Contempler
🎓 Enseignement · Lc 19, 1-10
Sœur Michèle Marchant · Enseignements et témoignages · diffusé en nov. 2020
🎧 Écouter sur Radio Grand Ciel📖 Ce texte à la messe : Mardi 17 novembre 2026 · mardi, 33ᵉ sem. ordinaire (paire)
En bref : Sœur Michèle Marchant présente la contemplation comme une attitude chrétienne qui dispose à accueillir la présence de Dieu. Elle déroule la pédagogie ignatienne pour contempler une scène d'Évangile, pas à pas. Elle invite aussi à reconnaître l'œuvre de Dieu dans les événements de votre vie. L'épisode s'achève par une prière de Didier Rimaud.
Bonjour, je suis Sœur Michèle du prieuré Saint-Thomas, toujours heureuse de vous retrouver sur « Foi, chemin de liberté ». Aujourd'hui, nous parlerons de contemplation. Les membres de Vie Chrétienne retrouveront facilement mes propos dans leur dernière revue.
Contempler
Contempler est une attitude chrétienne par excellence, qui nous dispose à accueillir la présence de Dieu. Présence de Dieu dans sa parole, présence de Dieu dans nos vies. Je commencerai par la présence de Dieu dans sa parole.
La contemplation est un exercice spirituel bien développé par Ignace de Loyola. Mais vous savez, Ignace n'a rien inventé. Il s'est servi des découvertes des grands spirituels qui l'ont précédé. Et sa spiritualité ignatienne s'est aussi déployée dans beaucoup d'autres. Quels séminaristes ne font pas de retraite ignatienne ? Quels chrétiens ne s'intéressent pas aux règles de discernement de saint Ignace lorsqu'ils doivent prendre une décision ? La spiritualité ignatienne est le fruit de beaucoup d'autres spiritualités avant Ignace, et a irrigué bien des spiritualités après lui, au point d'être devenue la propriété de l'Église universelle.
J'ai dit contempler. Cette attitude devant Dieu devrait tenir une place de choix au cœur de nos vies humaines et chrétiennes. En sommes-nous réellement convaincus ? Ne sommes-nous pas plutôt happés par la succession des activités, au point de ne plus être disponibles pour voir, entendre, sentir et goûter ?
La présence de Dieu dans sa parole
Et pourtant, dans la tradition chrétienne, la contemplation est une expérience profonde. Elle consiste à laisser envahir tout son être par la présence divine. Je me tourne vers Dieu pour entrer avec lui dans une intimité profonde, une attitude sur fond de repos et d'abandon. Pour Jean de la Croix, la contemplation suppose d'abandonner mon esprit raisonneur, mes objections, pour entrer dans cette intimité avec Dieu et, finalement, l'union à Dieu.
Ignace de Loyola nous donne une pédagogie de la contemplation, pour qu'elle soit à la portée de tout chrétien. Une pédagogie de la contemplation d'une scène d'Évangile.
Une pédagogie de la contemplation
Alors, comment m'y prendre ? D'abord, au début de ma prière, me mettre en présence de Dieu. Me tourner vers Dieu. Abandonner mon cinéma intérieur pour l'écouter, être à lui, pouvoir le regarder et l'entendre. Prendre deux, trois minutes pour cela, et si possible me disposer pour Dieu.
Puis je me rends présent, présente au récit raconté, en visualisant la scène, dans le silence, avec mon imagination. Par exemple, c'était au bord du lac, à Capharnaüm, dans le soleil du petit matin. Et je demande à Dieu ce que je veux qu'il me donne dans ce temps de prière. Il me dit toujours : que veux-tu que je fasse pour toi ? Alors je demande. Je demande le goût pour sa présence. Je demande la paix intérieure. Je demande d'oublier mon angoisse pour mettre ma confiance en lui. Ou autre chose dont j'ai besoin.
Puis je prends mon temps dans la scène. Je regarde ce qui se passe. J'écoute ce qui se dit. Je sens le froid ou la chaleur de la scène. Je perçois les sentiments qui s'expriment. Je goûte l'atmosphère de l'histoire racontée là. Un aspect de la scène attirera peut-être mon attention : l'attitude de Jésus, ou d'un autre personnage, un geste, une parole, une ambiance, un silence.
Je laisse le récit parler en moi. À partir de ce qui est dit, décrit, suggéré, je me laisse toucher, éclairer, appeler. Mon cœur et mon intelligence seront touchés, transformés, déplacés, peut-être mis en mouvement. Je me laisse renouveler dans ma compréhension intérieure, et je laisse s'imprimer en moi les manières de faire de Jésus, pour les adopter peu à peu, moi aussi.
Contempler une scène : Zachée
Dans cette contemplation biblique, je plonge dans la scène pour observer, goûter et, pourquoi pas, y prendre place moi-même. Vous connaissez tous l'histoire de Zachée. Si je contemple cette rencontre entre Jésus et Zachée, bien des choses pourront attirer mon attention : Zachée qui monte sur le sycomore et qui n'a pas peur du qu'en-dira-t-on, Jésus qui le remarque et qui ne voit que lui, le désir de Jésus d'aller chez lui, l'immense joie de Zachée de le recevoir, et Zachée qui en sort transformé. Une résurrection s'opère ici, par l'imagination et les images mentales.
Il s'agit d'être pleinement là, pour bénéficier des grâces données par la présence du Christ dans la scène : la grâce de voir le Fils de Dieu venu chez nous, grâce d'émerveillement, action de grâce, grâce de se mettre à sa suite, grâce de voir son amour pour Zachée et donc pour moi, grâce de me sauver de mon enfermement.
À la fin de ma prière, je suis donc prêt à parler à Jésus comme un ami parle à son ami, un cœur à cœur. Je lui demande quelque chose pour moi, pour d'autres. Je le remercie pour sa présence. Je lui demande son aide pour prier.
La présence de Dieu dans nos vies
Mais j'ai dit aussi contemplation de la présence de Dieu dans nos vies. Même si contempler Jésus dans l'Évangile reste central pour nous, bien des situations de nos vies peuvent se faire source de contemplation. Un beau paysage, une grande marée peuvent nous émouvoir, évoquer pour nous la grandeur du Créateur. L'éclosion du printemps peut nous redire la force de vie qui habite toute créature. Un beau morceau de musique peut exprimer une tendresse, apaiser nos pensées. Mais pour cela, encore une fois, sortons de notre cinéma intérieur pour accueillir ce qui vient.
Le paysage intérieur à contempler, c'est aussi celui de nos vies. Et c'est pourquoi la tradition chrétienne suggère de s'arrêter régulièrement pour se remémorer et contempler ce que nous vivons. Nous pouvons laisser remonter certains événements vécus : une rencontre marquante, un visage qui a touché, la joie d'un travail, une vérité douloureuse à entendre mais qui s'est avérée libérante. Une action de grâce monte alors en moi. Nous pouvons percevoir l'œuvre de Dieu dans nos vies.
Et vous savez que Dieu nous est présenté comme un grand contemplatif. Pour parler de la vie de Dieu, il s'inspire de la petite graine de moutarde, de la pièce perdue, de l'enfant prodigue. Il est capable de mettre en lien les choses de Dieu et celles de la terre. Les choses de la terre sont signes des choses de Dieu, parce qu'il était proche de notre monde et de Dieu. Il invitait ses contemporains à lâcher leurs a priori pour se laisser instruire par ce qu'ils voyaient autour d'eux.
Prière
Laissons-nous maintenant porter par cette prière de Didier Rimaud.
Je te cherche en toutes choses, ô mon Dieu.
C'est ta face, ô mon Dieu, que je cherche, dans les visages façonnés à ton image, et jusqu'au fond de moi qui suis ta ressemblance.
C'est ta voix, ô mon Dieu, que je cherche, quand je prête l'oreille à ce qui parle en moi et qui me dit d'aller au désert sans parole.
C'est ta grâce, ô mon Dieu, que je cherche, même à travers tant de péchés inévités, quand le cœur se déplie au geste du pardon.
C'est ta joie, ô mon Dieu, que je cherche, quand j'ose consentir à la vie que tu donnes, quand je me laisse aimer comme ton propre Fils.
C'est ta paix, ô mon Dieu, que je cherche, la paix que tu es seul à pouvoir mettre au monde. C'est toi qui es avec nous au plus fort du combat.
C'est toi-même, ô mon Dieu, que je cherche, en tout ce que tu fais exister par amour, en tout ce qui arrive et par quoi tu nous viens.
C'est ta gloire, ô mon Dieu, que je cherche. Fais-moi porter du fruit dans le corps de ton Verbe, et demeurer en lui au rang de serviteur.
Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.