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Changement climatique et création

🎓 Enseignement

Raymonde Richard et Élisabeth · Laudato si' et Fratelli tutti · diffusé en sept. 2020

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En bref : Cette émission vous propose de regarder la crise écologique non comme une simple question morale, mais comme une question de foi. À la lumière de l'Incarnation, vous découvrirez pourquoi le chrétien est appelé à se tenir à sa juste place dans la création, comme « prêtre » qui la reçoit, la façonne et la rend à Dieu. Un chemin qui passe par le discernement des causes de la crise et l'invention d'une autre manière de vivre ensemble.

Pourquoi l'Église est concernée

Nous nous retrouvons pour l'émission « Chemin de liberté ». Aujourd'hui, le thème que nous embarquons, c'est la question du réchauffement climatique, de la création. Parce que le réchauffement climatique concerne la Terre, il concerne la création. C'est vrai que cette réalité du changement climatique est mise en cause par certains, mais maintenant, quand même, on s'en aperçoit : les étés deviennent de plus en plus chauds, et même dans nos régions, on perçoit ces changements.

Et on se pose la question : dans le fond, qu'est-ce que l'Église a à voir avec ça ? On a parfois tendance à oublier un peu la participation éventuelle de l'Église et des chrétiens dans ce domaine bien particulier. En fait, c'est une urgence pour tous, mais pour nous aussi, chrétiens et membres de l'Église. Et ce n'est pas seulement une question morale : c'est aussi, en même temps, une question théologale, une question de foi, qui implique notre rapport à la création et à notre Dieu. Le sens de Dieu et le sens de l'univers, d'un point de vue chrétien.

L'Incarnation renouvelle toute la création

Il s'agit évidemment d'un problème environnemental, mais c'est aussi un problème spirituel, qui nous ramène au cœur même de notre foi. Qu'est-ce qui fonde notre foi ? C'est la résurrection du Christ, et d'abord et avant tout son incarnation. Un premier regard que l'on peut poser là-dessus, en contemplant le Christ incarné, le Verbe incarné, c'est de constater qu'en prenant chair en notre humanité, il renouvelle non seulement notre propre humanité, mais avec elle toute la création.

Dans le baptême, le Christ plonge dans les eaux du Jourdain, et c'est toute la nature elle-même qui devient un lieu possible de réconciliation. Par la mort sur la croix et sa victoire sur la corruption, ce sont toutes ces forces de mort qui sont vaincues et transcendées. Il ressuscite, et il ressuscite avec toute la création.

J'aime beaucoup cette prière de l'Église orthodoxe, que l'on retrouve dans bien des chants de cette même Église : « Toi qui es partout présent et qui emplis tout. » Elle nous rappelle combien Dieu est en tout et en tous, et en sa création tout particulièrement.

Le rôle de l'homme

Le rôle de l'homme, dans cette vision, c'est de se tenir à sa juste place, c'est-à-dire d'unir Dieu et la nature, d'être relié autant à son Seigneur qu'à la nature, le ciel et la terre. L'homme n'est pas grand-chose d'autre qu'une poussière destinée à devenir poussière, on le sait bien. Mais en même temps, ce qui nous sauve, c'est que nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Nous sommes profondément interdépendants avec la nature, et nous sommes appelés à transcender cette nature, à y prendre notre place, la place qui est la nôtre.

Les symptômes de la crise

Dans la crise écologique, il faut d'abord en repérer les symptômes. Ce sont ces changements climatiques — le climat change — mais aussi la biodiversité : on sait qu'une multitude d'espèces ont disparu. C'est encore l'exploitation abusive des ressources naturelles et énergétiques. On voit par exemple que certains n'hésitent pas à envoyer des enfants extraire quelques minerais de coltan au fond d'une mine ; là, on oublie complètement que la création est en relation avec l'homme, qu'elle a une place.

Les causes : la culture technicienne

L'origine du problème est à chercher non pas simplement dans les symptômes, mais aussi dans les causes. Pourquoi en est-on arrivé là ? Il y aurait des réponses multiples. L'une des réponses essentielles, c'est notre rapport au monde, qui a profondément changé, sans doute au moment de la Renaissance. Ce rapport à la technique nous a menés peu à peu à une civilisation fondée sur quelque chose d'illusoire : la souveraineté absolue du progrès, de la raison, et surtout de la croissance illimitée. La technique a longtemps été au service de l'homme ; mais n'est-ce pas l'homme, maintenant, qui est devenu l'esclave de la technique ?

C'est cette culture technicienne qui pose problème. On part de l'idée que, puisqu'on peut le faire, on va le faire — et même au détriment de l'homme. Cette technique envahit tous les domaines : elle ne joue pas seulement dans l'industrie ou dans l'économie, mais aussi sur l'homme, dans la médecine, dans le corps de l'homme. Dans certains cas, on envisage des aspects tout à fait techniques pour la procréation. Si c'est au service de l'homme, très bien. Mais lorsque la technique domine et que l'homme la suit… On l'a vu récemment dans cette crise du coronavirus : pour prendre des décisions, on s'entourait de techniciens, de spécialistes, de virologues, d'infectiologues, et l'on s'est aperçu qu'ils n'avaient pas les mêmes regards. Dans certains cas, ce qui était en jeu, ce n'était pas du tout le bien de l'homme ni la recherche sur le virus lui-même, mais le fait de se mettre en avant : les laboratoires de tels endroits avaient des enjeux.

Cette culture technicienne est devenue le bien et le sacré, et le maître mot, c'est : soyons efficaces. L'homme est fasciné par la technique. Si celle-ci sert l'homme et une économie qui sert l'homme, très bien. Mais lorsque cela aboutit au pillage de la nature, à l'exploitation de l'homme, et même à ce que l'homme soit considéré comme une variable d'ajustement, alors il y a quelque chose qui ne va pas : il faut changer.

Que faire ? Deux options

Les crises de la nature, que nous connaissons depuis de longues années, s'accélèrent et s'intensifient : elles nous montrent bien l'urgence du problème. Et l'urgence, pour nous, c'est de nous poser la question : que faire ?

Face à ce choix, deux options s'offrent à nous. L'une conduit — n'ayons pas peur des mots — à la mort, aux ténèbres de la destruction. L'autre peut nous mener à la vie éternelle, à la lumière de la résurrection. Car, dans l'Esprit du Christ, nous sommes prêtres de la création : nous pouvons entrer dans un rapport totalement différent à la création et à la nature, en nous laissant transformer et passer peu à peu par cinq étapes successives.

Prêtres de la création

Être prêtre, ici, ne renvoie pas à celui qui dit la messe. Cela renvoie à ce que dit l'Église, qui s'adresse à tous les hommes : « Vous êtes prêtre, prophète et roi », au moment du baptême. On parle aussi d'un sacerdoce royal. Sacerdoce royal, certes, mais pas pour être le roi, le chef, le tout-puissant ; au contraire, dans une certaine humilité. C'est reconnaître que la terre et tout ce qu'elle contient appartiennent au Seigneur, que nous n'en sommes pas les propriétaires, mais les bons gestionnaires. Nous ne la prenons pas pour nous l'approprier, mais pour la façonner, pour l'améliorer, pour en faire un aspect du règne de Dieu.

Une fois cela fait, nous pouvons nous retourner vers le Seigneur, qui nous offre le monde. À nous de le recevoir avec toute la gratitude et la délicatesse qui s'imposent devant un tel cadeau. Il nous faut le louer encore et toujours, mettre nos pas dans ceux des psalmistes, dans ceux de saint François et de tant d'autres, pour louer la magnificence de cette création qu'il nous offre et dont nous sommes les gestionnaires.

C'est intéressant de voir que, dans la messe, sommet de la vie chrétienne, les fruits que nous offrons dans l'Eucharistie ont été élaborés par l'homme. Ce ne sont pas simplement la mer, l'océan, les montagnes, la beauté, le vent : ce sont les fruits de la terre, transformés par le travail humain, qui deviennent le corps et le sang du Christ. Cela rappelle le rôle que l'homme a et qu'il rend à Dieu. À partir de là, tout notre travail, toute notre œuvre d'homme reçoit une signification et une dimension éternelles : nous en faisons un lien tout particulier de communion avec Dieu. Tout vient de lui et tout revient à lui, en passant par nous.

Une création partagée entre tous

Cette dimension spirituelle signifie aussi que la création est partagée entre tous les hommes. Il faut reconnaître nos limites : au début du XXe siècle, nous étions un milliard et demi ; nous sommes maintenant près de huit milliards d'habitants. Cette création partagée entre tous impose des limites. Elle demande d'en faire un lieu de communion avec Dieu, certes, mais aussi avec tous les hommes. Cela implique des changements de comportement, et peut-être une mise en cause du système capitaliste. Cette remise en cause, au niveau personnel et collectif, nous semble urgentissime et indispensable.

On se dit parfois : que faire ? Ce n'est pas parce que j'économiserai trois gouttes d'eau… Mais derrière ces trois gouttes d'eau, ce n'est pas seulement le fait des gouttes d'eau ou de circuler à vélo : c'est le souci du respect de l'environnement, de telle sorte qu'il soit partagé par tous. Pendant la pandémie du Covid, il n'y a plus eu, un certain temps, de circulation ni d'avions, et les experts ont dit : voilà exactement ce qu'il faudrait pour faire tomber les émissions de gaz à effet de serre, les émissions de CO2, et empêcher le réchauffement climatique. On perçoit alors que ces comportements à changer, qui paraissaient impossibles, le virus les a rendus possibles. Cela veut dire que nous avons une responsabilité, dans une gestion qui ne soit pas à court terme.

La crise, une chance

Peut-on parler de chance, par rapport à cette dernière crise ? Malgré toutes les souffrances qu'elle a impliquées et tous les désastres qui s'ensuivent — nous ne faisons sans doute qu'entrer dans une période difficile économiquement —, n'est-ce pas, en même temps, une chance d'apprendre enfin, collectivement, à penser différemment, à créer des alliances, à réapprendre à vivre ensemble autrement, sans jamais oublier ceux qui souffrent le plus, tous les exclus ?

Il y a une répartition à faire, par exemple avec l'Afrique. La crise est peut-être le temps de penser autrement, de reconstituer, de vivre ensemble, de trouver des solutions — des solutions qui seront sûrement coûteuses pour chacun, mais qui ne concernent pas seulement l'océan, son réchauffement, ou le nettoyage de la terre et l'absence de plastique : il faut prendre les choses globalement. C'est le sens de l'intervention du pape dans Laudato si' : tout est lié. C'est peut-être là que se situe le rôle de l'Église, avec le discernement de chacun, mais aussi le discernement des Églises, et surtout le discernement ensemble, avec les exclus, avec tous les hommes.

L'homme a compris que sa place dans l'univers est importante : de toute façon, si la terre se réchauffe, la terre, elle, continuera de vivre ; mais c'est l'homme sur la terre qui ne continuera pas. Il y a donc à trouver des solutions qui ne sont pas données d'avance et qui impliquent des choix.

Se transformer en royaume de Dieu

En conclusion, ce serait peut-être cela : des efforts pour nous transformer en royaume de Dieu à constituer, capable de résister à l'emprise technicienne, qui est au service de l'économie alors qu'elle devrait être au service de l'homme. C'est un bel espace qui nous est ouvert, un espace de liberté et d'invention, toujours et encore, pour le meilleur. Bonne semaine à tous.

Transcription de l'émission Foi, chemin de liberté, produite et diffusée par Radio Grand Ciel (Chartres). L'écoute reste la référence : épisode original.