esprit répandu par Jésus, qui a agi à travers les comportements de Paul et de Barnabé. C’est ce que pense la communauté d’Antioche à qui Paul et Barnabé rendent compte de leur activité apostolique. Mais que va penser de cela l’autre communauté importante de l’Eglise : la “communauté-mère” de Jérusalem ?
Prolongement
Depuis la résurrection de Jésus, ses disciples, remplis de l’Esprit Saint, actualisent ce qui fut la mission, ou le ministère, de Jésus, mais dans des circonstances toujours nouvelles. Ils ont ainsi à reproduire l’engagement de Jésus à travers leurs gestes et leurs paroles : ils prêchent le Règne de Dieu accompli en Jésus, ils sont persécutés comme Jésus, et, comme ce fut le cas d’Etienne, ils meurent martyrs innocents à la façon de Jésus. Jésus nous a annoncé que nous serions, comme lui, persécutés (Jean, 15, 20), que nous, qui sommes ses serviteurs, aurions le même sort que le sien (Jean, 12, 26).
Cependant, notre mission de reproduire en toutes circonstances l’image de Jésus, ne peut se vivre, comme il nous l’a promis, que dans la force de son Esprit (Luc, 21, 12 - 19), qui nous fait le don de sa présence de Ressuscité, Vivant, glorifié (Romains, 8, 26 - 30). Il nous suffit de nous “laisser faire”, en remettant notre existence de chaque jour entre les mains de Jésus, en nous abondonant à lui dans la foi d’un coeur de “pauvre”, pour que notre vie devienne le “lieu ” visible de sa présence aujourd’hui en ce monde. Mettons-nous toute notre existence à sa disposition pour qu’elle devienne toujours davantage le “lieu” de sa manifestation aux hommes et femmes de notre temps ?
🙏 Seigneur Jésus, dès que tu as commencé d’appeler des disciples, tu les as formés et envoyés prendre part à ta mission, avant de les “lâcher” dans le monde, après ta résurrection, remplis intérieurement de ton Esprit, pour continuer ton oeuvre, et faire entrer dans la fin des temps, que tu as inaugurée une fois pour toutes, la totalité des hommes et des femmes de tous les temps qui ont suivi l’époque de ton histoire humaine : renouvelle en moi la force de ta présence, pour que je sache te proclamer, à temps et à contre temps, et quelles que puissent être les difficultés qui jalonnent mon parcours humain, comme l’unique Seigneur de ma vie, et rayonner ton image, afin d’attirer à te suivre tous ceux et celles que je rencontre sur mon chemin au fil de mes jours. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Le passage d’Ac 14, 19-28 se situe à la fin du premier voyage missionnaire de Paul et Barnabé, tel que Luc le raconte dans les Actes des Apôtres. Nous sommes probablement autour des années 47-48 de notre ère, dans les régions intérieures de l’Asie Mineure — la Lycaonie, la Pisidie, la Pamphylie — des zones rurales où cohabitent populations hellénisées, colonies romaines et communautés juives de la diaspora. Le genre littéraire est celui du récit de voyage missionnaire, un schéma que Luc affectionne : annonce, accueil ou rejet, fondation d’une communauté, départ. Mais ici, le schéma se complique par un retour en arrière : Paul et Barnabé repassent par les villes où ils ont été persécutés. Ce mouvement de retour est théologiquement capital : la mission ne consiste pas seulement à semer, mais à affermir (epistērizō, « consolider, rendre ferme ») ce qui a été semé. Les premiers destinataires de Luc — des chrétiens de la deuxième ou troisième génération — y trouvaient un modèle ecclésial : la communauté naissante a besoin de structure et de persévérance.
La scène inaugurale de la lapidation de Paul à Lystres est d’une violence brutale. On notera l’ironie narrative : au chapitre précédent (Ac 14, 11-13), les habitants de Lystres voulaient offrir un sacrifice à Paul et Barnabé, les prenant pour Hermès et Zeus ; maintenant, retournés par des Juifs venus d’Antioche de Pisidie et d’Iconium, ils lapident Paul. La versatilité des foules est un thème lucanien récurrent (on pense au récit de la Passion, où la foule passe de « Hosanna » à « Crucifie-le »). Le verbe lithobolēsantes (« ayant lapidé ») évoque inévitablement la lapidation d’Étienne (Ac 7, 58-59), à laquelle le jeune Saul avait consenti. Luc établit ainsi un parallèle typologique entre le persécuteur devenu persécuté. Paul est traîné hors de la ville (exyran exō tēs poleōs), comme Étienne, comme Jésus lui-même mené hors de Jérusalem. Le fait qu’il se relève quand les disciples « font cercle autour de lui » (kyklōsantōn) n’est pas présenté comme un miracle explicite, mais l’ambiguïté est voulue : Luc laisse entrevoir la puissance de résurrection à l’œuvre dans le corps même de l’apôtre.
La parole centrale du passage est cette déclaration programmatique : « Il nous faut (dei) passer par bien des épreuves (thlipseōn) pour entrer dans le royaume de Dieu. » Le dei lucanien est un marqueur théologique fort : il exprime la nécessité divine, le dessein de Dieu qui passe par l’épreuve. Ce n’est pas un fatalisme, mais une lecture théologique de l’histoire : la thlipsis (tribulation, pression, détresse) n’est pas un accident de parcours, elle est le chemin même du Royaume. On retrouve ici un écho de la parole de Jésus en Lc 24, 26 : « Ne fallait-il pas (ouchi edei) que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » La souffrance apostolique est ainsi comprise comme participation au mystère pascal. Pour des communautés du temps pascal qui entendent cette lecture, le message est clair : la résurrection ne supprime pas la tribulation, elle lui donne un sens.
L’institution des « Anciens » (presbyterous) dans chaque Église (kat’ ekklēsian) est un moment ecclésiologique décisif. Le terme cheirotoneō (« désigner en étendant la main », souvent traduit par « établir ») indique un geste d’investiture. Les spécialistes débattent : s’agit-il d’une réalité historique du premier voyage paulinien, ou d’une rétrojection par Luc des structures ecclésiales de son propre temps (années 80-90) ? Les épîtres authentiques de Paul ne mentionnent pas de presbyteroi dans ses communautés, alors que les Pastorales (1 Tm, Tt), plus tardives, en parlent abondamment. Quoi qu’il en soit du niveau historique, le texte lucanien affirme un principe : la mission engendre des communautés, et les communautés ont besoin de ministères stables. La prière et le jeûne qui accompagnent cette désignation inscrivent le ministère dans une dépendance radicale à l’égard du Seigneur.
Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les Actes des Apôtres (Homélie 30), s’émerveille du courage de Paul retournant dans les villes mêmes où il a été persécuté. Il y voit la preuve que l’apôtre ne cherchait ni la sécurité ni la gloire, mais uniquement l’affermissement des frères. Chrysostome insiste sur la pédagogie de la parole « il nous faut passer par bien des épreuves » : Paul n’adoucit pas le message, il prépare les disciples à la réalité du chemin chrétien, car une âme prévenue est une âme fortifiée. De son côté, Bède le Vénérable, dans son Commentaire sur les Actes des Apôtres, lit le retour de Paul et Barnabé à Antioche de Syrie comme une figure de l’Église qui rend compte de sa mission. L’expression « Dieu avait ouvert aux nations la porte de la foi » (thyran pisteōs) retient son attention : c’est Dieu qui ouvre, non les apôtres. Bède y voit l’affirmation que toute fécondité apostolique est grâce, et que le rapport missionnaire est d’abord un acte d’action de grâces.
La conclusion du récit — « ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux (met’ autōn) » — mérite une attention particulière. La préposition meta (« avec ») indique une synergie : Dieu n’agit pas sans les apôtres, ni les apôtres sans Dieu. L’ouverture de « la porte de la foi » (thyran pisteōs) aux nations est une métaphore que l’on retrouvera en 1 Co 16, 9 et 2 Co 2, 12, où Paul parle d’une « porte ouverte » pour l’Évangile. Cette image fait aussi écho à la parole de Jésus en Ap 3, 8 : « J’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer. » En contexte pascal, ce verset résonne avec force : la résurrection du Christ est l’ouverture définitive, la porte que ni la persécution ni la mort ne peuvent refermer. Le séjour final « un certain temps avec les disciples » (diatribō) à Antioche clôt le voyage sur une note de communion ecclésiale : la mission part de la communauté et y revient, enrichie de ce que Dieu a accompli.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi le courage de me relever et de retourner là où la vie m’a blessé, en sachant que tu fais route avec moi.
Composition de lieu — Tu es dans une ville d’Asie Mineure, Lystres. Chaleur sèche, poussière, pierres partout — celles des rues, celles qu’on ramasse. Imagine le bruit sourd des pierres qui frappent un corps. Puis le silence. Paul est étendu hors des murs, inerte. La foule se disperse. Restent quelques disciples, debout autour de lui, formant un cercle fragile, silencieux. Ils n’osent peut-être pas le toucher. Et puis Paul bouge, se relève. Il a de la terre et du sang sur le visage. Il rentre dans la ville.
Méditation — Le texte va vite, presque trop vite. Il y a une violence considérable — « ils lapidèrent Paul et le traînèrent hors de la ville, pensant qu’il était mort » — et aussitôt après : « il se releva et rentra dans la ville. » Pas de plainte, pas de récit de convalescence. Le lendemain, il repart. Plus étonnant encore : il retourne à Lystres, à Iconium, à Antioche de Pisidie — les villes mêmes d’où venaient ceux qui l’ont lapidé. Il revient sur ses pas. On pourrait appeler cela de la folie. Ou bien c’est autre chose : une liberté intérieure si profonde que la peur n’a plus le dernier mot.
Et que fait-il dans ces villes ? Il « affermit le courage des disciples ». Celui qui vient d’être laissé pour mort console. Celui qui porte les marques des pierres dans sa chair dit aux autres : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ce n’est pas une théorie sur la souffrance — c’est un homme couvert de bleus qui parle d’expérience. Remarque le « il nous faut » : il ne dit pas « il vous faut ». Il s’inclut. L’épreuve n’est pas une punition, c’est un passage. Quels sont les lieux de ta vie où tu as été « traîné hors des murs » ? Y es-tu retourné ?
Enfin, note la fin du récit : « Ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. » Pas pour eux, pas à travers eux — avec eux. C’est le mot d’une collaboration, d’un compagnonnage. Dieu n’a pas empêché les pierres. Mais il était là, dans le cercle des disciples, dans le relèvement, dans le retour. Et c’est lui qui a « ouvert aux nations la porte de la foi » — comme si chaque épreuve traversée était une porte qui s’ouvrait un peu plus.
Colloque — Seigneur, je ne suis pas Paul. Les pierres qui m’atteignent sont souvent invisibles — mais elles font mal quand même. Je voudrais avoir ce courage de me relever et de retourner là où ça brûle. Apprends-moi à voir que tu fais route avec moi, pas depuis un ciel lointain. Et quand je suis à terre, envoie-moi ces quelques disciples qui font cercle en silence — ce cercle qui suffit pour qu’on se relève.
Question pour la relecture : Dans ma prière, qu’est-ce qui a bougé quand j’ai entendu que Paul retourne dans les villes mêmes où il a souffert ? Y a-t-il un lieu, une relation, une situation où je suis invité à revenir plutôt qu’à fuir ?
🕊️ Psaume — 144 (145), 10-11, 12-13ab, 21 ↗
Lire le texte — 144 (145), 10-11, 12-13ab, 21
Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent ! Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits. Ils annonceront aux hommes tes exploits, la gloire et l’éclat de ton règne : ton règne, un règne éternel, ton empire, pour les âges des âges. Que ma bouche proclame les louanges du Seigneur ! Son nom très saint, que toute chair le bénisse toujours et à jamais !
✝️ Évangile — Jn 14, 27-31a ↗
Lire le texte — Jn 14, 27-31a
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car il vient, le prince du monde. Certes, sur moi il n’a aucune prise, mais il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que je fais comme le Père me l’a commandé. » – Acclamons la Parole de Dieu.
🎙️ Demeurez en moi, je demeure en vous (J234 · soir)
📘 Comprendre
Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain
Situation
L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.
En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :
-
LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),
-
LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).
Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.
Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).
A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.
Avec ce passage, nous sommes entrés dans le Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.
Ainsi, dans la Section 1, à laquelle appartient notre page de ce jour, nous distinguons 3 unités, en plus de l’introduction (13, 31 - 38) : - Unité 1 (14, 1 - 14 : Jésus est le chemin vers le Père pour tous ceux qui croient en lui), - Unité 2 (14, 15 - 24 : le Paraclet, Jésus, et le Père, vont venir chez tous ceux qui aiment Jésus), - Unité 3 (14, 25 - 31 : Dernières pensées de Jésus avant son départ).
Notre page se trouve dans l’Unité 3 de la Section 1.
Message
Au moment où il quitte les siens, Jésus leur laisse sa paix qui est une bénédiction anticipant la paix qu’il leur redonnera pleinement après sa résurrection (20, 19. 21. 26), en l’associant, cette fois, non seulement à la promesse (voir 14, 26 : le verset qui précède notre page), mais au don effectif, de l’Esprit Saint (20, 22). Cette paix sera donc présence de Jésus ressuscité et de son Esprit à ses disciples.
En conséquence, Jésus invite ses disciples à bannir toute crainte, puisqu’ainsi, dans le don définitif de cette paix, il reviendra vers eux. Ce qui doit leur être source de joie, puisque, si Jésus les quitte, c’est pour aller au Père, qui est la source et le terme de sa mission, et donc, à ce titre, est plus grand que lui.
Ce message, les disciples doivent l’accueillir dans la foi face au prince de ce monde, adversaire de Jésus et des siens, adversaire toutefois totalement impuissant devant l’obéissance toute aimante du Fils qu’est Jésus à l’égard de son Père, et par laquelle nous sommes sauvés.
Decouvertes
Dans l’Ancien Testament, des amis qui se séparent se souhaitent la paix les uns aux autres (1 Samuel, 20, 42 et 29, 6 - 7). De même, Jacob bénit ses fils à la fin de son discours d’adieux (Genèse, 49, 28).
Les Pères de l’Eglise ont beaucoup discuté de cette phrase prononcée par Jésus en ce discours : “le Père est plus grand que moi”, dans leur élaboration de la théologie du mystère de la Trinité de Dieu. Cette affirmation est à situer en relation, d’une part, avec la parfaite correspondance qui existe entre le Père et le Fils qu’est Jésus dans cet Evangile de Jean (Jean, 5, 19 - 30 et 10, 30), et, d’autre part, avec la totale soumission au Père, manifestée par Jésus tout au long de sa mission, et jusqu’à “l’humiliation” de sa mort sur la croix, même si sa crucifixion est, dans cet Evangile, présentée comme la 1ère étape de la montée de Jésus vers sa gloire (Jean, 19, 28 - 30 et 12, 49 - 50).
A propos du v. 29 sur l’annonce anticipée des événements à venir, qui invite les disciples à rapprocher les paroles prophétiques de Jésus des événements eux-mêmes, lorsqu’ils arriveront, voir également Jean, 2, 21 - 22; 7, 37 - 39; 13, 19; 16, 4.
Le “monde” et celui qui le régit n’ont aucun pouvoir ni aucun droit sur Jésus parce qu’il est sans péché (Jean, 8, 46 et 17, 14).
L’amour de Jésus pour le Père s’exprime dans sa parfaite obéissance à la volonté du Père (Jean, 4, 34; 5, 30; 6, 38).
Prolongement
Le mystère de l’excellence de Jésus le Christ est exprimé à travers le double abaissement du Verbe deDieu, dont il est inséparable, dans l’incarnation, d’une part, et dans la mort sur la croix, d’autre part, double abaissement qui s’ouvre à la glorification absolue au coeur du mystère de la divinité de Dieu :
5 Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus :
6 Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
7 Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme,
8 il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix !
9 Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,
11 et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu’il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.
21 Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.
1 Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu,
2 en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles.
3 Resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance, ce Fils qui soutient l’univers par sa parole puissante, ayant accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs,
4 devenu d’autant supérieur aux anges que le nom qu’il a reçu en héritage est incomparable au leur.
5 Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ? Et encore : Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils.
7 Tu l’as un moment abaissé au-dessous des anges. Tu l’as couronné de gloire et d’honneur.
8 Tu as tout mis sous ses pieds. Par le fait qu’il lui a tout soumis, il n’a rien laissé qui lui demeure insoumis. Actuellement, il est vrai, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis.
9 Mais celui qui a été abaissé un moment au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur, parce qu’il a souffert la mort : il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort.
10 Il convenait, en effet, que, voulant conduire à la gloire un grand nombre de fils, Celui pour qui et par qui sont toutes choses rendît parfait par des souffrances le chef qui devait les guider vers leur salut.
🙏 Seigneur Jésus, tu nous donnes ta paix, associée à ton retour avec l’Esprit Saint après ta mort-résurrection, et tu nous as promis ta présence permanente au coeur de nos vies, comme celui qui nous conduit sans cesse sur le chemin du Père, que tu es toi-même et que tu as tracé pour nous : accorde-moi la pauvreté du coeur qui, seule, te permet d’envahir mon existence, et de me saisir de l’intérieur, pour faire de moi un disciple et un frère, de façon à ce que tous mes comportements, dans l’histoire du monde d’aujourd’hui, deviennent autant de lieux de ta présence rayonnante. AMEN.
Éclairage exégétique — Synthèse IA
Jn 14, 27-31a appartient au premier des « discours d’adieu » de Jésus dans le quatrième évangile (chapitres 13-17), prononcé lors du dernier repas, avant la Passion. Le genre littéraire du discours d’adieu est bien attesté dans la littérature juive : le patriarche ou le maître, sachant sa mort proche, rassemble les siens, leur donne ses dernières instructions, les console et leur promet l’assistance divine (cf. le testament de Moïse en Dt 31-33, celui de Jacob en Gn 49). Jean reprend ce genre mais le transforme radicalement : Jésus ne lègue pas seulement des paroles, il se lègue lui-même à travers le don de la paix. Les destinataires johanniques, communauté probablement en tension avec la synagogue et menacée d’exclusion à la fin du Ier siècle, avaient besoin d’entendre que la paix du Christ subsiste indépendamment des circonstances extérieures.
Le verset d’ouverture est d’une densité remarquable : « Je vous laisse la paix (eirēnēn), je vous donne (didōmi) ma paix (tēn eirēnēn tēn emēn). » La répétition n’est pas redondance : le premier membre reprend la formule sémitique de salutation et de départ — shalom —, le second la transfigure par le possessif emēn (« la mienne »). Il ne s’agit pas de n’importe quelle paix, mais de celle qui appartient en propre à Jésus, celle qui découle de sa relation au Père. La précision « ce n’est pas à la manière du monde (ou kathōs ho kosmos didōsin) que je vous la donne » creuse un écart décisif : la paix du monde est absence de conflit, équilibre précaire, pax romana imposée par la force ; la paix du Christ est présence, communion, don de soi jusque dans la mort. Le verbe didōmi au présent indique un don actuel et permanent, non un vœu pieux.
« Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. » Cette phrase a suscité d’intenses débats théologiques. L’expression « le Père est plus grand que moi » (ho patēr meizōn mou estin) a été brandie par les ariens au IVe siècle pour nier la divinité pleine du Fils. Les Pères orthodoxes ont répondu de manières diverses mais convergentes. Augustin, dans son Traité sur l’Évangile de Jean (Tractatus 78), explique que le Père est « plus grand » que le Fils selon la nature humaine assumée dans l’Incarnation, non selon la nature divine où Père et Fils sont égaux ; le départ vers le Père est précisément le moment où l’humanité du Christ est glorifiée. Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur Jean (livre 10), propose une lecture complémentaire : le Père est « plus grand » en tant que source (archē) de la divinité — il engendre le Fils —, mais cette « grandeur » n’implique aucune infériorité de nature. Le Fils possède tout ce que le Père possède (Jn 16, 15). Ces deux lectures, loin de s’exclure, éclairent deux aspects du mystère : l’économie de l’Incarnation (Augustin) et la théologie trinitaire des relations d’origine (Cyrille).
L’invitation « que votre cœur ne soit pas bouleversé (mē tarassesthō) ni effrayé (mēde deiliatō) » reprend le verbe tarassō déjà utilisé en Jn 14, 1 et, de manière significative, pour décrire le trouble de Jésus lui-même devant la mort (Jn 11, 33 ; 12, 27 ; 13, 21). Jésus ne demande pas une impassibilité stoïcienne : lui-même a été « troublé ». Mais il offre un fondement qui traverse le trouble sans être détruit par lui. Le second verbe, deiliaō (« être lâche, céder à la peur »), est un hapax dans le Nouveau Testament johannique ; il connote non pas l’émotion naturelle de la crainte, mais la défaillance spirituelle, la tentation de renoncer. En temps pascal, cette parole s’adresse aux communautés qui savent que la résurrection n’a pas aboli la persécution — exactement ce que montrait la première lecture avec Paul lapidé à Lystres.
« Il vient, le prince du monde (ho tou kosmou archōn) » : cette figure, propre à la théologie johannique (cf. Jn 12, 31 ; 16, 11), désigne la puissance du mal personnifiée. L’expression archōn (« chef, prince ») a des connotations politiques et cosmiques. Mais la déclaration immédiate — « sur moi il n’a aucune prise (en emoi ouk echei ouden) » — est d’une force théologique considérable. Littéralement : « il n’a rien en moi », c’est-à-dire aucun point d’accroche, aucune complicité avec le péché. La Passion n’est pas une victoire du mal sur Jésus, mais l’acte libre par lequel Jésus manifeste son amour du Père : « il faut que le monde sache que j’aime le Père (agapō ton patera) ». Le verbe agapō ici appliqué à la relation Fils-Père est rare dans Jean (habituellement c’est le Père qui agapō le Fils) ; il révèle que la croix est la manifestation suprême de l’amour filial, l’obéissance (kathōs eneteilato moi ho patēr) non comme soumission servile mais comme communion d’amour.
L’intertextualité avec la première lecture est remarquable. Paul et Barnabé traversent des épreuves (thlipseis) que le « prince de ce monde » suscite à travers la persécution ; mais, comme Jésus, ils ne sont pas vaincus — Paul se relève après la lapidation. La paix que Jésus donne n’est pas l’absence de lapidation, mais la présence d’une force qui relève. De même, le dei (« il faut ») d’Ac 14, 22 fait écho au « il faut que le monde sache » de Jn 14, 31 : dans les deux cas, une nécessité divine est à l’œuvre, un dessein qui passe par l’épreuve pour atteindre la gloire. La « porte de la foi » ouverte aux nations dans les Actes est l’effet concret de cette paix donnée par le Christ : c’est parce que les apôtres ont reçu une paix que le monde ne peut ni donner ni reprendre qu’ils peuvent retourner dans les villes hostiles et y fonder des Églises.
Sur le plan des débats exégétiques contemporains, la question de la stratification du discours johannique reste vive. Certains chercheurs (R. E. Brown, R. Schnackenburg) voient en Jn 14, 31 (« Levez-vous, partons d’ici ») la conclusion originale du discours d’adieu, les chapitres 15-17 étant un ajout ultérieur de l’école johannique. D’autres (J. Zumstein) préfèrent parler d’une relecture théologique intégrée dès la rédaction finale. Quoi qu’il en soit, le verset 31a tel qu’il est lu dans la liturgie — sans l’injonction « Levez-vous, partons » — se termine sur l’affirmation de l’amour obéissant du Fils, laissant l’auditeur dans la contemplation de ce mystère : la croix comme acte d’amour, la paix comme fruit de cet amour, et la foi comme porte ouverte par celui que ni le prince du monde ni la lapidation ne peuvent retenir.
🔥 Contempler
Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de recevoir ta paix — celle qui n’est pas « à la manière du monde » — et de ne pas avoir peur de ton départ.
Composition de lieu — C’est le soir. Une pièce à l’étage, à Jérusalem. La lumière des lampes à huile sur les visages. On a mangé. Il reste du pain, du vin. Jésus parle, et sa voix a changé — elle est plus lente, plus grave. Il sait ce qui vient. Les disciples ne comprennent pas tout, mais ils sentent que quelque chose se ferme. L’air est lourd. Pierre a les yeux rouges. Jésus les regarde, un par un, et il dit : « Je vous laisse la paix. »
Méditation — Écoute les verbes que Jésus choisit. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » Laisser et donner — ce n’est pas la même chose. On laisse quelque chose quand on part. On donne quelque chose quand on est encore là. Jésus fait les deux en même temps. Il est déjà dans le départ et encore dans le don. Et il précise aussitôt : « Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » La paix du monde, c’est l’absence de conflit, la sécurité, le contrôle. La paix de Jésus, c’est autre chose — c’est une paix qui coexiste avec le bouleversement, avec l’épreuve, avec la croix qui approche. Une paix qui ne supprime pas la tempête mais qui tient dans la tempête.
Puis cette phrase surprenante : « Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père. » Cela peut heurter. Comment se réjouir du départ de celui qu’on aime ? Et pourtant, Jésus ne reproche pas — il ouvre un espace. Il dit : votre tristesse parle de vous, de votre manque. Ma joie parle du Père. Aimer vraiment, ce serait consentir à ce que l’autre aille là où il doit aller, même quand cela nous laisse seuls. Y a-t-il quelqu’un, quelque chose, que tu retiens au lieu de laisser aller vers le Père ? Qu’est-ce que cette phrase remue en toi ?
Et puis ce mot étrange sur le « prince du monde » : « Sur moi il n’a aucune prise. » Jésus est libre. Totalement libre. Non pas parce qu’il est tout-puissant, mais parce qu’il aime le Père et « fait comme le Père lui a commandé ». Sa liberté, c’est son obéissance — pas une obéissance servile, mais celle de quelqu’un qui sait exactement d’où il vient et où il va. Cette liberté-là est offerte aussi aux disciples. Elle est offerte ce soir, dans cette pièce. Elle t’est offerte maintenant.
Colloque — Jésus, ta paix me fait peur autant qu’elle m’attire. Ce n’est pas celle que je cherche d’habitude — moi je voudrais que rien ne bouge, que personne ne parte, que tout reste en place. Toi tu me donnes une paix qui tient debout au milieu de ce qui s’écroule. Apprends-moi à ne pas être « bouleversé ni effrayé ». Non pas en niant ce qui fait mal, mais en sachant que sur toi, la mort n’a aucune prise — et que tu m’emmènes avec toi vers le Père.
Question pour la relecture : À quel moment de ma prière ai-je senti quelque chose de cette paix « pas à la manière du monde » — ou au contraire, à quel moment ai-je résisté, préférant une paix plus confortable ?
🙏 Prier
Seigneur, en ce jour de Pâques qui continue, je te rends grâce pour ta manière de faire route avec nous — pas en nous épargnant les pierres, mais en nous relevant quand on nous croit morts.
Tu laisses ta paix et tu donnes ta paix, cette paix étrange qui ne ressemble à rien de ce que le monde promet, cette paix qui tient bon quand tout tremble.
Donne-moi le courage de Paul — celui de retourner là où ça fait mal, et la liberté de Jésus — celle de qui sait que le prince du monde n’a aucune prise. Ouvre en moi « la porte de la foi », cette porte que toi seul ouvres, à travers les épreuves traversées ensemble.
Et si je pars vers le Père en te suivant, que je sache que c’est là, exactement là, que se trouve la joie.
Amen.
🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour
La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.
🕯️ Entrer dans la prière
Nous sommes en plein temps pascal — ce temps où l’Église apprend à vivre avec un Christ qu’on ne retient plus, qui s’en va et qui pourtant reste, autrement. Les textes de ce jour te placent exactement dans cette tension.
D’un côté, les Actes te montrent Paul lapidé, laissé pour mort — et qui se relève. Littéralement. Comme un écho de Pâques inscrit dans un corps humain, meurtri, cabossé. Et ce Paul relevé retourne là où on l’a frappé. Il « affermit le courage » des autres en leur disant cette chose étrange : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » De l’autre côté, dans l’Évangile de Jean, Jésus prononce ses dernières paroles avant la Passion. Il parle de paix, de départ, de joie — et du « prince du monde » qui vient. On est au cœur du discours d’adieu, dans l’intimité du Cénacle.
Le fil rouge ? Quelque chose qui ressemble à un paradoxe : la paix n’est pas l’absence d’épreuve. Le relèvement passe par la traversée. Le départ de celui qu’on aime est le lieu même de la joie.
Avant d’entrer dans ces textes, prends un moment. Assieds-toi. Sens le poids de ton corps sur la chaise. Laisse retomber ce qui t’agite. Tu n’as rien à produire — seulement à recevoir. Commence peut-être par l’Évangile : écoute la voix de Jésus qui parle à voix basse, dans une pièce où l’on pressent la fin. Puis laisse les Actes te montrer ce que cette parole produit, concrètement, dans des vies humaines.