7ème Dimanche de Pâques (semaine III du Psautier)

7ème Semaine du Temps Pascal — Dimanche 17 mai 2026 · Année A · blanc

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée

🕯️ Entrer dans la prière

Nous voici dans ces jours étranges qui suivent l’Ascension : Jésus est parti, l’Esprit n’est pas encore descendu. Un entre-deux. La première lecture nous montre les Onze redescendant du mont des Oliviers, montant à la chambre haute, et là — « tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière ». C’est l’image même de l’Église naissante : un petit groupe qui attend, avec Marie. L’Évangile, lui, nous fait remonter avant la Passion : Jésus prie son Père, « l’heure est venue », et il prie pour les siens. Étonnant chiasme : aujourd’hui les disciples prient en bas pendant que Jésus, déjà glorifié, continue de prier en haut « pour ceux que tu m’as donnés ». La deuxième lecture ajoute une note plus rude : la communion aux souffrances du Christ. Aujourd’hui, laisse-toi conduire par ce mouvement : descends d’abord avec les Onze dans la chambre haute, puis lève les yeux avec Jésus. Avant de commencer, fais silence. Tu n’es pas seul à prier — Lui prie en toi.

📖 1ère lecture — Ac 1, 12-14

Lire le texte — Ac 1, 12-14

Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. – Parole du Seigneur.

📘 Comprendre

Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut

Pierre, Le Juif, Chez Le Païen Corneille

Pierre est à Césarée sur Mer (il y avait là effectivement une garnison romaine), et il est entré dans la maison de Corneille, un officier romain. Comment en est-il arrivé là ? Et que vient-il y faire ? En fait, si Pierre est là, c’est parce qu’il a été quelque peu bousculé par l’Esprit Saint. Il faut relire le récit de la vision de Joppé dans ce même chapitre des Actes. D’autre part, peu de temps auparavant, Pierre vient d’accomplir deux miracles : il a guéri un homme, Énée, à Lydda, et ensuite, il a ressuscité une femme, Tabitha, à Joppé (on dirait aujourd’hui Jaffa ; Ac 9,32-43). Ces deux miracles lui ont prouvé que le Seigneur ressuscité était avec lui et agissait à travers lui. Car Jésus avait bien annoncé que, comme lui, et en son nom, les apôtres chasseraient les démons, guériraient les malades, et ressusciteraient les morts.

Ce sont ces deux miracles qui ont donné à Pierre la force de franchir l’étape suivante, qui est décisive : il s’agit cette fois d’un miracle sur lui-même, si l’on peut dire ! Car, pour la première fois, contrairement à toute son éducation, à toutes ses certitudes, Pierre, le Juif, franchit le seuil d’un païen, Corneille, le centurion romain ; il est vrai que Corneille est un païen très ami des Juifs, on dit qu’il est un « craignant Dieu » ; c’est-à-dire un converti à la religion juive mais qui n’est pas allé jusqu’à en adopter toutes les pratiques, y compris la circoncision. Or la circoncision est la marque de l’Alliance ; donc un « craignant Dieu » reste un incirconcis, un païen. Et c’est chez ce païen, Corneille, que Pierre est entré et il y annonce la grande nouvelle : Jésus de Nazareth est ressuscité ! (Et, ce même jour, Corneille sera baptisé ainsi que toute sa famille.) Traduisez : l’Évangile est en train de déborder les frontières d’Israël !

On dit souvent que Paul est l’apôtre des païens, mais il faut rendre justice à Pierre : si l’on en croit les Actes des Apôtres, c’est lui qui a commencé, et à Césarée, justement, chez le centurion romain Corneille. Et ce que nous venons d’entendre, c’est donc le discours que Pierre a prononcé chez Corneille, en ce jour mémorable. Et sa dernière phrase est une véritable révolution : « Quiconque croit en lui (Jésus) reçoit par son nom le pardon de ses péchés. » Pierre vient de le comprendre : « Quiconque », cela veut dire « pas seulement les Juifs ». Même des païens peuvent entrer dans l’Alliance. Le salut a d’abord été annoncé à Israël, mais désormais il suffit de croire en Jésus-Christ pour recevoir le pardon de ses péchés, c’est-à-dire pour entrer dans l’Alliance avec Dieu. Et donc tout homme, même non-Juif (c’est le sens du mot « païen » ici), peut être baptisé au nom de Jésus. Visiblement, ce fut la grande découverte des premiers chrétiens, Paul et Pierre y insistent tous les deux : il suffit de croire en Jésus pour être sauvé !

Il Suffit De Croire En Jésus Pour Être Sauvé

L’ensemble du discours de Pierre chez Corneille est révélateur de l’état d’esprit des Apôtres dans les années qui ont suivi la Résurrection de Jésus. Ils avaient été les témoins privilégiés des paroles et des gestes de Jésus, et ils avaient peu à peu compris qu’il était le Messie que tout le peuple attendait. Et puis, il y avait eu le Vendredi-saint : Dieu avait laissé mourir Jésus de Nazareth ; certainement, Dieu n’aurait pas laissé mourir son Messie, son Envoyé ; leur déception avait été immense ; Jésus de Nazareth ne pouvait pas être le Messie.

Et puis ce fut le coup de tonnerre de la Résurrection : non, Dieu n’avait pas abandonné son Envoyé, il l’avait ressuscité. Et les Apôtres avaient eu de nombreuses rencontres avec Jésus vivant ; et maintenant, depuis l’Ascension et la Pentecôte, ils consacraient toutes leurs forces à l’annoncer à tous ; c’est très exactement ce que Pierre dit à Corneille : « Nous, (les Apôtres), nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour… Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. »

Il restera pour les Apôtres une tâche immense : si la résurrection de Jésus était la preuve qu’il était bien l’Envoyé de Dieu, elle n’expliquait pas pourquoi il avait fallu passer par cette mort infamante et cet abandon de tous. La plupart des gens attendaient un Messie qui serait un roi puissant, glorieux, chassant les Romains ; Jésus ne l’était pas. Quelques-uns imaginaient que le Messie serait un prêtre, il ne l’était pas non plus, il ne descendait pas de Lévi ; et l’on pourrait faire la liste de toutes les attentes déçues.

Alors les Apôtres ont entrepris un formidable travail de réflexion : ils ont relu toutes leurs Écritures, la Loi, les Prophètes et les Psaumes, pour essayer de comprendre. Il a fallu tout ce travail de relecture, après la Pentecôte, à la lumière de l’Esprit Saint, pour arriver à dire, comme le fait Pierre ici : « C’est à Jésus que tous les prophètes rendent témoignage… Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts ».

Un autre aspect tout à fait remarquable de ce discours de Pierre, c’est son insistance pour dire que c’est Dieu qui agit ! Jésus de Nazareth était un homme apparemment semblable à tous les autres, mortel comme tous les autres… eh bien, Dieu agissait en lui et à travers lui : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance, Dieu était avec lui, Dieu l’a ressuscité, Dieu lui a donné de se manifester à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, Dieu l’a établi Juge des vivants et des morts… »

Et la phrase qui résume tout cela : « Dieu lui a donné l’onction d’Esprit-Saint et de puissance. » Désormais, Pierre vient de le comprendre, tout homme, Juif ou païen, peut grâce à Jésus-Christ être lui aussi consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force !

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

Le Livre des Actes des Apôtres, écrit au cours des années 80 et après l’Evangile de Luc, dont il constitue la suite et un 2ème tome, nous offre le récit, unique dans tout le Nouveau Testament, du passage du message chrétien de la Palestine rurale au monde méditerrranéen gréco-latin fort urbanisé. Il a donc pour auteur celui qui a écrit l’Evangile dit de Luc, et il est dédicacé au même “Théophile”.

Les spécialistes demeurent néanmoins fortement divisés sur l’attribution ou non de ce livre à Luc, le companion Antiochien de Paul (Colossiens, 4, 14 et Philémon, 23), qui, depuis une antiquité très ancienne, est considéré comme l’auteur de ce Livre des Actes, en raison particulièrement d’un certain nombre de passages de ce Livre où il raconte les événements en cours en employant le pluriel “Nous” (Actes, 15, 36 - 18, 28).

Il existe, en effet, de grandes différences entre le portrait de Paul, dans les Actes des Apôtres, et celui que l’on déduit d’une lecture attentive des lettres authentiques de Paul, et cela au point que l’on se demande comment Luc, s’il a été vraiment un companion de Paul et a écrit les Actes, ait pu brosser un tableau de l’apôtre Paul si différent de celui que nous découvrons par ailleurs. Même si l’attribution à Luc de ce Livre, et de l’Evangile qui le précède, semble demeurer la moins mauvaise hypothèse, on ne parvient pas à rendre compte d’une telle différence dans la présentation de la personnalité et des idées de l’apôtre Paul.

Ce Livre des Actes commence avec une introduction sur les tout premiers débuts de la communauté écclésiale (1, 1 - 26), puis il nous décrit la mission à Jérusalem (2, 1 - 5, 42), suivie de la mission au-delà de Jérusalem et de la Palestine même (réalisée pas les Héllénistes Juifs devenus chrétiens, puis suite à la conversion de Saül de Tarse, devenu Paul, une mission de Pierre auprès de païens et en terre païenne, le premier voyage de Paul et les problèmes liés à l’entrée de païens en grand nombre dans l’Eglise, dont a dû traiter l’Assemblée de Jérusalem : 6, 1 - 15, 35), enfin le rapprochement progressif de Paul vers Rome, où se termine le récit des Actes, après sa mission en Europe et à Ephèse, et son retour à Jérusalem où il est arrêté dans le Temple (15, 36 - 28, 31).

Une autre manière d’analyser le contenu des Actes des apôtres est d’en suivre le déroulement à la façon d’un drame en 4 actes : - ACTE 1 : L’Eglise à Jérusalem (2, 1 - 7, 60), - ACTE 2 : L’Eglise dispersée, en Samarie et à Antioche (8, 1 - 12, 25), - ACTE 3 : Paul le missionnaire (13, 1 - 21, 16), - ACTE 4 (Paul le prisonnier (21, 17 - 28, 31).

Mais, si nous suivons la première répartition indiquée plus haut, avec notre passage s’ouvre le Livre des Actes des Apôtres en son tout début et introduction.

Message

Luc ouvre le deuxième livre de son oeuvre unique, les Actes des Apôtres, qui font suite à son Evangile, en s’adressant de nouveau à son destinataire, Théophile, comme il l’avait fait tout au début de son Evangile. Mais, cette fois, pour lui résumer en une phrase tout ce qu’a été le ministère de Jésus, en paroles et en actes, depuis son commencement jusqu’au moment de la remontée au ciel du Ressuscité.

Toute la suite de notre passage est la reprise détaillée de cette affirmation initiale, reprise qui nous surprend d’autant plus que, dans la dernière page de son Evangile, Luc avait fait coïncider l’Ascension de Jésus avec son apparition aux apôtres le soir de Pâques. Ce qui veut dire que par cette reprise détaillée, Luc veut nous transmettre un message différent et complémentaire.

S’il nous faisait découvrir en son Evangile, que la résurrection de Jésus, son Ascension et le don de l’Esprit constituent un seul et unique événement, concluant le parcours terrestre de Jésus (comme nous le constatons également à la fin de l’Evangile de Jean où il nous est dit que le Ressuscité donne son Esprit aux apôtres le même soir de Pâques : voir Jean, 20), il nous déploie ici cet événement sur une durée symbolique de 50 jours (40 jours pour l’Ascension, avec, en plus, 10 jours pour la Pentecôte), pour nous faire comprendre la signification de cet événement unique pour les disciples de Jésus jusqu’à nous aujourd’hui.

Ce qui veut dire que les 40 jours, ainsi que la mention de la Fête de la Pentecôte, doivent être interprétés selon leur signification symbolique : le temps suffisant d’une action de Dieu pour les 40 jours, le moment de la récolte des fruits pour la Pentecôte.

De ce point de vue, notre passage nous montre, d’une part, que les quelques apparitions de Jésus Ressuscité ont suffi pour convaincre ses disciples de sa transfiguration corporelle en la gloire de Dieu après sa mort, et que, d’autre part, par sa Résurrection et ses apparitions transitoires, qui donc se terminent (même si le Ressuscité se manifestera de nouveau à Saül-Paul, lors de sa conversion), Jésus Ressuscité n’est plus dans notre monde en son existence physique humaine historique, mais appartient entièrement désormais au monde de Dieu en son humanité ressuscitée.

Le message de cette page est donc pour nous des plus clairs :si la mission humaine de Jésus est maintenant terminée, nous avons, nous ses disciples, à la poursuivre en la rendant présente en notre temps. Mais cela ne nous est possible que dans un nouveau type de présence de Jésus en son absence, et ce, par l’Esprit Saint qu’il nous envoie, et qui seul peut nous permettre de porter du fruit dans cette mission qui n’est jamais la nôtre, mais qui demeure celle-là même de Jésus. Jésus continue ainsi d’agir à travers nous, et nous avons à vivre sa mission au présent et le regard tourné vers l’avenir, en reproduisant les gestes, paroles et attitudes de son existence humaine aujourd’hui terminée, et dont son retour, annoncé et attendu, en gloire à la fin ultime de l’histoire des hommes, marquera le terme définitif.

Decouvertes

On ne sait pas si “Théophile”, à qui Luc adresse les deux Livres de son oeuvre, est une personne bien précise de ses connaissances ou simplement un personnage fictif, dont le Nom signifie “qui aime Dieu” ou “aimé de Dieu”, et qui serait le “type” de tout disciple de Jésus.

Les deux interventions des disciples de Jésus en cette page traduisent bien le fait que, selon ce récit, ils n’ont pas encore reçu l’Esprit de Jésus et du Père , qui les transformera intérieurement et leur fera comprendre le sens de la mission de Jésus : d’une part, quand ils lui demandent s’il va rétablir le Royaume d’Israël, ils se situent toujours au niveau de l’espérance Juive d’un Messie terrestre devant régner 1000 ou 10000 ans sur notre terre, en libérant son peuple, et non pas au niveau du dépassement annoncé et réalisé par Jésus. D’autre part, quand ils restent, stupéfaits, à regarder vers le ciel après la disparition du Ressuscité, ils demeurent tournés vers le passé et non vers l’avenir de leur mission.

A noter qu’une fois de plus, comme dans tous les Evangiles, Jésus ne répond jamais à aucune demande de date ou de moment ou de signe évident, mais renvoie toujours au mystère de Dieu, son Père, auquel nous devons faire confiance.

A plusieurs reprises, donc, en cette page, il est rappelé aux apôtres qu’ils ne pourront entrer dans le salut et la mission de Jésus qu’une fois baptisés dans l’Esprit Saint, comme Jésus l’avait été lui-même. En d’autres termes, sans l’Esprit Saint, rien ne nous est possible selon le plan de Dieu et la mission de Jésus.

Jésus leur annonce qu’ils sont envoyés dans une mission qui commencera dès leur réception du don de l’Esprit, et qui sera progressivement universelle : à Jérusalem d’abord, puis au-delà de la Judée, en Samarie, puis jusqu’aux extrémités de la terre. Et ainsi Luc nous annonce-t-il le plan possible de son Livre, où nous allons voir toute cette prédiction et consigne de Jésus se réaliser.

Jésus monte au ciel dans une nuée qui symbolise le monde unique de Dieu dans lequel il est entré. S’il nous est annoncé qu’il reviendra à la fin ultime des temps, et de la même façon, c’est-à-dire dans sa gloire de Ressuscité, le fait qu’il demande à ses disciples d’être ses témoins indique qu’il leur appartiendra de le rendre présent, agissant et visible à travers leur existence humaine vécue à son image, et ce, jusqu’à la fin de l’histoire, et à chaque période de la vie de l’humanité.

Prolongement

Quelle que soit la manière et les différents points de vue selon laquelle elles nous sont présentées, l’action et la mission de Jésus sont uniques, et tous les Livres du Nouveau Testament, chacun à sa façon, ne font que nous répéter ce message de façon constante.

Avec le parcours historique de Jésus jusqu’en sa Réssurrection, son ascension et le don de l’Esprit Saint, tout le plan de Dieu est définitivement accompli, la fin des temps est inaugurée,et il nous appartient de rendre tout cela présent et visible à notre époque.

Jésus, saisi dans la gloire de Dieu en son humanité ressuscitée, continue d’être présent parmi nous, et cela autrement, en son Esprit Saint, sans lequel rien ne nous est possible :

30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : ” C’est achevé ” et, inclinant la tête, il remit l’esprit.

Mt 28:18- S’avançant, Jésus (Ressuscité) leur dit ces paroles : ” Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.

19 Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

20 et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde.

20 Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. ”

3 C’est pourquoi, je vous le déclare : personne, parlant avec l’Esprit de Dieu, ne dit : ” Anathème à Jésus ”, et nul ne peut dire : ” Jésus est Seigneur ”, s’il n’est avec l’Esprit Saint.

5 Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné.

14 En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.

15 Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père !

16 L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu.

17 Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui.

🙏 Seigneur Jésus, entré totalement dans le monde de Dieu en ton humanité ressuscitée et transfigurée, tu demeures présent et agissant au coeur de nos vies, dans le don de ton Esprit que tu nous partages, et c’est ainsi que tu nous transformes, nous saisis, et nous envoies te représenter visiblement auprès de l’humanité de notre temps, chargés d’y reproduire ta Parole et ton action de salut, de façon à ce que tous puissent en bénéficier et parvenir à te rencontrer : aide-moi à mener mon existence en la rendant totalement disponible à ta présence et à ta mission agissantes en moi, en tous les instants de ma vie quotidienne. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Ce bref passage des Actes des Apôtres ouvre le récit lucanien de l’Église naissante en la situant dans un entre-deux décisif : entre l’Ascension qui vient d’avoir lieu (Ac 1, 6-11) et la Pentecôte qui surviendra au chapitre 2. Luc, écrivant probablement dans les années 80, construit son diptyque (Évangile-Actes) selon une géographie théologique précise : Jérusalem est le centre d’où la Parole rayonnera jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1, 8). Le « mont des Oliviers », distant d’environ 1100 mètres de la ville, correspond bien à la « distance d’un sabbat » (sabbatou hodos), notation qui ancre le récit dans la halakha juive (cf. Ex 16, 29 ; Nb 35, 5) et témoigne que la communauté primitive vit encore dans l’observance.

La « chambre haute » (hyperôon) où se tiennent les Onze est probablement la même que celle de la dernière Cène (Lc 22, 12) et de l’apparition du Ressuscité (Lc 24, 33-49) : Luc tisse ainsi une continuité spatiale entre la Pâque, la Résurrection et la Pentecôte. La liste des Onze présente une particularité remarquable : Pierre y est nommé en tête, mais Jean est avancé en deuxième position (alors qu’en Lc 6, 14-16 il était quatrième), reflet sans doute de son rôle déjà central dans la communauté primitive. L’absence de Judas, suivie immédiatement par le récit de son remplacement (Ac 1, 15-26), souligne la nécessité de reconstituer le collège des Douze, signe eschatologique des douze tribus restaurées d’Israël.

L’expression « d’un même cœur » (homothymadon) est un mot-clé du début des Actes (1, 14 ; 2, 46 ; 4, 24 ; 5, 12) : terme rare dans la Septante, fréquent chez Luc, il désigne une unanimité non seulement affective mais ecclésiale, fondement de la koinônia chrétienne. Cette unanimité s’exprime dans la « persévérance dans la prière » (proskarterountes tê proseuchê), participe présent qui suggère une attitude durable, presque liturgique, préparant la descente de l’Esprit. La prière n’est pas ici simple disposition pieuse mais véritable matrice de la Pentecôte.

Origène, dans son Commentaire sur Jean (livre VI), souligne que cette assiduité commune à la prière constitue le « véritable sacrifice spirituel » des Apôtres, qui apprennent à devenir un seul corps avant de recevoir l’Esprit qui les rendra témoins. Pour lui, la chambre haute est figure de l’élévation de l’âme qui, détachée des choses terrestres, attend le don d’en haut. Saint Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les Actes (Homélie IV), insiste avec force sur le fait que les Apôtres ne se précipitent pas pour prêcher : « Ils ne se dispersent pas, ils ne se relâchent pas, mais ils persévèrent dans la prière. Vois la philosophie des hommes ! » Pour Chrysostome, cette attente priante est une leçon contre toute précipitation apostolique : l’œuvre de Dieu commence par l’écoute et la supplication.

La mention de Marie, « mère de Jésus », est unique dans les Actes — c’est la seule fois où elle apparaît nommément. Luc la place au cœur de la communauté priante, prolongeant ainsi sa présence en Lc 1-2 : celle qui avait reçu l’Esprit lors de l’Annonciation (Lc 1, 35) intercède maintenant pour que l’Église entière le reçoive. Saint Bède le Vénérable, dans ses Commentaires sur les Actes, voit en Marie le « principe de l’Église » : « Là où elle est présente, là descend l’Esprit ; car elle a été la première demeure du Verbe. » Cette typologie nourrira une longue tradition mariale qui culminera dans la liturgie byzantine et dans le titre marial de « Reine des Apôtres ».

Les « frères » de Jésus posent un problème exégétique classique. Le terme grec adelphoi peut désigner, selon l’usage sémitique reflété dans la Septante (cf. Gn 13, 8 ; 14, 14 où Loth, neveu d’Abraham, est appelé son « frère »), une parenté large. Jérôme, dans son traité Contre Helvidius, défend l’interprétation traditionnelle (cousins ou parents proches) à partir de la comparaison avec Mc 15, 40 où « Marie mère de Jacques et de Joset » est distinguée de la mère de Jésus. Les exégètes modernes restent divisés : certains protestants y voient des frères utérins (enfants de Marie après Jésus), tandis que la tradition catholique et orthodoxe maintient la virginité perpétuelle de Marie. Ce qui frappe surtout Luc, c’est que ces « frères », sceptiques pendant le ministère public (cf. Jn 7, 5), sont désormais intégrés à la communauté : l’incrédulité familiale a cédé devant la foi pascale, et Jacques deviendra une figure majeure de l’Église de Jérusalem (Ac 15 ; Ga 1, 19).

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de tenir, comme Marie et les Onze, dans cette prière patiente et unanime, quand tu sembles parti et que l’Esprit n’est pas encore venu.

Composition de lieu — Tu montes l’escalier étroit qui mène à la chambre haute. La porte se referme derrière toi. Une grande pièce, presque vide, des nattes au sol, une lampe à huile peut-être. Onze hommes, des femmes, et au milieu Marie — silencieuse. On entend la rumeur de Jérusalem en bas, mais ici, le silence. Une fenêtre laisse entrer la lumière du soir. Personne ne parle beaucoup. On respire. On attend. Sens l’odeur de la pierre fraîche, le grain du bois, la chaleur des corps assemblés.

Méditation — Luc prend soin de nommer chacun : « Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas… » Il les compte un à un, comme on compte les survivants après une tempête. Ils sont là, tous. Celui qui a renié, celui qui a douté, celui qui a fui. Et puis, glissée à la fin de la liste comme une discrète évidence : « Marie la mère de Jésus ». Elle ne dit rien. Elle est là. « D’un même cœur, assidus à la prière » — homothumadon, le mot grec dit l’unanimité, le souffle accordé. Avant la Pentecôte, il y a cette neuvaine silencieuse.

Reste sur ce mot : « assidus ». Pas extatiques, pas brûlants. Assidus. Ils ne savent pas ce qui va venir, ils ne savent pas quand. Ils tiennent. Quelle est ta façon, à toi, de tenir dans la prière quand rien ne se passe ? Quand Jésus semble être parti et que l’Esprit ne descend pas encore ? Y a-t-il une chambre haute dans ta vie — un lieu, un temps, une fidélité quotidienne où tu te tiens, même sans goût ?

Remarque ceci : ils sont « avec Marie ». Pas autour d’elle, pas sous sa direction — avec. Marie est la femme de l’attente fidèle ; elle a déjà attendu l’Esprit à Nazareth, elle a déjà tenu près de la Croix. Elle sait attendre. Aujourd’hui, demande-lui simplement de t’apprendre à attendre.

Colloque — Seigneur, j’ai du mal avec l’attente. Je voudrais des certitudes, des signes, des sensations. Toi, tu m’invites à m’asseoir dans la chambre haute, sans savoir. À tenir avec d’autres — même ceux que je n’aurais pas choisis. Apprends-moi à prier avec, et pas seulement seul. Et toi, Marie, toi qui as su attendre l’Esprit en silence, prends-moi près de toi ce matin. Je n’ai rien à dire. Je veux juste être là.

Question pour la relecture : Qu’est-ce qui, dans ma vie, ressemble à cette « chambre haute » — ce lieu d’attente fidèle ? Et qu’est-ce qui me fait fuir l’attente ?

🕊️ Psaume — Ps 26 (27), 1, 4, 7-8

Lire le texte — Ps 26 (27), 1, 4, 7-8

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? J’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche : habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple. Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. »

📘 Comprendre

Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut

Je Vivrai, Pour Annoncer Les Actions Du Seigneur

Si l’on ne veut pas faire d’anachronisme, il faut admettre que ce psaume n’a pas été écrit d’abord pour Jésus-Christ ! Comme tous les psaumes, il a été composé, des siècles avant le Christ, pour être chanté au Temple de Jérusalem. Comme tous les psaumes aussi, il redit toute l’histoire d’Israël, cette longue histoire d’Alliance : c’est cela qu’on appelle « l’œuvre du SEIGNEUR, la merveille devant nos yeux … ». C’est l’expérience qui fait dire au peuple élu : oui, vraiment, l’amour de Dieu est éternel ! Dieu a accompagné son peuple tout au long de son histoire, et toujours il l’a sauvé de ses épreuves.

On a là un écho du chant de victoire que le peuple libéré d’Égypte a entonné après le passage de la Mer Rouge : « Ma force et mon chant, c’est le SEIGNEUR, il est pour moi le salut » (Ex 15,1). Les mots « œuvre » ou « merveille » sont toujours dans la Bible une allusion à la libération d’Égypte. Et quand je dis « allusion », le mot est trop faible, c’est un « faire mémoire » au sens fort de ressourcement dans la mémoire commune du peuple.

« Le bras du SEIGNEUR se lève, Le bras du SEIGNEUR est fort », c’est aussi un faire mémoire de la libération d’Égypte. Et cette œuvre de libération de Dieu n’est pas seulement celle d’un jour, elle est permanente, on l’a sans cesse expérimentée. C’est vraiment d’expérience qu’Israël peut le dire : « Éternel est son amour ».

Et c’est cet amour éternel de Dieu qui fonde l’espérance : car, chaque fois qu’on chante les libérations du passé, c’est aussi et surtout pour y puiser la force d’attendre celles de l’avenir ; Dieu enverra son Messie et enfin on connaîtra le bonheur promis ; enfin le peuple élu et avec lui l’humanité tout entière connaîtront la paix et la justice. On en est loin encore quand ce psaume est composé… et aujourd’hui encore !

Mais notre lointain ancêtre qui écrit ce psaume sait que Dieu est capable de transformer toutes les situations, y compris les situations de mort en situations de vie : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du SEIGNEUR ». C’est l’action de grâce du peuple qui a frôlé la mort et rend grâce pour sa libération. À l’heure où ce psaume est écrit, cela ne signifie pas une croyance en la résurrection ; nous savons bien que la foi en la résurrection n’est apparue que très tardivement en Israël ; cette affirmation « Non, je ne mourrai pas, je vivrai » est une réelle profession de foi, mais d’un autre ordre : c’est la certitude que Dieu n’abandonnera jamais son peuple : même dans les pires situations, quand l’avenir du peuple est compromis, on sait de façon absolument certaine que Dieu le fera survivre. Car la vocation de ce peuple, c’est précisément de vivre pour « annoncer les actions du SEIGNEUR ».

La Pierre Qu’Ont Rejetée Les Bâtisseurs Est Devenue La Pierre D’Angle

Pour donner une idée de ces retournements que Dieu est capable d’opérer, on emprunte le langage des architectes : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Quand ce psaume est composé, ce n’est pas la première fois qu’on emploie l’image de la pierre angulaire pour parler de l’œuvre de Dieu : Isaïe l’avait déjà fait (au chapitre 28).

Dans une période où la société de Jérusalem se dégradait, où régnaient partout le mensonge, l’injustice, la corruption, le mépris des commandements de Dieu, le prophète rappelait qu’on récolte ce qu’on a semé : une telle société court inévitablement à sa perte. Isaïe avait dit alors quelque chose comme ‘Vous vous appuyez sur du vent. Vous savez bien pourtant que le droit et la justice sont les seules valeurs sûres… Vous êtes comme des bâtisseurs qui choisiraient les plus mauvaises pierres pour faire les fondations ! Et qui rejetteraient systématiquement les bonnes pierres bien solides’ (traduisez les vraies valeurs).

Mais un prophète ne reste jamais sur du négatif ! Car Dieu n’abandonne jamais son peuple… La construction est mal engagée ? Les architectes auxquels il l’avait confiée ont mal travaillé ? Qu’à cela ne tienne… Dieu va reprendre lui-même la direction des opérations. Il va rétablir le droit et la justice à Jérusalem. Il le fera comme un architecte, il va en quelque sorte rebâtir sa ville ! Mais sur des bases saines, cette fois.

Voici ce passage d’Isaïe : » Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu : Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d’angle, une véritable pierre de fondement. Celui qui croit ne s’inquiètera pas. Je prendrai le droit comme cordeau, et la justice comme fil à plomb. » (Is 28,16).

Notre psaume reprend cette image de la pierre angulaire et il la précise pour annoncer le retournement spectaculaire que Dieu va opérer. C’est sur toutes ces valeurs méprisées par les mauvais gouvernants que Dieu va bâtir une société nouvelle ; mieux, c’est de tous les petits, les humbles, les méprisés, qu’il va faire naître le peuple nouveau ! « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

Jésus lui-même a cité à son propre sujet cette parole prophétique « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » dans la parabole des vignerons homicides (qui tuent le fils du propriétaire) ; on trouve cette parabole dans les trois évangiles synoptiques : ce qui prouve l’importance de ce thème dans la première génération chrétienne (Mt 21,33-46 ; Mc 12,1-12 ; Lc 20,9-19).

C’est donc tout naturellement que ce psaume est devenu l’exultation pascale par excellence. Le Christ est cette pierre méprisée, rejetée par les bâtisseurs : il est devenu la pierre d’angle, la pierre de fondation de l’humanité nouvelle. Désormais, l’humanité libérée de la mort peut chanter avec lui : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du SEIGNEUR. »

📖 2e lecture — 1 P 4, 13-16

Lire le texte — 1 P 4, 13-16

Bien-aimés, dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera. Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Que personne d’entre vous, en effet, n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme agitateur. Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là. – Parole du Seigneur.

📘 Comprendre

Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut

Ressuscités Avec Le Christ

Tout d’abord, il faut nous habituer au vocabulaire de saint Paul ; par exemple, nous pouvons être un peu surpris d’entendre : « Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes passés par la mort ». À vrai dire, si nous sommes là, vous et moi, aujourd’hui, c’est que nous sommes bien vivants… c’est-à-dire pas encore morts… et encore moins ressuscités ! Il faut croire que les mots n’ont pas le même sens pour Paul que pour nous ! Car, pour lui, depuis ce fameux matin de Pâques, plus rien n’est comme avant.

Autre problème de vocabulaire : « Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre. » Il ne s’agit pas, en fait, de choses (qu’elles soient d’en-haut ou d’en-bas), il s’agit de conduites, de manières de vivre… Ce que Paul appelle les « réalités d’en-haut », il le dit dans les versets suivants, c’est la bienveillance, l’humilité, la douceur, la patience, le pardon mutuel… Ce qu’il appelle les réalités terrestres, c’est la débauche, l’impureté, la passion, la cupidité, la convoitise… Notre vie tout entière est dans cette tension : notre transformation, notre résurrection est déjà accomplie en Christ mais il nous reste à égrener cette réalité profonde, très concrètement au long des jours.

Si on continuait la lecture, on trouverait cette expression : « Vous vous êtes revêtus de l’homme nouveau » (Col 3,10) ; et un peu plus loin « puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » (Col 3,12). Il me semble que c’est le meilleur commentaire du passage que nous lisons aujourd’hui. « Vous avez revêtu », c’est déjà fait… » revêtez », c’est encore à faire.

Nous retrouvons cette tension dans tout le reste de la prédication de Paul et en particulier dans cette même lettre aux Colossiens : « Vous étiez jadis étrangers à Dieu, et même ses ennemis, par vos pensées et vos actes mauvais. Mais maintenant, Dieu vous a réconciliés avec lui, dans le corps du Christ… Cela se réalise si vous restez solidement fondés dans la foi, sans vous détourner de l’espérance que vous avez reçue en écoutant l’Évangile… que personne ne vous égare par des arguments trop habiles. Menez donc votre vie dans le Christ Jésus, le Seigneur, tel que vous l’avez reçu. Soyez enracinés, édifiés en lui, restez fermes dans la foi, comme on vous l’a enseigné… Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ… Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. » (Col 1,21… 2,12).

Purifiez-Vous Des Vieux Ferments

Il ne s’agit donc pas de vivre une autre vie que la vie ordinaire, mais de vivre autrement la vie ordinaire ; sachant que cet « autrement » est désormais possible, car c’est l’Esprit-Saint qui nous en rend capables.  Le même Paul dira à peine plus loin, dans cette même lettre : « Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. » (Col 3,17). C’est ce monde-ci qui est promis au Royaume, il ne s’agit donc pas de le mépriser mais de le vivre déjà comme la semence du Royaume. Il n’est pas question de dénigrer les réalités terrestres ! Dieu nous les a confiées, au contraire, à nous de les transfigurer.

C’est dans cet esprit que Paul nous invite à être une pâte nouvelle : « Purifiez-vous donc des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. » Ici, il fait allusion au rite des Azymes ; chaque année, au moment où l’on s’apprête à partager l’agneau pascal, on prend bien soin de nettoyer les maisons de toute trace du levain de la récolte de l’année dernière ; le repas de la nuit pascale (le seder) est accompagné de galettes de pain non levé (le pain azyme) et dans la semaine qui suit on continue à manger du pain sans levain en attendant d’avoir pu laisser fermenter le levain nouveau.

Les deux rites de l’agneau pascal et des Azymes étaient liés dans la célébration de la Pâque ; et Paul les lie dans son raisonnement : « Purifiez-vous des vieux ferments… notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. » Paul fait donc référence à toute la symbolique de la fête pascale juive et il l’applique à la Pâque des chrétiens ; il n’a pas une seconde l’impression de changer le sens de la fête juive en parlant de la Pâque du Christ : au contraire, il voit dans la Résurrection du Christ le parfait achèvement du combat de libération que rappelait chaque année la Pâque juive.

Pour Paul, c’est une évidence : en Jésus l’ancienne fête des Azymes n’a pas perdu sa signification ; au contraire, elle trouve son sens plénier : la Pâque des chrétiens est bien la fête de la libération, mais, désormais, la libération est définitive. Par sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ a triomphé des pires chaînes, celles de la mort et de la haine. Et cette libération est contagieuse ; comme dit Paul, « un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ». L’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde fera irrésistiblement « lever » comme une pâte l’humanité tout entière.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

La Première Lettre de Pierre, datée le plus souvent entre 60 et 90, s’adresse aux chrétiens d’Asie Mineure (1 P 1, 1) confrontés à des hostilités locales — non encore une persécution d’État systématique, mais un climat d’insultes, de calomnies et de marginalisation sociale. Le passage que nous lisons appartient à la dernière grande exhortation de la lettre (4, 12 — 5, 11), où Pierre tire les conséquences pratiques de la christologie pascale développée dans la première partie. La question pastorale est brûlante : comment vivre la souffrance subie « pour le Nom » sans se laisser abattre ?

L’exhortation s’ouvre sur un paradoxe johanno-paulinien : « réjouissez-vous » (chairete) dans la mesure où vous « communiez » (koinôneite) aux souffrances du Christ. Le verbe koinôneô est théologiquement chargé : il ne signifie pas seulement « participer » à un événement extérieur, mais entrer dans une véritable communion ontologique avec les pathêmata Christou (les souffrances du Christ). On reconnaît ici l’écho de Rm 8, 17 (« souffrir avec lui pour être glorifiés avec lui ») et de Ph 3, 10. La joie chrétienne n’est donc pas insensibilité stoïcienne mais anticipation eschatologique : la souffrance présente est déjà imprégnée de la gloire à venir (apokalypsis tês doxês autou).

Le verset 14 est saisissant : « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous » (to tês doxês kai to tou Theou Pneuma eph’ hymas anapauetai). Pierre cite ici Is 11, 2, où l’Esprit du Seigneur « repose » sur le Messie davidique. Par cette citation, il opère un transfert christologique majeur : ce qui était dit du Messie est désormais vécu par les baptisés persécutés. Le verbe « reposer » (anapauomai) évoque la Shekinah, la Présence divine qui habitait le Temple ; les chrétiens souffrants deviennent, à leur tour, le sanctuaire de la gloire. La persécution, loin de signifier l’absence de Dieu, est paradoxalement le lieu de sa manifestation la plus dense.

Saint Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur Isaïe (livre II), unit Is 11, 2 et 1 P 4, 14 pour montrer que les martyrs prolongent la mission messianique : « De même que l’Esprit reposait sur le Christ qui souffrait pour nous, ainsi repose-t-il sur ceux qui souffrent à cause de lui ; car la souffrance pour le Nom est l’onction véritable. » Saint Augustin, dans ses Sermons sur les martyrs (notamment le sermon 280 sur Perpétue et Félicité), commente ce passage en distinguant deux causes possibles de la souffrance : « Ce n’est pas la peine qui fait le martyr, c’est la cause » (non poena sed causa facit martyrem). Cette distinction, que Pierre formule déjà au verset 15, deviendra un principe classique de la théologie du martyre.

L’avertissement « que personne ne souffre comme meurtrier, voleur, malfaiteur ou agitateur » est important : il révèle que les chrétiens étaient soupçonnés de troubles sociaux. Le terme allotriepiskopos (traduit ici par « agitateur ») est un hapax du Nouveau Testament, dont le sens exact fait débat parmi les exégètes : « celui qui se mêle des affaires d’autrui », « espion », ou « subversif » ? Cette ambiguïté reflète la situation sociale précaire des premiers chrétiens, accusés de saper l’ordre civique. Pierre veut couper court à toute confusion : la croix chrétienne ne légitime pas le désordre, mais le témoignage rendu au Christ.

Le verset 16 fait apparaître pour la troisième et dernière fois dans le Nouveau Testament le terme christianos (avec Ac 11, 26 et 26, 28). À l’origine, il s’agit probablement d’un sobriquet forgé par les païens d’Antioche, à connotation péjorative. Pierre l’assume et le retourne : « qu’il n’ait pas honte, et qu’il rende gloire à Dieu pour ce nom-là » (en tô onomati toutô). Le « Nom » devient ici un raccourci de toute l’identité chrétienne, en résonance avec le Nom révélé par Jésus (cf. Jn 17, 6.26 dans l’Évangile du jour). La théologie du Nom relie ainsi les trois lectures : Jésus a manifesté le Nom du Père, les disciples sont rassemblés au nom de Jésus, et les baptisés souffrent pour ce même Nom.

Sur le plan théologique, ce texte construit ce que les exégètes appellent une « théologie de la diaspora » : les chrétiens sont des paroikoi (étrangers, résidents temporaires, cf. 1 P 1, 1.17 ; 2, 11) dont la patrie n’est pas dans ce monde. Cette identité paradoxale — citoyens du Royaume, exilés ici-bas — produit une éthique du témoignage joyeux dans l’épreuve. Loin de toute fuite mystique, Pierre invite à habiter le monde comme un lieu de manifestation de la gloire, précisément là où le monde semble la nier le plus violemment.

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi de ne pas avoir honte de porter ton nom, et de reconnaître ta gloire jusque dans ce qui me coûte.

Composition de lieu — Imagine ces premiers chrétiens à qui Pierre écrit. Une petite communauté dispersée, soupçonnée, moquée. Quelqu’un perd un emploi, un autre est chassé de sa famille, un autre encore est traîné devant les tribunaux. Pas le martyre éclatant — l’usure quotidienne du mépris. Pierre, lui-même marqué par sa propre lâcheté ancienne, écrit depuis « Babylone ». Il sait de quoi il parle quand il parle de honte.

Méditation — « Dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous. » Phrase paradoxale, presque insupportable si on la lit vite. Pierre ne fait pas l’éloge de la souffrance ; il dit qu’il y a une souffrance qui communie, qui n’est pas seule, qui rejoint celle du Christ. C’est une question de qualité, pas de quantité. Toute souffrance n’est pas christique. Pierre prend soin de distinguer : pas la souffrance du « meurtrier, voleur, malfaiteur, agitateur ». Mais celle qui vient « pour le nom du Christ ».

« S’il n’a pas de honte. » Le mot frappe. La honte est ce qui nous fait taire, nous fait nous excuser d’être chrétien, nous fait planquer la croix sous le pull. Y a-t-il, dans ta vie, des moments où tu as honte de ton nom de chrétien ? Où tu choisis les mots flous, les compromis polis, plutôt que de dire ? Pierre, lui, sait ce que c’est : « Je ne connais pas cet homme. » Il a porté cette honte-là. Il en parle de l’intérieur.

Et puis cette image magnifique : « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous ». Repose. Comme la nuée sur la tente. Comme la colombe sur Jésus au baptême. Quand tu es méprisé pour Lui, l’Esprit se pose sur toi. C’est presque physique. Une visitation discrète au cœur de l’humiliation.

Colloque — Seigneur, j’ai souvent honte. Pas des grandes persécutions — je n’en connais pas. Mais des petites lâchetés : me taire à table, ne pas dire que je prie, esquiver. Donne-moi ta paix de Pierre, lui qui a connu la honte avant de devenir le roc. Apprends-moi à tenir debout, doucement, sans agressivité, dans ton nom. Et fais reposer sur moi, aujourd’hui, ton Esprit de gloire — là où je m’y attends le moins.

Question pour la relecture : Où, ces derniers temps, ai-je eu honte du Christ ? Et où ai-je senti, peut-être sans le nommer, que son Esprit « reposait » sur moi ?

✝️ Évangile — Jn 17, 1b-11a

Lire le texte — Jn 17, 1b-11a

En ce temps-là, Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. » – Acclamons la Parole de Dieu.

📘 Comprendre

Commentaire pastoral — Marie-Noëlle Thabut

Le Tombeau Vide

Jean note qu’il faisait encore sombre : la lumière de la Résurrection a troué la nuit ; on pense évidemment au Prologue du même évangile de Jean : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée (littéralement ‘saisie’) » au double sens du mot « saisir », qui signifie à la fois « comprendre » et « arrêter » ; les ténèbres n’ont pas compris la lumière, parce que, comme dit Jésus également chez saint Jean « le monde ne peut recevoir l’Esprit de vérité » (Jn 14,17) ; ou encore : « la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière » (Jn 3,19) ; mais, malgré tout, les ténèbres ne pourront pas l’arrêter, au sens de l’empêcher de briller ; c’est toujours saint Jean qui nous rapporte la phrase qui dit la victoire du Christ : « Moi, je suis vainqueur du monde ! » (Jn 16,33).

Donc, « alors que ce sont encore les ténèbres », Marie de Magdala voit que la pierre a été enlevée du tombeau ; elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, (on suppose qu’il s’agit de Jean lui-même) et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Évidemment, les deux disciples se précipitent ; vous avez remarqué la déférence de Jean à l’égard de Pierre ; Jean court plus vite, il est plus jeune, probablement, mais il laisse Pierre entrer le premier dans le tombeau.

« Pierre entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. » Leur découverte se résume à cela : le tombeau vide et les linges restés sur place ; mais quand Jean entre à son tour, le texte dit : « C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit et il crut. » Pour saint Jean, ces linges sont des pièces à conviction : ils prouvent la Résurrection ; au moment même de l’exécution du Christ, et encore bien longtemps après, les adversaires des chrétiens ont répandu le bruit que les disciples de Jésus avaient tout simplement subtilisé son corps. Saint Jean répond : ‘Si on avait pris le corps, on aurait pris les linges aussi ! Et s’il était encore mort, s’il s’agissait d’un cadavre, on n’aurait évidemment pas enlevé les linges qui le recouvraient.’

Ces linges sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient symbolisaient la passivité de la mort.  Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié ; son corps était encore prisonnier des chaînes du monde : il n’était pas un corps ressuscité ; Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré ; son corps ressuscité ne connaît plus d’entrave.

La dernière phrase est un peu étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »

Croire Pour Entrer Dans L’Intelligence Des Écritures

Jean a déjà noté à plusieurs reprises dans son évangile qu’il a fallu attendre la Résurrection pour que les disciples comprennent le mystère du Christ, ses paroles et son comportement. Au moment de la Purification du Temple, lorsque Jésus avait fait un véritable scandale en chassant les vendeurs d’animaux et les changeurs, l’évangile de Jean dit : « Quand il (Jésus) se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite. » (Jn 2,22). Même chose lors de son entrée triomphale à Jérusalem, Jean note : « Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment ; mais, quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui : c’était bien ce qu’on lui avait fait. »  (Jn 12,16).

Mais soyons francs : vous ne trouverez nulle part dans toute l’Écriture une phrase pour dire que le Messie ressuscitera. Au bord du tombeau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l’Écriture revenait tout d’un coup à leur mémoire ; mais, d’un trait, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est apparu ; comme dit saint Luc à propos des disciples d’Emmaüs, leurs esprits se sont ouverts à « l’intelligence des Écritures ».

« Il vit et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts… » C’est parce que Jean a cru que l’Écriture s’est éclairée pour lui : jusqu’ici combien de choses de l’Écriture lui étaient demeurées obscures ; mais parce que, tout d’un coup, il donne sa foi, sans hésiter, alors tout devient clair : il relit l’Écriture autrement et elle lui devient lumineuse. L’expression « il fallait » dit cette évidence. Comme disait saint Anselme, il ne faut pas comprendre pour croire, il faut croire pour comprendre.

À notre tour, nous n’aurons jamais d’autre preuve de la Résurrection du Christ que ce tombeau vide… Dans les jours qui suivent, il y a eu les apparitions du Ressuscité. Mais aucune de ces preuves n’est vraiment contraignante… Notre foi devra toujours se donner sans autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui l’ont maintenue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pouvons vérifier les effets de la Résurrection : la transformation profonde des êtres et des communautés qui se laissent habiter par l’Esprit, comme dit Paul, est la plus belle preuve que Jésus est bien vivant !

Commentaire biblique — Abbé Léon Hamain

Situation

L’Evangile de Jean est un Evangile dont la structure nous paraît bien différente de la construction adoptée dans les trois autres Evangiles.

En effet, l’Evangile de Jean, entre un court Prologue (Jean, 1, 1 - 18), qui est la reprise d’une hymne primitive bien adaptée pour servir d’ouverture à la mission terrestre en Jésus du Verbe fait chair (la Parole de Dieu) , et un Epilogue (Jean, 21, 1 - 25), qui est un compte rendu d’apparition(s) du Christ ressuscité en Galilée, ajouté, semble-t-il, lors de la rédaction finale de l’Evangile, se divise en deux grandes parties :

  • LE LIVRE DES SIGNES, dans lequel , tout au long du ministère public de Jésus, nous assistons à la révélation qu’il nous donne de Dieu son Père par ses signes et ses paroles (Jean, 1, 19 - 12, 50),

  • LE LIVRE DE LA GLOIRE, long de huit chapitres (!), où Jésus, à ceux qui le reçoivent et l’accueillent, montre sa gloire en retournant au Père, à son “Heure”, passage qui se réalise dans sa mort, sa résurrection, son ascension, et le don de son Esprit ( Jean, 13, 1 - 20, 31).

Le Livre de la Gloire, qui va des chapitres 13 à 20 de cet Evangile, nous relate d’abord la dernière soirée des Jésus avec ses disciples, épisode qui couvre 5 chapitres, avec le lavement des pieds des disciples par Jésus, l’annonce de la trahison de Judas, les 3 discours d’adieux de Jésus et sa grande prière finale adressée à Dieu, son Père (13 - 17). Les 2 chapitres suivants sont consacrés à la passion et la mort de Jésus, et sont suivis du chapitre 20, qui traite entièrement de la résurrection et nous fournit la conclusion de l’Evangile, même si le chapitre 21, que l’on appelle “Epilogue”, nous donne un rebond de la résurrection avec le récit d’une apparition supplémentaire de Jésus ressuscité, autour d’une pêche miraculeurse et d’un long dialogue avec Pierre, avant de nous proposer une 2ème conclusion de l’Evangile, dans laquelle l’auteur se présente comme étant le “disciple que Jésus aimait”, que l’on continue d’identifier, non sans difficultés, avec l’Apôtre Jean, fils de Zébédée, et frère de Jacques.

Le Livre de la Gloire ne nous rend compte que de “l’Heure” de Jésus, c’est-à-dire tout ce qui concerne son “passage” au Père (passion-mort-résurrection de Jésus-don de l’Esprit par le Ressuscité).

A noter l’importance que le 4ème Evangile accorde aux tout derniers moments de la vie de Jésus, soit 9 chapitres, y compris l’Epilogue, là où les autres Evangiles ne consacrent que 2 chapitres.

Avec ce passage, nous lisons une partie du Dernier Discours de Jésus. Ce dernier discours, placé par l’Evangéliste au cours du dernier repas de Jésus avec ses disciples la veille de sa mort, peut se diviser en trois sections : - Section 1 (13, 31 - 14, 31), - Section 2 (15, 1 - 16, 33), - Section 3 (17, 1 - 26). Chacune de ces sections se partage ensuite en sous-sections, certaines de ces sous-sections pouvant, à leur tour, être subdivisées.

Dans la Section 3 du Dernier Discours de Jésus (17, 1 - 26), nous sommes parvenus dans la grande prière finale de Jésus à son Père, qui occupe tout le chapitre 17 de l’Evangile, et vient clore ce grand discours d’adieu-testament, que Jésus vient de prononcer devant ses disciples.

Dans une première unité, Jésus, au terme de sa mission, prie pour la gloire que le Père va lui donner (sous-section 1 : 17, 1 - 8), il prie ensuite, dans un deuxième temps, pour tous ceux que le Père lui a donnés (sous-section 2 : 17, 9 - 19), avant d’étendre sa prière en confiant au Père tous ceux qui, dans l’avenir, seront conduits à croire en lui par la prédication de ses dsiciples (sous-section 3 : 17, 20 - 26).

Notre passage reprend le troisième temps de cette prière ultime et solennelle de Jésus.

Message

Dans cette dernière partie de sa prière, après avoir d’abord priè pour que le Père le glorifie en cette “Heure” où s’achève sa mission (17, 1 - 8), puis, après avoir prié pour ceux que le Père lui a donnés et qui viennent de partager son dernier repas (17, 9 - 19), Jésus se tourne maintenant résolument vers l’avenir de l’évangélisation, vers les générations futures de tous ceux qui recevront sa Bonne Nouvelle, et croiront en lui. Il prévoit le succès de la mission de ses premiers disciples et de ceux qui les suivront, disciples dont il a dit plus haut au verset 18, qu’il les a envoyés dans le monde. Déjà, en priant auparavant pour les disciples qui l’entourent en ce dernier soir de sa vie d’homme (17, 9 - 19), Jésus priait pour les futurs chrétiens dont nous sommes : en effet, ses premiers disciples représentent déjà, sont l’image et le symbole de ce que devront être les croyants de toutes les générations.

Nous pouvons distinguer deux demandes que Jésus adresse maintenant au Père lorsqu’il prie ainsi pour nous : que tous ceux qui croiront en lui soient un avec lui et entre eux, et que tous soient avec lui pour partager sa gloire éternelle auprès du Père.

L’unité pour laquelle Jésus prie a deux dimensions : la première est verticale, car elle fonde cette unité sur la relation entre Jésus et Dieu. La seconde est horizontale et se résume dans le “commandement nouveau” de s’aimer les uns les autres comme il les aimés, laissé par Jésus à ses disciples (13, 34 - 35 et 15, 12. 17).

Ces 2 dimensions selon lesquelles doit se vivre le mystère de notre unité avec le Père par Jésus et entre nous, les croyants, vont bien au-delà de ce que l’on pourrait appeler une “solidarité” humaine ou sociale, d’une part, et ne s’expriment pas, d’autre part, dans une structure institutionnelle : elles viennent toutes deux de la révélation du Père manifestée en Jésus.

De plus, cette unité vécue et partagée entre les croyants n’est pas une expérience “privée” de la communauté des disciples de Jésus, mais un défi pour le monde, de la même façon que l’unité entre Jésus et le Père pose un défi à tous les hommes qui ont à choisir entre le salut proposé par Jésus ou le jugement, s’ils refusent de suivre Celui que le Père a envoyé pour le révéler (v. 21 et 23). En ce qui nous concerne, nous les croyants, il ne s’agit pas de lancer notre défi au monde avec un programme particulier de communion et de vie fraternelle en commun, mais simplement avec le message évangélique qui est révélation de la relation unique de Jésus au Père et manifestation de Dieu à travers les paroles et les oeuvres de Jésus.

Le point culminant de cette unité nouvelle se situe dans la seconde demande que Jésus formule dans sa prière pour nous : que puisse nous être partagée et communiquée, ainsi qu’à tous les croyants, la gloire que Jésus a en commun avec le Père depuis l’origine. Il apparaît clairement au v. 24 que le fondement de cette relation d’éternité entre Jésus et le Père qui nous est réservée en partage, est leur amour mutuel.

Déjà, les communautés de ceux qui croient en Jésus peuvent proclamer qu’elles ont vu la gloire du Verbe fait chair (1, 14). Mais, au coeur de ce “déjà-là”, le “pas-encore” de notre entrée définitive dans la communication finale de la relation que Jésus ressuscité vit avec le Père, demeure “à venir”.

N’oublions pas que c’est Jésus seul qui, par son “Heure” de passion-mort-résurrection-ascension-don de l’Esprit. nous fait entrer dans sa vie commune avec Dieu (10, 30; 14, 10 - 11; 14, 23; 15, 4 - 5).

Decouvertes

Deux traits sont importants dans la description des futurs disciples, tels qu’ils sont présentés par Jésus au v. 20 : d’abord, ils croient en Jésus. Ensuite, ils sont parvenus à la foi grâce à la parole et au témoignage des disciples de Jésus, selon une transmission de ce que l’on a reçu soi-même. Ceux qui vont ainsi bénéficier de cette communication de la Bonne Nouvelle de Jésus par l’intermédiaire des disciples envoyés en mission, ce sont des païens aussi bien que des Juifs. En Jean, 10, 16, Jésus avait déclaré qu’il avait d’autres brebis qui n’appartiennent pas à cette bergerie, et, en 11, 52, l’Evangéliste avait précisé que Jésus devait mourir non seulement pour la nation d’Israël, comme l’avait prophétisé Caïphe (11, 49 - 51), mais pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. La parole de Jésus prêchée par ses disciples est une force dynamique qu’entendent et reçoivent ceux qui appartiennent à son troupreau, quelle que soit leur origine ethnique (10, 3). Cette parole est “esprit et vie”, pour ceux qui l’entendent (6, 63), mais elle jugera ceux qui refusent de l’écouter.

Jésus demande au Père exactement la même chose pour nous, les croyants futurs, que ce qu’il a demandé pour ses disciples immédiats au v. 11 : que nous soyons un selon le modèle de l’unité du Père et du Fils (v. 21 - 23).

De ce fait, cette unité est bien plus qu’un bonne entente harmonieuse entre nous, telle que nous pouvons en faire de temps à autre l’expérience dans nos relations humaines. Notons à ce propos qu’en introduisant le Père aussi bien que le Fils dans cette unité, Jésus, tel que nous le présente ici l’Evangéliste Jean, va au delà de l’unité envisagée dans l’image du “corps du Christ” présentée par Paul. L’unité dont il est question ici est don d’une relation toute autre, reçue, celle de Jésus au Père et du Père à Jésus. De même, il s’agit d’autre chose qu’une union ou unité “morale”, car cette unité, qui est celle du Père et du Fils, implique un échange vital, dans la mesure où le Père donne la vie au Fils, et où le Fils nous transmet à son tour cette même vie. Enfin, puisqu’une telle unité doit mettre le monde au défi de croire en Jésus, elle ne peut se limiter à n’être qu’une unité purement spirituelle. Si nous relisons les versets 21 - 23 de ce chapitre 17 à la lumière des paroles de Jésus sur le bon Pasteur, qui déclarent qu’il y aura un seul troupeau et un seul berger (10, 16), il semble bien que cette unité suppose l’existence d’une communauté. De même, l’image-comparaison de la “vigne et des sarments”, que développe Jésus dans la 2ème partie de ce dernier discours, implique bien une communauté de vie selon laquelle tout, absolument tout, est partagé. Ce que confirment bien les premiers versets de la 1ère Lettre de Jean (1 Jean, 1, 3. 6 - 7).

Quel effet au juste peut avoir sur le monde, toujours selon les versets 21 - 23 de notre page, une telle unité, mystère profond de notre union au Père par et dans le Fils, qui est en même temps mystère profond de communion fraternelle entre croyants disciples de Jésus? Simplement que les disciples de Jésus vont présenter au monde le même défi que Jésus lui-même. De même que Jésus a mis le monde au défi de le suivre en prétendant ne faire qu’un avec le Père et révéler la gloire de Dieu, ainsi, dans la mesure où nous sommes un dans le Père et le Fils, “un en nous”, dit Jésus, et dans la mesure où Jésus nous a donné la gloire qu’il a reçue du Père (v. 22), son défi lancé au monde continue à travers la vie de ceux qui le suivent comme des disciples qui croient en lui.

Si une telle unité entre les croyants est un défi pour le monde qu’elle met en jugement, le terme de ce jugement est décrit dans les versets 25 et 26. Dans le v. 25, deux catégories de personnes sont situées devant le “Père très juste”, celles qui représentent un monde qui n’a pas “connu” Jésus, et ne peut connaître Dieu, et celles qui reconnaissent en Jésus l’envoyé du Père. Si Jésus ne précise pas en ce moment le destin du monde qui ne l’accepte pas, il manifeste sa volonté que les croyants soient avec lui, là où il est. et qu’ils contemplent sa gloire, la gloire que le Père lui a donnée. Il est vrai qu’ils ont déjà vu la gloire de Jésus au cours de son ministère (voir 2,11), il est vrai qu’ils verront sa gloire de ressuscité (1, 14; 17, 10 et 17, 22), mais il faut ajouter à cela qu’une manifestation définitive et achevée de la gloire de Jésus est réservée aux croyants qui rejoignent leur “Maître et Seigneur” là où il se trouve désormais, c’est-à-dire dans la gloire du Père (17, 1 - 5).

Tel est le dernier souhait, ou telle est la dernière volonté de Jésus quand il dit : “Je veux” dans la phrase : “Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès avant la création du monde.” (v. 24). Tel est donc le “testament” de Jésus, mais à recevoir, non pas comme le testament d’un homme mort, mais comme la volonté et le souhait permanents de Jésus Vivant, Ressuscité, qui est à jamais avec le Père.

Prolongement

Simplement quelques autres textes suggérés par notre page :

14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

11 Tel fut le premier des signes de Jésus, il l’accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.

21 mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu. ”

1 Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Si le monde ne nous connaît pas, c’est qu’il ne l’a pas connu. mes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est.

18 J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous.

19 Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu :

20 si elle fut assujettie à la vanité - non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise - c’est avec l’espérance

21 d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu.

18 Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est l’Esprit

🙏 Seigneur Jésus, en nous faisant don de ton unité totale avec le Père, tu nous invites à nous situer les uns face aux autres selon un même degré d’unité et de partage, et tu as fait de notre amour mutuel et réciproque le seul signe que nous sommes vraiment tes disciples : apprends-moi à vivre mieux cette solidarité fraternelle essentielle avec tous mes frères et soeurs dans la foi, ainsi que dans l’ouverture à tous ceux et celles qui apparemment ne croient pas en toi, et rends-moi capable, en ton Esprit Saint, de vivre cette solidarité et cette ouverture comme un mystère toujours inséparable de ma rencontre profonde de toi-même au coeur de ma vie. AMEN.

Éclairage exégétique — Synthèse IA

Jn 17 constitue ce que la tradition appelle, depuis David Chytraeus au XVIᵉ siècle, la « prière sacerdotale » de Jésus. Elle clôt les discours d’adieu (Jn 13-16) et précède immédiatement la Passion. Sur le plan littéraire, on y discerne classiquement trois mouvements : Jésus prie pour lui-même (v. 1-5), pour ses disciples (v. 6-19), pour ceux qui croiront par leur parole (v. 20-26). Notre péricope couvre les deux premiers temps. Rudolf Bultmann y voyait l’archétype de la « prière de glorification » johannique ; Raymond Brown, dans son commentaire monumental, souligne au contraire son enracinement dans la liturgie pascale juive, notamment la berakha du repas. Aujourd’hui, beaucoup d’exégètes y reconnaissent une composition raffinée mêlant tradition jésuanique authentique et théologie johannique mature.

Le geste initial — « Jésus leva les yeux au ciel » — est un détail rare chez Jean (cf. seulement 11, 41 à la résurrection de Lazare). Il évoque la prière du Temple et signale solennellement l’entrée dans l’« Heure » (hôra), terme johannique majeur (cf. 2, 4 ; 7, 30 ; 12, 23.27 ; 13, 1). Cette « Heure » désigne le passage pascal compris comme un seul événement : Croix-Résurrection-Ascension-Glorification. Le verbe doxazô (glorifier) revient cinq fois en cinq versets, créant une concentration sémantique sans équivalent dans l’évangile. La doxa johannique, héritière du kabôd hébreu, désigne le poids, le rayonnement de l’être divin lui-même : ce que Jésus demande, c’est que la Croix devienne révélation manifeste de cette gloire intra-trinitaire.

Le verset 3 est célèbre pour sa définition johannique de la vie éternelle : « qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ ». Le verbe ginôskein (connaître) ne renvoie pas à une simple connaissance intellectuelle mais, dans la ligne du yada’ hébreu, à une relation existentielle, sponsale, transformante. La structure binaire (« le seul vrai Dieu » + « Jésus Christ ») a fait couler beaucoup d’encre : les ariens y voyaient une subordination du Fils ; les Pères orthodoxes ont répondu en montrant que c’est précisément en plaçant Jésus comme objet co-équivalent de la connaissance salvifique que le verset affirme sa divinité. Saint Hilaire de Poitiers, dans le De Trinitate (livre IX), démontre longuement que connaître le Fils est connaître le Père, et que cette unité de connaissance présuppose l’unité de nature.

Saint Augustin, dans ses Tractatus in Iohannem (Tractatus 105-106), médite ce passage avec finesse : « Le Fils glorifie le Père quand il fait connaître à ceux qui ne le connaissaient pas ; le Père glorifie le Fils quand il le ressuscite. » Pour Augustin, la prière sacerdotale dévoile la pédagogie trinitaire : la Croix n’est pas un échec masqué par la Résurrection, elle est dès le commencement gloire, parce qu’elle manifeste l’amour total du Fils pour le Père et du Père pour le monde. Saint Cyrille d’Alexandrie, dans son Commentaire sur Jean (livre XI), insiste sur la réciprocité de la glorification : « Le Père et le Fils n’ont qu’une seule gloire, parce qu’ils n’ont qu’une seule essence ; quand le Fils glorifie le Père, c’est lui-même qu’il manifeste, car ils sont un dans la gloire comme dans la divinité. »

Le verset 5 — « glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe » — est l’un des sommets de la christologie johannique. Il affirme la préexistence personnelle du Fils en termes proches du Prologue (Jn 1, 1-2). Origène, dans le Commentaire sur Jean (livre XXXII), voit dans ce verset la clé de la sotériologie johannique : le Fils incarné, en remontant vers le Père, ouvre aux hommes le chemin de cette gloire éternelle. La gloire demandée n’est pas une nouvelle gloire ajoutée, mais la manifestation, dans l’humanité du Christ, de la gloire qu’il possédait éternellement — gloire que les disciples sont appelés à contempler (cf. v. 24).

Le don du « Nom » (v. 6 : « j’ai manifesté ton Nom ») doit être lu sur l’arrière-plan de l’Exode : le Nom révélé à Moïse au Sinaï (Ex 3, 14) est désormais manifesté pleinement en Jésus, qui se présente lui-même par les célèbres « Je Suis » (egô eimi) absolus (cf. Jn 8, 24.28.58). Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur Jean (Homélie LXXX), commente : « Il dit “j’ai manifesté ton Nom” non parce que le Nom était inconnu — Israël le connaissait — mais parce qu’il l’a fait connaître comme Père. » C’est la paternité de Dieu, vécue dans la relation Père-Fils, qui devient le contenu nouveau de la révélation. Le Nom n’est plus seulement « YHWH » mais « Père », et cette révélation engendre les fils dans le Fils.

La répétition lancinante du verbe « donner » (didômi : 17 occurrences en Jn 17 !) construit toute une théologie du don trinitaire qui déborde vers les disciples. Le Père donne au Fils ; le Fils donne aux disciples les paroles reçues ; les disciples reconnaissent qu’ils ont été donnés. Cette circulation kénotique du don préfigure la communion ecclésiale et trinitaire que développera la mystique johannique. La distinction « pour eux je prie, non pour le monde » (v. 9) a souvent troublé les lecteurs : elle ne signifie pas un rejet du monde (cf. Jn 3, 16), mais une priorité pédagogique — c’est par les disciples sanctifiés que le monde sera atteint (cf. v. 21 : « afin que le monde croie »).

Le verset final de notre péricope — « désormais je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi je viens vers toi » — instaure la situation ecclésiale qui sera celle de tous les temps. L’Église vit dans l’entre-deux, entre l’Ascension et la Parousie, soutenue par la prière permanente du Christ glorifié (cf. He 7, 25). C’est précisément la situation décrite dans la première lecture (les Apôtres au Cénacle) et celle qu’éclaire la deuxième (les chrétiens persécutés d’Asie Mineure) : être dans le monde sans être du monde, portés par la prière sacerdotale du Christ qui n’a jamais cessé de monter vers le Père. La liturgie de ce septième dimanche de Pâques nous fait ainsi entrer, comme dans un Cénacle élargi à toute l’Église, dans le silence priant qui prépare la Pentecôte.

🔥 Contempler

Grâce à demander : Seigneur, donne-moi d’entendre ta prière qui monte vers le Père, et de me savoir l’un de ceux que tu lui présentes ce matin.

Composition de lieu — Le Cénacle, la nuit du Jeudi saint. Le repas est fini, les pieds ont été lavés, les paroles longues sur la vigne et l’Esprit ont été dites. Et soudain, Jésus se tait, puis « lève les yeux au ciel ». Le geste arrête tout. Ses disciples le regardent regarder le Père. Ils sont témoins d’une intimité qui les dépasse — et qui pourtant, justement, parle d’eux. La lampe vacille. Sa voix est basse, posée, sans hâte. Il prie devant eux.

Méditation — Toute cette prière est traversée par un mot : « donné ». Compte-le si tu veux : « ceux que tu m’as donnés », « les paroles que tu m’avais données », « tout ce que tu m’as donné ». Plus de sept fois en quelques versets. Jésus reçoit tout, jusqu’aux personnes. Et il les rend. « Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi. » C’est la respiration trinitaire. Pas de propriété, que de la circulation.

Et là, écoute : tu es l’un de ceux que le Père a donnés au Fils. Toi, ce matin, à cette heure-ci. Jésus, dans cette prière, te tient devant le Père comme un trésor reçu. « Je prie pour eux. » Ce n’est pas une prière du passé : il prie maintenant, à la droite du Père, et tu es dans cette prière. Reste sur ce vertige. Tu ne pries pas tout seul. Tu pries dans une prière plus grande qui te porte.

« La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent. » Pas qu’ils sachent des choses sur Dieu — qu’ils te connaissent, comme on connaît un visage, une voix, une présence. La vie éternelle a déjà commencé, dès qu’un peu de cette connaissance entre en toi. Aujourd’hui, dans cette prière, demande simplement à le connaître un peu mieux. Pas de grandes lumières — juste un pas de plus dans cette familiarité.

Colloque — Jésus, je n’avais pas réalisé que tu pries pour moi. Que tu me tiens, en cet instant, devant le Père. C’est presque trop. Je ne me sens pas digne d’être nommé dans ta prière, d’être l’un de ceux qui te sont « donnés ». Et pourtant tu me reçois comme un don du Père, et tu me lui rends. Apprends-moi à me laisser regarder ainsi. Apprends-moi à te connaître — pas seulement à parler de toi. Père, en cet instant où ton Fils prie pour moi, je voudrais simplement dire : me voici.

Question pour la relecture : Qu’est-ce que ça change, concrètement, dans ma journée d’aujourd’hui, de savoir que Jésus prie en ce moment pour moi devant le Père ?

🙏 Prier

Père, l’heure est venue, et chaque heure est ton heure. Avec les Onze et avec Marie, je monte ce matin dans la chambre haute de mon cœur, et je me tiens, assidu, dans le silence qui attend. Je ne sais pas ce que tu vas faire, mais je sais que ton Fils, glorifié auprès de toi, prie pour moi en ce moment même — moi, l’un de ceux que tu lui as donnés. Que ton Esprit de gloire repose sur moi, là où j’ai honte, là où je tremble, là où je voudrais fuir le nom de chrétien. Apprends-moi à te connaître, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé. C’est cela, déjà, la vie éternelle. Amen.

🎧 Méditer avec Prier en chemin · 12 min d’oraison guidée avec l’évangile du jour

La prière personnelle est un trésor. Mais la foi se vit aussi ensemble.