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La faim a un visage

🎓 Enseignement

Laudato si' et Fratelli tutti · diffusé en avr. 2020

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En bref : Cette émission de la série Laudato si' et Fratelli tutti vous propose de suivre le discours du pape François devant le Programme alimentaire mondial. Elle vous invite à regarder le visage concret de la faim, à refuser de la banaliser et à entendre l'appel à « débureaucratiser » tout ce qui empêche l'aide d'atteindre les plus pauvres.

Bonjour. Je vous propose d'organiser l'émission autour du discours du pape François devant les gens du Programme alimentaire mondial.

Un monde interconnecté, une misère banalisée

Dans un premier passage, il décrit un peu le monde.

« Parce que nous vivons dans un monde interconnecté et hyper informé, les distances géographiques paraissent se raccourcir. Nous avons la possibilité d'entrer en contact presque simultanément avec ce qui est en train de se passer de l'autre côté de la planète. Grâce aux technologies de la communication, nous nous rapprochons de nombreuses situations douloureuses qui peuvent aider ou qui ont aidé à réaliser des gestes de compassion et de solidarité, même si, paradoxalement, cette proximité apparente créée par l'information semble se fissurer chaque jour davantage. L'information excessive dont nous disposons génère progressivement la naturalisation, c'est-à-dire que nous nous sommes immunisés contre les tragédies des autres et nous les considérons comme quelque chose de naturel. Nous voyons la souffrance, mais nous ne la touchons pas. Nous entendons pleurer, nous voyons la soif, mais nous ne l'étanchons pas. La faim et la soif ne changent pas, elles demeurent. »

On voit, dans cette première partie, le pape François décrire un peu notre planète : l'information qui nous arrive de partout, l'information qui nous fait connaître la faim. Eh bien, on a l'impression que c'est parti, que c'est fini, alors que c'est un fléau qui demeure et qu'il y a des gens qui meurent de faim. Et c'est banalisé, nous dit le pape, parce que finalement, à la télévision, une image chasse l'autre. Il nous parle de banalisation, de naturalisation de la misère.

La misère a un visage

Or la misère a un visage.

« Oui, elle a un visage d'enfant, elle a un visage de famille, elle a un visage de jeunes gens et de personnes âgées. C'est ce visage de manque d'opportunités et de travail chez de nombreuses personnes, ce visage de migration forcée, de maisons vides ou détruites. Nous ne pouvons pas naturaliser la faim de tant de personnes. Il ne nous est pas permis de dire que leur situation est le fruit d'un destin aveugle face auquel nous ne pouvons rien. Lorsque la misère cesse d'avoir un visage, nous pouvons succomber à la tentation de commencer à parler et à discuter sur la faim, sur l'alimentation, sur la violence, en laissant de côté le sujet concret, réel, qui aujourd'hui continue à frapper à nos portes. »

Le pape nous rappelle que la faim, ce n'est pas simplement une histoire de statistiques ou une question à propos de laquelle on va discuter de comment faire : c'est une réalité qui touche les personnes et qui nous engage à œuvrer pour lutter contre elle.

Il y a de la nourriture pour tous

D'autant plus qu'en fait, il y a de la nourriture pour tous. Tous ne peuvent pas manger, alors qu'il y a le gaspillage, la consommation excessive et l'utilisation de la nourriture à d'autres fins.

« Disons-le clairement, le manque d'aliments n'est pas quelque chose de naturel, ce n'est pas une donnée évidente. Le fait qu'aujourd'hui, en plein XXIᵉ siècle, beaucoup de personnes souffrent de ce fléau est dû à une distribution des ressources égoïste et mauvaise, à une marchandisation des aliments. La terre, maltraitée et exploitée en beaucoup d'endroits du monde, continue de nous donner ses fruits, de nous offrir le meilleur d'elle-même. Les visages affamés nous rappellent que nous avons détourné ces fruits de leur fin. Nous avons transformé un don qui a une finalité universelle en un privilège de peu de personnes. Nous avons fait des fruits de la terre, dus à l'humanité, des commodités de quelques-uns, en créant de cette manière l'exclusion. Le consumérisme dans lequel nos sociétés se voient insérées nous a poussés à nous habituer au superflu et aux gaspillages quotidiens de nourriture, auxquels nous ne sommes plus capables d'accorder leur juste valeur, qui va au-delà des paramètres purement économiques. Mais cela nous ferait du bien de nous souvenir que la nourriture qui se jette, c'est comme si elle était volée à la table du pauvre, de celui qui a faim. »

Là, on peut faire le lien entre le début du XXIᵉ siècle, où il y a encore la famine, et Tertullien, au IIᵉ siècle, qui disait : ce que tu donnes, n'est-ce pas quelque chose qui a été volé à ceux qui sont pauvres ? On fait un pont entre plusieurs centaines d'années, mais on voit que cette mauvaise distribution est bien une des raisons de la famine des uns, et du fait que les autres cherchent par de multiples régimes à maigrir. Il y a quelque chose de paradoxal, quelque chose de fou : nous oublions la misère réelle, ces gens qui ont faim et ces gens qui viennent chez nous. Et combien sont ceux qui disent : « Que font-ils ? Pourquoi sont-ils là ? C'est pour des questions économiques. » Eh bien oui, quand on a faim quelque part, on va ailleurs pour chercher à manger. Et ce n'est pas d'aujourd'hui que les hommes cherchent la nourriture qui les fera vivre.

Débureaucratiser la faim

Le pape nous propose du coup de sortir de nos habitudes, de sortir de ces bureaucraties qui discutent de la faim, pour débureaucratiser la faim.

Dans leur sommeil, ils ont creusé longtemps avec leurs ongles, avec leurs mains, le cœur aiguillonné par des enfants qui avaient faim. Garder sa terre est difficile quand il faut survivre au Brésil. Le sol a donné de quoi sortir de la misère. Ensemble, ils ont choisi d'affronter même les soldats, quand ceux-là sont venus pour les priver de tous leurs droits. Se taire encore ? C'est difficile. On les emprisonne, au Brésil.

Il y a, nous dit le pape, des gens qu'on est en train de faire fuir ; il y a des thèmes qui sont bureaucratisés. Pourquoi ?

« Les armes ont complètement marginalisé, peut-on dire, les autres manières de résoudre les différends. Cette préférence est si enracinée et si acceptée par tous qu'elle empêche la distribution de nourriture dans les zones de guerre, jusqu'à la violation même des principes les plus fondamentaux du droit international. »

On nourrit la guerre plutôt que les personnes

« Nous nous trouvons ainsi devant un phénomène un peu étrange et paradoxal. Tandis que les aides et les plans de développement sont contrecarrés par des décisions politiques compliquées ou par des barrières douanières infranchissables, les armes, elles, peuvent circuler. Peu importe la provenance, c'est avec une liberté fanfaronne et presque absolue qu'elles atteignent les différentes parties du monde. Et de cette manière, ce sont les guerres qui se nourrissent, et pas les personnes. Dans certains cas, la faim elle-même est utilisée comme une arme de guerre. Les victimes se multiplient, parce que le nombre de personnes qui meurent de faim et d'épuisement s'ajoute à celui des combattants qui trouvent la mort sur les champs de bataille, et à la mort de nombreux civils tués dans les conflits et dans les attentats. Nous en sommes pleinement conscients, mais nous laissons notre conscience s'anesthésier et ainsi nous la rendons insensible. »

Et le pape conclut : il est urgent de débureaucratiser tout ce qui empêche les plans d'aide d'atteindre leurs objectifs.

Reprenons un peu. C'est vrai que, là où il y a réellement famine, c'est là où l'on a transformé les champs de blé en champs de bataille. On ne peut plus rien faire pousser, la famine domine. Mais il va plus loin avec cette question politique qui utilise la guerre comme arme et qui chasse les hommes des zones où ils sont. On a là véritablement une catastrophe humanitaire. Et le pape nous rappelle qu'on nourrit davantage la guerre que les personnes. On a honte pour notre époque.

Que faire ?

Il est pourtant possible de coordonner des connaissances scientifiques, des décisions techniques et des actions pratiques avec des efforts destinés à recueillir des ressources et à les distribuer de manière équitable, c'est-à-dire en respectant les exigences de celui qui les reçoit et la volonté du donneur ; à développer de manière appropriée les capacités locales et à éliminer progressivement la dépendance extérieure.

Devant des situations graves de famine, il faut faire quelque chose de concret, apporter une aide en vérité. L'aumône, dans cette situation, ne suffit pas. Il s'agit de gérer des projets qui peuvent avoir une grande ampleur, d'ouvrir des perspectives pour éradiquer la faim. Que faire ? Peut-être prendre à bras-le-corps ces grandes questions en mettant en jeu des structures de niveau mondial : la FAO, le Programme alimentaire mondial, la Banque mondiale, des politiques de développement. En tout cas, il s'agit de permettre aux pays de prendre eux-mêmes soin de leur population. Il ne s'agit plus de distribuer le blé ou le riz, mais de construire des routes qui permettent l'échange entre les régions d'un même pays, entre les pays.

« L'Afrique peut nourrir l'Afrique », disaient les représentants d'Afrique Verte, si on pousse les Africains à être actifs. Je pense qu'ils doivent être les acteurs et les juges de leur développement. Ce sont eux qui fixent les prix du coton, du café, par exemple, et non pas les institutions de Chicago, de La Haye ou de je ne sais trop quel capital international.

Concrètement, dans Laudato si' aussi, le pape rappelle que tout est lié. On peut associer la créativité des peuples, capables de trouver leurs solutions, à l'utilisation de capitaux financièrement importants pour servir les pays. La justice entre les peuples, ce n'est pas de l'aide, mais le paiement juste des matières premières extraites des sols, du bois coupé dans leurs forêts, les salaires, même si cela doit entraîner une conversion radicale du système financier international pour le mettre au service de la justice, au service des hommes.

Dans la perspective de la Bible

Le pape termine son discours en disant que l'Église catholique, fidèle à sa mission, veut contribuer à toutes les initiatives visant à sauvegarder la dignité des personnes, spécialement celles dont les droits sont violés.

Dans la perspective même de la Bible, on voit des peuples se déplacer. Ainsi, pour fuir la famine au temps de Joseph, les Hébreux descendent en Égypte. L'Évangile n'est pas en reste : Jésus fait asseoir les foules pour distribuer la nourriture.

Sur ce, je vous dis bonne semaine à tous. Au revoir.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.