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Création et écologie

🎓 Enseignement · Gn 1, 26-31 ; Gn 2, 4-25 ; Rm 8, 22

Raymonde Richard · Laudato si' et Fratelli tutti · diffusé en mai 2020

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📖 Ce texte à la messe : Lu récemment : Dimanche 12 juillet 2026 · 15ᵉ dim. ordinaire A

En bref : Vous êtes invités à réfléchir, avec le théologien André Beauchamp, aux liens entre la création et l'écologie. En repartant des récits de la Genèse, l'émission interroge la place de l'être humain dans le monde. Elle propose l'expérience religieuse de la création comme chemin d'une écologie de la tendresse et du respect.

Bonjour, Raymonde Richard au micro. Pour cette émission, « La foi, chemin de liberté », je vous propose de réfléchir sur les relations entre la création et l'écologie.

La crise écologique

On évoque d'abord la crise. André Beauchamp nous rappelle qu'il y a cinquante ans, la victoire de l'humanité sur l'hostilité du monde extérieur paraissait évidente. Cela s'est transformé subitement en sentiment d'échec, à cause de la puissance des armes de destruction, de l'ampleur des pollutions, de l'explosion démographique, de la consommation des pays développés, des changements climatiques avec les pluies acides et l'effet de serre. Bref, nous sommes en crise. Une crise qui, pour certains, est due au progrès meurtrier, une crise qui ne se dénoue pas.

Pourtant, il y a bien eu des engagements solennels à Rio en 1992. Au plan local, nous gérons mieux les pollutions. Mais la pression sur le milieu écologique, au plan mondial, ne se détend pas : il y a l'usage accru de l'automobile, l'exploitation forestière. On se rend compte qu'il y a véritablement des difficultés. La parabole du Titanic devient le miroir de l'aventure humaine.

André Beauchamp nous propose donc une réflexion, en posant d'abord la question de la place de l'être humain. Dans un second temps, il nous propose d'observer comment nous sommes responsables du monde et comment l'expérience de la création nous amène peut-être à le penser différemment.

La place de l'être humain

Il repart du récit de la Genèse. Dans le premier récit, celui de la création en sept jours, la création de l'être humain intervient au sixième jour. Dieu crée l'homme à son image, à l'image de Dieu ; il les crée homme et femme ; il les bénit et leur dit :

Soyez féconds et prolifiques. Remplissez la terre, dominez-la ; soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toutes les bêtes qui remuent sur la terre.

Le second récit est plus ancien : il parle du jardin d'Éden, de la création par modelage. L'homme reçoit le souffle de Dieu ; il lui revient de nommer les animaux, et il ne reconnaît son semblable que dans la femme. Ces récits désacralisent le monde et attribuent à l'être humain un rôle éminent. L'acte créateur pose que le monde a son origine dans un autre ; il amène à renoncer à l'idolâtrie, mais valorise le rôle de l'être humain : nommer, dominer, soumettre.

En simplifiant, cela entraîne plusieurs possibilités. Tout d'abord, l'être humain se reçoit, ou se ressent, comme extérieur et supérieur au monde cosmique. Il y a un rapport instrumental avec le milieu, la culture technique favorise l'être humain, et finalement c'est l'instinct de puissance : c'est Prométhée qui s'arroge le pouvoir du feu. Bref, l'homme est au cœur, au centre, tout-puissant.

Une manière plus modérée reconnaît un statut spécial de l'être humain dans son rapport avec la nature. L'être humain est bien à l'image de Dieu, mais Dieu est un être de relation, source de vie et d'amour, et l'homme appartient à la création. La parole de Dieu entraîne la vocation de l'être humain à être intendant : il doit gérer le monde à la manière de Dieu, en le respectant davantage.

Et puis il y a, enfin, celle qui voit dans l'être humain un élément de la nature que l'évolution a façonné. C'est le bricolage complexe de la nature qui, au gré des besoins et des adaptations, a amené l'être humain. Et donc il y a le frère arbre, la sœur fleur, le frère cheval ou gorille. On voit dans cette tradition la terre-mère, comme le font les Amérindiens, ou bien sœur, comme saint François. Là, on parle couramment des droits des animaux, des plantes, des rochers, à exister pour eux-mêmes.

Responsables du monde

Entre ces différentes possibilités, la question est peut-être de reconnaître que des blessures ont été faites à la terre et que l'être humain est responsable du monde. Pour André Beauchamp, qui ouvre cette réflexion, la force de la tradition chrétienne est d'ouvrir une voie porteuse d'avenir : celle de la tendresse, de la douceur, du respect, de la modération dans la vie, du partage dans la solidarité — un écologisme qui nous amène à poser la question sociale à côté de la question écologique, en montrant qu'elles sont liées, qu'elles sont deux aspects d'un même désordre.

Tant que le milieu était plus fort que l'humanité, il était possible à cette dernière de se développer sans contrainte. Mais maintenant que le milieu se révèle fragile et que la puissance de l'homme déjoue les freins et les correctifs naturels du milieu, il y a un défi éthique. Il faut donc acquérir, nous dit-il, la maîtrise de la maîtrise.

L'expérience religieuse de la création

Pour répondre au défi éthique et contrôler notre puissance, donc pour acquérir la maîtrise de la maîtrise, André Beauchamp propose l'expérience religieuse de la création. C'est cette expérience qui nous permet d'accueillir la vie comme un don, en nous référant à celui qui donne la vie, qui nous donne la croissance et l'être, et qui nous renvoie à l'expérience de la création artisanale ou artistique.

Avant d'écrire un poème, une musique, avant de sculpter une bûche de bois, et même avant de faire du pain ou de faire la cuisine, nous savons ce que nous voulons faire. Mais ce que nous réalisons déborde toujours, de quelque manière, l'intention première. Ainsi, dans le poème, les mots se sont appelés et engendrés les uns les autres ; ils tissent une trame de sons, d'associations, d'émotions. La création finale, le résultat, déborde l'intention du poète. De même, le plat cuisiné, révélé par la dégustation, montre un agencement de saveurs qui n'était pas prévu.

Par analogie, qu'est-ce qui se passe dans cette relation avec Dieu ? Se percevoir créé par Dieu, c'est percevoir qu'on a une origine en avant de soi, qui transcende notre expérience de vie, nos joies, nos émerveillements, nos devoirs. En nous rapportant à Dieu, nous nous percevons comme des gens qui sont en train de se faire, créateurs de notre aventure de vie. Mais la source, c'est Dieu. Reconnaître sa présence avant nous, se recevoir de lui, c'est reconnaître la gratuité qui nous a lancés sur notre aventure de vie.

Dès lors, on ne peut pas traiter la nature, notre environnement, comme un objet manipulable, transformable, où l'on peut puiser sans vergogne, où l'on peut agir n'importe comment, sans tenir compte des autres. Au contraire, nous pouvons chanter la gloire de Dieu, bénir le Seigneur qui nous a créés, avoir une attitude mesurée, de la tendresse pour la nature, reconnaître notre statut de créature au milieu d'autres créatures. Sans peut-être nous mettre au niveau de l'insecte ou du rocher, cela nous amène à vivre une certaine solidarité avec les hommes, dans le respect de la création. C'est aussi retrouver l'émerveillement devant la grandeur, devant la beauté.

Un projet créateur

Se penser créé par Dieu dans l'univers a une dimension spirituelle évidente. Mais l'actualité scientifique amène aussi à s'interroger sur le sens de notre présence dans un univers complexe. Pourquoi la planète Terre a-t-elle ces conditions exceptionnelles qui ont permis l'émergence de la vie ? Comment comprendre que ce qui constitue l'homme, élaboré d'éléments pris dans la soupe cosmique primitive, ne soit qu'un fait aléatoire ? Plus la science approfondit l'histoire de l'homme et de l'univers, plus on est tenté de regarder l'homme et la création comme une histoire qui a du sens.

On peut même, en tout cas c'est ce que font les chrétiens, parler de projet créateur. Dieu n'est pas seulement l'origine, celui qui donne l'impulsion primitive, mais on peut relire l'histoire de la cellule qui se complexifie, s'agence en mammifère, puis en animal rationnel qui parle, qui pense, qui aménage l'espace. La foi permet de voir, dans l'émergence successive d'éléments que l'analyse scientifique décrit comme le hasard, la préparation de la venue du Fils de Dieu, venu sauver l'homme et l'inscrire dans une histoire qui commence dès le premier matin du monde et qui aboutit à Jésus-Christ, née d'une multitude à qui est donnée la règle principale, celle d'aimer.

Cette perspective donne à l'homme la capacité d'habiter le monde, non comme un corps étranger placé là par hasard : l'homme est chez lui sur la terre. Son action, son travail, la peine qu'il prend, les investissements qu'il fait, les tâtonnements, les essais, les succès, les lenteurs, les échecs, la beauté, la joie de la création, le bonheur dans l'usage des biens — tout cela chante la gloire de Dieu. L'esprit créateur fait que l'homme, chez lui, doit travailler pour hâter le règne de Dieu. L'Esprit est donné en plénitude, et l'Esprit porte la création tout entière qui, selon le mot de Paul, gémit en travail d'enfantement.

Cette émission a été réalisée à partir des textes de la revue Christus, « Habiter la terre. Un regard spirituel sur l'écologie ». Vous pouvez vous reporter à cette revue : le numéro 234, hors-série daté de mai 2012. Bonne semaine à tous.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.