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La nourriture

🎓 Enseignement · Gn 9, 1-4 ; Ex 16 ; Dt 14, 11-18 ; Is 25, 6 ; Mt 14, 13-21 ; Jn 6

Raymonde Richard · Laudato si' et Fratelli tutti · diffusé en juin 2020

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📖 Ce texte à la messe : Dimanche 11 octobre 2026 · 28ᵉ dim. ordinaire A

En bref : Raymonde Richard vous propose une traversée biblique de la nourriture, de la Genèse jusqu'à l'Eucharistie. Vous verrez comment manger, dans l'Écriture, est un don de Dieu et un signe de son alliance. Une réflexion qui débouche sur les questions du partage et de la justice, portée par l'appel du pape François.

Bonjour, Raymonde Richard au micro. Je vous propose une réflexion sur la nourriture. En parodiant le titre de l'émission, je dirais bien : « La nourriture, chemin de foi ».

Vous avez remarqué que le sommet de la vie chrétienne, c'est l'Eucharistie, le corps du Christ, qui se fait nourriture pour tous les hommes. Nourriture, donc. Mais c'est vrai que la nourriture, dans la Bible, a une place très importante. Et tout commence par la vocation de l'homme à dominer, à gouverner le monde, une vocation qui lui est donnée dès la Genèse.

Manger, dès la Genèse

Manger, c'est nécessaire pour la vie. Dans la Genèse, l'unique arbre interdit à la consommation, c'est celui de la connaissance du bien et du mal. Mais autrement, les plantes et les arbres, les fruits, sont donnés à l'homme comme sa nourriture. Et après la transgression, après le péché, se nourrir va exiger un travail, une peine. La nourriture ne relève pas seulement de la nature, elle a aussi une dimension d'histoire.

Et dans la Bible, c'est autour de la nourriture aussi que se produisent les premiers péchés. Car Caïn comme Abel offre de la nourriture à Dieu, produit de leur travail. Et jalousie et rivalité font de cette offrande de nourriture le point de départ de la violence.

Après le déluge : un nouveau régime

La création nouvelle, après le déluge, inaugure aussi un nouveau régime alimentaire.

Voyez sans crainte tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel, comme tous ceux dont la terre fourmille et tous les poissons de la mer. Ils sont livrés entre vos mains. Tout ce qui se meut et possède la vie vous servira de nourriture. Je vous donne tout cela, au même titre que la verdure des plantes. Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c'est-à-dire le sang.

L'Exode et la manne

Saut dans le temps et dans la Bible : passons à l'Exode. Il faut marcher dans le désert, ne pas s'arrêter sous peine de mourir. Et pour cela, il faut manger. Le pain et l'eau manquent. Ceux qui ravivent le souvenir des chaudrons de viande et des oignons parfumés qu'on avait en Égypte, même si on y était esclaves. Et Dieu, qui a fait sortir du pouvoir du Pharaon après des miracles terrifiants, est-il encore au milieu du peuple qui commence à trouver que c'est difficile ?

D'où la manne, cette drôle de matière fine, crissante. « Qu'est-ce que c'est ? » demandent les fils d'Israël. « C'est le pain que Dieu vous donne à manger », explique Moïse. La manne apparaît quotidiennement, autant qu'il pouvait en manger. Et le vendredi, la veille du sabbat, double ration : pas de cuisine le jour du repos. La nourriture tombée du ciel est soumise, pour sa consommation, à un ordre temporel, au rythme du sabbat, à la loi de Dieu. Question de confiance : dans l'immensité vide et nue du désert, le pain chaque jour est suffisant pour marcher, pour ne pas s'arrêter sous peine de mourir. Ici, on reconnaît que la nourriture est donnée. Le pain quotidien fait signe vers celui qui donne, vers Dieu.

La terre promise

Plus loin, la terre promise par Dieu ruisselle de lait et de miel.

Si l'homme sert Dieu de tout son cœur et de toute son âme, il reçoit dans son pays la pluie en son temps : pluie d'automne, pluie de printemps. Et tu pourras récolter ton froment, ton vin nouveau et ton huile. Je donnerai à ton bétail de l'herbe dans la campagne, et tu mangeras et te rassasieras.

Le pur et l'impur

Un peu plus loin, la liste des animaux purs et impurs amène à éviter d'en manger.

Vous pourrez manger de tout oiseau pur. Mais voici ceux dont vous ne pourrez manger : le vautour, le griffon, le gypaète, l'orfraie, le milan noir, les différentes espèces de milan, toutes les espèces de cormoran, l'autruche, le chat-huant…

Donc il y a une très grande précision dans ce qui peut être mangé et dans ce qui ne peut pas être mangé. Mais aussi comment on le mange, et avec qui.

Le festin, la justice, la table

Isaïe ne dit pas autre chose, et il imagine pour l'avenir que le Seigneur Tout-Puissant va donner un festin.

Le Seigneur Tout-Puissant va donner sur cette montagne un festin pour tous les peuples, un festin de viande grasse et de vin vieux, de viande grasse succulente et de vin vieux décanté.

Le Seigneur donne la nourriture, mais il ne permet pas que le juste ait faim. Et de plus, il est sensible aux questions de justice sociale. Ainsi, dans les Proverbes, nous lisons :

Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire.

Il faut s'organiser de telle sorte que chacun, même pauvre ou démuni, reçoive la nourriture dont il a besoin. Mais aussi, parfois, les banquets :

Mange en homme bien élevé ce qui t'est présenté, ne joue pas des mâchoires. Arrête-toi le premier par bonne éducation, ne sois pas glouton. Dans tout ce que tu fais, sois modéré, et jamais la maladie ne t'atteindra.

Manger et la nourriture sont donc dons de Dieu et signe de son alliance. Que deviennent-ils ensuite ?

Jésus à table

Dans le dialogue avec la Cananéenne, Jésus s'exprime : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Pour qui est-il venu ? Que pour les Juifs ? Mais la femme insiste, et il répond en évoquant le pain : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » La répartie de la Cananéenne ne manque pas d'humour et, en tout cas, de foi : « Puisque les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître… » Alors Jésus s'exclame : « Ô femme, grande est ta foi ! » et il accède à son désir.

Il est encore question de pain et de nourriture lorsque les disciples froissent et mangent des épis le jour du sabbat. Interrogé par les pharisiens qui critiquent ce manquement à la loi, Jésus rappelle que David lui-même entra dans le temple avec ses compagnons et qu'ils mangèrent les pains réservés aux prêtres. Il ajoute, à l'encontre des pharisiens : « Si vous aviez compris ce que signifie… » La nourriture de Jésus, c'est la même bienveillance envers les foules venues à sa suite.

Aux disciples qui suggèrent de renvoyer les foules pour qu'elles aillent dans les villages s'acheter de la nourriture, il rétorque : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Cinq pains et deux poissons sont certes insuffisants, mais ils mangèrent et, précisent les textes, furent rassasiés environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Avec Jésus, la nourriture est multipliée, et elle est pour tous.

Il la partage avec tous, s'invite chez Zachée — pensez donc, un collaborateur de l'occupant romain. Jésus pointe la prolifération des règles et des traditions autour de la nourriture et de sa préparation, qui étouffe la vie et accable le petit peuple. Il déclare purs tous les aliments et rappelle que manger sans s'être lavé les mains ne souille pas l'homme, même s'il est préférable de laver la salade avant de la manger. Jésus invite lui-même à sa table et il partage ses repas. On le sait, les textes le disent : Jésus aime boire et manger.

Il compare même le royaume à un festin de noces pour lequel le roi a apprêté son banquet.

Mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés. Tout est prêt : venez aux noces.

C'est aussi aux noces de Cana qu'il a commencé sa vie publique et multiplié le vin pour la fête. À ces noces du royaume, il invite tout le monde.

Les serviteurs s'en allèrent par les chemins et ramassèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons. Et la salle de noces fut remplie de convives.

Nourriture pour tous, en abondance.

Le pain de vie et l'Eucharistie

Mais, plus que les banquets, Jésus fait signe. Le pain multiplié, c'est lui-même qui descend du ciel et donne sa vie au monde. L'eau qu'il donne à boire est l'eau vive, comme il l'avait expliqué à la Samaritaine, qui étanche la soif éternellement. En demandant au Père le pain quotidien, nous entrons dans le mouvement qui donne la vie et s'origine en Dieu. Avec Jésus, il n'y a plus de nourriture interdite.

Après la résurrection, c'est encore autour du pain partagé qu'il se fait reconnaître. Lorsqu'il nous invite à partager le repas du Seigneur, Paul précise aux Corinthiens que la réunion commune ne peut être appelée repas du Seigneur que si une vraie fraternité s'y déploie. Et, pour nous aujourd'hui, en écho à la recette de vie donnée par Jésus au dernier repas de la Pâque : soyez serviteurs les uns des autres. « Mangez et buvez, ceci est mon corps, mon sang. Faites ceci en mémoire de moi. »

Quelles pratiques de partage peuvent ainsi manifester la communion chrétienne ? L'Eucharistie fait entrer dans la vie donnée pour tous les hommes et pose clairement les questions du partage des richesses, pour que nous soyons capables de manifester la compassion des chrétiens avec tous les vivants : la terre et la nourriture soient pour tous.

Le mot de la fin

Le mot de la fin appartient peut-être au pape François, qui invite à écouter la clameur de la terre et la clameur des pauvres. Il propose même un salaire minimum mondial que des structures de justice pourraient mettre en œuvre. Ces questions sont redoutables : elles nous engagent au nom d'une foi qui manifeste, autour de l'Eucharistie, le pain partagé.

Pour faire cette émission, j'ai utilisé quelques revues du CCFD et la revue Christus sur la nourriture.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.